Septembre 18, 2016
Par Indymedia Bruxsel
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Les mouvances anarchiste et anti-autoritaire ciblées par l’antiterrorisme en Belgique

De 2008 à 2014 il y eut beaucoup de luttes en Belgique auxquelles ont participé des anarchistes, mais pas en se revendiquant comme appartenant à un ou des groupes définis. Il faut davantage voir ce phénomène comme une sorte de mise en action d’individu-e-s autours de même préoccupations.

Depuis 2008 c’est la crise économique et toutes ses restrictions qui s’abattent sur la Belgique, ce qui occasionne des ripostes qui vont des attaques de banques et de supermarché, à des tags et posage d’autocollants. Le quartier des Eurocrates fut la cible privilégiée de la contestation. Il y eut beaucoup de luttes et mouvements dans les taules également depuis 2006, des émeutes, à l’intérieure comme à l’extérieure des taules, ce qui est toujours le cas !!!

Les anars, ainsi que des individu-e-s de d’autres mouvances politiques, se mettent en solidarité par le biais d’affichage, tractage, tags (avec les noms des matons par exemple pour dénoncer des tortures), blocage de rues, attaques d’entreprises qui bénéficient de la taule (construction, société de prestation pour la nourriture,…), projection vidéo sauvage, journal mural ( LA CAVALE) pensé comme une correspondance, regroupements spontanés dans les rues avec d’autres individu-e-s à chaque problèmes en taule et harcèlements des matons au quotidien avec incendie de leur voiture et attaque de commissariat, … Les attaques sont diverses comme lors de la nomination d’un nouveau cardinal qui est réputé pour sa misogynie et son homophobie, dont la cérémonie fut interrompue.

Pendant cette année-là des anars ont participé à la propagande de ces luttes et à des actions.

En 2009, c’est l’année de la construction de centre de rétention, ce qui amène les personnes sans-papiers à se visibiliser dans la rue. Les anars et d’autres individu-e-s se mettent en solidarité et soutien. Les bureaux de l’architecte sont saccagés et il y eut des sabotages de chantiers. Une liste des entreprises qui œuvrent à ce désastre est dressée et diffusée. Pas mal d’attaques incendiaires. Tout ceci participe à une cent cinquantaine d’incidents répertoriés par la justice entre 2008 et 2014.

Désormais, il y a une assemblée de lutte de manière régulière. Tout comme il y a des publications sur l’agitation qui se passe en Belgique, genre « TOUT DOIT PARTIR » ou encore « HORS SERVICE ». Ces publications ont une diffusion large et ne resteront pas dans le seul milieu anarchiste.

S’en suit, bien évidemment, une répression qui se met en place contre l’ensemble de la contestation.

En 2010, un camp NO BORDER est monté à Bruxelles en solidarité aux luttes des personnes en situation irrégulière. Divers discussions, actions et manifestations sont organisées. La répression est très présente puisqu’à divers reprises des manifs sont la cible de la police qui orchestre des arrestations administratives sans d’autres motifs que les arrêté-e-s seraient des anarchistes (parce qu’habillé-e-s en noirs par exemple, ou que leurs banderoles ont des A cerclé,…). Cette répression a comme objectif d’empêcher des liens avec la contestation plus citoyenne comme les syndicats. En effet une manif co-jointe avec les syndicats était prévue contre l’austérité, mais la flicaille a fait des pressions sur les dirigeants des syndicats et ont empêché les non-affilié-e-s comme les anars de participer à cette manif en arrêtant préventivement les groupes de gens venant du camp NO BORDER ou en les arrêtant dans la manif. Un dispositif policier de surveillance était mis en place dans toute la ville et au abord du camp, avec notamment des flics en civiles et une palanquée d’indics dans les rues et pendant les manifs en lien constant avec celleux-ci, ainsi que dans le camp probablement. Il faut souligner qu’à ce moment les mobilisations contre les frontières et contre l’enfermement des personnes qui les ignorent, sont de plus en plus ciblées par les services de renseignement de chaque pays européens qui commencent à se mettre en coordination et des rumeurs court sur la mise en accusation de la mouvance NO BORDER comme groupe terroriste. Lors de cette convergence de luttes, des flics de toutes les puissances européennes sont de sortie.

Lors de ce camp NO BORDER, il y eut une nouvelle attaque d’un commico. Cela semble faire suite immédiate et de manière spontanée, à une manifestation interdite où les forces répressives avaient arrêtées plusieurs centaines de personnes de manière préventive et arbitraire qui comptaient se rendre à la manif ou qui juste passaient par là (le rendez-vous était à la gare en fin d’aprèm’). Le soir même plusieurs personnes sont arrêtées. Quelques temps plus tard on apprend que les personnes accusées de cette attaque pourraient être sous le coup d’accusation de terrorisme. Cette enquête antiterroriste vise particulièrement la mouvance anarchiste, le milieu anti-autoritaire et les squatts.

La répression s’accentue alors et s’étendra jusqu’en 2014 s’abattant sur 12 personnes plus spécifiquement qui sont toutes accusées d’actions terroristes ou/et de les avoir favorisées, et d’être en lien entre elles.

Sur ces douze personnes, 9 sont de Belgique et 3 sont de l’extérieure de la Belgique. Ils et elles sont toujours sous le coup d’un procès et sont donc toujours sous enquête antiterro, sauf une personne qui est décédée depuis ; il s’est suicidé et il est difficile de dire que cette volonté d’en finir ne soit pas liée à la pression de l’échéance d’un procès pour terrorisme et tout ce que cela implique.

