Février 21, 2021
Par Archives Autonomie
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La camarade Ethel Macdonald dont l’Espagne Nouvelle a réclamé à plusieurs reprises la libération est maintenant parmi nous. Elle nous charge de remercier nos lecteurs pour les témoignages de solidarité qu’ils lui ont apporté et demande que les mêmes efforts, la même aide soient maintenant apportés à un degré de cent fois plus intense, pour le soutien et la défense des emprisonnés révolutionnaires du Carcel Modelo, de Montjuich et de Valence (parmi lesquels se trouvent de nombreux camarades allemands et italiens privés de toute garantie juridique et de tout appui extérieur).

Les camarades trouveront ci-dessous un exposé de la situation en Catalogne, basé sur les expériences personnelles de notre vaillante collaboratrice.

A l’œuvre tous. Aidez l’Espagne Nouvelle à réaliser l’agitation nécessaire pour sauver nos frères emprisonnés.

APRÈS LA RECULADE

Avec la débâcle des jours de mai à Barcelone s’est produite une formidable vague de répression de la part du parti communiste contre les éléments révolutionnaires qui avaient lutté dans les rues, sur les barricades, coupant la route à la contre-révolution. Les desseins des hommes de Moscou sont depuis lors étalés au grand jour. Entre le 3 mai et le 8, ils ont montré leur vrai visage aux yeux du monde entier. Avec les Gardes d’Assaut et la Garde Civile, ils ont pris position contre les ouvriers de Barcelone par un coup de force tendant à arracher le contrôle des entreprises et de la vie sociale aux masses travailleuses organisées dans la CNT et, partiellement, aussi dans l’UGT. Leur effort n’a pas réussi autant qu’ils pouvaient s’y attendre, parce qu’en quelques heures, le prolétariat s’est levé comme un seul homme pour défendre ses droits. Ouvriers de la CNT, membres de la FAI et du POUM, côte à côte, leur ont barré la route.

Mais la riposte ouvrière fut conduite à l’avortement par les chefs ministrables des organisations syndicales et, depuis, la furie du parti communiste se déchaîne contre les membres des organisations révolutionnaires. Dans le but de dissimuler le rôle qu’il a joué lors des journées de mai, le parti communiste, avec l’aide de la Délégation d’Ordre Public contrôlée par Valence, s’efforce de jeter la responsabilité de l’insurrection sur les anarchistes et les membres du POUM. Dans un style policier, vraiment moscovite, sont dénoncés comme “trotskistes, provocateurs, agents du fascisme, etc.” ceux qui ont résisté aux menées réactionnaires. Et ne pouvant triompher immédiatement de la CNT-FAI, les bolchevistes commencèrent par le POUM.

L’OFFENSIVE ” ANTI-TROTSKISTE”

Le POUM est composé de marxistes de diverses tendances, en liaison avec de nombreux groupes marxistes en divers pays. Coller à ces groupes l’étiquette ” trotskiste ” est aussi commode que faux. Il y a seulement une fraction infime dans le POUM qui est en rapports définis avec Trotsky, et beaucoup de membres lui sont complètement opposés. Mais toutes les tendances ont en commun avec les anarchistes un manque évident de sympathie pour le P.C. bourgeois-stalinien et c’est pourquoi, espérant par là cacher leur propre trahison, le Komintern a pris tous les opposants dans le même sac, les cataloguant “trotskistes” au mépris de toute réalité.

A leurs calomnies habituelles, les staliniens ajoutèrent la brutalité la plus cynique.

En l’espace de deux jours. les locaux du POUM furent fermés, leurs presses saisies, et les camarades espagnols et étrangers fourrés en prison. Les camarades vivant dans des maisons réquisitionnées par le POUM depuis la révolution de juillet, furent arrêtés, leurs effets perquisitionnés et leurs papiers et documents saisis.

LES ARRESTATIONS EN MASSE

J’ai eu l’occasion, à cette époque, de rendre visite quotidiennement à un camarade anarchiste hollandais qui avait été emprisonné sans aucun motif d’accusation. Le lendemain de l’arrestation des chefs du POUM, je me présentai pour le voir comme d’habitude, accompagnée d’une autre camarade anarchiste. A la “Chefatura ” où l’on établissait les permis de visite, je rencontrai cinq camarades connus de moi, dont trois du POUM et deux de la CNT-FAI. Ils m’apprirent que les Gardes d’Assaut avaient fouillé leur domicile le matin même, les avaient arrêtés et avaient saisi leurs effets personnels sans explication d’aucune sorte. Parce que mon amie et moi leur avions adressé la parole, nous fûmes enfermées à notre tour. Ayant protesté, on nous informa que nous n’étions pas “détenues”, mais seulement “retenues”. Le fait que nous connaissions les camarades arrêtés était un motif suffisant pour notre captivité.

