Juin 25, 2022
Par CNT-AIT
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Cette rétrospective historique sera nécessairement limitée, dans le temps et dans l’espace. Je ne peux que me référer à ce que j’ai vécu personnellement pendant les mois qu’a duré mon mandat de ministre de la Santé et de l’Assistance sociale. Je ne peux que me référer également à ce que furent les problèmes posés à la santé dans l’espace de l’Espagne républicaine. Je ne sais pas ce qui s’est passé dans le reste de l’Espagne occupée par les forces franquistes.

Le Ministère de la Santé et de l’Assistance sociale  (Ministerio de Sanidad y Asistencia Social) a été créé en novembre 1936, afin de répondre à la nécessité de donner quatre portefeuilles ministériels à la CNT. Il existait auparavant une Direction Générale de la Santé relevant du Ministère de la Gouvernance Intérieure (Ministerio de la Gobernación) et une autre Direction de l’Assistance Sociale qui dépendait également de ce ministère.

Avec ces deux directions générales de la santé et de l’assistance sociale, fut créé le ministère auquel j’étais affecté.

Organisation du Ministère

En réalité, ce n’était pas une mauvaise idée que de donner indépendance et personnalité à la Santé et à l’Assistance sociale qui étaient, d’une certaine manière, négligées quand elles étaient dans l’emprise du Ministère de la Gouvernance Intérieure. La guerre, avec ses dangers et ses exigences, réclamait une attention particulière pour les aspects sanitaires et l’assistance sociale quant à elle devait faire face à une multitude de nécessités créées par la guerre elle-même. Il commençait à se produire des évacuations de villages entiers fuyant la guerre, soulevant ce qui devenait le problème effrayant des réfugiés.

Quand je fis mienne la charge du Ministère, je me suis efforcé de trouver du personnel adéquat, avec l’intention de renforcer la présence féminine dans ce monde politique, dont les femmes ont presque toujours été marginalisées. J’ai nommé le Dr Mercedes Maestre comme sous-secrétaire; et la doctoresse Amparo Poch comme Directrice de l’Assistance sociale. Quant à la Direction générale de la santé, j’ai dû me conformer à ce que furent les indications du Syndicat national de la santé [de la CNT-AIT], qui a souligné l’opportunité de nommer le Dr Morata Cantón à ce poste.

À titre d’exemple, je soulignerai que le nom du Dr Gregorio Marañón[1] m’avait été suggéré en tant que Sous-secrétaire à la Santé. Je m’étais  formé une opinion sur les réserves de Marañón devant les dérives de la guerre civile, j’ai privilégié mon objectif de valorisation des présences féminines au ministère, en nommant, comme je l’ai déjà dit, le Dr Mercedes Maestre, qui, soit dit en passant, n’appartenait pas à la CNT-AIT mais à l’UGT.

Ma réserve à l’égard de Marañón, dont je n’ai jamais douté des grands mérites comme homme de science, s’est rapidement justifiée : envoyé en mission à l’étranger, il n’est pas retourné en Espagne, montrant son hostilité à ce qui était un processus révolutionnaire avec lequel le peuple avait répondu au soulèvement fasciste, ne cachant pas ainsi que, mis face à un choix, il préférerait toujours les idées d’ordre et de continuité qui, pour lui, étaient mieux incarnés par le franquisme que par une République débordée par les masses.

Cependant, le Dr Marañón avait joué un rôle important dans l’avènement de la Seconde République, dont on peut dire qu’il avait été de ceux qui l’avaient aidé à naître.

Quelque chose de similaire s’est produit avec le Dr Gustavo Pittaluga. Malgré ma méfiance, il fut envoyé en mission hors d’Espagne. Il n’y est pas retourné non plus et pire il a nui à la cause républicaine, car il ne sut pas conserver, pour le moins, une neutralité qui aurait pu l’excuser historiquement.

Malheureusement, je n’ai pas de données et de statistiques concrètes à ma disposition pour pouvoir établir de manière fiable tous les problèmes à résoudre pendant cette période où tout était bouleversé et où beaucoup de choses devaient être improvisées. De plus, il y avait en tout trois structures qui assumaient des fonctions similaires. D’une part, il y avait un Conseil de Santé qui relevait de la Généralité de Catalogne. De l’autre, il y avait la Santé de Guerre (Sanidad de Guerra) qui faisait partie du Ministère de la Défense. Et enfin il y avait notre Ministère qui, en quelque sorte,  devait prendre en charge les blessés, lorsqu’ils étaient évacués des hôpitaux de campagne (hospitales de sangre) et étaient transférés à l’arrière.