Un lieu a également été visé, par les flics et la justice, la bibliothèque anarchiste ACRATA en 2013. Là, c’est les mêmes méthodes de surveillance et perquisitions (ordi, télephone, quelques affiches et livres). Et également les mêmes accusations de manigance terroriste ; la biblio serait un lieu de recrutement, rien que ça !

Le fait de qualifier ces attaques de terroriste est un calcul de l’État afin de faire peur d’une part, c’est-à-dire de freiner la solidarité vis-à-vis des personnes inculpées et de les isoler du milieu contestataire et d’autre part de stopper la contestation en faisant peur de s’exposer à de gros risques de représailles judiciaires et policiers. De plus cela a également pour effet de rendre “inrejoignable” les luttes anti-carcérales et contre les frontières par le reste de la population. En effet, cela permet de dépolitiser les revendications des personnes inculpées puisque considérées comme terroristes, elles quittent la sphère humaine et se trouvent projetées dans le domaine de la monstruosité, et du non-sens. Ne limiter ces multiples révoltes qu’à l’action d’une dizaine d’individu-e-s groupusculaires, minimise l’ampleur de la contestation contre les dominations qui est active en Belgique ces dernières années. Ensuite cela permet de débloquer des budgets importants pour les frais de l’enquête qui se trouve également extensible à souhait, autorise et encourage les flics à agir sans aucune retenue dans les méthodes et les modes de pression à l’encontre des accusé-e-s et de leurs proches.

Lors de l’enquête qui n’a toujours pas abouti à un procès et verdict au bout de près de 6 ans alors que le dossier serait clos depuis 2014, la procédure a révélé quelques méthodes d’investigations que les flics ont mis en place. Les quelques Garde-À-Vue sont étonnement de courtes durées, genre de 7H et ne sont pas suivi d’inculpation réelle mais ouvrent une mise sous enquête perpétuelle. Il y a eut, et possiblement encore, des filatures dans le moindre déplacement de la vie quotidienne, supermarché etc.., ce qui n’a jamais été grillé par les personnes filées malgré qu’elles étaient en alerte. Cette filature terrestre a été couplé et facilité par la mise sous écoute et filature des téléphones portables. Ces filatures se sont poursuivies hors des frontières de la Belgique, à l’international, c’est-à-dire que les flics des autres pays ont fait le relais sur leur territoire avec des commandes spécifiques entre polices de pays différents et services de renseignements. Les écoutes téléphoniques ont durées officiellement de 1 à 2 ans suivant les personnes et étaient écoutées dans leur intégralité et non sélectionner sur la reconnaissance de quelques mots. Les téléphones, entre autres anecdotes, sont des outils d’enquête importants pour les flics car suivant leur usage ou non ils permettent de déterminer un profil. Ce profilage est central dans divers affaires, qu’elles relèvent de l’antiterro ou non, comme on a pu le constater lors de procès contre des mouvements sociaux par exemple.

Il y a eut également des perquisitions pendant l’absence des personnes visées afin de faire discret et de ne pas inquiéter ces personnes qui d’ailleurs ne se sont aperçues de rien. Il y a eut, ou toujours, des planques de prises de photos ainsi que des caméras posé-e-s dans les appart’, maisons, (derrière grille d’aération dans la cuisine, pièce commune, dans le jardin, à la porte d’entrée) et des poses de micros un peu partout. Cet espionnage aurait duré 2 ans, selon la justice.

Dans le jargon de la justice pénale belge les termes participation à… ou appartenance à… ont des signification différente. Participation à… veut dire « faciliter l’activité terroriste » et appartenance à… veut dire « être membre actif d’un groupe terroriste ». Dans le cas présent, les personnes incriminées pour les divers attaques dont celle du commico en 2010 ou du centre fermé 127bis à Steenokkerzeel (manifestation transformée en « tentative d’incendie volontaire » et « d’infraction terroriste » par le parquet), seraient donc accusées d’appartenance à un groupe terroriste, avec pour chacunes d’entre elles des implications différentes, trois seraient des chefs. Il ne paraît pas encore très clair si elles seront accusées de l’ensemble des attaques de ces dernières années comme cela a pu être le cas dans un autre pays européen ou de quelques unes.

En mai dernier (2016 – https://cestdejatoutdesuite.noblogs.org/2016/05/04/bruxelles-des-anarchistes-en-proces-pour-terrorisme/ ) devait avoir lieu le procès des 11, mais finalement il a été reporté à une date non définie et on ne sait toujours pas quand se terminera cette enquête qui fut lancée en fin 2008, reprise en 2010 par l’antiterrorisme et qui n’en finit plus. Probablement jamais…

Depuis la contestation ne s’est pas amoindrie, il y a eu des mobilisations contre la maxiprison et toujours plus de mouvement dans les taules ou en faveur des sans-papiers et contre les dominations.

Pour le soutien financier contacter :

La Lime

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Réunion chaque premier lundi du mois à 19h30 à Acrata ( Acrata

bibliothèque anarchiste – Rue de la Grande Ile 32 – Bruxelles –

[email protected]https://acratabxl.wordpress.com )

En ce qui concerne les luttes des détenu-e-s en Belgique, consultez le site d’indymedia bruxelles qui relaie régulièrement les révoltes carcérales : https://bxl.indymedia.org/





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