Septembre 17, 2019
Par Contretemps
63 visites


Nous publions ici un entretien avec Silvia PagĂšs Serarols (membre du SecrĂ©tariat National de la Candidature d’UnitĂ© Populaire [CUP], conseillĂšre municipale de Sant Joan Les Fonts, province de GĂ©rone) et Pep Medina (membre de la CUP de Granollers, province de Barcelone), rĂ©alisĂ© Ă  Barcelone le 30 novembre 2018 par Alfredo GĂłmez-Muller (philosophe, Ă©tudes latino-amĂ©ricaines), au siĂšge de la CUP. La version originale, en espagnol, a Ă©tĂ© publiĂ© sur le site colombien Palabras Al Margen.

 *

Présentation par Alfredo Gómez-Muller

L’un des aspects les plus significatifs de l’hĂ©tĂ©rogĂšne mouvement des « Gilets jaunes Â» en France est sans doute sa profonde mĂ©fiance vis-Ă -vis de la « politique Â» en gĂ©nĂ©ral et donc la permanente rĂ©affirmation de son autonomie Ă  l’égard de tous les partis politiques, y compris ceux d’opposition qui semblent proposer des alternatives au rĂ©gime ultra-nĂ©olibĂ©ral actuel. Une mĂ©fiance qui peut dans certains cas s’exprimer par une sorte de rĂ©pugnance Ă  l’égard de la politique comme telle, vue comme une pratique de la tromperie, les fausses promesses, la dĂ©magogie et les arrangements plus ou moins discrets avec les groupes de pouvoir en place, au nom du « rĂ©alisme politique Â». Les gens que se rĂ©unissent dans les carrefours et dans les rues disent vouloir s’exprimer sans « intermĂ©diaires Â» professionnels, et rejettent l’initiative individuelle de ceux qui ont prĂ©tendu s’auto-dĂ©signer reprĂ©sentants du mouvement vis-Ă -vis des autoritĂ©s, se servant de la mobilisation pour leurs propres intĂ©rĂȘts particuliers. Quelles que soient les ambiguĂŻtĂ©s de ce mouvement qui semble actuellement entrer en une phase d’épuisement, il y a sans doute quelque chose de sain dans cette prise de conscience de l’abĂźme qui sĂ©pare le monde « politique Â» instituĂ© des aspirations rĂ©elles des « gens de la rue Â». Quel que soit le jugement qu’on puisse porter sur le mouvement, il a le mĂ©rite d’exprimer d’une maniĂšre particuliĂšrement claire (et souvent dramatique) la crise de la « politique Â» instituĂ©e ou plus prĂ©cisĂ©ment de la forme Ă©tablie de faire de la politique, indĂ©pendamment de ses contenus particuliers de « droite Â» ou de « gauche Â».

Par ailleurs, le rejet de la « politique Â» sans plus semble s’accompagner dans ce mouvement d’une certaine nĂ©gation du politique comme tel, c’est-Ă -dire des espaces publics de concertation locale, rĂ©gionale, nationale et internationale en vue de la prise de dĂ©cisions communes relatives Ă  la dĂ©finition du commun ainsi qu’à la redistribution sociale des biens communs. Dans sa premiĂšre phase de dĂ©clin le mouvement a fait un pas vers le politique en prĂ©sentant une pĂ©tition en vue de faciliter le rĂ©fĂ©rendum d’initiative citoyenne, laquelle a pu obtenir un soutien considĂ©rable dans les rĂ©seaux. Hormis cette proposition, le mouvement abandonne le politique aux politiciens professionnels, qui sont dĂ©jĂ  en compĂ©tition pour rĂ©cupĂ©rer le mĂ©contentement social dans les prochaines Ă©lections. Reste ainsi posĂ©e de nouveau non seulement la question fondamentale du politique mais aussi celle, plus pratique et immĂ©diate, de la possibilitĂ© d’une « autre Â» politique. Deux questions que peut difficilement Ă©luder tout projet de construction d’alternatives au nihilisme capitaliste actuel.