Nous ne devons pas exagérer les difficultés de cette triple fonction, car nous les portions avec bonne volonté et esprit de solidarité, en évitant les frictions et les malentendus. Tout d’abord, je dois dire que le comportement des médecins a été généralement exemplaire. À aucun moment, ou en de rares occasions, les idéologies politiques ou les influences religieuses n’ont pris le pas sur le sens des responsabilités du médecin envers les blessés ou les malades. Je n’ai pas non plus trouvé, à aucun moment, d’hostilité envers la femme confédérée et libertaire, qui occupait la direction du ministère.

Tous les médecins avec qui j’ai eu à traiter et que j’ai placés dans des postes importants ont fait leur devoir et ont toujours été corrects avec moi. Je citerai en exemple le cas du Dr Mestres Puig, qui me seconda activement au Sous-Secrétariat à la Santé au cours des derniers mois de mon administration.

Je me souviens, en tant qu’anecdote, que j’ai mis à disposition du Dr Trueta les locaux de l’Institut Pedro Mata, à Reus, afin qu’ils puissent essayer les méthodes de guérison des blessures aux bras et des jambes grâce à la méthode de la gangrène sèche, ce qui a sauvé plus tard tant d’hommes de mutilations fatales au cours de la seconde guerre mondiale.

Une équipe de médecins s’y est installée qui fut gagnée aux idées de Trueta. Elle recueillait des blessés dans les hôpitaux de sang ce qui généralement évité la perte d’un de leurs membres. J’ai eu l’occasion de visiter cet institut, transformé en hôpital d’essai, et de vérifier les succès obtenus.

Santé

Un des grands problèmes auxquels la Santé Civile a dû faire face a été la peur des épidémies. Comme indiqué précédemment, par décret de la Présidence du Conseil des ministres du 21 novembre 1936, les conseils et commissions techniques du précédent ministère ont été refondus en un Conseil national de la santé et un Conseil national de l’assistance sociale.

Le Conseil national de la santé était composé des départements suivants :

1.Hygiène et prophylaxie,

2.    Hôpitaux et sanatoriums,

3.    Pharmacie et fournitures,

4.    Personnel et organisations professionnelles,

5.    Secrétariat général.

Ma principale préoccupation et celle de mes collaborateurs était de lutter contre les infections, de stopper les épidémies, de faire en sorte que la dégradation de la santé des gens avec la guerre ne devienne pas un deuxième front. Un exemple de cette préoccupation est la circulaire publiée par le Ministère au début de décembre 1936, par l’intermédiaire de son département d’hygiène et de prophylaxie, qui exprime ce qui suit:

«  Le déplacement d’une partie de la population espagnole en raison des aléas de la guerre et de son agglomération dans certaines régions et provinces oblige l’administration sanitaire à adopter ces mesures prophylactiques qui empêchent l’apparition de flambées de maladies épidémiques. »

Il fallait surveiller de près l’état sanitaire des eaux et l’hygiène des populations qui, dans le raz de marée des installations improvisées, des concentrations de soldats et de réfugiés, nécessitaient une vigilance continue pour éviter certaines maladies contagieuses, y compris celles que l’ennemi pourrait utiliser pour empoisonner les eaux ou pour produire des foyers infectieux.

Le Comité d’Hygiène de la Société des Nations

[La Société des Nations (SDN)[2]] à Genève était tellement convaincue du danger d’épidémies que le Comité d’hygiène de la Société des Nations a envoyé deux délégations en Espagne, l’une en Espagne républicaine et l’autre en Espagne franquiste, pour examiner de visu l’état de santé des villes et fronts.

L’obsession des médecins mandatés était qu’une épidémie de typhus exanthématique se produise dans une zone ou l’autre. Je ne sais pas ce qui s’est passé dans la zone soumise par Franco et les siens, mais en ce qui concerne la zone républicaine, il n’y a pas eu un seul cas de typhus exanthématique. La Commission dû reconnaître que l’état de santé, à la fois dans les villes et sur les fronts eux-mêmes, ne laissait rien à désirer, et que les règles d’hygiène et de vigilance les plus rigoureuses étaient respectées face à une éventuelle propagation des maladies classiques dans toute période de guerre, et y compris les maladies vénériennes.

