Septembre 16, 2021
Par CRIC Grenoble
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Depuis l’allocution d’Emmanuel Macron le 12 juillet dernier, dans plusieurs villes de France, des dizaines de milliers de manifestant·e·s sont descendu·es dans les rues pour crier leur colĂšre face Ă  l’extension du pass sanitaire, l’obligation vaccinale pour les soignant·e·s ou encore la fin du remboursement des tests PCR, pour « convenance personnelle Â».

Ces manifestations ont Ă©tĂ© le thĂ©Ăątre d’une rĂ©cupĂ©ration de rhĂ©torique, de symboles et d’un champ lexical appartenant Ă  la Seconde guerre mondiale, l’Occupation et les camps d’extermination. Nous, membres de la communautĂ© juive, dĂ©nonçons de tels discours. Pour s’opposer aux mesures jugĂ©es liberticides, une partie des anti-vaxx et des pro-choix (pour le vaccin mais contre l’obligation) ont dĂ©noncĂ© un pass « nazitaire Â», affublĂ© Emmanuel Macron d’une moustache hitlĂ©rienne ou encore portĂ© des Ă©toiles jaunes sur leurs vĂȘtements.

La Shoah, ses six millions de morts juif·ve·s, mais aussi prisonnier·e·s politiques, personnes atteintes de handicap, homosexuelles ou Rroms ne sont pas une rĂ©serve lexicale, source d’inspiration, de comparaison ou d’humour. Nous, membres de la communautĂ© juive, refusons que la Shoah soit invoquĂ©e Ă  tout bout de champ dans des dĂ©bats, manifestations et discussions en ligne. Nous refusons que notre histoire et cette partie de notre identitĂ© soit instrumentalisĂ©e. La Shoah n’est pas un folklore, le portail du camp d’Auschwitz et son slogan « Le travail rend libre Â», dĂ©tournĂ© en « le pass sanitaire rend libre Â», non plus. La Shoah n’est pas une caution dans la lutte contre les restrictions des libertĂ©s. Évoquer le massacre pensĂ©, organisĂ©, systĂ©matisĂ©, de six millions de personnes relĂšve au mieux d’une paresse intellectuelle traduisant ignorance ou trous de mĂ©moire, au pire d’un rĂ©visionnisme qui ne dit pas son nom.

Il faut aussi garder Ă  l’esprit que cette rĂ©cupĂ©ration n’est pas anecdotique. Elle est un symptĂŽme supplĂ©mentaire d’un antisĂ©mitisme systĂ©mique et historique au sein de la sociĂ©tĂ© française qui se renforce en contexte de crise. DĂ©jĂ , Ă  l’aube de la pandĂ©mie, l’idĂ©e d’un complot juif a gagnĂ© en vigueur : la rhĂ©torique consistant Ă  attribuer l’émergence d’un virus Ă  une partie de la population n’est pas nouvelle, Ă  droite comme Ă  gauche d’ailleurs. Non content d’imputer aux Juif·ves la paternitĂ© du Coronavirus, il s’est agi ensuite de les accuser d’avoir commercialisĂ© un vaccin Ă  des fins lucratives. Ces idĂ©es peuvent sembler relever de la bĂȘtise mais elles menacent en rĂ©alitĂ© des communautĂ©s entiĂšres.

Nous pouvons discuter de la gestion de cette crise, dĂ©battre au sujet de la menace sur les libertĂ©s individuelles ou de la responsabilitĂ© collective, et nous le ferons, des annĂ©es durant. Mais lĂ  n’est pas le propos. Que l’on soutienne ou non les mesures sanitaires imposĂ©es, ces manifestations d’antisĂ©mitisme sont un crachat au visage des rescapé·e·s et de leurs enfants et petits-enfants. Elles participent Ă  souiller leur mĂ©moire et leur histoire. Jamais la mise en place d’un pass sanitaire ne sera comparable Ă  l’horreur des rafles, des camps, de l’extermination. Il est terrible et presque absurde de devoir rappeler cette Ă©vidence.

Pourtant, Ă  nouveau, les Juif·ve·s se sentent bien seul·e·s pour dĂ©noncer et combattre ce flĂ©au. A nouveau, nous observons parfois une complaisance, d’autres fois une certaine minimisation voire un silence des acteurs publics, associations antiracistes et autres collectifs en France. C’est Ă  vous que nous nous adressons, ainsi qu’à chaque citoyen·ne français·e : vous devez vous positionner et prendre vos responsabilitĂ©s d’allié·e·s. Ne jamais laisser passer ces comparaisons, Ă  la maison, au travail ou dans tout autre contexte social. Amplifiez nos voix. Nous avons le devoir collectif de ne rien laisser passer.

Signataires :

Tribune rédigée par Johanna Cincinatis et Illana Weizman

Lola Lafon, Ă©crivaine

Myriam Levain, cofondatrice de Cheek et autrice

Maxime Ruzniewski, producteur

Elizabeth Yardeni, productrice

Tal Piterbraut-Merx, chercheure en philosophie et autrice

Sarah Benichou, journaliste

Eva Tapiero, journaliste

Tal Madesta, militant trans et journaliste

Brigitte Weberman, journaliste et productrice

Hanna Assouline, réalisatrice

Cléo Cohen, réalisatrice

Emile Ackerman, rabbin en formation

Morgane Koresh, activite féministe antiraciste

Eva Kirilof, militante féministe

Lev Rosen, auteurice feministe

Estelle Cincinatis, militante antiraciste et féministe

Daniela Lima, militante féministe antifasciste

Janine Elkouby, autrice et prĂ©sidente de l’Amitie judĂ©o-chrĂ©tienne de Strasbourg

Alain Beit, président du Beit Haverim

Valentin Delaunay, historien

Leslie Ouazana, militante antiraciste et feministe

Collectif JudéoFéminisme

Collectif des Juifves VNR

Les Juifs et Juives RĂ©volutionnaires

Collages FĂ©ministes Juifves Marseille




Source: Cric-grenoble.info