Nous avons appris par voie de presse que ce samedi 4 avril, une deuxième mobilisation suite à la promenade s’est tenue, cette fois par une vingtaine de détenus. Cette fois aussi, ils ont refusés de retourner dans leur cellule. Cela dément par ailleurs les dires du porte-parole de l’OCD (Office cantonal de détention) qui affirmait la veille, que « seule » une quarantaine de détenus avaient protesté et que le reste des personnes détenues étaient calmes. Mais la puissance des voix qui résonnaient dans toute la campagne environnante, le démentait déjà.

Face à cette révolte, l’OCD répond qu’il a été nécessaire de faire intervenir la police pour arrêter la protestation. Il se justifie ainsi : « Nous ne pouvons pas nous permettre de laisser s’installer une telle routine dans l’établissement. C’est exclu. Il fallait faire acte d’autorité « . Sans entrer dans les détails, ces mots sont vraiment outrageants. Les révoltes des personnes détenues ne sont pas une routine ! Ce sont des personnes qui mettent leur corps en danger pour demander justice ! Si ces révoltes se répètent c’est que les revendications n’ont pas été entendues, ni prises en compte. Évidemment l’OCD répond à la dignité par l’autorité. On aura la peau de cet Office cantonal de la détention.

Si les communiqués de l’OCD sont déjà bien violents et taisent de nombreux éléments essentiels à la compréhension de ces deux révoltes, la presse, n’a pas restitué quelconque vérité. Les lignes qui suivent se veulent être une réponse à la violence de l’article de la Tribune de Genève, du 5 avril, écrit par Lorraine Fasler.

Répression

Tout d’abord, cet article n’en dit toujours pas plus sur la fin de la première mobilisation. Pas d’intervention de la police, mais les revendications portées par les personnes détenues avaient-elles abouti à quelque chose ? Ou alors est-ce que la direction avait utilisé la menace de placer tout le monde au cachot pour faire taire les personnes détenues ? L’issue est pourtant fondamentale pour comprendre davantage les enjeux de ces révoltes et la position de l’établissement pénitentiaire face à celles-ci.

Pour ce qui est de cette deuxième révolte, que signifie l’intervention de la police ? Qu’est ce que « l’usage de la force » pour l’OCD ? C’est fièrement que l’OCD semble énoncer qu’il n’y a pas eu de blessés, doit-on vraiment rappeler ici que c’est simplement la moindre des choses ? Rappelons-le, la police et la prison travaillent pour et dans un même système raciste et classiste et, de ce que nous connaissons des interventions policières, la violence arrive très très vite. Est-ce que samedi c’est la menace de violence qui a été utilisée pour matter la révolte ? D’un point de vue journalistique il est scandaleux de reproduire tel quel les comuniqués de l’OCD sans faire un pas en arrière et se poser les bonnes questions, sans chercher à véritablement relater ce qu’il s’est passé.

La révolte, si elle n’a pas été réprimée dans la violence, provoquant des blessés, a tout de même été fortemment réprimée en plaçant toutes les personnes ayant fait entendre leur voix pour exiger la dignité, au cachot, à l’isolement, pour 10 jours.

La violence du cachot

Et la journaliste d’en rajouter une couche : alors que parmi les revendications des détenus il y avait celle d’être seul en cellule (plutôt que 6 au maximum), elle écrit au sujet du cachot : « ironie de l’histoire, la majorité aura précisément une cellule individuelle, … ». Comment peut-elle laisser entendre que le cachot serait équivalent à la revendication vitale et digne qu’ont portée ces personnes détenues ? Doit-on lui rappeler qu’on parle d’êtres humains enfermés 23/24h dans des cellules surpeuplées, dans des conditions de détention décriées par de nombreuses associations et organisations internationales contre la torture et les droits humains. Ces êtres humains, deux jours de suite, décident de prendre le risque (énorme) de subir une répression brutale en refusant de retourner dans leur cellule suite à la promenade, pour revendiquer leurs droits, leur dignité, faire entendre que leurs conditions de détention sont déteriorées par la crise sanitaire, et de ce fait demander leur liberté. Ça ressemble à un contexte pour faire de l’humour ?

Le cachot est un outil de répression, un outil de torture. Être enfermé 10 jours dans un espace minuscule, sans lumière du jour, sans contact humain aucun, est une forme de torture.

Feu à la direction

La journaliste de la TDG trouve intéressant de conclure son article par le sous-titre « merci à la direction », suivi d’un témoignage d’une mère d’un détenu qui « remercie la direction de la prison » pour les mesures qu’elle a prises. Ce n’est pas le témoignage dont nous aimerions discuter ici. Évidemment nous sommes en profond désaccord avec ce dernier. Certain·e·s d’entre nous sont aussi des proches de détenu·e·s et la direction de la prison, au contraire, nous la maudissons à chaque seconde. Ce qui est important ici c’est le choix de la journaliste. Placer un tel témoignage d’une proche d’un détenu exprimant l’opposé de ce que dénoncent par leur révoltes et leurs revendications les personnes détenues c’est venir décrédibiliser leur propos et soutenir le choix de l’établissement carcéral, soit celui de les réprimer. Rien ne nous indique que cette mère tenait à faire de son témoignage qui énonce également « qu’elle souhaite des libérations anticipées », un coup de massue sur les revendications de ces personnes détenues. Mais finalement nous n’en savons rien, et la journaliste non plus manifestement. Ce qui est sûr c’est que l’utilisation qu’elle semble avoir décidé d’en faire consiste à décrédibiliser leurs revendications.

Lorraine Fasler, votre article, en plus d’être d’une violence inouïe relève d’un travail journalistique on ne peut plus médiocre. Merci la prochaine fois de vous abstenir d’écrire sur des questions aussi cruciales que celles-ci, par respect de la dignité des personnes détenues et des révoltes qu’elles mènent.

« Les prisons sont obsolètes »

Liberté pour tou·te·s, maintenant


Article publié le 07 Avr 2020 sur Renverse.co