La journée entière fut un continuel défilé de camarades, pour la plupart étrangers, arrêtés de la même manière que les premiers. En fait, les arrestations étaient si générales que même une marchande de cigarettes à la porte de la centrale du POUM fut emmenée avec les autres, et n’obtint sa libération qu’en se réclamant de l’UGT et en exhibant la carte de cette organisation. Des camarades femmes apportant à manger à leur mari ou compagnon furent arrêtées et, en général, il était hasardeux de se trouver aux environs de la “Chefatura”.

LE RÉGIME DES PRISONS

Dans les postes de police de Barcelone, il était presque impossible d’avoir des nouvelles concernant les détenus. Absolument privés de protection quelle qu’elle soit, ils étaient entièrement à la discrétion des autorités.

Suivant la loi espagnole, nul ne peut être tenu au secret plus de cinq jours, ni plus de trente jours en prévention, sans être jugé ou relâché. En pratique, il en est tout autrement. Nos camarades sont mis en cellule et ne reçoivent aucune visite aussi longtemps qu’il plaît aux autorités de les en priver. Il en est de même de la durée de leur détention sans jugement. Les cas sont trop nombreux pour être cités, de camarades incarcérés pendant des mois sans procès et sans rapports avec l’extérieur. Et les conditions dans lesquelles ils vivent en prison sont très mauvais..

L’état général sanitaire de Barcelone laisse beaucoup à désirer et la situation des emprisonnés, surtout dans les premières semaines qui suivirent les arrestations en masse, échappe vraiment à toute imagination. Les prisons et postes de police étant pleins à craquer, des garages et des magasins furent utilisés comme maisons de détention. Dans un de ces garages, porte à porte avec la “Chefatura” de la Via Durruti, 140 camarades étaient entassés. Les plus fortunés avaient une couverture pour y dormir, mais la plupart devait s’étendre sur le sol cimenté. Ceci non pas pour une nuit, mais pour des semaines et, en certains cas, pour des mois. il n’y avait qu’un seul lavabo servant en même temps de cabinet. Pour toute nourriture, deux fois par jour, une assiettée de soupe au riz et aux pommes de terre. A l’hôtel Falcon, je vis beaucoup d’hommes de la Brigade Internationale qui étaient totalement affaiblis par le manque de nourriture. Étant étrangers et n’ayant pas d’amis à Barcelone, rien ne venait atténuer leur diète forcée.

DES CRIS SOUS LA MEULE

Par divers procédés, des protestations eurent lieu, des réclamations furent envoyées au dehors et, comme résultat, les miliciens du POUM, d’abord détenus dans leur ancienne centrale de l’hôtel Falcon, furent transportés dans des prisons régulières.

Les arrestations ne cessèrent pas pour cela. Dans l’hôtel en question furent enfermés de nombreux camarades de la CNT-FAI et volontaires de la Brigade Internationale. Ces hommes s’étaient enrôlés sous les auspices du Parti Communiste de leur pays respectif, croyant sincèrement aider le peuple espagnol dans sa lutte contre le fascisme. Mais la conduite des responsables et des commissaires politiques sur le front était si dictatoriale et anti-communiste qu’ils étaient contraints de protester. Or, protester, c’était mériter la prison.

Peu à peu, il devint évident que le parti communiste ne se contentait pas de l’extermination du POUM. L’ayant écarté de leur route, ils s’en prenaient maintenant à leurs véritables ennemis : les camarades de la CNT-FAI. Les camarades étrangers, tout particulièrement, étaient à leurs yeux une menace. Ces camarades connaissaient la vérité sur les événements de mai ; tous et chacun désiraient la faire connaître à l’extérieur. Par malheur, la censure était totale sur les journaux et la correspondance. Quant au contrôle des ouvriers sur la frontière, il avait été anéanti au profit des carabiniers et de la garde civile, et ceux-ci ne permettaient de quitter le pays qu’aux sympathisants du parti communiste. Chaque jour, le camarade hollandais que j’allais voir en prison me citait les noms et les tribulations de nombreux compagnons qui, essayant de quitter le pays, avaient été arrêtés à Port-Bou, puis reconduits à Barcelone et incarcérés.

