Octobre 4, 2021
Par Cerveaux Non Disponibles
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A l’heure oĂč les prix de l’essence, du gaz et des matiĂšres premiĂšres ne cessent de flamber, oĂč les Ă©tudiants recommencent Ă  aller pointer Ă  la banque alimentaire, il parait complĂštement fou qu’une grande part de la population continue de se laisser berner par les questions identitaires alors qu’on se fait littĂ©ralement plumer par les politiques nĂ©o-libĂ©rales autoritaires. 

Il parait fou qu’on doive encore se battre contre ceux qui en redemandent et qui en plus rĂ©clament le supplĂ©ment raciste ! Comment continuer de croire que c’est en expulsant les immigrĂ©s et en rĂ©duisant les allocations des plus pauvres qu’on sortira des crises engendrĂ©es par le capitalisme ? Comment donner crĂ©dit Ă  la prĂ©fĂ©rence nationale alors qu’il est d’une plate Ă©vidence que la discrimination des non français de papier ne rendra jamais la misĂšre et la prĂ©caritĂ© ambiante plus soutenable. Pas mĂȘme une seule seconde.

Nous pensons que la question identitaire est une peur que le bourgeois en voie de dĂ©classement essaye de transmettre au plus grand nombre. Le but : retrouver son emprise capitaliste d’antan, sa petite baronnie locale, son petit pouvoir seigneurial, son influence perdue qu’il avait sur tout un tas de moeurs. Pour rĂ©sumer, il veut retrouver la peur qu’il incarnait autrefois.

LĂ  oĂč le capitalisme mondialisĂ© ne lui a laissĂ© que les miettes du pouvoir et la seule gestion de la flicaille, l’identitaire se sent lĂ©sĂ© et cherche une maniĂšre de redorer son blason. Il n’a alors de cesse de parler de dĂ©clin civilisationnel. Un concept assez fourre tout qui pourra toucher monsieur et madame toutlemonde qui sent bien que tout fout le camp, qu’on marche sur la tĂȘte, ou que le monde ne tourne pas rond.

La vision dĂ©cliniste donne une lecture simpliste dans un monde oĂč on ne comprend plus rien : “si rien ne va plus, c’est Ă  cause des Ă©trangers qui nous grandremplacent et nous font perdre notre identitĂ©â€. A ce dĂ©lire, il faut rajouter la phobie des homosexuels, lesbiennes, transgenres, queers ou intersexes. Et la dĂ©testation des femmes qui dĂ©noncent une sociĂ©tĂ© encore inĂ©galitaire basĂ©e sur le patriarcat. Bref, l’identitaire est une bĂȘte agonisante et donc dangereuse. DoublĂ© d’un cotĂ© par ses amis capitalistes qui gomment les frontiĂšres pour le business et doublĂ© de l’autre par les minoritĂ©s qu’il ne peut plus empĂȘcher de parler comme jadis. Pour se dĂ©patouiller de ça, l’identitaire a hĂ©ritĂ© d’une bonne vieille technique, celle par laquelle toutes les rĂ©volutions ont mal tournĂ© : La contre rĂ©volution.

BientĂŽt trois ans aprĂšs le soulĂšvement populaire des Gilets Jaunes qui a fait date dans l’Histoire, il est plus qu’utile de rappeler qu’aprĂšs les tentatives insurrectionnelles Ă©mancipatrices, vient ensuite le temps de la contre rĂ©volution. Celle qui fit naĂźtre NapolĂ©on aprĂšs 1789, celle qui accoucha de Staline aprĂšs la rĂ©volution bolchevique, celle qui dĂ©brida le capitalisme aprĂšs 68. Si on suit ce fil de l’Histoire, on peut se demander si aprĂšs les Gilets Jaunes, nous allons devoir nous fader Zemmour ou Le Pen


L’Histoire est parcourue d’une volontĂ© d’émancipation toujours trahie. Pour l’instant, les rĂ©volutions ont toujours fini cocues.

Il est plus que temps de se ressaisir et d’enrayer ce hold up Ă  ciel ouvert. Non, on ne vivra pas dans le bonheur en laissant les identitaires museler les minoritĂ©s et faire du capitalisme Ă  la papa. Vu les enjeux devant nous, l’extrĂȘme droite devrait systĂ©matiquement se faire dĂ©gager du chemin pour que nous puissions aller droit au but boxer la politique de Macron.

De la crise du covid, nous avons tirĂ© un enseignement, celui que notre libertĂ© Ă©tait indexĂ©e sur notre productivitĂ©. DĂšs lors que nous n’étions plus utiles Ă  l’économie pour cause de pandĂ©mie et de confinement, nous avons vu les couvres feux, les attestations d’auto-flicage et les interdictions de se balader en forĂȘt ou sur la plage rendre coupable notre libertĂ© de circuler. Nous avons vu que les principes fondamentaux de la dĂ©mocratie et des droits humains Ă©taient une fine couche de vernis, quelque chose que l’économie se rĂ©servait le droit de suspendre. Surement par peur qu’un monde auto-organisĂ© surgisse. Un monde qui fait sans cette Ă©conomie, ou qui la dĂ©tourne.

