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De 2013 à 2017, le Prix Hugo, le plus ancien et le plus prestigieux prix littéraire dans le domaine de la science fiction, a été victime d’une attaque coordonnée venant de groupes conservateurs et suprémacistes dans le but de récompenser des auteurs produisant une SF ou une fantasy conservatrice conforme à leur vison du monde. Retour sur le Puppygate qui a agité le monde de la science fiction.

Faire exister dans le récit (avant de le faire advenir pour de vrai ?) des formes de vies alternatives, visibiliser des minorités, déconstruire les normes sociales, est un acte politique (lire l’interview de Lizzie Crowdagger page 22). En cela la SF et tout ce qui s’y rattache – nous parlerons ici des littératures de l’imaginaire –, ont une fonction sociale et politique non négligeable. Les réactionnaires l’ont bien compris.

En 2013, un groupe conservateur et « anti-diversité », les Sad Puppies (les « chiots tristes »), tentent de faire élire des romans ou nouvelles promouvant des récits aux accents conservateur et libertarien, revendiquant de mettre fin à la survalorisation, à leurs yeux, de récits progressistes et inclusifs.

Initié par Larry Correia – auteur notamment connu pour sa série Monster Hunter International, dans lequel des chasseurs de vampires et autres monstres agissent dans le but de « protéger la société et l’intérêt public » – qui cherchait à faire primer l’un de ses ouvrages, Monster Hunter Legion, quatrième volet de sa série de tueurs de vampires.

La promotion volontaire, et salutaire, par la World Science Fiction Convention qui délivre le prix Hugo, d’auteur·es issu·es des minorités ne fut pas acceptée d’une partie des auteurs conservateurs et de leur public.

Rejouant l’opposition entre les élites et le peuple – les réactionnaires aiment à se prévaloir du « peuple » pour légitimer leur ségrégationnisme – ils cherchèrent à favoriser la promotion d’œuvres populaires – sous-entendu des œuvres favorisant une vision blanche, chrétienne et hétérosexuelle de la société.


Les Puppies sont nostalgiques de la bonne vieille SF avec de bons héros patriotes amateurs du pisto-laser.

De 2013 à 2017, les Sad Puppies, puis les Rabid Puppies (chiots enragés), version radicalisée des premiers, menés par Theodore Beale, alias Vox Day, activiste d’extrême droite, suprémaciste et notoirement misogyne (il est également directeur de collection d’une maison d’édition), tentent d’imposer leur vision de la SF/Fantasy en votant massivement pour des auteurs conservateurs voire réactionnaires.

En 2014 Vox Day réussit à placer onze romans dans la liste des sélections finales. L’année suivante, les Rabid Puppies imposèrent leurs candidats dans les listes de nominés.

Les conservateurs battus

Le processus de vote, se déroulant sur plusieurs jours lors d’une convention, assure toutefois un minimum de contrôle démocratique sur les attributions de prix. Cette année-là la participation des votants explosa et tous les prix, à l’exception d’un seul, ne furent pas attribués.

Les réactionnaires ne ramassèrent aucun prix et ressoudèrent la communauté des fans progressistes qui s’engagèrent à davantage visibiliser les minorités. Après cela, la World Science Fiction s’est engagée dans un processus de vote alternatif permettant de se protéger des coups de force de groupes constitués.

Depuis la SF s’est encore davantage ouverte aux cultures et expressions alternatives. La culture est un champ de bataille idéologique, y compris dans les mauvais genres.

David (UCL Chambery)




Source: Unioncommunistelibertaire.org