La question des formes alternatives de faire de « la Â» politique possĂšde une longue histoire que part du XIXe siĂšcle. Depuis cette Ă©poque l’anarchisme « classique Â» a soutenu que la seule politique alternative est celle qui se fait en dehors des institutions politiques Ă©tablies, et contre elles ; c’est une forme d’apolitisme politique qui a dĂ» nĂ©anmoins assumer en diverses circonstances historiques les formes instituĂ©es du politique ou du moins d’une partie d’entre elles (guerre civile espagnole, rĂ©publique des conseils de BaviĂšre, etc.). Plus rĂ©cemment ont apparu d’autres rĂ©ponses possibles, qui peuvent parfois reprendre des expĂ©riences anciennes voire « prĂ©modernes Â» d’organisation du pouvoir social. Parmi elles il y a le municipalisme, qui dans son versant libertaire a Ă©tĂ© pensĂ© par Murray Bookchin comme forme politique de l’écologie sociale, et qui depuis 2014 inspire la pratique du confĂ©dĂ©ralisme dĂ©mocratique dans certaines rĂ©gions du Kurdistan syrien. En Espagne, l’un des effets du mouvement des « IndignĂ©s Â» ou du 15-M (2011) a Ă©tĂ© la multiplication de candidatures municipalistes basĂ©es sur des formes de dĂ©mocratie directe, qui cherchent Ă  favoriser un contrĂŽle social sur l’économie locale et la protection de l’environnement. Dans les Pays Catalans apparaissent dĂšs les annĂ©es quatre-vingt diverses initiatives municipalistes promues par la gauche indĂ©pendantiste, lesquelles acquiĂšrent des formes plus Ă©laborĂ©es de coordination Ă  partir de 1986 avec la crĂ©ation de l’AMEI (AssemblĂ©e Municipale de la Gauche IndĂ©pendantiste). De cette dynamique municipaliste surgit en 2000 la Candidature d’UnitĂ© Populaire (CUP) comme instance de coordination des candidatures locales. Devant l’accroissement des candidatures et des cercles locaux Ă  travers tout le territoire des Pays Catalans, la CUP devient en 2008 une organisation politique nationale Ă  caractĂšre assemblĂ©iste et municipaliste qui depuis 2012 participe Ă©galement aux Ă©lections pour le Parlement de Catalogne. Aujourd’hui la CUP se compose de plus de 170 assemblĂ©es locales regroupĂ©es pour la plupart dans 14 assemblĂ©es territoriales, et dispose (seule ou dans le cadre de la coalition Ă©lectorale CUP-Pueblo Activo) de 361 conseillers municipaux en 143 municipalitĂ©s, 17 maires et 4 dĂ©putĂ©s au Parlement de Catalogne ; elle est Ă©galement prĂ©sente dans le gouvernement de 10 municipalitĂ©s. L’expĂ©rience politique de la CUP et plus particuliĂšrement son intention de dĂ©passer la dichotomie entre la politique « au dedans Â» et « en dehors Â» des institutions mĂ©rite Ă  notre avis d’ĂȘtre prise en compte par tous ceux qui tentent d’imaginer et de mettre en Ɠuvre de nouvelles formes d’action politique. Il ne s’agit Ă©videmment pas d’un modĂšle qu’il faudrait appliquer mĂ©caniquement Ă  d’autres rĂ©alitĂ©s, mais d’une expĂ©rience qui invite Ă  penser et Ă  imaginer, ou plutĂŽt Ă  penser « imaginativement Â». Pour tenter de mieux cerner ce qu’il peut y avoir d’alternatif dans la proposition municipaliste-assemblĂ©iste de la CUP, nous avons dialoguĂ© Ă  Barcelone avec deux de ses membres. Nous prĂ©sentons ce dialogue sous forme d’entretien, dans le texte suivant.

*

Entretien

(Silvia PagĂšs Serarols = SPS ; Pep Medina = PM ; Alfredo GĂłmez Muller = AGM)

AGM – Le municipalisme semble ĂȘtre un aspect central du programme et de l’organisation de la Candidature d’UnitĂ© Populaire (CUP). Peut-on caractĂ©riser le socialisme que vous dĂ©fendez comme un socialisme municipaliste ?

PM – La CUP en tant que projet politique surgit sur la base de pratiques d’assemblĂ©es (asamblearia). Nous estimons que tout le monde a Ă  participer en politique, car de fait tout dans la vie est politique, toutes les conditions matĂ©rielles de la vie sont politiques, et dans ce sens ce sont las classes populaires elles-mĂȘmes qui doivent acquĂ©rir du pouvoir (empoderar), parvenir au pouvoir et exercer leur souverainetĂ© dans tous les sens. Dans le projet municipaliste de la CUP l’une des questions de base est celle de l’assemblĂ©isme, la lutte Ă  partir de la base matĂ©rielle elle-mĂȘme oĂč se trouvent les personnes. Dans ce sens nous ne croyons pas que tout doit s’appuyer sur la lutte institutionnelle et sur l’occupation des administrations actuelles du systĂšme ; nous considĂ©rons que le moteur du changement est la mobilisation des classes populaires de tous les Pays Catalans. À la diffĂ©rence d’autres partis et organisations politiques, nous ne pensons pas que le pivot du municipalisme soit uniquement la municipalitĂ©, mais plutĂŽt les mouvements sociaux et de base pouvant exister dans chaque village et chaque ville, y qui avec leur mobilisation font bouger la sociĂ©tĂ© vers le projet politique que nous proposons. Le municipalisme tel que nous l’entendons est de base au sens de la mobilisation depuis chaque municipalitĂ©, depuis chaque communautĂ©. Nous entendons aussi que tant que la mobilisation populaire n’entraĂźnera pas ces questions, le fait d’entrer dans les municipalitĂ©s peut ĂȘtre un outil pour transfĂ©rer la voix de la rue dans les institutions en vue de produire des changements non seulement conjoncturels, comme ceux que peuvent faire les municipalitĂ©s, mais aussi structurels en gĂ©nĂ©ral. Dans ce sens nous entendons le municipalisme. Il est l’unitĂ© de base dans laquelle Ă©volue la CUP dans chaque municipalitĂ©.

