Septembre 19, 2021
Par Archives Autonomie
293 visites


Avec l’actuel conflit qui se déroule sur les charniers du Viet-Nam est de nouveau posé le problème de l’attitude des socialistes face à la guerre et au nationalisme.

Comme toujours, une pareille entreprise d’asservissement total de l’homme se mène pour le Droit, la Civilisation et autres belles rodomontades. Les événements se chargent rapidement de fournir la preuve du contraire. Ce carnage que les organisations traditionnelles de la classe ouvrière s’efforcent de présenter comme alternative entre Démocratie et Barbarie, permet de mieux river le prolétariat à la machine militaro-policière des pays impérialistes. Lorsque les cerveaux sont façonnés et la quasi totalité des travailleurs rendus solidaires de leur Etat respectif, la guerre conduit les ouvriers à se dépouiller de leur vie même pour le maintien de la classe exploiteuse.

La falsification “anti-fasciste” outre qu’elle conduit à des hécatombes effroyables, démontre que le capitalisme peut renforcer son système séculaire d’exploitation, tout en appelant les masses à œuvrer pour la construction d’un prétendu ordre social nouveau.

L’idéologie de la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes fut diffusée dès le début du siècle par Lénine et la plupart des bolchéviks russes qui pensaient provoquer ainsi, l’effondrement des vieilles puissances impérialistes. Cependant, le courant radical du mouvement internationaliste dénonçait cette conception qui devait historiquement se révéler être le catalyseur de toutes les idées nationalistes et patriotiques, encore largement partagées par les travailleurs.

L’appréciation matérialiste de la société établit l’opposition entre dirigeants et dirigés comme fondamentale, et rejette les illusions sentimentales du concept de “peuple”. La société contient un caractère social qui détermine et conditionne le degré de la lutte de classes. Propager et défendre la revendication de l’auto-détermination des peuples, équivaut à accepter l’idée que les travailleurs peuvent exercer “souverainement” leurs droits sous le contrôle démocratique et bienveillant de l’Etat national moderne.

Lorsque cet imprescriptible droit est enfin reconnu, il permet d’interrompre les retards économiques accumulés par un type de production archaïque dans les pays dominés. L’indépendance nationale n’assure nullement la liberté économique par rapport aux puissances capitalistes, mais implique l’entrée dans le marché capitaliste international. Loin d’épuiser les rapports de classes, l’indépendance nationale procure de nouveaux débouchés à l’économie bourgeoise. L’utilisation des armées de libération a particulièrement affaibli le mouvement ouvrier international et au lieu d’accélérer les contradictions du système en faveur d’une livre initiative des masses, a favorisé l’établissement d’un capitalisme puissant. La création d’Etats nouveaux renforce l’assujettissement des travailleurs à de nouvelles formes de contraintes économiques et sociales.

Aujourd’hui la guerre pour la libération des paysans sans terre et des ouvriers vietnamiens est strictement la lutte livrée par la bourgeoisie autochtone asseoir sa propre hégémonie, en opposition à la concurrence rivale américaine. Alors qu’autrefois le nationalisme était un instrument du capitalisme libre-échangiste éclairé, cette seconde moitié de siècle voit le nationalisme poursuivre le but du capitalisme d’Etat. Conséquemment un parti centraliste se constitue et se développe sous la direction de l’intelligentsia indigène pour l’augmentation rapide de la force de travail. Pour consolider son pouvoir de classe la bureaucratie utilise ses propres organes : armée et police en vue du démantèlement des forces socialistes. La discipline nationale autour des “guides éprouvés” et du “Chef suprême” se renforce par les moyens militaires et judiciaires. Le programme d’industrialisation s’effectue grâce à des organismes néo-capitalistes, appropriés pour stimuler l’amour du travail et de la Patrie. D’instrument de lutte contre l’étranger spoliateur, la morale nationaliste devient l’ultime moyen coercitif utilisé pour anéantir les paysans réticents au plan de nationalisation des terres, de liquider les saboteurs, et le dressage pédagogique des a-sociaux. La bureaucratie, sitôt la prise du pouvoir réalisée démontre sa véritable nature gestionnaire : guépéou, isolateurs, NEP, bagne, camp de travail, etc.

POUR LE DÉFAITISME RÉVOLUTIONNAIRE

Depuis la libération des pays jusqu’alors exploités par les empires coloniaux, et après leur promotion politique au rang des dignitaires de l’ONU, on ne cesse de découvrir des “guerres justes”, “des mouvements d’émancipation”. On conseille à la classe ouvrière de répudier ses tendances antimilitaristes, de renoncer à son pacifisme spontané.

Dans la guerre qui nous préoccupe ici, il n’est que de reconnaître qu’elle n’est possible que grâce à l’Union sacrée, pour définir son allure bourgeoise de renforcement étatique et hiérarchique. Il apparaît de plus que le renflouement de l’Etat sera utilisé pour asservir les libres initiatives des masses. La victoire du FLN c’est le resserrement de l’unité nationale, la concentration économique et la réorganisation de l’Etat aux mains des plus implacables d’entre les “Résistants”.

Des social-réformistes de la IIème Internationale qui entrevoyaient le socialisme par d’emphatiques discours à la chambre, aux différents “révolutionnaires” qui tentent de réaliser le socialisme par la conquête de l’Etat, tous les moyens employés ont un profond caractère d’idéologie bourgeoise.

Opposés aux idées de nécessité historique des guerres de libération nous proclamons le défaitisme révolutionnaire : “la révolution prolétarienne n’implique dans ses buts aucune terreur, elle hait et abhorre le meurtre. Elle n’a pas besoin de verser le sang ; car elle ne s’attaque pas aux hommes mais aux institutions sociales” (programme de la Ligue Spartakus, R. Luxemburg). En complète adéquation avec le but recherché — la construction du socialisme — les voies empruntées par la Révolution sociale mondiale revêtiront sans tarder l’aspect de la fraternisation de tous les ouvriers sur le front de guerre, le sabotage économique et l’affrontement direct avec les forces de répression de sa propre bourgeoisie. A la tactique de collaboration avec les bourgeoisies nationales ou coloniales, il convient plus précisément de comprendre le défaitisme révolutionnaire comme appel à la solidarité de tous les exploités. Sans préoccupation des incidences que sa lutte autonome pourrait avoir pour son propre capitalisme, la classe affirme que succès ou revers enregistrés par sa bourgeoisie nationale, réussite ou insuccès, n’appartiennent pas à son objectif.

L’objectif du mouvement ouvrier restant l’édification d’une société sans classe ni Etat, les conditions de cet affranchissement résident dans la suppression de l’économie capitaliste et du profit sous toutes ses formes. Cet objectif du socialisme constitue le facteur fondamental qui caractérise le mouvement ouvrier de la démocratie bourgeoise et du radicalisme bourgeois.




Source: Archivesautonomies.org