Mai 30, 2021
Par Le Poing
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Il y a bien longtemps que la Place de la Comédie n’avait plus revêtu les couleurs de la Palestine, en dehors du départ de la manifestation de la semaine dernière. Depuis tant de mois, sinon d’années, le comité « Boycott Désinvestissement Sanctions » était interdit de présence par la municipalité, avec son stand d’information –  nécessaire sur la situation en Palestine. Ce samedi c’est environ 200 personnes qui ont passé plus de deux heures au rassemblement, appelé par le comité BDS et le mouvement de solidarité à la Palestine. Des prises de paroles des initiateurs(trices) ont alterné avec celles proposées aux personnes du public, suivies de chants palestiniens et colombiens : le comité BDS a décidé d’accueillir le mouvement de soutien à la Colombie, dont la journée culturelle dédiée a été interdite par la préfecture deux jours plus tôt.

Rassemblement de soutien à la Palestine et à la Colombie, Montpellier 29/05/2021.
Samuel Clauzier ©

« Palestine vivra, Palestine vaincra »

Mais l’effervescence du rassemblement autour du stand de BDS et des différentes prises de paroles n’avait plus tout à fait la même force, le même dynamisme et surtout le même nombre que lors des deux dernières manifestations à la Paillade puis en centre-ville. Et pourtant : «  en Palestine, l’histoire se répète. Régulièrement, inexorablement, impitoyablement et c’est toujours la même tragédie… » comme l’écrit Alain Gresh – directeur du journal en ligne Orient XXI – dans un article du Monde Diplomatique du mois de juin 2021. Leïla Shahid souligne également cette problématique, en expliquant que l’on ne parle des Palestinien(ne)s que lorsqu’ils/elles meurent…

Liste des enfants morts en Palestine.
Rassemblement de soutien à la Palestine et à la Colombie, Montpellier 29/05/2021.
Samuel Clauzier ©

Si le cessez-le-feu a été prononcé, pourrait-il durer ? Rien n’a changé, tout s’aggrave, on ne compte plus les témoignages de destructions, les appels à dons, les campagnes d’arrestations. Que va-t-il se passer pour les familles menacées d’expulsion dans le quartier de Cheikh Jarrah ? Tant d’autres questions qui restent non résolues, brûlantes et participantes au processus d’apartheid en cours, que de plus en plus de personnes et de politiques commencent à reconnaître… Une liste exhaustive serait d’abord impossible, mais aussi malvenue, ce ne seront donc que quelques exemples que nous citerons :

  • Le centre palestinien d’études sur les prisonniers a confirmé que les autorités d’occupation ont mené de vastes campagnes d’arrestation dans les villes et villages palestiniens à l’intérieur des territoires occupés en 1948, en emprisonnant plus de 1100 palestiniens et palestiniennes depuis le début de l’agression lancée par Israël. Il a précisé que les arrestations visaient des enfants, des femmes, des personnes âgées, des journalistes, des militants et des dirigeants des différents partis et mouvements actifs.

La majorité des détenus ont été battus et humiliés au moment de leur arrestation et dans les postes de police où ils ont été transférés. Un certain nombre d’entre eux souffrent de fractures et d’ecchymoses et ont été emmenés dans des hôpitaux pour y être soignés. À ce jour 200 d’entre eux sont toujours en détention.

Rassemblement de soutien à la Palestine et à la Colombie, Montpellier 29/05/2021.
Samuel Clauzier ©

De Gaza – où il y a eu 248 morts dont 66 enfants – de nombreux témoignages nous parviennent, dont celui d’Abu Amir (visible sur le site du Poing) concernant les personnes qui ont été déplacées à Gaza suite aux bombardements de leurs maisons.

Si cette agression israélienne a été plus forte et plus intense qu’en 2014, la solidarité internationale a elle aussi été à la hauteur, d’une ampleur sans égale dans tous les pays – y compris les pays arabes. On ne compte plus les appels et initiatives citoyennes et juridiques pour condamner l’État d’ Israël, le poursuivre, et l’obliger à  respecter enfin les conventions internationales. Là encore quelques exemples récents qui ne constituent pas tout le panel d’actions de soutien à la Palestine.

  • Sur le plan syndical avec la grève générale historique du 18 Mai (la première depuis trente ans), à laquelle ont pris part tous les Palestiniens, de Jérusalem, de Cisjordanie et d’Israël. Un appel a été lancé à travers le monde pour que les syndicats puissent prendre position.

Lors du rassemblement de ce samedi nous avons croisé un palestinien qui nous disait  « On a gagné…on a la garantie qu’ Israël ne pourra plus bombarder….L’équation des forces est différente . La Palestine a refait son unité et il y a maintenant en Israël des manifestations contre la guerre car la société civile ne croit plus en Netanyahu. Ce qui a changé c’est l’intervention militaire qui était une erreur… On peut même s’attendre, dès maintenant, à une amélioration des conditions de vie à Gaza. »

Image d’information éditée par le collectif BDS.