AGM – Comment avez-vous construit votre conception du municipalisme ? Quelles en sont les sources, aussi bien pratiques qu’historiques et politiques ?

SPS – Nous venons de la crĂ©ation d’associations et d’entitĂ©s, d’une auto-organisation par le bas, depuis toujours. Dans cette dynamique ont Ă©mergĂ© au fur et Ă  mesure des projets municipalistes, qui Ă  un moment donnĂ© se sont rassemblĂ©s et ont crĂ©Ă© les Candidatures d’UnitĂ© Populaire. Nous avons aussi regardĂ© en dehors, nous sommes une organisation internationaliste, nous tentons de crĂ©er des synergies et surtout des solidaritĂ©s entre des peuples et des luttes, dans la lutte commune contre le grand capital. Je crois que l’un de nos miroirs est l’EZLN[1] et son grand principe selon lequel c’est le peuple qui commande et le gouvernement qui obĂ©it, ainsi que son organisation en caracoles[2] qui est pour nous un exemple important. Personnellement je pense que nous avons aussi d’autres modĂšles plus proches, comme le confĂ©dĂ©ralisme fĂ©ministe et socialiste qui existe dans le Kurdistan. Nous avons pas mal de rapports avec ce mouvement kurde, par l’intermĂ©diaire de camarades (des femmes) qui se rĂ©unissent avec des personnes de l’IPY (UnitĂ©s de Protection des Femmes) du Rojava et d’autres rĂ©gions de Syrie et de Turquie. Le fait d’avoir rĂ©ussi Ă  implanter ce socialisme de confĂ©dĂ©rations oĂč les femmes ont acquis du pouvoir (empoderado) de telle maniĂšre qu’elles jouissent de l’égalitĂ© totale dans tous les domaines, et cela en plein milieu d’une guerre, est un grand exemple pour nous. Nous croyons que le municipalisme s’accorde mieux aux petites entitĂ©s oĂč le travail direct avec les personnes est possible, oĂč nous pouvons rĂ©ellement Ă©couter les gens. Dans des espaces plus grands, comme par exemple la Catalogne, le travail en assemblĂ©es est trĂšs difficile, et plus encore si nous parlons des Pays Catalans oĂč il faudra Ă©tablir une confĂ©dĂ©ration entre divers pays. Ce que nous cherchons, c’est que les petites unitĂ©s soient rĂ©ellement horizontales, qu’elles fonctionnent par assemblĂ©es et que ce soit le peuple souverain qui gouverne, de sorte qu’il n’y ait que des reprĂ©sentants dont la fonction est d’exĂ©cuter ce qui a Ă©tĂ© dĂ©cidĂ© collectivement, et rien d’autre. Nous avons un projet de souverainetĂ©s qui dĂ©finit Ă©galement notre modĂšle socialiste. Nous devons ĂȘtre souverains en tout : souverainetĂ© technologique, souverainetĂ© Ă©conomique, souverainetĂ© alimentaire. Au dĂ©part ce sont des projets de petite envergure qui visent Ă  rendre notre sociĂ©tĂ© indĂ©pendante, et nous sommes en train de les mettre en Ɠuvre dans quelques-unes des municipalitĂ©s oĂč nous gouvernons et qui brisent peu Ă  peu les liens qui les attachent au systĂšme capitaliste. Et cela est en train de nous faire gagner. La municipalitĂ© de NavĂĄs a mis en Ɠuvre plusieurs de ces souverainetĂ©s : elle a municipalisĂ© le service des dĂ©chets et a assurĂ© la souverainetĂ© alimentaire pour les Ă©coles ainsi que pour d’autres services publics. Nous avons obtenu que l’alimentation soit en grande partie Ă©cologique et provenant des producteurs du village mĂȘme ou des alentours. Une alimentation de km 0, et donc nous Ă©vitons le gaspillage en CO2 tout en travaillant pour la souverainetĂ© Ă©conomique du village. Cela fait dĂ©jĂ  plusieurs annĂ©es que nous travaillons Ă  ce projet de souverainetĂ©s, qui dĂ©finit notre socialisme.

AGM – Tu as mentionnĂ© l’expĂ©rience du Chiapas, du nĂ©o-zapatisme, et celle du Kurdistan. Dans cette derniĂšre le travail de Murray Bookchin, un auteur anarchiste des États-Unis, a jouĂ© un rĂŽle important. À ce propos je voudrais vous demander s’il n’y a pas Ă©galement d’autres sources du municipalisme et de l’assemblĂ©isme de la CUP, des sources plus proches, d’ici mĂȘme, de la Catalogne. Je pense en particulier Ă  ce qu’a Ă©tĂ© en Catalogne la ConfĂ©dĂ©ration Nationale du Travail (CNT) dans les annĂ©es 20 et 30. Y a-t-il une mĂ©moire de cette expĂ©rience de la CNT dans votre projet ?