Si nous nous Ă©tions sentis libres par le passĂ© de pouvoir voyager, rien qu’hors de sa ville ou de son dĂ©partement ou libres en ayant des week ends, il faut nous rendre Ă  l’évidence que cela dĂ©pendait avant tout de notre aptitude Ă  ĂȘtre des portefeuilles en mouvement. Pendant le premier confinement, mĂȘme ceux qui s’étaient affranchis de cette cruelle rĂ©alitĂ© en vivant en camion sans beaucoup dĂ©penser ont vite Ă©tĂ© rattrapĂ©s par la rĂ©alitĂ© rĂ©pressive.

Gouverner, que ça soit pour la droite ou « la gauche », ça a toujours consistĂ© Ă  faire de nous des facilitateurs de flux. Si toutes les contestations sĂ©rieuses en arrivent Ă  bloquer les flux, par des grĂšves, des blocages ou des sabotages, ce n’est pas un hasard. Ceux qui s’en plaignent finiront un jour ou l’autre par s’apercevoir que leurs chaines se raccourcissent.

Nous avons actĂ© que le capitalisme et la gestion des crises qu’il produit a encore beaucoup de misĂšre et d’entrave Ă  nous imposer. Au rythme oĂč il se contracte, par sa perte de croissance et la rarĂ©faction des ressources qu’il pille, il ne faut pas douter une seule seconde que ses restructurations Ă  venir seront violentes. Aussi, il parait  Ă©vident que les pĂ©nuries Ă  venir, qu’elles soient dues au climat, Ă  l’économie de marchĂ©, ou Ă  d’autres pandĂ©mies, occasionneront des rationnements, et des mesures liberticides tout autant, voire plus violentes que celles qu’on a connues. Les stratĂ©gies du capitalisme consisteront toujours Ă  nous tenir la tĂȘte sous l’eau pour que surtout, nous ne puissions nous organiser sans lui. Et nous entendrons toujours la mĂȘme chanson Ă  chaque Ă©lection : “soit moi, soit le fascisme”.

Le prĂ©sent et l’avenir du concept de gouvernement est un tandem entre le nĂ©o-libĂ©ralisme et le fascisme. Le capitalisme, aujourd’hui seul au monde, ne permet que ce cotĂ© lĂ  de l’échiquier. Il nous parait impossible qu’un jour, nous voyions arriver un gouvernement de vraie gauche ayant comme programmatique la chute du capitalisme et l’égalitĂ© entre tous les ĂȘtres humains.

Il paraĂźt par contre plus probable qu’un jour, nous Ă©liminions les tentatives identitaires qui divisent les gens qui pourtant partagent les mĂȘmes galĂšres et que ce jour, nous allions toutes et tous remettre le couvert pour faire une rĂ©volution qui finira vĂ©ritablement d’abolir les privilĂšges, d’abolir les inĂ©galitĂ©s. Nous ne sommes pas des stratĂšges politiques et n’avons par consĂ©quent que des rĂȘves. Mais la certitude qu’on peut s’organiser Ă  grande Ă©chelle et au delĂ  des frontiĂšres sans se laisser crever de faim, sans se faire la guerre civile, tout en assurant des logements pour tous et le partages des savoirs et des cultures
 Cette certitude est grande. 

Et non, abolir le capitalisme ne nous fera pas revenir Ă  l’ñge de pierre. Il est Ă©vident que nous pourrons subvenir dignement Ă  tous nos besoins sans recourir Ă  un systĂšme d’enrichissement massif de quelques uns au dĂ©triment de tous les autres.

Ayant fait ce constat, il est hors de question de laisser prospĂ©rer ceux qui incitent Ă  se regarder le nombril de l’identitĂ© pendant que le train d’une mort sociale nous fonce droit dessus.

Ceci est un message destinĂ© Ă  toutes celles et ceux qui doutent. Nous les invitons Ă  faire un pas de cotĂ©. A prendre de la hauteur et Ă  s’organiser pour que l’Histoire ne se rĂ©pĂšte pas inlassablement Ă  la faveur des salauds. Il nous revient la tĂąche de crĂ©er un monde auto-organisĂ©, qui ne soit pas gouvernĂ©, dans lequel “ĂȘtre un puissant de ce monde” ne veut rien dire. Sinon, il y a fort Ă  parier que notre futur sera un monde Ă  la Mad Max.




Source: Cerveauxnondisponibles.net