Mais ce serait égoïstement manquer d’empathie pour tous ceux et toutes celles qui semblent ne pas avoir d’autre préoccupation, alors que je crois détenir la solution à leur tracas, et que c’est de toute évidence la seule.

Car ceux qui se sont gardés de produire leur analyse ou leur témoignage, de sonner tocsins et allali le savent souvent mieux que les autres: on n’entre pas dans un débat où personne ne parle de la même chose. Cela ne sert à rien.

Chacun a son histoire. Il n’y a pas deux femmes qui portent le voile avec la même, pour pouvoir dire « elles » ou « nous » : « les femmes voilées ». Il n’y a pas non plus deux personnes (sauf très primaires) qui voient vraiment l’accessoire de la même façon. Assujetissement patriarcal ou libération anti-queutards, cache sexe des discriminations ou étendard religieux, bigouden bédouin ou gilet jaune de banlieue? Allez savoir, quand ce n’est pas une mémé Hermès du XVIe, une danseuse en bandana, une crise d’ado ou une alopécie. 

Rappelons aux uns comme aux autres que même la notion de prescription religieuse est discutable. L’islam a cinq piliers, dont le voile ne fait pas partie, et son indication est très secondaire en regard de celle de défendre l’acceptation du culte selon sa profession de foi. Les Indonésiens mangent du porc et les Touaregs observent, en matière de droit matrimonial, une tradition matriarcale. 

Dans ce fichu débat, il n’y a donc aucun moyen raisonnable de faire de la « femme enfoulardée » une troisième personne, ni au singulier ni au pluriel, d’où un discours qui se réduit inéluctablement à toi/moi, pour ne pouvoir finir qu’en vous/nous. C’est très désagréable quand on n’a vocation à être ni des vôtres, ni des nôtres, et pas du tout envie de se faire prendre en sandwich à cette valse, sachant que ça ne peut finir qu’en crêpage de chignons ou Saint Ben Barthélemy.

Mais il y a une solution pour ceux qui s’opposent au voile comme signe religieux distinctif.

Il y a aussi une solution pour ceux qui défendent la liberté de manifester sa religion, ou de juste porter un foulard.

Et ça tombe bien ; c’est la même. Solution facile, pas chère et garantie radicale.

Oh! Je sens la fébrilité de votre sincère impatience à vous accorder les uns les autres, mais il vous faut d’abord souffrir une petite histoire, dont j’ignore si elle est vraie, mais cela importe peu.

On dit qu’au Tibet, la tradition voulait que quand un voleur de pommes (oui, bon, des pommes au Tibet, peu importe), enfin quand quelqu’un se trouvait à être poursuivi par la police, alors tout le monde se mettait à courir. Ni devant les policiers pour leur échapper, ni derrière le malandrin pour l’arrêter, mais dans tous les sens, pour que les premiers perdent leur proie de vue.

LA solution, on l’aura compris, est toute simple: c’est que tout le monde se mette à porter le foulard, au moins le temps que ça se calme.

– Identitaires, homme ou femme, portez un foulard et ce ne sera plus un signe religieux ou communautaire distinctif.

– Solidaires, homme ou femme, portez un foulard, et ce ne sera plus un motif de stigmatisation.

CQFD: FOULARD POUR TOUS !

Sauf pour les postiers bien entendu (les facteurs, lassés des morsures, ne portent plus de casquette depuis qu’ils ont compris que c’était surtout d’avoir la tête couverte, et pas le courrier, qui excitait les chiens).

Voilà, comme ça dans deux ou trois mois on pourra parler d’autre chose.

Epicétou, merci, assalamu alaykum.


Article publié le 20 Nov 2019 sur Nantes.indymedia.org