SPS – Tout Ă  fait. Nous sommes marquĂ©s par ces luttes et concrĂštement par le mouvement anarchiste CNT. Le soulĂšvement populaire de 1936 contre le coup d’État a Ă©tĂ© rĂ©ellement spectaculaire. Nous avons vu dans les collectivisations la dĂ©fense de la rue et des droits qu’on savait qu’on allait perdre si le franquisme gagnait la guerre. Nous avons vu la construction du pouvoir (empoderamiento) de toutes les classes populaires en vue de dĂ©fendre des droits ainsi qu’une rĂ©publique qu’on Ă©tait en train de crĂ©er et qui avait de bonnes choses, comme par exemple, les dispositions permettant aux femmes de voter pour la premiĂšre fois. Cela a Ă©tĂ© une expĂ©rience importante ; elle a fait Ă©merger des alternatives que nous avons pris en compte au moment oĂč nous nous sommes dĂ©veloppĂ©s comme organisation et comme mouvement.

PM – La base libertaire est trĂšs enracinĂ©e dans notre projet. MĂȘme si nous nous dĂ©clarons socialistes, nombre de nos militants ont une origine assez libertaire, et de fait le mouvement libertaire influe pas mal dans notre projet politique. Nous sommes hĂ©ritiers de la rĂ©volution ouvriĂšre qui a eu lieu ici en Catalogne en 1936, et, plus tard, de la rĂ©sistance dans la clandestinitĂ©. Au cours de ce qu’on appelle la transition de l’État espagnol, la gauche indĂ©pendantiste a commencĂ© Ă  ressurgir et Ă  reprendre ces hĂ©ritages, avec beaucoup de vicissitudes car dans les annĂ©es soixante-dix et quatre-vingt comme dans les annĂ©es quatre-vingt-dix nous avons continuĂ© de subir une forte rĂ©pression de l’État espagnol, qui repose sur une base franquiste et de rĂ©pression des peuples. C’est au cours de ce « resurgissement Â», et surtout Ă  partir de l’an 2000 lorsque nous avons entrepris de construire le projet connu sous le nom de CUP, que nous avons rĂ©cupĂ©rĂ© une bonne partie de cet hĂ©ritage du passĂ©, tant celui de 1936 que celui de la transition.

AGM – Pourriez-vous dĂ©finir votre socialisme comme un socialisme libertaire ?

SPS et PM – Non.

SPS – La gauche indĂ©pendantiste a son propre syndicat, qui est la ConfĂ©dĂ©ration OuvriĂšre Syndicale (COS), mais de nombreux militants de l’organisation sont dans d’autres syndicats comme la CGT et la CNT, qui sont les syndicats libertaires, anarchistes. Mais la CUP ne se dĂ©finit pas comme socialiste libertaire.

AGM – MalgrĂ© l’hĂ©ritage libertaire ?

SPS – C’est un hĂ©ritage de la base et de la lutte ouvriĂšre


PM – De lutte ouvriĂšre plutĂŽt que de principes idĂ©ologiques. Nous ne parions pas pour la suppression de toutes les structures. En fait, dans la mesure oĂč nous sommes un mouvement trĂšs horizontal, on y trouve aussi une trĂšs grande hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© idĂ©ologique. Nous nous situons dans le spectre du socialisme, mais il y a Ă©videmment des opinions diverses Ă  propos de ce que doit ĂȘtre le socialisme. Nous tentons d’établir des accords dans le cadre des AssemblĂ©es nationales que nous organisons chaque annĂ©e, et dans lesquelles se dĂ©finit la stratĂ©gie politique qui nous rĂ©git en tant que CUP.

AGM – Plusieurs pratiques que vous avez Ă©voquĂ©es, comme celles de la dĂ©mocratie directe, l’assemblĂ©isme, le municipalisme au sens de la dĂ©mocratie horizontale, le coopĂ©rativisme, etc., Ă©taient prĂ©sentes dans la CNT, elles ont des racines anarchistes.

