Mars 22, 2017
Par Le Poing
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Faits divers racoleurs, photos aguicheuses, titres alarmistes, publicités déguisées en articles… les vieilles ficelles du journalisme de caniveau ne sont plus un mystère pour personne. Et pourtant, on oublie trop souvent de rajouter à cette liste le journalisme préfectoral. Très à la mode pendant les mobilisations contre la loi travail, ce journalisme prétend parler des luttes sociales en reprenant mot pour mot les communiqués des autorités. Ou comment les médias, à Montpellier comme ailleurs, transforment les violences policières… en violences contre la police.

Interpellation de Maël : France 3 fait le service après-vente de la police (28/04/16)

Aux alentours de 14h le 28 avril 2016, Maël (prénom modifié), 19 ans, se fait interpeller place de la Comédie par la BAC à la fin d’une manifestation contre la loi travail. Moins de 4h heures plus tard, France 3 publie un article où l’on peut lire que Maël, « qui serait SDF […] aurait à 12h10, brisé un panneau publicitaire à coups de marteau ; à 12h22, étoilé les parois d’un abribus ; à 12h29, frappé les vitrines d’un magasin Carrefour puis vers 12h35, frappé, à nouveau, à plusieurs reprises, les vitrines d’une banque Caisse d’Épargne ».

Sans doute par souci de rapidité, l’auteur de l’article n’a vérifié aucune de ces « informations » rédigées par la police. Un simple appel aux militants de l’assemblée populaire Nuit Debout, dont certains sont bien connus des journalistes de France 3, aurait pourtant suffi à démentir « l’information » selon laquelle Maël était SDF. La parole d’un sans-abri ne vaut pas grand-chose au tribunal, et c’est bien pour le marginaliser que la police a livrée cette « information » aux journalistes.

Quant à la reproduction de cette liste détaillée de délits auxquels il se serait livré, elle ne peut que rendre caduque l’emploi du conditionnel dans l’article et convaincre le lecteur de sa culpabilité. La médiatisation de ces éléments à charge, alors même que
Maël était encore en garde à vue, influence forcément l’enquête et la décision du juge. Maël a été condamné à plusieurs milliers d’euros d’amende et huit mois de prison avec sursis et mise à l’épreuve. Une belle leçon de la capacité de nuisance d’un article rédigé en quelques minutes à base de copier/coller de la préfecture… merci France 3 !

Trois policiers de la BAC victimisés par trois jeunes manifestants, selon 20 minutes (15/09/16)

Cet après-midi du 15 septembre 2016, Ninon, Soline et Loïck sont interpellés par la BAC au jardin du Peyrou après une assemblée de lutte contre la loi travail. Moins de 5h plus tard, 20 minutes reprend la thèse du commissariat selon laquelle « trois policiers ont été légèrement blessés lors de cette échauffourée ». Selon la brochure publicitaire, les trois manifestants, dont le plus âgé a 22 ans, auraient donc victimisé des agents de la BAC pourtant formés aux « arts martiaux et techniques de combat », dixit le site de la police nationale. Une thèse démentie le soir même par la diffusion d’une vidéo amateur sur le Poing montrant clairement les policiers matraquer au sol les trois manifestants et gazer les personnes aux alentours.

Lors du procès du 6 décembre, la juge refuse de visionner la vidéo et accuse Ninon d’avoir tagué un tramway et Soline et Loïck d’avoir résisté avec violence pendant leur interpellation. Une fois n’est pas coutume, France 3 finit par questionner la version de la police et diffuse la fameuse vidéo. Sans effet sur le délibéré du 13 décembre : six mois de prison avec sursis pour Soline et Loïck plus 1 200€ d’amendes chacun pour les dommages et intérêts alloués à deux policiers ; un an de prison avec sursis pour Ninon. France 3 évoque alors une sanction « extrêmement sévère » et envisage un procès en appel « pour faire porter la fameuse vidéo dans le dossier, dans les règles ». Pour la première fois depuis le début du mouvement social contre la loi travail, un grand média s’étonne de l’acharnement judiciaire subi par les militants de Montpellier. Allez les gars, encore un petit effort et bientôt vous rejoindrez le Poing !

Arrestations et violences pendant l’expulsion d’un squat, bref, « tout s’est déroulé dans le calme »
pour Midi Libre (06/10/16)

Au stade du Père-Prévost, dans le quartier des Beaux-Arts, la lutte contre la promotion immobilière ne date pas d’hier. En juillet 2014, Philippe Saurel signe la remise à disposition du stade pour les habitants du quartier. Midi Libre glorifie alors « les promesses tenus et officialisés » du maire et affirme que « le stade du Père-Prévost [est] rendu à tous ». Hourra ! Les engagements de la mairie ne sont pourtant pas contraignants et dans les faits, le terrain reste à l’abandon. Pas résignés pour un sou, le Mouvement de libération des biens communs, issu des Indignés, investit la friche pour y faire des potagers collectifs et l’association Football du peuple y organise des matchs de foot en solidarité avec les migrants. Face aux prix des loyers et aux expulsions de squats, une trentaine de sans-abri s’installent sur le stade au cours de l’année 2015.

C’en est trop pour les autorités : que des associations citoyennes occupent le stade, à la limite, mais des pauvres, certainement pas ! Le 6 octobre 2016 au petit matin, une demi-compagnie de CRS venue de Marseille est envoyée sur place pour expulser les squatteurs. « Le squat du Père-Prévost évacué dans le calme » titre alors Midi Libre, selon qui « les services du 115 sont sur place pour aiguillonner les squatteurs vers des solutions ». Alléluia ! Trois jours plus tard, peu gêné de son incohérence, Midi Libre publie un article intitulé « Deux expulsés du Père-Prévost incarcérés ». On y apprend que finalement, l’expulsion n’était pas si calme que ça : sont évoqués un policier empoignant un épileptique et un autre frappant une squatteuse au sol. Comme d’habitude, ces victimes de violences policières sont interpellées et accusées par la police… d’avoir été violents ! Une femme de 20 ans est condamnée à un mois ferme et un homme de 31 ans à trois mois ferme, avec mandat de dépôt pour les deux. Pourquoi le journaliste de Midi Libre a-t-il écrit le jour de l’expulsion que « tout s’est déroulé dans le calme » malgré ces violences et ces arrestations ? Deux réponses sont possibles : 1) il n’était pas sur place le jour de l’expulsion et s’est contenté des informations données par la police, 2) il était bien sur place le jour de l’expulsion mais n’a rien dit pour ne pas gêner la police. Dans tous les cas, Midi Libre confirme son titre du meilleur auxiliaire de la police de Montpellier.




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