Janvier 31, 2021
Par Archives Autonomie
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UNE TÂCHE D’ÉCLAIRCISSEMENT

Dans le présent numéro de l’Espagne Nouvelle, on trouvera diverses contributions importantes au problème de l’anarchisme dans la révolution.

Nous avons cru bien faire de réimprimer, tout d’abord, un ouvrage fondamental datant du premier essor de l’organisation syndicale après la chute des Bourbons : il s’agit de la fameuse brochure où le regretté camarade Isaac Puente (assassiné par les fascistes en 1936) exposa le programme du communisme libertaire comme finalité de la Confédération Nationale du Travail. Cette brochure a été traduite et éditée par nous à diverses reprises. Nous y voyons un effort remarquable pour concrétiser les aspirations du prolétariat espagnol vers l’abolition du salariat. Nous continuons à penser que son contenu exprime une tendance historique toujours vivace et confirmée par l’expérience des armées ultérieures.

En 1934, eut lieu l’Insurrection prolétarienne des Asturies. Pour la première fois, on assistait à la réalisation de l’Alliance ouvrière sur un terrain antifasciste révolutionnaire. Le communisme libertaire fut proclamé — non pas platoniquement ou à l’échelle de quelques villages, comme au cours des tentatives précédentes où les anarchistes avaient combattu en isolés — mais comme partie intégrante d’un système fédéraliste où se manifestaient, liées par un pacte commun d’échange et de défense, diverses tendances ou expériences sociales provenant de partis ou organisations syndicales diverses. L’étude historique du camarade qui signe “Ignotus”, l’Inconnu, est une contribution à cette étape du développement de la lutte sociale en Espagne. Nous en avons entrepris la publication en feuilleton. Nous espérons la terminer et lui donner la forme d’un volume.

En juillet 1936, s’est ouverte une nouvelle période dans laquelle les conditions d’une action de grande envergure se sont ouvertes devant les organisations ouvrières, à l’échelle non plus régionale, mais nationale. Trois conditions favorables se trouvaient réunies : 1° une intense poussée des masses vers la réalisation du socialisme par l’action directe ; 2° la neutralisation des classes moyennes et d’une partie de l’appareil militaire-policier directement menacés par l’offensive déclenchée par les factieux de droite ; 3° la faillite économique et politique du gouvernement bourgeois devant les problèmes sociaux : question agraire, résistance au fascisme international, etc.

D’un autre côté, certains facteurs venaient entraver le développement de l’action révolutionnaire des masses : au premier rang de ceux-ci, nous croyons devoir citer : l’apparence gauchiste, “front populaire” donnée au gouvernement républicain à la faveur des élections de février (auxquelles les masses anarcho-syndicalistes eurent le tort de participer dans un but sentimental) ; la confusion de principes et de programme résultant de cette collaboration au parlementarisme ; l’existence de gouvernements de front populaire ou de gouvernement pseudo-démocratiques en France, Grande-Bretagne et dans d’autres pays (les masses ouvrières se trouvaient neutralisées par l’Etat au lieu de pouvoir entrer en lutte ouverte contre lui, la main dans la main avec le prolétariat espagnol).

A notre avis, cette situation trouble (et par là favorable à l’intervention contre-révolutionnaire hypocrite de l’impérialisme capitaliste sous le masque de la “non-intervention”) pouvait être dénouée par une action solidaire, ouvertement révolutionnaire des élites prolétariennes à l’échelle internationale, qui eut porté la question espagnole sur son véritable terrain ; mais cet avis n’était partagé, ni par les dirigeants de la CNT-FAI (Santillan, Garcia Oliver, G. Leval, etc.) ni pas les hommes les plus en vue de l’anarchisme international.

L’attitude que nous avons assumé dans l’Espagne antifasciste (août 1936-janvier 1937), puis dans l’Espagne Nouvelle et Terre libre (février 1937 jusqu’à aujourd’hui) était et reste, à nos yeux, la seule conforme aux réalités concrètes et aux principes directeurs qui nous inspirent. Elle consiste à envisager les événements d’Espagne sous l’angle de la révolution sociale internationale, et à mettre l’accent sur le caractère insurrectionnel, expropriateur, socialiste et libertaire de l’action entreprise par les masses espagnoles, pour cristalliser autour d’elles le mouvement de renouveau spirituel et organique du prolétariat mondial.