« Fuerza Colombia »

Quelques jours auparavant, la préfecture avait décidé de gâcher la journée culturelle en soutien à la mobilisation colombienne : c’était sans compter sur la capacité de rebond des membres du collectif citoyen « la Movida ». Malgré une décision purement arbitraire des autorités – en témoigne l’autorisation d’une semaine franco-colombienne, organisée par une association dénuée de toute connotation politique – un rassemblement a pu se tenir sur la place de la Comédie grâce à l’accueil des membres de BDS. Dès le début des prises de paroles sur la situation en Palestine, on pouvait déjà apercevoir quelque notes flamboyantes de jaune, rouge et bleu, comme autant de drapeaux et de maillots colorés par le drapeau colombien. Le soleil, lui, se reflète et envahit une place de la Comédie bondée, pleine de vie, revigorée après une longue hibernation. Au Poing nous étions plusieurs présents durant cette après-midi, et on ne vous cache pas le bonheur d’avoir pu vivre ces instants magiques après tant de mois de grisaille. Mais cette atmosphère enivrante ne doit pas nous faire oublier la gravité des évènements qui se déroulent de l’autre côté de l’Atlantique.

Rassemblement de soutien à la Palestine et à la Colombie, Montpellier 29/05/2021.
Samuel Clauzier ©

En Colombie, on fête le premier anniversaire du « Paro Nacional » : voici un mois que le peuple colombien s’est levé, uni par une mobilisation nationale sans commune ampleur dans l’histoire récente. Déclenché par un projet de taxation des produits de première nécessité, la mobilisation populaire de faiblit pas. En écumant les dernières vidéos et photos postées via les hashtags #soscolombia et #paronacional, nous pouvons voir de nombreux cortèges, denses et combattifs, de Barranquilla à Popayán en passant par Medellin – ou encore Bogota. Mais la répression est également au rendez-vous. Quand on parle de répression en Colombie, gardons à l’esprit que cela n’a pas la même signification qu’ici, en France, même avec toutes les digressions glaçantes auxquelles nous a habitués le gouvernement d’Emmanuel Macron : hier, trois jeunes manifestants sont morts sous les balles des policiers durant une manifestation à Cali. Dans la ville de Tulua, le Palais de Justice a été incendié : plusieurs éléments mettraient directement en cause les forces de l’ordre et les groupes paramilitaires selon l’ONG « Fondation Internationale des Droits Humains ». On ne compte plus les vidéos qui nous parviennent d’exactions, d’assassinats, d’humiliations et de violences commises par la police colombienne, en uniforme ou en civil.

Alors ici, la communauté tente de s’organiser et de venir en aide à la mobilisation nationale. Nous apprendrons en fin de journée que les organisateurs du rassemblement sont parvenus à récolter plus de 200 euros – soit environ un million de pesos colombiens, qui iront directement soutenir la lutte et les victimes de violences. Une exposition photographique était également visible aux abords du rassemblement, réunissant des clichés de la mobilisation pris entre Barranquilla et Medellin – grâce au travail de trois photographes colombiens : Carlos Parrarios, Roger Rondon et Steve Salinas.

Exposition du travail de Carlos Parrarios, Roger Rondon et Steve Salinas.
Rassemblement de soutien à la Palestine et à la Colombie, Montpellier 29/05/2021.
Samuel Clauzier ©

En fin d’après-midi, plusieurs prises de paroles résonnent sur les murs de la Comédie : de la lecture de poètes colombiens au témoignage d’étudiants qui prennent part au « Paro Nacional » en première ligne, l’émotion se fait palpable. Plusieurs pancartes viennent elles aussi rappeler la brutalité à laquelle les manifestants doivent faire face. Après quelques chansons passées à l’aide d’une enceinte amplifiées – dont l’hymne de la garde indigène – le groupe marseillais « Mistral de Gaita » se met en place pour délivrer un concert improvisé en plein milieu de la Comédie. Quelques tentatives et problèmes techniques plus tard, la magie finit par opérer sur les personnes présentes, mais aussi sur les badauds qui n’avaient peut-être pas prévu de venir soutenir cette cause : plusieurs danseuses mettent les notes de musique en chorégraphie, transformant un simple jam de cumbia en véritable moment de liesse collective.

Rassemblement de soutien à la Palestine et à la Colombie, Montpellier 29/05/2021.
Samuel Clauzier ©

Les enfants courent, dansent et rigolent au même rythme que les pas de danse esquissés par la foule. Une solidarité qui fait chaud au cœur par les temps qui courent. Après une pluie d’applaudissements et de remerciements, le rassemblement se terminera dans le calme – sous l’œil fatigué de plusieurs camions de CRS, bercés toute l’après-midi par une chaleur écrasante.

En Colombie la situation demeure préoccupante : le gouvernement a notamment empêché la venue d’observateurs de la CIDH (Cour Interaméricaine des Droits de L’homme), tandis que la motion de censure contre le Ministre de la Justice a échoué – à cause d’une coalition de nombreux partis politiques en soutien au gouvernement Duque, dont le Centre Démocratique, le Parti Conservateur et la majorité du Parti Libéral.

Les manifestations, elles, continuent, plus d’un mois après le début du « Paro Nacional » et malgré toutes les tentations répressives du pouvoir en place. Une mobilisation qui force à l’admiration, partout dans le monde : jusque sur notre bonne vieille place de la Comédie, « Resiste como Palestina, Lucha como Colombia, vota como Chile »

Article écrit à quatre mains, reportage photo à suivre dans les prochains jours.

Rassemblement de soutien à la Palestine et à la Colombie, Montpellier 29/05/2021.
Samuel Clauzier ©
Rassemblement de soutien à la Palestine et à la Colombie, Montpellier 29/05/2021.
Samuel Clauzier ©
Exposition du travail de Carlos Parrarios, Roger Rondon et Steve Salinas.
Rassemblement de soutien à la Palestine et à la Colombie, Montpellier 29/05/2021.
Samuel Clauzier ©



Source: Lepoing.net