SPS – Nous partageons assurĂ©ment avec le mouvement libertaire l’idĂ©e de la construction d’un pouvoir (empoderamiento) populaire, de donner tout le pouvoir aux gens, de faire en sorte que les gens qui se trouvent dans les administrations soient des reprĂ©sentants du peuple. La CNT a ses reprĂ©sentants comme nous avons les nĂŽtres, ou comme nous tentons de les avoir. C’est trĂšs compliquĂ© aprĂšs tant d’annĂ©es de dĂ©mocratie reprĂ©sentative, d’ĂȘtre habituĂ© Ă  voter tous les quatre ans. Il est vrai que nos pratiques se ressemblent beaucoup, mais il y a aussi de notre cĂŽtĂ© quelque chose de trĂšs socialiste : nous venons du Chiapas, d’autres projets. C’est dans le cadre du Mouvement du 15-M[3] que nous nous sommes souvent retrouvĂ©s ; avant cette date nous partagions des espaces, mais nous Ă©tions assez Ă©loignĂ©s les unes des autres. Dans le 15-M, qui a Ă©tĂ© cette rĂ©volution d’aller sur les places et de les occuper, nous nous sommes toutes retrouvĂ©es. Je crois qu’il marque un point d’inflĂ©chissement, dans lequel nous nous sommes retrouvĂ©es et avons commencĂ© Ă  travailler d’une autre maniĂšre, rĂ©unies par les diffĂ©rentes luttes des classes populaires. Par exemple, des gens qui Ă©taient dans les mouvements libertaires ont commencĂ© Ă  participer Ă  des AssemblĂ©es locales de la CUP, et des gens qui Ă©taient dans les AssemblĂ©es locales de la CUP ont commencĂ© Ă  participer Ă  d’autres luttes des mouvements sociaux ou Ă  des rassemblements. Il s’est crĂ©Ă© une sĂ©rie de synergies ainsi qu’un rĂ©seau qui est aujourd’hui beaucoup plus complexe, plus difficile Ă  dĂ©truire par la rĂ©pression politique. Dans ma rĂ©gion nous travaillons coude Ă  coude avec la CNT, qui est le syndicat majoritaire de la rĂ©gion. Le 15-M a crĂ©Ă© un point de rencontre entre les diffĂ©rentes luttes ; il a Ă©tĂ© un moment trĂšs important et je crois qu’il a laissĂ© une certaine continuitĂ©, mĂȘme si elle n’est pas trĂšs apparente.

AGM – La structure organisationnelle de base de la CUP est l’AssemblĂ©e locale, qui est autonome et se rĂ©git par des principes communs Ă  toute la CUP.

PM – Dans les annĂ©es quatre-vingt apparaissent des assemblĂ©es et des candidatures locales dans tous les Pays catalans. Elles Ă©taient trĂšs isolĂ©es mais partageaient un ensemble d’idĂ©es suffisamment communes ; c’est ce que l’on appelle la gauche indĂ©pendantiste. Il arrive un moment oĂč elles commencent Ă  se coordonner, et cela devient l’embryon de la CUP, qui au dĂ©part se nomme AMEI (AssemblĂ©e Municipale de la Gauche IndĂ©pendantiste). La CUP naĂźt comme une instance de coordination de ces assemblĂ©es et de ces candidatures locales, qui se rĂ©partissaient dans tous les Pays catalans. Au fil des ans cette coordination devient plus complexe et l’on commence Ă  penser qu’il est nĂ©cessaire d’avoir un programme-cadre pour toutes les candidatures. Viennent ensuite des nouveaux statuts qui au fur et Ă  mesure sont rĂ©formĂ©s, et l’organisation devient de plus en plus complexe jusqu’à nos jours oĂč nous avons plus de 200 assemblĂ©es dans tous les pays catalans (170 AssemblĂ©es locales et des groupes de soutien qui sont des futures assemblĂ©es, et nous avons deux mille militants au total). C’est ainsi que surgit la structure de base de l’actuelle la CUP, qui a une base assemblĂ©iste municipaliste tout en Ă©tant une organisation politique Ă  caractĂšre national. Les AssemblĂ©es locales sont souveraines, nous n’avons pas de militants nationaux. Les militants militent dans leurs AssemblĂ©es locales, Ă  travers lesquelles ils participent aux prises de dĂ©cisions nationales de la CUP. Tout est basĂ© sur cela.

SPS – Aucun militant ne peut militer dans la CUP nationale s’il ne participe pas Ă  un projet municipaliste. C’est une bonne chose dans la mesure oĂč nous affirmons ainsi que l’important dans notre organisation est le municipalisme. Bien sĂ»r, parfois l’information entre les niveaux local et national peut ne pas circuler suffisamment bien. Nous avons parfois des difficultĂ©s pour transmettre aux AssemblĂ©es locales l’information que nous avons au niveau national, et pour faire en sorte qu’elles sachent comment accĂ©der Ă  l’équipe de personnes qui travaillent Ă  l’échelle nationale pour l’organisation et pour les AssemblĂ©es locales. Nous avons obtenu qu’un rĂ©seau soit crĂ©Ă© au sein des Ă©quipes de gouvernement, de maniĂšre Ă  ce que les diverses AssemblĂ©es locales puissent s’entraider et mettre en place des projets communs, mais il est difficile de faire participer les AssemblĂ©es locales Ă  des dynamiques de parlement. Cependant les choses que nos dĂ©putĂ©es ont Ă  dire au sein du parlement catalan supposent ce lien avec le local. Elles ne disent pas : « je vais voter ceci car je pense cela Â» ; leur discours et leur vote au parlement expriment ce que pense l’organisation. Nous avons ici quelque chose Ă  amĂ©liorer de quelque maniĂšre.

