Octobre 28, 2020
Par Dijoncter
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Après s’y être officiellement opposé pendant plusierus années, François Rebsamen a finalement décidé mardi dernier de doter la police municipale d’armes à feu, mais aussi d’élargir ses effectifs et d’augmenter les salaires de ses agents.

Dans son “acte II de la tranquillité publique” présenté mardi 20 octobre, François Rebsamen et la première adjointe en charge de la tranquillité publique Nathalie Koenders ont – entre autres – annoncé que les policiers municipaux dijonnais seraient maintenant armés en soirée, de 17h15 à 1h20. Petit aparté : la nouvelle de cette annonce est la dotation de la police municipale en armes à feu, et pas en « armes létales » comme on a pu le lire ou l’entendre. La police municipale est en effet déjà dotée de pistolets à impulsion électrique (dits “Taser”) depuis 2015. Des armes dont la létalité notamment par arrêt cardiaque, n’est plus à prouver. Quoi qu’il en soit, cette décision rejoint celle annoncée il y a quelques semaines par le maire de Chenôve Thierry Falconnet pour la police municipale de sa ville.

Outre cet armement de l’équipe de nuit, la municipalité a annoncé le recrutement de 30 nouveaux nouveaux policiers municipaux pour atteindre les 100 agents en 2023. Et pour atteindre ces objectifs de recrutement dans un secteur où les postes à pourvoir sont plus nombreux que les candidatures il faut savoir se rendre attrayant. La municipalité ne lésinera donc pas sur les moyens puisqu’elle a prévu une révision statutaire et une revalorisation salariale : augmentation de l’indemnité d’administration et de technicité (IAT) 80-90 € net par mois, et création de postes de catégorie B pour permettre de passer les concours en interne. « Pour recruter, il faut une bonne organisation, une revalorisation de leur métier, des moyens de fonctionnement de qualité comme la vidéoprotection [sic], les voitures et les locaux » a ainsi expliqué le maire d’après infos-dijon.

En 2015, pour “l’acte I de la tranquillité publique”, la police municipale avait déjà gagné 30 postes, la dotation de pistolets à impulsion électrique (“Taser”). Une équipe de soirée avait été créée et la vidéo-surveillance déployée. François Rebsamen jugeait cependant à l’époque que la police municipale n’avait “pas les moyens, pas les capacités, pas la formation” pour être dotée en “armes létales”.

À partir de cette année ce sont donc 50 policiers de plus qu’il faudra supporter à Dijon si on ajoute à ces 30 policiers municipaux les 20 policiers nationaux annoncés par Jean Castex suite aux affrontements du début de l’été aux Grésilles.

Une victoire pour les forces réactionnaires

Cette décision est une nouvelle victoire pour les syndicats de policiers et l’extrême-droite (pardonnez-nous le pléonasme). Dans un article publié la veille de cette décision par France 3 Bourgogne Franche-Comté on apprend ainsi que cette décision fait l’unanimité parmi les organisations de défense des policiers municipaux. On relèvera deux excuses des syndicats de flics. D’abord l’assassinat de Samuel Paty (les réactionaires savent si bien instrumentaliser l’actualité) invoqué par le syndicat FOPM :

” Une fois de plus les Policiers Municipaux sont primo intervenants.

Nous apportons notre soutien aux collègues, qui une fois de plus, interviennent sans armes létales.

[…]

Nous revendiquons l’armement généralisé pour les Polices Municipales.”

Un exemple qui montre pourtant à quel point l’armement des policiers municipaux n’aurait rien changé, puisqu’ils sont arrivés après le meurtre, et que ni eux ni personne d’autres n’a été blessé par l’aggresseur malgré le fait qu’ils n’aient pas été armés de pistolets.

Autre excuse – et elle vaut des points – cette comparaison par un syndicaliste policier :

« C’est comme si on demandait à un charpentier de faire un toit avec des clous mais sans marteau. »

Ce qui en dit long sur leur imaginaire professionnel de fous de la gachette.

Côté « opposition » municipale on se réjouit évidemment de cette décision sécuritaire, tout en réclamant déjà plus : armement jour et nuit, recrutements plus rapide des nouveaux policiers, police métropolitaine des transports, etc.

Qui nous protège de la police ?

Pour finir, revenons sur un récent fait d’arme de la police municipale dijonnaise, qui donnera à réfléchir sur la pertinence d’armer encore plus de telles personnes.

Nous sommes le samedi 9 février 2019, en plein mouvement des gilets jaunes. Après un long périple qui les amènent à la gare, dans le quartier de Montchapet, à l’Auditorium puis vers la Maison d’Arrêt, les manifestants se dirigent vers la place de la Libération. Comme tous les samedis depuis plusieurs semaines, la cour du palais des Ducs est fermée et une équipe de vigiles de la SIG et de policiers municipaux se tient prête à défendre le Palais du Duc. Quand un feu de poubelle est allumé devant les grilles c’est le début d’une bataille rangée : canettes, pétards et feux d’artifices des manifestants, contre gazs lacrymo, extincteurs et lance à incendie des agents municipaux !

Dans la mêlée l’équipe bleue fait totalement l’impasse sur les règles qui délimitent son champ d’action, ce que la presse ne manquera de relever. Les policiers muncipaux et agents de la SIG ont ainsi eu recours à une opération de maintien de l’ordre (ce qui est normalement réservé aux CRS ou gendarmes mobiles), et des policiers municipaux ont fait usage de leur arme en dehors du cadre de la légitime défense ou de l’interpellation. Quant aux agents de la SIG ils ne sont pas du tout sensés avoir le droit d’utiliser d’armes.

On a vu un agent de la SIG faire usage d’une matraque à travers la grille, tandis que la tension était à son comble et que seule ladite grille empêchait la scène de se transformer en une véritable bataille rangée. Plus surprenant encore, on a même vu Philippe Berthaut, directeur général des services, venir en personne se saisir de la lance à eau comme si cela pouvait avoir le moindre effet. Non, le maintien de l’ordre public n’est décidément pas le fort de policiers municipaux et agents de sécurité épaulés par un directeur général des services. Tout cela était inutile et, autant le dire, parfaitement évitable.

Témoignage de Nicolas Richoffer dans l’article Acte 13 des Gilets Jaunes à Dijon pour le site d’information infos-dijon.com.

Malgré des articles dans toute la presse locale, qui pointent notamment l’implication personelle de deux des plus heuts supérieurs hiérarchiques de la PM, Philippe Berthaut, directeur général des services, et Samid El Ouahidi, directeur de la tranquilité publique, malgré une video d’une quinzaine de minutes documentant les faits et malgré une plainte déposée par un journaliste indépendant, aucun des protagonistes n’a jamais eu a subir les conséquences de ces actes.

Cette anecdote soulève tout de même une question : veut-on réellement mettre des armes létales entre les mains de gens qui ne déjà savent plus se contrôler quand on leur donne pour simple mission d’éteindre des feux de poubelle ?

Ce n’est pas anodin d’avoir arme sur soi, cela demande une grande formation, poussée et renforcée, ainsi qu’un accompagnement psychologique des policiers municipaux

Déclaration de Nathalie Koenders première adjointe en charge notamment de la tranquillité publique, pendant la présentation de « l’acte II de la tranquilité publique »

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À la droite de François Rebsamen, Samid El Ouahidi, pendant la présentation de « l’acte II de la tranquilité publique »

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9 février 2019, acte 13 des gilets jaunes, Samid El Ouahidi vise des manifestant avec une lance à incendie




Source: Dijoncter.info