Avril 8, 2020
Par Indymedia Nantes
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C’était aux alentours de 18 heures, dans le quartier NoĂ©. Six policiers interviennent, selon eux, « pour mettre fin Ă  un rodĂ©o en motocross » . A l’origine, un riverain aurait appelĂ© le commissariat de Conflans-Sainte-Honorine (commune limitrophe) affirmant avoir reconnu sa moto volĂ©e dans ce mĂȘme secteur.

Lors de l’arrivĂ©e de la police sur les lieux, une moto est suspectĂ©e par la police comme Ă©tant celle dĂ©clarĂ©e volĂ©e. Le conducteur sera finalement rattrapĂ©, interpellĂ© et placĂ© en garde-Ă -vue,  bien que sa moto soit en rĂšgle. C’est cette intervention qui va dĂ©clencher une rĂ©action comprĂ©hensible de la part des jeunes du quartier, qui subissent quotidiennement l’oppression policiĂšre, rĂ©alitĂ© banale dans ces espaces de relĂ©gation, de surcroĂźt en cette pĂ©riode de confinement. Bref, on est bien loin du « guet-apens » dont la presse se fera l’écho dĂšs les premiĂšres heures du drame, pour justifier l’injustifiable. 
Au cours de cette intervention policiĂšre, les autoritĂ©s reconnaissent que les policiers ont procĂ©dĂ© Ă  14 tirs de LBD et 9 lancers de grenades (une lacrymogĂšne et 8 de dĂ©sencerclement). 

C’est lors de ces Ă©changes de tirs qu’une fillette de 5 ans, qui accompagnait son pĂšre pour descendre les poubelles, a Ă©tĂ© atteinte en pleine tĂȘte. Le tir a provoquĂ© un grave traumatisme crĂąnien qui a nĂ©cessitĂ© une prise en charge chirurgicale et la fillette, transfĂ©rĂ©e Ă  l’hĂŽpital Necker Ă  Paris, Ă©tait lundi soir toujours en rĂ©animation.

DĂšs les premiĂšres alertes sur la blessure de la petite fille apparues sur les rĂ©seaux sociaux, le parquet des Yvelines prend la main pour annoncer l’ouverture de deux enquĂȘtes judiciaires : l’une pour « violences sur personnes dĂ©positaires de l’autoritĂ© publique, dĂ©gradations et non-respect du confinement » (confiĂ©e au commissariat de Conflans), et l’autre « pour dĂ©terminer les conditions d’usage des armes de dĂ©fense des forces de l’ordre », confiĂ©e Ă  l’IGPN, la « police des polices » . 

Ne pouvant pas, cette fois, criminaliser la victime, le parquet et les syndicats de policiers vont essayer de chercher d’autres justifications à cet acte ignoble.
Pour commencer, les fonctionnaires impliquĂ©s nient tout simplement la prĂ©sence de l’enfant sur les lieux. 

Julien Le Cam, secrĂ©taire du syndicat Alliance Yvelines, et Maryvonne Caillibotte, procureure de Versailles, se succĂšdent dans les mĂ©dias — Le Parisien en tĂȘte –, pour brouiller les pistes, partition classique et trĂšs bien rodĂ©e aprĂšs de tels faits d’armes policiers. La procureure affirme : « on ne peut pas lier sa blessure aux Ă©chauffourĂ©es. La seule certitude, c’est que ça a eu lieu dans un temps concomitant ». Pour le reprĂ©sentant d’Alliance, « Le raccourci » entre la blessure de la fillette et un tir de LBD « est un peu trop rapide ». C’est lui qui rĂ©pand la rumeur d’un « guet-apens » et dĂ©nonce « ces zones oĂč le confinement n’est pas du tout respectĂ©, oĂč il y a un sentiment d’impunitĂ© », cherchant par un procĂ©dĂ© classique Ă  dĂ©tourner l’attention des faits qui nous intĂ©ressent. Maryvonne Caillibotte y va aussi de son couplet stigmatisant tous les habitant-e-s du quartier : « A Chanteloup-les-Vignes et dans le quartier de La NoĂ©, plus particuliĂšrement, les gens ne respectent pas les rĂšgles de confinement Ă  leurs risques et pĂ©rils , et au dĂ©triment de ceux qui les entourent. Les forces de l’ordre continuent de faire leur mĂ©tier ». (NB : sortir ses poubelles n’est pas proscrit dans le cadre du confinement).

La maire de Chanteloup, Catherine Arenou (divers droite), enchaĂźne pour rendre les parents responsables de la situation : « AprĂšs les mouvements sociaux, les forces de l’ordre sont Ă©puisĂ©es et actuellement leur rĂŽle est difficile parce qu’ils ne sont pas protĂ©gĂ©s, ils prennent des risques », martĂšle l’élue. Alors, face Ă  ces jeunes et ces adolescents qui ne respectent pas les mesures de confinement, elle estime que « les parents sont responsables ».