AGM – Le problĂšme de l’articulation du local avec le national revient donc Ă  celui de l’articulation entre les AssemblĂ©es locales, territoriales et nationale. Celle-ci se rĂ©unit une fois par an et Ă©lit un SecrĂ©tariat national.

SPS – Maintenant cela a changĂ©. Dans la mesure oĂč nous devons prendre des dĂ©cisions sur beaucoup de choses pendant l’annĂ©e, nous avons un autre organe qui se rĂ©unit chaque mois et qui est le Conseil politique. Il est Ă©lu par les AssemblĂ©es territoriales. Chaque AssemblĂ©e territoriale envoie au Conseil un certain nombre de reprĂ©sentants, qui sont porteurs du vote pondĂ©rĂ© de toutes les AssemblĂ©es locales.

AGM – Leur nombre est Ă©gal ?

SPS – Non, il dĂ©pend du territoire, du nombre d’AssemblĂ©es locales, du nombre de militants


PM – Nous disposons de critĂšres, de coefficients. Le point principal est la diffĂ©rence entre l’AssemblĂ©e nationale et le Conseil politique en tant qu’organe. L’AssemblĂ©e nationale est l’organe le plus souverain car tous les militants y sont reprĂ©sentĂ©s (un militant Ă©gale une voix) ; le Conseil politique est un organe oĂč il y a plus de dĂ©lĂ©gations et de collĂ©gialitĂ© ; c’est lĂ  oĂč siĂšgent les reprĂ©sentants des AssemblĂ©es locales.

AGM – Il y a aussi un SecrĂ©tariat national.

SPS – Oui, c’est l’exĂ©cutif politique des dĂ©cisions politiques prises au Conseil politique et Ă  l’AssemblĂ©e nationale. À prĂ©sent il n’est plus Ă©lu lors de l’AssemblĂ©e nationale, comme on faisait avant, mais par un vote tĂ©lĂ©matique. Autrefois on votait dans une urne lors de l’AssemblĂ©e, pour profiter de la prĂ©sence des militants, et maintenant on le fait Ă©lectroniquement. Les dates ne coĂŻncident plus avec celles de l’AssemblĂ©e nationale. Le principe demeure le mĂȘme : un militant Ă©gale une voix.

AGM – Ce vote a lieu chaque annĂ©e ?

SPS – Tous les quatre ans. Mais habituellement les Ă©lus n’achĂšvent pas leur mandat de quatre ans, parce que la participation fonctionne sur la base du volontariat, le militant ne touche pas de salaire.

AGM – De combien de membres se compose-t-il ?

SPS – Ils sont quinze.

AGM – Provenant de tous les territoires ?

SPS – Ils ne peuvent pas tous ĂȘtre du mĂȘme territoire, et il y a donc une pondĂ©ration ; je crois qu’ils sont trois par territoire. Il y a une pondĂ©ration par territoire et par genre. Dans tous les organes le 40 % des personnes qui y font partie doivent ĂȘtre des femmes. Le pourcentage des militantes femmes n’atteint pas le 30%, ce qui fait que nous avions des assemblĂ©es trĂšs masculinisĂ©es ; c’est pour cela que nous avons dĂ» faire cela. En juin dernier nous avons fait la premiĂšre assemblĂ©e nationale des femmes, afin de dĂ©finir un peu en termes fĂ©ministes les critĂšres d’admission Ă  l’organisation. Je crois que nous sommes l’une des rares organisations de Catalogne et dans l’État espagnol qui prend en charge la question des agressions machistes au sein de l’organisation, par nos militants. Nous avons une Commission nationale fĂ©ministe qui se charge de traiter ces problĂšmes ; elle ne peut pas juger mais elle a la facultĂ© d’expulser les agresseurs et d’aider les femmes ayant Ă©tĂ© agressĂ©es, de maniĂšre Ă  ce qu’elles puissent rester dans l’organisation.

AGM – Les membres du SecrĂ©tariat national gardent-ils leurs activitĂ©s habituelles au sein de leurs AssemblĂ©es locales ?

PM – Ce sont des militants de la CUP qui Ă©taient dans leurs AssemblĂ©es locales et qui dĂ©cident de contribuer volontairement au fonctionnement de l’organisation sur le plan exĂ©cutif, sans toucher un centime pendant ces quatre annĂ©es.

AGM – Mais ils restent toujours dans leur AssemblĂ©e locale ?

SPS – Je suis membre du SecrĂ©tariat national, et je suis par ailleurs conseillĂšre municipale dans mon village. Je faisais autrefois partie d’une administration supĂ©rieure qui est le Conseil de district —la Catalogne est divisĂ©e en districts (comarcas)— mais j’ai dĂ» le laisser car je ne pouvais pas ĂȘtre membre en mĂȘme temps du Conseil de district, conseillĂšre municipale, venir ici je ne sais combien de jours par semaine, et travailler. La plupart des personnes qui font volontairement partie du SecrĂ©tariat national sont aussi des militants dans leur AssemblĂ©e locale, travaillent et viennent Ă  Barcelone quelques jours par semaine.