Certains nous donnent tort à la fois dans notre analyse de la situation, dans notre interprétation des tâches et dans nos perspectives, et notre devoir est d’examiner les objections qui nous ont été adressées de divers côtés, pour les peser sans aucun parti pris et pour y répondre, en examinant à notre façon de voir et notre postulat de la possibilité du communisme libertaire en Espagne et dans le monde ont été confirmés ou démentis par les événements.

L’OBJECTION “INDIVIDUALISTE”

Nous devons, en premier lieu, envisager la théorie émanant des représentants français de “l’individualisme pur”, qui sont devenus en même temps les porte-paroles officiels de la CNT-FAI en langue française à Barcelone, par un processus d’adaptation qu peut paraître étrange, mais qui n’est pas sans précédents.

Le comportement anarchiste-individualiste devant la révolution sociale admet deux variétés bien distinctes, basées chacune sur un type d’homme nette tranché.

Un individualiste-anarchiste peut considérer la révolution comme une occasion de libération personnelle pour lui-même et pour les autres hommes, comme une source d’exaltation et d’énergie humaine qu’il défend en tant que telle contre toutes les tentatives d’étouffement, de monopolisation ou de déviation vers un régime quelconque absorbant les forces et niant les droits de l’individu. Cette sorte d’individualisme révolutionnaire (qui a produit les consciences les plus droites, les attitudes les plus intransigeantes dans la revendication de l’idéal, les dévouements les plus magnifiques et les plus éclairés à la cause de la liberté) constitue, à notre avis, le trésor irremplaçable de tout mouvement social.

Une autre sorte d’individualisme, que l’on pourrait appeler sceptique ou cynique, consiste à nier en général la possibilité de toute révolution digne de ce nom et à affirmer, dans le mépris de la plèbe prolétarienne et de l’humanité en général, les droits du débrouillage, du machiavélisme, de l’arrivisme, de l’exploitation d’autrui.

Toute cette attitude, si elle n’est pas toujours très honorable, n’en est pas moins extrêmement logique. Considérant l’impossibilité du communisme libertaire, la veulerie des masses, et l’ineptie de toute tentative pour abolir l’Etat et le capitalisme, les individualistes sceptiques sont naturellement conduits à acclamer le maintien du capitalisme (où ils trouvent plus de facultés d’adaptation que dans un régime d’égalité), l’instauration d’une dictature et d’une discipline de fer (tant qu’ils sont du côté du manche), la poursuite d’une tuerie nationale à étiquette antifasciste (tant qu’elle est pour eux glorieuse et sans risque), et le machiavélisme diplomatico-politique sous tous ses aspects (ne sont-ils pas, dans l’intimité, de grands admirateurs de Staline, Hitler et Mussolini, ces “individus affranchis ?).

Mais il y a pis. À en croire les “real-politikers” de l’individualisme sceptique, les anarchistes révolutionnaires seraient les véritables responsables de tous les malheurs qui fondent sur l’Espagne. Et ceci, pour les crimes énumérés par l’un deux dans l’En dehors de la première quinzaine de décembre — crimes dont voici la liste :

1°) Avoir inconsidérément propagé l’idée qu’une révolution sociale était en gestation ou en développement en Espagne, ce qui a motivé le blocus international contre la république espagnole.

2°) Avoir critiqué le régime russe et mis en garde les anarchistes espagnols contre l’introduction massive des troupes mercenaires et des forces policières russes, ce qui a obligé les autorités russes à se servir de ces mêmes forces contre la CNT.

3°) Avoir encouragé les anarchistes et les syndicalistes espagnols à prendre ou garder le contrôle de la vie économique, ce qui a contraint la bourgeoisie espagnole à anéantir par la force les réalisations populaires les plus avancées, afin de reconquérir l’estime des gouvernement étrangers, et la stabilité nécessaire à la victoire.

4°) Avoir jeté internationalement le désordre dans le bloc antifasciste connu en France sou sle nom de Front populaire, en menant une campagne sectaire antibolchéviste à la faveur des défaites subies par l’Espagne républicaine depuis l’avènement au pouvoir des agents de Staline, ce qui a favorisé les menées du POUM, des trotskystes, de Franco, etc.