J’ai conversé avec de nombreux camarades pendant mon séjour en prison et j’en ai du moins tiré cette compensation de ma captivité, qu’il m’a été donné de recueillir de la bouche même d’ex-communistes récemment exclus l’expression de leur parfait dégoût pour l’immense piège à hommes connu sous le nom de Parti Communiste.

LA GUÉPÉOU AU TRAVAIL

Mon arrestation fut l’exemple typique de la manière dont travaille le parti communiste. En Écosse, le groupe auquel j’appartiens a toujours été en complète opposition avec le P.C. En opposant notre propagande à la leur, nous avons toujours eu à compter avec leur ignorance et leur brutalité foncières ; en Espagne, en dépit du fait que la base de ce parti est recrutée dans une toute autre classe sociale qu’en Grande-Bretagne, son attitude est exactement la même. Sitôt qu’il détient la moindre parcelle d’autorité, il s’en sert pour réduire ses opposants par la force.

Les Gardes d’Assaut et les agents de la Sûreté (Ordre Public) envahirent tard dans la nuit la maison où je vivais. Sans aucune explication, ils commencèrent à fouiller toutes les pièces et tous les placards de la maison. Ma chambre fut mise au pillage et mes affaires personnelles, répandues pêle-mêle, couvraient le sol. Après avoir découvert ce qui à leurs yeux aurait suffit pour me faire pendre (littérature révolutionnaire, etc.), ils demandèrent à voir mon passeport. L’ayant examiné, ils m’annoncèrent que j’étais en Espagne illégalement, bien que je sois entrée de la façon la plus régulière, avant que le passage de la frontière ait été interdit aux étrangers. Ils essayèrent de me faire admettre que je n’étais pas anglaise, mais française, et que j’avais l’intention de quitter le pays avec une somme d’argent. Toutes preuves contraires furent vaines. Ils croyaient ce qu’ils avaient envie de croire. Finalement, je fus embarquée avec cinq autres camarades et menée au poste. Tous les papiers et documents que je possédais furent également emportés et toutes protestations reçurent la même réponse : de véritables antifascistes, prétendait-on, n’auraient rien à objecter à se voir fouillés et questionnés et leur domicile perquisitionné — n’ayant, par définition, rien à se reprocher ou à cacher à la police ! Après un interrogatoire aussi absurde que tendancieux et d’où ils ne purent rien tirer, nous fûmes soumis à un bertillonage complet. Deux des prisonniers furent alors relâchés, mais quant à nous autres, on nous conduisit pour la nuit dans un autre local de la police. Les trois camarades hommes furent enfermés dans une cellule souterraine, mais, en ma qualité de femme, je fus autorisée à rester en haut et à passer le reste de la nuit sur une chaise.

MA DÉTENTION A L’HÔTEL FALCON

Le soir suivant, nos “amis” de “l’Ordre Public” revinrent et nous demandèrent de signer une déclaration comme quoi nous avions été arrêtés parce que n’ayant pas nos papiers en ordre. Je puis ajouter que deux de nos trois compagnons étaient descendus du front juste cinq jours auparavant et rien ne manquait à leurs papiers, à part, qu’étant des Allemands expulsés, ils n’avaient naturellement pas de passeports.

Après cela, nous fûmes conduits à la “Chefatura” sur la Via Durruti, et passés à d’autres policiers qui nous conduisirent au fameux “Hôtel Falcon” ancien siège du POUM transformé par les staliniens en une sorte de prison politique privée. Là, je rencontrai beaucoup de figures de connaissance. En dépit de l’absurdité de notre situation, nous en tirions encore quelque humour. Nous fûmes conduits à nos chambres au moyen de l’ascenseur et nous y trouvâmes jusqu’à de l’eau courante. Mais actuellement, l’Hôtel Falcon n’est plus utilisé comme prison. Ses habitants ont été transférés en d’autres lieux — les uns au Carcel Modelo, d’autres à Montjuich et d’autres, pire encore, à Valence.