AGM – Ces membres du SecrĂ©tariat national qui sont Ă©lus pour quatre ans, doivent-ils rendre des comptes rĂ©guliĂšrement Ă  la base qui les a Ă©lus ?

SPS – En principe nous devrions rĂ©diger des rapports tous les six mois, racontant le travail que nous avons fait. Ce sont des rapports d’activitĂ©s pour le Conseil politique, oĂč tu dois rendre des comptes. Par ailleurs tu travailles aussi dans le cadre d’un domaine, et les actes de nos rĂ©unions au SecrĂ©tariat national sont publics pour les militants, elles sont mises sur un site et ils peuvent chaque semaine accĂ©der au document et savoir ce que nous avons dĂ©cidĂ©, qui a fait telle ou telle contribution, etc. Ils disposent donc de toutes les informations concernant ce que nous faisons. Les membres du SecrĂ©tariat national prennent les dĂ©cisions sur la base de ce qui a Ă©tĂ© dĂ©cidĂ© par les militants ; nous ne disposons pas d’un pouvoir de dĂ©cision politique, notre fonction est exĂ©cutive.

AGM – Et si les militants de la base dĂ©cident de rĂ©voquer une personne qu’ils ont Ă©lue au SecrĂ©tariat national ?

PM – Cela n’est jamais arrivĂ©. Il existe des mĂ©canismes, mais cela n’est jamais arrivĂ©.

SPS – Jamais cela n’est arrivĂ©. Nous avons une Commission des garanties qui est chargĂ©e de veiller Ă  ce tout le monde fasse ce qui est conforme Ă  l’organisation, et les militants pourraient faire convoquer la personne par la Commission des garanties.

AGM – Le Conseil politique est-il composĂ© tant par des reprĂ©sentants des AssemblĂ©es territoriales que par des dĂ©lĂ©guĂ©s du SecrĂ©tariat national ?

SPS – Le Conseil politique nomme un bureau (Mesa) qui assume une tĂąche de dynamisation et d’organisation du Conseil ; dans ce bureau siĂšgent deux personnes faisant partie du SecrĂ©tariat national, mais elles ont des fonctions purement exĂ©cutives et ne disposent pas de voix ; elles recueillent les dĂ©cisions du Conseil politique et les transmettent au SecrĂ©tariat.

PM – Les reprĂ©sentants des AssemblĂ©es territoriales qui vont au Conseil politique soulĂšvent toujours des questions de supervision, et c’est la raison pour laquelle sont toujours prĂ©sents au bureau ces reprĂ©sentants du SecrĂ©tariat national. Ils peuvent ainsi recueillir toutes les plaintes et les suggestions. Nos militants sont trĂšs actifs. Parmi nous le concept de militant est trĂšs valorisĂ©, en ce sens que les gens qui assument le projet sont trĂšs volontaristes et veillent toujours au bon fonctionnement des choses. Nombre de participants aux AssemblĂ©es locales suivent toujours de prĂšs chaque dĂ©cision qui se prend, chaque vote qui est fait. Ce sont des militants trĂšs critiques, trĂšs exigeants.

SPS – Cette supervision est trĂšs bien, car cela t’aide Ă  rester toujours alerte, Ă  ne pas faire des bĂȘtises. Le Conseil politique est le lieu oĂč les AssemblĂ©es locales, les AssemblĂ©es territoriales, le groupe parlementaire et le SecrĂ©tariat national peuvent prĂ©senter des propositions en vue d’un dĂ©bat ou d’un vote. C’est un lieu oĂč il y a chaque mois un dĂ©bat politique et oĂč les dĂ©cisions sont prises, et c’est ensuite le SecrĂ©tariat national qui les exĂ©cute.

AGM – Le nombre de dĂ©lĂ©guĂ©s au Conseil politique varie-t-il ?

SPS –Une AssemblĂ©e territoriale a au plus six reprĂ©sentants, et au moins trois. Il y a diffĂ©rents Ă©lĂ©ments qui pondĂšrent le vote : le nombre de districts qu’a le territoire, le nombre d’AssemblĂ©es locales, et, jusqu’à rĂ©cemment, le nombre de mairies. En ce moment nous sommes en train de modifier les statuts en vue d’une assemblĂ©e d’organisation qui se tiendra en fĂ©vrier prochain.

AGM – Les membres du Conseil politique sont-ils Ă©galement Ă©lus pour quatre ans ?

SPS – Ils sont Ă©lus chaque annĂ©e, mais tu peux siĂ©ger au maximum quatre ans. Chaque AssemblĂ©e territoriale choisit son systĂšme : pour certaines les dĂ©lĂ©gations sont par roulement, pour d’autres elles sont permanentes.