Sans considérer s’il s’agit ou non de l’opinion privée d’une paire d’individus dont l’un n’est que le miroir de l’autre (l’Unique et sa propriété ?), nous sommes prêts à admettre le bien fondé de toutes ses accusations — mais à une condition seulement. C’est qu’on nous démontre l’impossibilité d’une révolution sociale à l’échelle espagnole et internationale, la faillite des méthodes d’action directe, l’incapacité du prolétariat et des paysans en général à prendre en mains leurs propres destinées et, au contraire, la capacité, la volonté et la nécessité pour la bourgeoisie nationale et internationale, espagnole, française, anglaise et russe, de mettre fin au fascisme par ses propres forces.

À cette seule condition, nous sommes prêts à admettre l’attitude de l’individualisme sceptique (et du bolchévisme stalinien) comme la seule cohérente, la seule logique, la seule juste, la seule réaliste et conforme aux nécessités de l’heure. Et ceci, une fois pour toutes.

L’OBJECTION “RÉVISIONNISTE”

Quiconque a vécu dans l’atmosphère brûlante, exaltante, enthousiaste des jours de juillet, août et septembre 1936, a éprouvé ce que signifie le mot Révolution — la mise en marche du peuple entier, l’organisation de l’indiscipline envers tout ce que le passé a construit, l’affirmation sans cesse renouvelée que tout est possible, et cela non pas dans un avenir plus ou moins éloigné, mais dans l’ivresse créatrice du présent ! Jamais peut-être les masses ne furent plus joyeuses à se dépasser elles-mêmes, à briser leurs chaînes, à renverser les cloisons étanches des castes, des professions, des religions et des partis, que dans cet admirable été de 1936, fondation d’une nouvelle ère prolétarienne, point de départ de l’épopée qui devait ébranler toutes les prisons et toutes les forteresses de la terre…

Il y avait, cependant, parmi les protagonistes de l’heure (dont beaucoup étaient des militants chevronnés) un certain dédain pour cette exaltation générale. Tout en contribuant par des discours, des gestes symboliques, des affirmations retentissantes, à proclamer que le 19 juillet avait ouvert une époque nouvelle pour l’Espagne et pour l’humanité, certains vétérans (jeunes ou vieux) sur qui reposaient la confiance du peuple, acceptaient avec une ironie intérieure les actes de foi de la masse. A leurs yeux, il ne s’agissait que d’un débordement social momentané, d’une saturnales de la liberté, d’une sorte de foire aux utopies. Le vrai problème était de joindre Franco sur son propre terrain, de trouver des troupes régulières, des fournisseurs de guerre, des alliés internationaux, et d’entreprendre une guerre défensive contre le fascisme, avec l’appui de la bourgeoisie libérale européenne.

Ainsi se réalisait ce paradoxe d’une situation où les seuls hommes à ne pas croire à l’avènement prochain du communisme libertaire par la révolution, étaient justement ceux qui avaient combattu en enfants perdus de l’anarchisme durant les années précédentes, et que le peuple venait de placer au pinacle, en raison même de leur passé. Croyant avoir à faire en eux à des anarchistes inébranlables, la masse révolutionnaire acclamait les héros de naguère, les Garcia Oliver, les Santillan, etc. au moment même où ceux-ci étaient devenus des anarchistes repentis ou, si l’on préfère, des révisionnistes de l’idée et de la tactique anarchistes secrètement gagnés aux formules et aux méthodes d’action du néo-bolchévisme stalinien en Espagne. Ce malentendu dure encore aujourd’hui et il explique la réussite de la colonisation stalinienne en terre ibérique. Cette colonisation ne pouvait avoir lieu ouvertement, ni sous l’égide des tristes sires que sont les Comorera, les Pepe Diaz, les Judas Hernandez. Il ne s’agissait pas non plus d’utiliser des renégats conscients, des traitres achetés. L’opération de confiscation de la révolution eut donc lieu en se servant de la fatigue et du manque de foi de ceux que le peuple considérait comme les révolutionnaires par excellence, parce qu’ils étaient environnés du prestige de la FAI. Elle fut une œuvre de persuasion, une question d’ambiance, une affaire d’infiltration morale. Les gens renseignés parlent maintenant d’une droite stalinienne dans la CNT-FAI. Ils savent que cette droite est prête à obéir aux suggestions du stalinisme. Prête à collaborer avec lui au gouvernement. Prête à fusionner la presse “anarchiste” et celle de Moscou. Prête à consommer la destruction du POUM et celle de la tendance caballeriste de l’UGT. Prête, enfin, à réaliser l’unité syndicale et même l’unité de parti (le fascisme antifasciste !) sous la direction stalinienne.