Le moral des camarades emprisonnés est bon. La persécution et l’incarcération des révolutionnaires ne sont pas choses nouvelles en Espagne, et beaucoup des camarades étrangers avaient subi le même traitement dans leurs pays respectifs. Même la persécution par les soi-disant communistes n’a rien d’inédit. Le traitement réservé aux révolutionnaires en Russie est là pour témoigner de ce qu’on peut attendre du régime actuel dans la patrie du socialisme. Mais qu’en Espagne des révolutionnaires soient arrêtés en si grand nombre, pendant que leurs compagnons et frères tombent sur tous les fronts face à l’ennemi fasciste, cela constitue un scandale qui jette un discrédit sur tous ceux qui en supportent l’existence, sans élever leur protestation. La Révolution doit signifier la fin des prisons et non pas seulement la relève des geôliers.

ÉPAVES SANGLANTES

Le sort des camarades allemands et italiens en Espagne est douloureusement pathétique. Chassés de leur pays d’origine, ils trouvèrent un refuge en France et dans d’autres pays. Mais à l’appel de la Révolution Espagnole, ils abandonnèrent le peu qu’ils avaient, pour courir prendre leur part au grand combat. Beaucoup ont été blessés, mutilés, diminués par de graves maladies. Par la grâce du parti de la contre-révolution bolchevique, ils sont devenus des épaves humaines. Des centaines croupissent en prison, d’autres sont expulsés d’Espagne sans pouvoir trouver asile dans aucun autre pays. Et en Espagne même, ils sont sous la menace constante de l’arrestation. Au fur et à mesure que la réaction progresse, de plus en plus nombreux seront les emprisonnements et les expulsions.

Ce qui arrive aux emprisonnés, nous ne pouvons le dire. Ou sont tous les camarades étrangers ? Aucune information ne peut atteindre le public en raison de la stricte surveillance des journaux par la censure. En fait, n’importe quoi peut leur arriver. Si des enquêtes ont lieu au sujet des disparus, aucune satisfaction n’est obtenue. Ils sont peut-être captifs, ou peut-être morts. Nous n’avons pas les moyens de le savoir. Comme Nin, ils peuvent être assassinés. En dépit de toute théorie contraire et en dépit des déclarations faites par les autorités présumées responsables, il n’existe aucun doute à Barcelone que Nin soit mort, victime, comme notre camarade Berneri, des exécuteurs du stalinisme. Il fut déclaré publiquement par Frédérica Montseny, dans un meeting monstre tenu à Barcelone, que les cadavres de Nin et de deux autres personnes avaient été découvertes à Valence sur la chaussée. Le compte-rendu complet du discours de Frédérica Montseny se trouve dans le Bulletin d’information (édition espagnole) publié par la CNT-FAI, en date des 24 et 25 juillet. Un des récents numéros de la Batalla, l’organe du POUM aujourd’hui publié illégalement, contient les détails les plus explicites sur la manière dont le meurtre fut commis. (Je ne puis, malheureusement, citer ce passage, car il m’a été impossible d’emporter d’Espagne aucune espèce de papiers).

SANS LAISSER DE TRACES…

Laissez-moi ajouter un ou deux autres exemples des dangers menaçant nos camarades révolutionnaires étrangers. Lorsque je fus relâchée par l’intervention de Fenner Brockway, secrétaire de l’ILP de Grande-Bretagne, et à cause de la publicité donnée à mon cas par les camarades britanniques et français, l’assurance fut également donnée par le gouvernement de Valence que William Krehm, un camarade canadien, serait remis en liberté. Krehm ne fut pas relâché ; je fus informée, par le Consul britannique qu’il avait été déporté deux semaines auparavant et, depuis, aucun des amis de Krehm à Barcelone n’a reçu la moindre nouvelle de lui. Krehm avait été expulsé mais, comme ses amis n’ont pas un seul mot de lui, ils doivent conclure qu’il est encore en prison. Nul prisonnier n’est autorisé à emporter ses affaires personnelles en quittant le pays : moi-même, je me rendis compte que tous mes effets avaient disparu. Évidemment, du moment qu’une personne est arrêtée, on en conclut qu’elle n’aura plus besoin de vêtements civils. Après ma mise en liberté, je fis des efforts continuels pour obtenir que mes papiers et mes articles me soient rendus. On me les refusa, sous prétexte qu’ils contenaient de la propagande contre le gouvernement espagnol.

