Tout d’abord, il nous faut dire deux mots sur ce qui nous a conduit à nous « frotter » à cette question. Le retour du terme d’insurrection nous a paru significatif, du moins si l’on pense que la critique a un rapport avec son temps. Si le terme a une longue histoire au sein du mouvement révolutionnaire, son emploi était devenu rare si l’on excepte la période des années 1970 en Italie et tout particulièrement le « mouvement de 1977 ». Des groupes continuent à s’en réclamer dans les années 1980-1990, mais c’est surtout depuis une dizaine d’années qu’il apparaît publiquement, à travers des écrits (L’insurrection qui vient), des pratiques (lutte anti-G8, luttes dans le Val de Suze) et même des mises en scène politico-médiatique comme celle menée contre les « sept de Tarnac ». Son nouvel impact semble lié aux impasses de la perspective révolutionnaire traditionnelle, qu’elle soit de type anarchiste ou communiste. Les thèmes du « Grand soir », de la « prise du palais d’hiver » et même de la « grève générale insurrectionnelle » ont du plomb dans l’aile. Or l’insurrection sans majuscule et l’idée d’insurrections multiples relancent la discussion autour des rapports entre révolution et alternative et éventuellement, la question des alternatives à la révolution. L’insurrection peut ainsi être mise à toutes les sauces, de la plus modérée avec « l’insurrection des consciences » en provenance de l’Appel des appels qui se réclame du programme du CNR de la Libération, à la plus « limitée » avec un récent appel à une « insurrection démocratique contre le discours dominant sur la dette publique1 ». Mais ce discours irrigue aussi les luttes récentes depuis les insurrections surprises d’Égypte, de Tunisie et de Syrie ou du Yémen jusqu’aux luttes des « indignés » espagnols et des occupy Wall Street américains. C’est donc aussi sur le terrain des luttes que nous avons eu l’occasion de rencontrer nombre de protagonistes de ces dernières qui se réfèrent peu ou prou à la notion d’insurrection comme si le terme était devenu synonyme de résistance par le bas, de pratiques politiques cherchant à échapper aux formes traditionnelles de l’activité politique2. Néanmoins, dans ces pages, nous nous consacrerons de façon préférentielle à l’analyse de courants qui ne conçoivent pas l’insurrection autrement que dans sa perspective révolutionnaire antiétatique et anticapitaliste. Nous espérons cette confrontation, certes critique, fructueuse, car nous nous sommes aperçus des capacités d’ouverture et de discussion qui les animait quand ils ne cédaient pas à des tendances sectaires.

Par Indymedia Nantes,

Source: http://nantes.indymedia.org/articles/42606