Ces hommes, répétons-le, ne sont pas des vendus, des renégats, des traites au sens vulgaire du mot. Ce sont des hommes dépassés par les circonstances, pris au piège de leurs fonctions de ministres et de ténors de la tribune, et inconsciemment influencés par l’ennemi dans leur vision de la situation et dans l’exercice de leur autorité.

Leur philosophie tient en quelques mots : “il n’y avait pas de révolution en Espagne, il ne pouvait pas y en avoir, et ne doit pas et il ne peut pas y en avoir tant que durera la guerre.” Et même après la guerre terminée, il ne saurait être question de briser le front commun des éléments républicains conservateurs et des ouvriers révolutionnaires.

Bien entendu, cette philosophie n’est pas faite pour être proclamée ouvertement. Les “communistes” eux-même ont rencontré une hostilité si farouche chez leurs propres sympathisants ouvriers, lorsqu’ils ont mis en application le “retour au statu-quo”, qu’aucun parti antifasciste de masse ne peut se permettre un pareil langage. Mais par un excès de zèle dont personne n’a encore relevé le caractère étrangement révélateur, le principal porte-parole de la majorité dans l’Union Anarchiste française a commencé son exposé officiel devant le congrès de cette organisation en affirmant :

“La première erreur fut de croire qu’il y avait révolution en Espagne. Même si des erreurs ont été commises, c’est de bonne foi et ce n’est pas tant dans les compromissions… L’organisation a toujours raison. Même en cas de désaccord, la solidarité et l’esprit de l’organisation nous amènent à justifier publiquement la position de la FAI [1].”

… Pas de révolution en Espagne !

… Sans doute, beaucoup de lecteurs du Libertaire ne se sont pas encore rendu compte de ce que signifie une pareille affirmation ? L’admettre signifie que l’on aurait menti sans discontinuer depuis un an et demi dans les colonnes mêmes du Libertaire en affirmant que le prolétariat et la paysannerie ibérique défendent un patrimoine révolutionnaire et en encourageant les anarchistes et les ouvriers français à leur porter secours sur ce terrain. Cela signifie que les volontaires de la “Centurie Sébastien Faure”, rassemblés sur l’initiative du Lib’, auraient été les dupes d’une escroquerie morale. Cela signifie que les paroles mille et mille fois répétées de défense de la révolution, socialisme, collectivisation, pouvoir des syndicats, contrôle ouvrier, milices prolétariennes, émancipation du peuple, etc. auraient été autant de mensonges. Le plus fort est que ces paroles continuent à être employées dans le Lib’ et par les orateurs de l’UA, même après l’opinion clairement exprimée par la majorité de cette organisation et dont nous avons rapporté la teneur.

Est-ce à dire que l’on concevrait aujourd’hui l’existence de réalisations socialistes, de milices ouvriers, de pouvoir économique syndical, de défense des conquêtes populaires, etc. — dans un pays où il n’y a pas et ne peut y avoir de révolution ?

Est-ce à dire que l’on soit aujourd’hui fondé à collaborer, comme anarchistes et comme révolutionnaires, à un militarisme, à un gouvernement, à un appareil de répression et d’exploitation enfin, qui sont tout simplement des éléments de la grande querelle impérialiste entre les capitalistes repus et les capitalismes affamés ?

Il faut bien noter que la théorie de l’UA-majorité est destinée à justifier les abdications de principes qui ont suivi leur cours en Espagne républicaines — et même à ces “compromissions” comme insuffisantes, eu égard aux nécessités de l’heure.