Assistance Sociale

L’autre grande orientation qui a guidé nos activités en matière de protection sociale était une projection pour l’après-guerre, et [dans ce cadre prospectif] des réformes ont été entreprises, dont l’objectif principal était de couper à la base les problèmes concernant les anciens organismes de bienfaisance. Le Décret de la Présidence du Conseil des ministres du 25 novembre 1936, par lequel le Conseil national de l’aide sociale (Consejo Nacional de Asistencia Social) disposait que ce dernier « ait pour mission principale de tout coordonner dans les meilleurs délais [toute structure] dont l’objet et le but constituait la bienfaisance officielle, qu’elle soit privée ou  publique ». En effet, il s’agissait de profiter, d’une part, des actifs et des institutions appartenant à l’ancienne Bienfaisance (Beneficencia), mais en même temps d’essayer d’éradiquer l’esprit humiliant de la charité [religieuse] qui l’inspirait.

Nous avons obtenu d’améliorer le régime des anciens hospices, de même dans l’accueil des personnes âgées et des enfants. De grandes résidences réquisitionnées ont également été utilisées, pour les installer dans des conditions humaines.

L’assistance sociale était régie par le décret du 14 janvier 1937, selon lequel le Conseil national était composé de cinq conseils :

1. Handicapés invalides et démunis,

2. Protection pour les femmes enceintes et allaitantes, et les enfants en bas âge,

3. Maisons d’enfants (ex-asiles et orphelinats), crèches et garderies infantiles, …

4. Écoles de correction et de réforme,

5. Secrétariat général.

À leur tour, les Conseils Provinciaux devaient être composés de cinq sections similaires dans leur rôle. Et, en même temps, tous les organismes de bienfaisance privés furent dissous, qu’ils aient été ou non sous le protectorat du gouvernement, quelle que soit leur nature : fondation, asile, comité, patronage ou tout autre nom qu’il aurait pu utiliser. En accord avec le Dr Amparo Poch, je voulais améliorer la situation économique des assistantes sociales, qui touchaient des salaires dérisoires. Mais là, je suis entré en collision avec ce qui était et qui continue d’être le statut des fonctionnaires, qui établit un principe hiérarchique qui m’a révolté. Il y avait une telle différence entre ce qu’un chef de la direction touchait comme salaire et ce qu’un travailleur social recevait, qu’il ne m’était pas possible d’y consentir.

Mais il n’y avait aucun moyen de modifier légalement ce principe de hiérarchie qui, je le crains, continuera de subsister. Je ne pouvais que chercher des moyens indirects d’augmenter les salaires des fonctionnaires les moins favorisés et de diminuer, en faisant appel à leur conscience d’être humain et de syndicalistes, à ceux qui occupaient des postes élevés.

En ce qui me concerne, et en ce qui concerne ceux qui étaient délégués par notre organisation [la CNT-AIT], le principe était établi: Nous reversions le montant de nos honoraires au Comité National de la CNT-AIT et ce dernier nous donnait mensuellement le salaire perçu par un milicien.

Invitation du Comité d’Hygiène de la Société des Nations

À la suite de la visite dans la zone républicaine de la Commission envoyée par le Comité d’hygiène de la Société des Nations, j’ai été personnellement invitée à assister à une réunion de ce Comité, devant laquelle la délégation susmentionnée allait présenter les conclusions de son voyage. Il était entendu que je pourrais ajouter ce que je jugerai nécessaire.

Nous avons assisté à cette réunion, accompagnée des Docteurs Cuatrecasas et Marín de Bernardo, et nous avons profité de l’occasion pour défendre la cause de l’Espagne républicaine, dénonçant l’abandon dans lequel nous laissaient les démocraties, qui étaient les pays les plus représentés à la Société des Nations.

Nous avons eu l’audace de dire que ce n’est pas de l’état de santé d’un pays civilisé comme l’Espagne qu’il fallait se préoccuper, mais de comment se défendait cette démocratie, mise en danger par les troupes fascistes qui prétendaient régner sur notre pays.

Je m’excuse de faire référence à ce point anecdotique, qui n’a rien à voir avec la santé. Mais c’est qu’à cette époque, tout était si intimement confondu qu’il était impossible d’établir des séparations entre les différents aspects de la vie économique, sociale et politique de l’Espagne.

Création de l’Office Central d’Evacuation et d’Assistance aux Réfugiés

À notre retour, de grandes difficultés nous attendaient, créées par la chute de Malaga, qui avait précédé celle d’Irun, déversant des milliers et des milliers de réfugiés sur la zone qui était encore au pouvoir de la République, pour la plupart des femmes, des personnes âgées et des enfants. . Chaque jour, il y avait également un plus grand nombre de blessés à la charge du Service de santé de guerre et qui ont été ensuite transférés à celle du Service de santé civile. Cela nous a obligés à créer l’Office central d’évacuation et d’assistance aux réfugiés (OCEAR, Oficina Central de Evacuación y Asistencia a los Refugiados), basé à Valence et à Barcelone. Il faut dire qu’à cette époque, la situation à Madrid, encerclée par les forces ennemies, à l’exception des routes qui menaient de Madrid à Valence, avait contraint le gouvernement, tous les services officiels et les Comités nationaux de toutes natures, à abandonner Madrid pour s’installer à Valence.

