Comme à Nantes, Sète, Bordeaux, Niort, Carcassone et Bayonne, les transports en commun ont été bloqués à Marseille, paralysant le centre-ville. C’est que les deux dépôts RTM les plus importants de la ville ont été bloqués simultanément ce 10 janvier au petit matin. Les deux autres petits dépôts – celui d’Arenc, desservant les quartiers nord, et celui de la Capelette – n’ont en revanche pas été entravés.

Au dépôt de La Rose, une centaine de syndiqués CGT ont répondu à l’appel de l’Union départementale en bloquant à partir de 4h30 la sortie de tous les bus. Ils ont levé le blocage à 7h a pour continuer cette matinée « piquets volants » et aller bloquer la gare St-Charles et les voies de chemin de fer pendant une grosse heure.

Blocage à St-Pierre, trams à l’arrêt

Au dépôt de St-Pierre, vers 4h30 également, une vingtaine de Gilets jaunes, de précaires, d’étudiant.e.s et de grévistes de différents secteurs sont venus par surprise bloquer le départ de la centaine de bus et des dizaines de trams. C’est effectivement à cet endroit que les trams sont garés chaque nuit.

De petites barricades ont été montées avec les moyens du bord et les agents RTM qui ne faisaient pas grève ce jour-là n’ont pu faire autre chose que de stopper leurs bus et trams. Tous étaient très contents de voir leur lieu de travail bloqué par d’autres manifestant.e.s. La direction a fait appeler les flics, qui n’ont pas tarder à se ramener. Mais ces derniers ont préféré ne pas intervenir.

Entre 6h et 7h, le gros des agents sont arrivés pour prendre leur service mais se sont eux aussi retrouvés, avec une certaine joie, au chômage technique. Des tournées de cafés ont alors été payés aux personnes bloquant. Toujours aucun bus ni tram sortis du dépôt. Beaucoup de discussions entre bloqueurs/euses et employé.e.s : pertinence et efficacité du blocage économique, nécessité de dépasser les corporatismes ou pratiques particulières, envies de faire des blocages tournants (pour éviter de se faire sanctionner sur son lieu de travail), souvenirs des blocages de 1995 (voir la vidéo en fin d’article), etc.

Vers 8h, un petite cagnotte est lancée par les agents RTM pour pouvoir aller acheter des victuailles (merguez, pinard, croissants…) pour réchauffer le corps et le cœur des personnes à l’initiative du blocage. Les braseros sont transformés en barbecue, le rosé succède au café ! Grosse ambiance, la dernière voiture de flics décide de partir.

Les discussions vont bon train. On peut apprendre que les blocages réalisés par les agents eux-même sont devenus compliqués : la direction et les contre-maîtres désignent par voie d’huissier les bloqueurs pour pouvoir les poursuivre pour « entrave » et les mettre à pieds. Que ça soient en tant de mouvement social ou pas, les salauds restent des salauds. On peut également apprendre que ce blocage est un gros coup : il fait mal à la ville et à la Métropole car les trams sont un peu leur image de marque (« Marseille change » ou le grand nettoyage de la gentrification par les trams). Et il devrait représenter une perte sèche de plusieurs centaines de milliers d’euros pour la RTM. Plus précisément, la Métropole va exiger une grosse indemnité à son prestataire quasi privatisé, la RTM, pour non distribution du service. Bref, ça fait mal au portefeuille et c’est tant mieux !

Au fil des heures quelques personnes viennent en renfort du piquet, tandis que certains matinaux vont se coucher. Ça c’est de l’organisation ! Vers 11h30, la direction enrage et tente de se la jouer mafieux et gros bras pour casser le piquet. Ils veulent avant tout autre chose virer les parpaings déposés sur les voies de trams. Certains cadres et contre-maîtres font de menaces ou lancent même des coups. Une manifestante devra être conduite à l’hôpital. Ça ne suffit pourtant pas à entamer la détermination des bloqueurs, et l’intimidation physique ne suffisant pas, la direction et ses sbires se rabattent sur l’option policière. Vers midi la bleusaille arrive en force, et les bloqueurs décident de partir en groupe.

Vivement la prochaine ! Et comme dit le slogan « L’Etat et les patrons ne comprennent qu’un langage : grève, blocage et sabotage !« 

Quelques photos. Casser la grève : des cadres et des contre-maîtres larbinant pour la RTM…

Souvenirs souvenirs !

Une petit vidéo-tract de 1995 sur la lutte enflammée des travailleurs de la RTM :


Article publié le 13 Jan 2020 sur Mars-infos.org