S’il en était ainsi, quelle objection pourrions-nous faire, en Espagne, aux mesures de répression de l’aile stalino-bourgeoise du bloc antifasciste, conséquence logique de l’affirmation selon laquelle il n’existe pas de perspectives révolutionnaires viables dans la guerre actuelle ? Et en France même ? De quel droit pourrions-nous critiquer le ministérialisme des socialistes, le militarisme, la réaction sociale, la mise au pas des organisations ouvrières, le chauvinisme des staliniens et la marche à l’Union Sacrée et à la guerre ? Les formules ne sont-elles pas les mêmes, ici et là ? N’étaient-elles pas les mêmes déjà en 1914, lorsque les socialistes Guesde, Sembat, Albert Thomas, le syndicaliste Jouhaux, etc ; se mirent à la disposition du gouvernement de la république française pour combattre l’envahisseur teuton ? Quelle différence y a-t-il entre l’attitude des ministres de la CNT et de la FAI et celle de Gustave Hervé en France, s’il est avéré que la situation espagnole au 19 juillet ne comportait pas de caractère révolutionnaire, mais était purement et simplement une situation de guerre ?

Nous demandons aux camarades de l’UA de bien réfléchir aux conséquences avant d’admettre la thèse présentée en leur nom par un de leurs propagandistes les plus écoutés — thèse qui n’a reçu à notre connaissance ni rectification officielle, ni démenti émanant de la base. En niant l’essor révolutionnaire du peuple espagnol, le caractère émancipateur de la lutte qu’il soutient contre le capitalisme de tous les pays, y compris Negrin et Franco — ce n’est pas seulement une évidence que l’on nie. On tourne définitivement le dos à la lutte de classe et à la révolution en tous pays et en toutes circonstances. On procède à l’ensevelissement définitif de tous nos espoirs et de toutes nos traditions, de tout notre idéal et de toute notre force.

Ce n’est pas cela que vous voulez, n’est-ce pas, camarades ?

RÉAFFIRMATIONS NÉCESSAIRES

Revenons à notre point de départ. La CNT, organisation numériquement la plus importance de l’Espagne républicaine (2 millions de syndiqués sur 12 millions d’habitants), a pour but, pour programme, pour tâche fondamentale, la réalisation du communisme libertaire.

Elle a passé par les étapes préparatoires de la lutte illégale, de la propagande idéologique, de la construction d’une organisation syndicale et industrielle, de la mise au point d’une tactique, de l’expérimentation d’un programme révolutionnaire.

Et le fait qui se dégage de près d’un an et demi de lutte décisive entre la réaction et la révolution sociale sur le terrain espagnol, c’est l’échec — échec partiel, car les forces créatrices sont bien loin d’être épuisées — c’est donc l’échec partiel du communisme libertaire et le recul de la révolution.

Ce résultat est-il entièrement imputable aux circonstances ?

Est-il du à une erreur fondamentale de principe ?

Nous ne croyons pas.

S’agit-il d’un manque de maturité ou de préparation ? De certaines erreurs à redresser, de certaines lacunes à combler ? D’un point de départ trop imprécis, ou d’une mise en œuvre insuffisamment énergique ?

En ce cas, l’anarchisme, l’anarcho-syndicalisme, le communisme libertaire, la révolution sociale, sont à réaffirmer comme principes, comme méthodes et comme tâches concrètes.

Mais la conduite suivie, le chemin parcouru, les difficultés rencontrées sont à analyser, afin de tirer les leçons que cette étude comporte pour le présent et pour l’avenir
nous faisons appel à toutes les compétences pour procéder à cet examen objectif, dans une atmosphère de discussion libre et fraternelle.

Dans ce numéro, nous publions les opinions personnelles du camarade N. qui voit dans l’inorganisation des consommateurs et dans l’action internationale de la Franc-maçonnerie la pierre d’achoppement des réalisations espagnoles. Il peut avoir raison ou tort. Il est possible aussi que ses remarques, tout en étant utiles, ne soient pas le nœud du problème. Nous avons cru qu’il y a lieu d’ouvrir une rubrique de tribune libre pour convier, à une travail collectif de libre examen, les camarades français et étrangers susceptibles d’envisager les divers aspects de la question.

L’Espagne Nouvelle pourra-t-elle jouer un rôle utile dans l’élaboration d’une ligne de programme plus juste, plus pratique et plus ferme — sans vaine polémique, mais sans dissimulation des insuffisances qui ont pu se produire. Nous le désirons et l’espérons.

D’ores et déjà, notre journal est assuré de la collaboration de plusieurs militants appartenant à diverses organisations ou tendances dans les cadres de l’idée fédéraliste, syndicaliste et libertaire.

Que tous les camarades qui ont participé à l’expérience espagnole, nous fassent connaître leur point de vue. c’est du choc des réalités que faillit la lumière !




Source: Archivesautonomies.org