Cependant, à Madrid, la santé civile et l’assistance sociale ont continué de fonctionner, prenant en charge les enfants d’âge scolaire, qui ont été transférés dans des zones plus sûres, certaines situées même en France, où il y avait déjà des colonies infantiles d’enfants réfugiés.

Le problème de l’avortement

L’un des problèmes que j’ai entrepris de résoudre, en profitant des difficultés offertes par une situation révolutionnaire, a été de trouver des moyens d’éviter la catastrophe des femmes victimes de manœuvres d’avortement, qui les mutilaient pour toujours et qui leur coûtaient souvent la vie.

A une époque où avoir un enfant causait des difficultés quasi insolubles, des milliers de femmes recouraient à des « cureteuses » (curanderas) ou à des pratiques primitives qui étaient à l’origine d’infections très graves. Il était urgent de trouver une solution sanitaire à ce problème, permettant à la femme enceinte, n’ayant pas réussi malgré toutes les procédures contraceptives mises en  œuvre  d’interrompre cette grossesse avec des garanties d’hygiène qui ne mettaient pas sa santé en danger.

Tous les scrupules religieux ou autres pesaient peu dans la vie des femmes qui devaient faire face à un tel état de choses. Conscients de la nécessité de trouver une solution à l’affaire, sans être partisan, loin s’en faut, de la pratique de l’avortement, le Dr Mercedes Maestre et moi avons décidé d’un commun accord de préparer un décret qui permettrait l’interruption artificielle et volontaire de la grossesse. Décret qui a été suspendu dans le portefeuille du président en raison de l’opposition de la majorité des membres du gouvernement.

C’est la raison pour laquelle j’ai dû recourir au subterfuge d’étendre au reste de l’Espagne républicaine les avantages du décret sur le droit à l’interruption artificielle de grossesse adopté par la Generalitat de Catalogne en août 1936. Ce décret de la Généralité, rédigé par le sous-secrétaire du Conseil de la Santé de Catalogne, le Dr Félix Martí Ibáñez, a été adopté par le compagnon Pedro Herrera, qui avait été nommé par la CNT-AIT pour occuper le poste de Conseiller de la Santé de la Généralité. En élaborant ces décrets, nous étions conscients qu’une solution devait être trouvée au drame de milliers de femmes qui, chargées d’enfants, avaient recours à des moyens extra-médicaux ou « fait-maisons » pour supprimer les grossesses non désirées. Je dois ajouter que l’opposition à un tel projet de la part de bon nombre des membres du Cabinet de l’époque découlait du fait qu’ils n’en voyaient que les aspects négatifs. Pour eux, cette permissivité serait une cause de débordement sexuel, et se prêterait à certaines immoralités dont, à terme, les femmes elles-mêmes seraient victimes.

De tout cela il ne resta rien, et aujourd’hui les timides tentatives de légalisation de l’avortement, avec de nombreuses limitations, se heurtent, une fois de plus, aux obstacles rencontrés par ceux qui, en raison de préjugés religieux, ne se rendent pas compte que non seulement ils n’évitent pas les avortements, mais qu’en plus ils exposent de nombreuses femmes à de nombreux dangers. De plus, ces scrupules sont le signe d’une hypocrisie évidente, dont les femmes pauvres sont victimes, car les riches peuvent aller tranquillement en Angleterre, en Suisse ou dans un autre pays étranger pour se libérer d’une grossesse inopportune.

La lutte contre la prostitution

Une autre initiative que, en accord avec la Dr Amparo Poch, directrice de l’Assistance sociale, nous avons mise en place était de créer les conditions favorables pour que les femmes qui voulaient se libérer de la prostitution puissent le faire en trouvant des moyens leur permettant d’abandonner l’exercice d’une profession considérée comme la plus ancienne du monde.

Nous avons créé des foyers, appelés des « libératoires de prostitution », Liberatorios de Prostitución, dans lesquels les femmes qui voulaient trouver un autre travail étaient logées et aidées. Il y avait des ateliers où elles apprenaient des métiers et un service grâce auquel elles étaient placées dans d’autres activités rémunérées. Je dois dire que certaines femmes ont rechuté dans leur ancienne profession qu’elles jugeaient moins douloureuse que celles qu’on leur enseignait. Mais, en l’honneur de la vérité, il y avait une grande majorité qui a rejoint ce que nous pourrions appeler, en quelque sorte, une vie respectable, certaines d’entre elles se mariant même et sont devenues des épouses et des mères exemplaires.