AGM – En ce qui concerne le groupe parlementaire, j’ai vu que les dĂ©putĂ©s sont Ă©lus pour une pĂ©riode seulement : aucun dĂ©putĂ© ne peut se reprĂ©senter comme candidat.

SPS – La chose est similaire pour les mairies


PM – Pour n’importe quelle charge ou poste à la CUP.

SPS – Les salariĂ©s (trabajadores) de la CUP peuvent seulement avoir un contrat pour quatre ans, et ne peuvent pas recommencer Ă  travailler dans le cadre d’une autre fonction. Ils doivent attendre quatre annĂ©es, et aprĂšs ils peuvent de nouveau se prĂ©senter. Pour ce qui est des charges Ă©lectives (conseiller municipal, etc.), on peut les assumer au maximum pendant deux mandats, ce qui Ă©quivaut Ă  huit annĂ©es, Ă  l’exception des petits villages de moins de cinq mille habitantes, oĂč l’on peut occuper la charge pendant douze ans.

PM – Il s’agit lĂ  d’exceptions qui figurent dans le code Ă©thique, et elles doivent ĂȘtre approuvĂ©es. Nous avons un code Ă©thique qui nous oblige Ă  la limitation des charges afin de ne perpĂ©tuer personne dans aucune charge politique, et afin de ne pas transformer la participation politique en un modus vivendi, car nous entendons que la politique n’est pas une profession.

SPS – C’est lĂ  le plus important. La plupart des militants exerçant une charge Ă©lective ne touchent aucun salaire, car ils ont leur travail et aussi parce qu’ils consacrent leurs heures d’activitĂ© militante Ă  la mairie ou Ă  l’espace oĂč ils se trouvent. L’argent qu’ils reçoivent va Ă  AssemblĂ©e locale, c’est une source de financement des AssemblĂ©es locales, qui provient des institutions, et une partie du pourcentage va Ă  la CUP nationale.

AGM – Le conseiller municipal reçoit-il un salaire ?

SPS – Cela dĂ©pend de la municipalité 

PM – Je parle de mon cas : nous touchons un salaire si nous sommes dĂ©chargĂ©s (liberados), c’est-Ă -dire si l’AssemblĂ©e locale o territoriale estime qu’elle a besoin d’un militant qui se libĂšre Ă  certaines heures afin de se consacrer Ă  cent pour cent ou Ă  cinquante pour cent Ă  l’organisation; c’est le concept de « dĂ©chargĂ© Â» (liberado) que l’on trouve dans n’importe quelle organisation de gauche. Dans notre cas de la CUP nous nous rĂ©gissons par un code Ă©thique de limitation temporelle, comme nous l’avons dit, mais aussi de limitation des salaires. Le salaire est donc limitĂ© par un coefficient et nous ne pouvons pas toucher plus que ce qui est stipulĂ©, qui Ă©quivaut Ă  2,5 du salaire minimum interprofessionnel de l’État, soit quelque 1400 euros.

AGM – Ce sont-là les salaires des personnes qui travaillent pour la CUP.

SPS – De toutes les personnes qui travaillent pour la CUP.

PM – Ils peuvent le toucher directement auprĂšs de la CUP, mais il se peut qu’il ou elle soit le ou la maire d’une municipalité 

SPS –
.et qui aura sans doute un salaire supĂ©rieur, mais comme cette personne aura une limitation de salaire, cette partie du salaire ira Ă  l’AssemblĂ©e locale.

PM – Une AssemblĂ©e locale peut dĂ©cider par exemple qu’elle a besoin d’un « dĂ©chargĂ© » pour tenir le bar de l’Ateneo[4], ou pour s’occuper de la communication, ou encore pour ĂȘtre l’assesseur politique d’une autre personne. Elle peut dĂ©cider aussi que le conseiller municipal (regidor) assume lui-mĂȘme le travail d’assesseur et qu’il consacre du temps Ă  la mairie, et donc que cette personne doit ĂȘtre « dĂ©chargĂ©e Â». Dans ce cas c’est bien le conseiller municipal qui perçoit un salaire, mais toujours dans le cadre du code Ă©thique et donc de la limitation et de la durĂ©e et du salaire.

*

Image bandeau : Susanna SĂĄez via El Mundo.

*

Notes

[1] Ejército Zapatista de Liberación Nacional, organización política y militar promotora de la insurrección indígena y popular iniciada el 1° de enero de 1995 en el estado de Chiapas (México).

[2] OrganizaciĂłn territorial y administrativa formada hacia 2003 en la regiĂłn de Chiapas (MĂ©xico) por agrupaciones de municipios autĂłnomos rebeldes Zapatistas.

[3] Mouvement 15-M: mouvement de protesta ciudadana que se desarrolla en España a raĂ­z de una manifestaciĂłn convocada el 15 de mayo de 2011 en la Plaza del Sol de Madrid. Conocido igualmente como “movimiento de los IndignĂ©s”.

[4] Sorte de centre culturel populaire.

(Visited 1 times, 1 visits today)



Source: Contretemps.eu