Juillet 2, 2021
Par CQFD
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« Rien n’arrĂȘte un peuple qui danse Â» (Mot d’ordre officieux du mouvement des fĂȘtes techno libres)

Le dĂ©goĂ»t et la rage s’imposent Ă  la vue des images de Redon. De cette free party qui s’est tenue le 18 juin dernier en terre bretonne, on retient les cohortes de robocops surarmĂ©s arrivant dans les champs comme sur un terrain de guerre, se dĂ©lestant de tonnes de grenades et de balles de LBD sur les fĂȘtards, cassant Ă  la pioche et en toute illĂ©galitĂ© du matĂ©riel de son. Surtout, on n’oubliera pas cette main arrachĂ©e Ă  un homme de 22 ans, mutilĂ© Ă  vie pour avoir dansĂ©.

On n’oubliera pas non plus les mots twittĂ©s en direct par l’association de rĂ©duction des risques Techno Plus, dont le poste de soins a Ă©tĂ© « bombardĂ© de lacrymos Â» : « On tente de se protĂ©ger, mais aussi de soigner les blessĂ©s et de trouver les victimes sur le site. Le sous-directeur de l’ARS [Agence rĂ©gionale de santĂ©] ne parvient pas Ă  obtenir que la prĂ©fecture laisse un corridor d’évacuation pour les blessĂ©s. Â»

Deux salles, deux ambiances. Quelques jours plus tĂŽt, le trĂšs bourgeois public de Roland-Garros entonnait en chƓur un vomitif « Merci Macron Â», les autoritĂ©s ayant offert un dĂ©passement du couvre-feu pour qu’un match puisse se terminer. Au mĂȘme moment, une pluie de gaz lacrymo dispersait une foule jeune et festive venue danser aux Invalides.

Traumatiser la jeunesse pour qu’elle se tienne sage, c’est devenu la norme. Le 25 juin Ă  Versailles, les flics ont mĂȘme sorti les chiens pour chasser en meute des jeunes fĂȘtant leur bac. Des images insupportables, qui rĂ©sonnent avec les mots d’Emmanuel Macron le soir de la fĂȘte de la musique : « Amusez-vous, faites la fĂȘte. Â» Le prĂ©sident s’adressait visiblement au seul public prĂ©sent le 21 juin dans les jardins de l’ÉlysĂ©e… Et les laĂŻus macronesques sur la jeunesse prĂ©carisĂ©e, confinĂ©e depuis de longs mois, d’apparaĂźtre pour ce qu’ils sont : du brassage d’air insultant.

« Faites la fĂȘte. Â» Ces mots en tĂȘte, on repense forcĂ©ment Ă  Redon, Ă  ces 1 500 personnes qui faisaient… la fĂȘte, justement. Mais une fĂȘte libre, loin des agents de sĂ©curitĂ©, des fouilles, des verres hors de prix. De celles qui offrent de vrais espaces-temps pour inventer autre chose ensemble. Celle-ci Ă©tait d’ailleurs organisĂ©e en hommage Ă  Steve Maia Caniço, mort noyĂ© dans la Loire pour avoir dansĂ© au rythme de la techno lors de la fĂȘte de la musique nantaise il y a deux ans. Hasard du calendrier, le 17 juin, veille de la bataille de Redon, le procureur de Rennes officialisait ce que tout le monde savait dĂ©jĂ  : les relevĂ©s effectuĂ©s sur le tĂ©lĂ©phone de Steve ont « permis de situer le moment de la chute de Monsieur Maia Caniço dans la Loire Ă  4  heures et 33 minutes, soit dans le temps de l’intervention de la police nationale Â».

Si la responsabilitĂ© de ces drames se partage entre un Ă‰tat roulant Ă  l’autoritarisme dĂ©bridĂ© et des forces de l’ordre perfusĂ©es au sentiment de toute puissance, on peut au passage remercier Thierry Mariani et son « amendement scĂ©lĂ©rat Â» qui, en 2001, soumettait les free parties Ă  une dĂ©claration prĂ©alable en prĂ©fecture. Une façon dĂ©guisĂ©e d’interdire purement et simplement ces rassemblements, puisque le mouvement techno n’a pas bonne presse et que rares sont donc les fĂȘtes autorisĂ©es par les prĂ©fets. Et aujourd’hui, qui dit rassemblement interdit dit open bar pour les pandores les plus violents.

En rĂ©action, on a juste envie de leur foutre le nez dans leur merde. Ce qu’ont joliment fait celles et ceux qui ont dĂ©posĂ© un mĂštre cube de grenades et de vestiges de LBD, rĂ©cupĂ©rĂ©s sur le lieu de la fĂȘte, devant la sous-prĂ©fecture de Redon, une semaine aprĂšs le carnage. Effet visuel percutant : une pleine mer de munitions.

Signalons aussi ce tag inachevĂ© sur la façade d’un immeuble de Rennes : « Une main arrachĂ©e pour avoir dansĂ©, la vengeance sera Â»… On vous laisse complĂ©ter la phrase.



- Ce texte est l’édito du numĂ©ro 200 de CQFD, en kiosque du 2 juillet au 2 septembre.

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Source: Cqfd-journal.org