Ce jeudi 11 juin, à Roubaix et Lille, plusieurs dizaines de policiers se sont rassemblés devant leurs commissariats pour dénoncer le discours de Castaner sur les mesures pour mettre fin au racisme au sein de la police. Le Ministre de l’Intérieur y avait annoncé la fin de la technique d’interpellation de la clé d’étranglement. Il a depuis fait marche arrière face à la maigre contestation des policiers. Le retropédalage le plus rapide de l’histoire du quinquennat face à une contestation.

Les flics de la métropole et plus largement de l’hexagone ont décidé de faire un coup de communication pendant plusieurs jours pour que Castaner se rétracte sur ses projets d’envisager systématiquement une sanction pour « soupçon avéré de racisme » des keufs. Voilà chose faite.

Le coup de pression des policiers a largement été médiatisé. Localement, la VDN n’a pas hésité à publier trois articles sur les rassemblements symboliques de la métropole rien que le jeudi. Les grands médias locaux et nationaux ont poussé leurs délires sensationnalistes jusqu’à appeler ces rassemblements comme des « actions spectaculaires » / « actions coups de poing ».

ENTRE COUP DE THÉÂTRE ET SOCIÉTÉ DU SPECTACLE

Les manifestations policières ont, pour l’heure, rassemblé que quelques dizaines de personnes, là où la manifestation du comité Adama à Paris a rassemblé une nouvelle fois des dizaines et des dizaines de milliers de personne ce samedi. Le 2 juin, rien qu’à Lille, 4000 personnes défilent dans les rues. Un mouvement historique contre l’impunité policière et le racisme.

À Roubaix, ce jeudi 11 juin, les policiers se sont rassemblés déguisés en licornes pour dénoncer le monde de « Bisounours » dans lequel vivrait Castaner. Les policiers ont aussi déposé symboliquement leurs menottes au sol, et menacé de ne plus interpeller s’ils n’obtenaient pas satisfaction. On aurait envie de dire chiche, si seulement la suspension de l’activité policière ne permettait pas à la flicaille d’obtenir tout ce qu’elle veut.

Ce vendredi matin, quelques dizaines de policiers, trente, quarante peut-être selon les photos, manifestaient illégalement aux portes de l’Elysée. Le syndicat d’extrême droite Alliance, accompagné des autres crapules de l’UNSA Police, la Synergie, le SICP derrière une banderole « unitaire » où le slogan « Pas de justice, pas de paix » est détourné en « Pas de police, pas de paix ». Une énième provocation au mouvement anti-raciste en cours.

« La colère gronde chez les policiers » titrent les médias, tandis que les manifestations antiracistes et contre les violences policières qui ont lieu partout en France sont dénigrées, rabaissées, passées sous silence par l’ensemble des chaînes d’infos.

Les manifestants policiers n’ont connu aucun dispositif d’encadrement de leur manifestation. Les manifestants n’ont pas écopé d’amendes. 30 personnes sans masques ont donc bloqué la circulation des Champs-Elysées pendant 1 heure. La mobilisation est faible. Ridicule même. Un contraste saisissant quand on repense aux marées jaunes qui envahissaient les Champs il y a plus d’un an.

Les scènes que les policiers nous offrent s’inscrivent donc dans une vaste mascarade spectaculaire permise par les médias qui n’ont pour seul objectif que de laisser les choses figées. Les inégalités, la violence « légitime » des flics, le pouvoir en place. Que les médias se marent devant les licornes, c’est la cerise sur un gâteau empoisonné.

RETROPÉDALAGE ÉCLAIR

Voyant la colère monter chez les derniers amis qu’il lui reste, Castaner a déjà annoncé faire machine arrière sur la technique d’étranglement pour en ré-autoriser l’usage. Jamais le gouvernement n’avait reculé aussi rapidement depuis le début du quinquennat suite à une mobilisation. Qui plus est aussi maigre que celle des policiers. Une preuve supplémentaire que le pouvoir ne tient plus que par sa police qu’il faut choyer au risque de perdre. Castaner le sait. La police le sait. Elle n’hésite pas à faire pression pour obtenir des revendications toujours plus détestables comme l’équipement de tout les policiers de tasers.

Mais cela ne suffit pas pour les flics qui demandent l’impunité totale au moment où l’actualité laissait entrevoir la possibilité que cette impunité s’évapore. Ce n’est donc pas fini. Comme l’analyse Nantes Révoltée dans un article sur le sujet publié le 11 juin : « On peut s’attendre à un retour des manifestations de policiers armés et sans matricule avec leurs voitures de fonction, comme cela avait eu lieu en 2016. Des rassemblement illégaux, pour exiger une impunité totale, d’un corps qui ne se cache plus de faire pression sur le gouvernement. » Bingo. Le samedi suivant, quelques heures après le plus grand rassemblement anti-raciste et contre les violences policières de ces dernières décennies, réunissant plus de 100 000 personnes place de la République à Paris, des dizaines de policiers se sont rassemblées vers minuit, autour de l’Arc de Triomphe, en uniforme tout équipé et avec les voitures de fonction sirènes hurlantes.

L’article de Nantes Révoltée poursuit :

« Notons que la police ne manifeste pas pour ses salaires : les agents bénéficient de primes, de moyens, d’augmentations… C’est d’ailleurs le seul service public qui ne subit pas l’austérité de plein fouet. Ils manifestent pour avoir le droit d’exercer la violence. Ces derniers mois, des enseignants qui protestaient ont été menacés ou mis à pied pour bien moins que ça. »

Aujourd’hui, la police demande de conserver un droit au racisme. Un état d’exception insupportable, qui bénéficie à un unique corps de métier déjà sur-privilégié, et dont l’entérinement par les pouvoirs publics est vécu comme un coup de matraque par celles et ceux qui en subissent les sévices.

QUE FAIRE DE LA POLICE ?

Outre-Atlantique, les voix s’élèvent, les discours ressurgissent, les argumentaires s’approfondissent et des expériences inspirantes fleurissent. La France est ce pays où les flics manifestent pour leur droit à être violents et racistes quand ailleurs, on prévoit de démanteler la police (Minneapolis), on fait une « No police zone » (Seattle), on tient un quartier autogéré (Exarcheia à Athènes), on lutte contre l’impérialisme dans une région autonome (province du Chiapas au Mexique).

La police française est une honte et elle creuse. Elle semble irréformable tant son histoire fasciste et coloniale la recouvre d’une épaisse couche de moisissure dont seul l’acide, la dissolution pourrait y mettre un terme. « Defund & Abolish the police » : définancer et abolir la police, il faut désormais y songer, ici en France.



Article publié le 15 Juin 2020 sur Lille.indymedia.org