Considérations finales

Il est difficile d’imaginer, à cinquante ans de distance, à quoi ressemblaient ces mois terribles. Les bombardements de l’aviation ennemie étaient effectués, sans discrimination, sur des villes ouvertes, où la défense antiaérienne ne pouvait pas faire grand-chose. Nous ne savons pas si, délibérément, au lieu de rechercher des points stratégiques, les quartiers populaires dans les grandes agglomérations ont été systématiquement attaqués.

C’est un fait, la République n’a jamais bombardé aucune ville de la zone occupée par Franco. C’est un fait également que la plupart de ces avions assassins étaient pilotés par des aviateurs allemands et italiens. Il est nécessaire d’évoquer ce qu’était le meurtre d’enfants et de femmes dans de nombreuses grandes villes afin de comprendre la panique qui a saisi les familles et les a fait désespérément chercher un refuge, une solution pour sauver la vie de leurs enfants.

Ces explications sont nécessaires pour que l’histoire sache pourquoi tant le Ministère de la santé et de l’assistance sociale que les familles ont dû accepter les offres du Mexique et de l’Union soviétique, qui ont proposé d’accueillir des enfants espagnols afin de les sauver du danger de la guerre.

Et ce fut une tâche énorme, en particulier pour l’OCEAR, de rassembler et de diriger, d’abord sur Valence puis sur Barcelone, les milliers d’enfants destinés à quitter l’Espagne, certains vers la France, d’autres vers le Mexique et d’autres vers la Russie.

À aucun moment, la conscience et la volonté des familles qui accompagnaient leurs enfants aux points d’embarquement n’ont été violées. Je vous fais grâce de ce qui fut, presque toujours, le spectacle déchirant de ces séparations. Pour toutes et tous, il y avait l’angoisse et l’incertitude du lendemain.

Personnellement, j’ai toujours ressenti un immense chagrin en me disant que, autant nous-mêmes que les familles, nous avons contribué, forcés par les circonstances tragiques que nous vivions, au fait que beaucoup de ces enfants ne pourraient jamais retourner en Espagne et que beaucoup étaient perdus dans le tourbillon de la guerre [mondiale] qui s’approchait, en particulier ceux qui sont allés en Russie.

J’ai essayé d’être aussi objective que possible et, bien que succinctement, de souligner l’essentiel de ce que mon travail au Ministère de la santé et de l’assistance sociale a été et des réalisations qu’il me fut permis d’accomplir pendant la courte période de mon administration. Je regrette seulement de ne pas avoir pu en faire plus et surtout de ne pas avoir pu consolider ce qui a été fait. Nous étions riches en imagination et en généreuse splendeur. Nous pensions que nous ferions beaucoup de bien et le bien que nous avons fait, malgré tout, est supérieur au mal qui nous est attribué. J’ai aussi essayé de m’abstenir de tout sentiment d’hostilité et de toutes les accusations sévères contre ceux qui, historiquement, seront toujours responsables de la tragédie dans laquelle l’Espagne a été plongée. Quarante ans de dictature sont de nombreuses années. Il est utile de se souvenir de ce passé et que les générations le sachent et nous connaissent.

Federica Montseny

Brochure éditée en 1937 par la CNT-AIT pour faire un premier bilan à chaud de l’action de Federica Montseny au Ministère de la santé et l’Assistance sociale

Affiche de l’OCEAR postérieure au départ de Federica Montseny du Ministère de la santé et de l’assistance publique, quand ce dernier fut réintégré au sein du Ministère du travail.


[1] Chirurgien bourgeois, qui avant-guerre avait contribué à promouvoir une approche plus libérale et républicaine de la médecine, mais qui profita d’une mission à Paris au début de la Révolution pour s’enfuir et afficher son soutien à Franco au nom de l’Ordre et de la stabilité.

[2] Ancêtre de l’ONU, dont le siège se trouvait à Genève, en Suisse, territoire neutre

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Cet article fait partie d’une série de brochures sur le thème de la santé pendant la Révolution espagnole (1936-1938).

les autres volumes sont les suivants :

Chaque brochure peut être commandée au format papier (séparément 8 Euros chaque frais de port compris, ou bien 20 euros pour les quatre), chèques à l’ordre de CNT-AIT (mention brochure Santé au dos) à adresser à CNT-AIT, 7 rue St Rémésy 31000 Toulouse




Source: Cnt-ait.info