Castaner, quant Ă  lui, assure vouloir dĂ©livrer la vĂ©ritĂ© Ă  la famille. Il est vrai que c’est dans ses moeurs et dans celles de ses prĂ©dĂ©cesseurs, comme nous l’avons constatĂ© toutes ces derniĂšres annĂ©es. En ce qui le concerne, les assassinats de Zineb (Marseille) et Steve (Nantes) suffisent pour douter de Castaner, pour ne citer que ces deux exemples parmi des dizaines d’autres depuis qu’il est ministre. A lire ses propos, on croirait Ă  une blague de mauvais goĂ»t. Le ministre reprend les mensonges de la police sur la « moto volĂ©e» et traite de « dĂ©linquant » le conducteur du vĂ©hicule qui n’a jamais Ă©tĂ© volĂ© : « C’est d’abord un vol de moto. Un individu a appelĂ© la police, elle est immĂ©diatement intervenue et a arrĂȘtĂ© le dĂ©linquant qui Ă©tait sur la moto volĂ©e. A ce moment-lĂ , ils ont Ă©tĂ© pris Ă  partie par une cinquantaine de jeunes qui ont commencĂ© Ă  leur jeter des projectiles. Deux policiers ont Ă©tĂ© blessĂ©s, deux voitures ont eu une vingtaine d’impacts et pour se dĂ©gager ils ont dĂ» utiliser les moyens de dĂ©fense dont ils disposent. » 

RĂ©sumons : nous avons une enfant blessĂ©e et prise en charge sur les lieux mais qui n’y Ă©tait pas; une blessure qui n’a pas de liens avec la police mais qui a eu lieu au mĂȘme moment et au mĂȘme endroit que la oĂč se trouvaient les fonctionnaires de police. Et Ă  l’origine de tout cela, il y aurait un « non respect du confinement » et l’irresponsabilitĂ© parentale


Sans honte aucune, tous valident le fait qu’un agent puisse tirer sur une enfant de 5 ans tout en cherchant à l’excuser.

Nous avons une interprĂ©tation diffĂ©rente des faits : un policier a tirĂ© sur une enfant de cinq ans Ă  l’aide d’un LBD, comme le prouve le tĂ©moignage de sa tante accompagnĂ© de la photo du projectile qui a atteint l’enfant et qui reste en sa possession : une balle de LBD de 40 mm. (NB : Nous invitons vivement la famille Ă  remettre cette balle Ă  leur avocate et non Ă  la police).

Au vu du passif policier dans ce quartier, nous savons que l’usage des armes de guerre y est coutumier, tout comme les exactions policiĂšres. Non, le policier auteur du tir n’était pas « fatiguĂ© par les mouvements sociaux », il a agit exactement comme il le fait d’habitude. Non, les parents n’ont aucune responsabilitĂ© dans la violence policiĂšre imposĂ©e quotidiennement Ă  leurs enfants. Et non, le confinement n’a rien Ă  voir dans cette affaire et ne peut excuser les exactions policiĂšres quelles qu’elles soient.

Nous rappelons, Ă©galement, que l’argument selon lequel le LBD serait imprĂ©cis (argument fallacieux comme le prouvent les expertises balistiques) ne peut pas non plus expliquer de tirer sur une enfant. Un policier de la BAC vantait mĂȘme, dans cette vidĂ©o, la prĂ©cision de tir de cette arme, nous reprenons ses propos : « point visĂ©, point touchĂ© ». Le tir ne peut donc ĂȘtre accidentel ou expliquĂ© par « une marge d’erreur » mais bien intentionnel, et dirigĂ© vers une enfant de 5 ans.

L’usage des armes de la part de la police est monnaie courante dans ce quartier, et, le confinement, affirmant la toute puissance policiùre, n’a fait que l’exacerber.

Depuis le dĂ©but du confinement obligatoire, deux situations similaires ont Ă©tĂ© rapportĂ©es dans la presse locale. Le 22 mars vers 22h30, le mĂȘme quartier a subi une intervention similiaire. Place du Pas, dans le quartier de la NoĂ©, les policiers s’adonnaient Ă  une course poursuite pour « refus d’obtempĂ©rer », et les policiers auraient Ă©tĂ©, lĂ  aussi, « pris Ă  partie » par des habitants, ce qui justifie 6 tirs de LBD ainsi que, selon toute vraisemblance, l’usage de 3 grenades dĂ©sencerclantes. Le 31 mars vers 19h45, mĂȘme scĂ©nario : la BAC lance une grenade de dĂ©sencerclement toujours sur les mĂȘmes motifs (policiers « pris Ă  partie » par des « jets de projectiles »).

Ce quartier attire l’attention mĂ©diatique comme la morbiditĂ© policiĂšre. Les gazettes ne manquent jamais de rappeler que ce fut le thĂ©Ăątre du tournage du film de Mathieu Kasowitz (La Haine, 1995), de quoi expliquer qu’il soit restĂ© un terrain de chasse prĂ©fĂ©rĂ© de la BAC des Yvelines.

En 2015, par exemple, des policiers de la BAC traĂźnent un homme menottĂ©, le projettent Ă  l’arriĂšre de leur vĂ©hicule avant de lui assĂ©ner un coup de poing. L’homme s’écroule et est Ă  nouveau traĂźnĂ© vers une autre voiture situĂ©e Ă  l’arriĂšre du premier vĂ©hicule. Un passant demande aux policiers « pourquoi agissent-ils ainsi ? » et reçoit, pour seule rĂ©ponse, un tir de LBD. Le policier justifiera ce tir comme visant un groupe de jeunes hostiles derriĂšre le passant et qui, bien entendu, ne sont pas visibles sur la vidĂ©o.
Nous vous laissons constater l’incohĂ©rence de cette version par vous mĂȘmes. Le policier, auteur du tir, a Ă©tĂ© renvoyĂ©, en octobre 2019, devant le tribunal correctionnel pour  “violences volontaires par personne dĂ©positaire de l’autoritĂ© publique” ainsi que ces trois collĂšgues pour “faux et usage de faux”, ayant couvert leur collĂšgue dans le procĂšs verbal d’interpellation.

Toutes nos pensĂ©es vont Ă©videmment Ă  cette petite fille, Ă  sa famille, nous espĂ©rons qu’elle s’en sortira sans sĂ©quelles, et nous ne pouvons dire mot qui soulagera leur peine et leur douleur, car aucun mot ne saurait ĂȘtre Ă  la hauteur pour confronter ce type d’injustice.




Source: Nantes.indymedia.org