Le cas suivant n’est qu’un exemple entre mille. La femme d’un camarade allemand venait le voir en prison deux fois par semaine. Ce camarade avait été arrêté à son retour du front pour une mission spéciale. Plus tard, il fut transporté dans la maison de détention de la Calle Angel où se trouve la Tchéka. On dit à la femme qu’elle serait autorisée à lui apporter une couverture et des vivres, mais après qu’elle fut sortie pour lui porter ces objets, on n’a plus entendu parler d’elle. Probablement, il s’agissait d’un truc pour se débarrasser également de la femme,

SOUS LE BAILLON

La persécution s’étend chaque jour. Elle atteint jusqu’aux correspondants des journaux étrangers. L’envoyé spécial du plus grand journal libéral de Grande-Bretagne est porté manquant depuis cinq semaines. Aucune information n’a pu être obtenue à son sujet malgré l’intervention de deux consuls. Ce journaliste n’était pas anglais, mais italien, et d’après ce que j’ai appris, il se comportait uniquement comme correspondants de son journal, sans prendre aucune part active à la politique espagnole.

Je n’ai cité que trois cas, mais il y en a des milliers d’analogues. Ceux d’entre nous qui sont libres, parce que leurs amis ont encore le moyen de protester, sont des veinards. Mais ceux de nos camarades qui n’ont ni amis ni pays ? Va-t-on les laisser pourrir en prison, parce que nous ne sommes pas prêts à les aider ? De braves copains, qui ont déjà souffert trop de persécutions et d’emprisonnements, gisent dans les cachots de l’Espagne pour le simple crime d avoir combattu en Espagne révolutionnaire pour la cause du

peuple espagnol. N’est-il pas dérisoire qu’un parti de bourgeois et de petits commerçants, car c’est de cela que se compose le parti communiste en Espagne, soit autorisé à anéantir les réalisations et tous les efforts du peuple espagnol ? Le POUM a été rendu responsable pour le soulèvement de mai. Or le peuple espagnol, et nous étrangers qui étions en Espagne à ce moment, savons que la responsabilité pour les journées sanglantes de mai reposa non sur le POUM, mais sur le parti communiste et sur les éléments fascistes qui se trouvent dans ses rangs. Si le POUM est responsable, alors les anarchistes le sont aussi. Mais si les anarchistes sont coupables. alors toute la masse du peuple doit partager le blâme avec eux, car les anarchistes de Barcelone sont le peuple lui-même. Et qu’est-ce après tout que le parti communiste pour s’opposer à la volonté du peuple ?

STALINE ET LA CONTRE-RÉVOLUTION MONDIALE

Aujourd’hui, grâce aux stalinistes, est préparée une liste internationale de révolutionnaires, une liste noire mise à la disposition de tout gouvernement qui la demandera. Quel autre but peut avoir l’arrestation systématique des camarades étrangers combattant en Espagne ? Pourquoi les agents de la police russe les photographient-ils un à un, multipliant les empreintes digitales à de nombreux exemplaires ? Leurs fiches permettront sans doute de suivre les mouvements des révolutionnaires et de mettre la main sur eux à n’importe quel moment avec la collaboration des polices politiques du monde entier.

Le Stalinisme, qui a trahi les espoirs des ouvriers dans tant de pays, doit rencontrer en Espagne la fin de sa carrière de provocation et de félonie. Si l’action ne vient pas du pays lui-même, elle doit venir du dehors. C’est là un but immédiat sur lequel il faudrait unir tous les révolutionnaires d’un bout du monde à l’autre : l’action pour la liberté des révolutionnaires emprisonnés en Espagne. Les maîtres de la Russie, craignant pour leur propre avenir qu’il puisse exister un libre pays des travailleurs, recourent à tous les moyens à leur portée pour écraser les ouvriers espagnols. Sauf intervention de notre part, ils y réussiront. Allons nous nous trouver en face d’un nouveau fiasco comme celui de la Révolution russe ? Pour l’éviter, il faut agir. Les faits et gestes des staliniens doivent être traînés à la pleine lumière. La protestation doit être continuelle auprès de chaque ambassade espagnole, pour obtenir la libération de tous les révolutionnaires. Il faut former d’urgence des Comités pour venir en aide à nos camarades relâchés et leur procurer un gagne-pain. Il faut imposer aux divers pays le respect du droit d’asile. Nos camarades allemands et italiens n’ont ni droit, ni protection, ni foyer. C’est à nous de veiller à ce qu’ils n’aient pas à souffrir de leur loyauté à la cause du prolétariat.

Nîmes, le 10/9/37.

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Source: Archivesautonomies.org