Juillet 7, 2022
Par Le Poing
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La première séance de la nouvelle assemblée nationale s’est ouverte ce mercredi 6 juillet, avec notamment le discours de politique générale de la première ministre Elisabeth Borne. Suite à son refus de soumettre celui-ci à un vote de confiance des députés, une motion de censure visant à destituer le gouvernement, ou du moins à marquer une défiance à son égard, a été déposée par les députés de l’union de la gauche NUPES. Une motion de censure que le RN refuse de voter, en porte à faux avec la vague anti-Macron qui l’a porté si haut au second tour des présidentielles.

La France Insoumise l’avait annoncé dès les législatives : en cas de refus du nouveau gouvernement de faire suivre son discours de politique générale (qui annonce le programme du gouvernement devant les députés) d’un vote de confiance, les parlementaires du groupe comptaient déposer une motion de censure devant l’assemblée nationale. Soutenus dans cette démarche par les groupes communistes, écolos, socialistes qui se sont alliés aux Insoumis au sein de la coalition de gauche NUPES. Voilà qui est chose faite, depuis ce mercredi 6 juillet à 15h.

Le Rassemblement National refuse de voter cette motion qui pourrait pourtant aboutir à la démission du gouvernement, après avoir activement tenté de se présenter comme figure de proue d’une véritable opposition à Macron et de capitaliser sur la colère des français et le mouvement des gilets jaunes.

Mais commençons par le début : motion de censure, vote de confiance, qu’est ce que c’est ?

Le vote de confiance est une tradition solidement ancrée dans les pratiques parlementaires françaises. Après l’arrivée d’un nouveau gouvernement, celui-ci prononce devant l’Assemblée Nationale un discours de politique générale, qui présente son programme devant les députés. Et le fait suivre d’un vote de confiance, qui permet donc aux députés, censés représenter le peuple selon l’idéologie de la Cinquième République, de valider symboliquement ce programme, ou au contraire d’exprimer une défiance. S’il existe bien quelques exemples de gouvernements qui n’ont pas eu recours au vote de confiance sous la Cinquième République ( gouvernement Pompidou en 1965, Couve de Murville en 1968, Rocard, Cresson et Bérégovoy entre 1988 et 1993 ), l’immense majorité des Premiers Ministres en passe par là. Mais pas Elisabeth Borne. Pas la Première Ministre d’un des présidents les plus mal élus de la Cinquième République, pas la Première Ministre d’un président élu avec l’adhésion d’un tiers des français et un vote de barrage contre l’extrême-droite, pas la Première Ministre d’un président devenu la figure de détestation d’un mouvement social qui aura remis au goût du jour les ambiances régicides, pas avec un programme dont les mesures phares dans le domaine social et économique sont rejetées par une grande majorité de français.

Une motion de censure doit être déposée par au minimum 58 députés sur les 577 qui siègent à l’Assemblée. Quarante-huit heures après, un vote a lieu, qui pose la question suivante : le gouvernement doit-il être démis de ses fonctions ? Si oui, de nouvelles élections législatives sont programmées, la composition de l’Assemblée Nationale est donc remise à plat. Une motion de censure pour être adoptée doit réunir la majorité absolue des 577 votes, soit 289 voix.

La motion de censure déposée par la NUPES sera donc votée ce vendredi 8 juillet. Seulement voilà : la motion n’a que peu de chances de passer. Les différents groupes parlementaires qui composent la NUPES représentent 151 voix, et ils seront à peu près les seuls à voter la motion. Le groupe LREM ne votera évidemment pas contre son gouvernement, Les Républicains ont annoncé qu’ils s’abstiendraient. Restent quelques voix supplémentaires qui pourraient venir s’agréger au bloc NUPES pour ce vote, notamment parmi les 16 députés Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires ou encore parmi les 9 députés non-inscrits dans un groupe. Pas de quoi renverser la vapeur.

Et le Rassemblement National dans tout ça, qui cherche si activement à se dépeindre comme seule opposition honnête à Macron, comme dépositaire des aspirations du peuple français et des gilets jaunes, comme principale voie de renouveau démocratique via son projet de ”révolution” référendaire ? Pour les députés du groupe RN, ce sera abstention également.

“Nous n’avons pas pour objectif de faire sauter les institutions”, commente Marine Le Pen. “Nous avons été élus pour améliorer la vie quotidienne des Français. Nous devons travailler à ça” Améliorer la vie quotidienne des français, en laissant les mains libres à un gouvernement qui porte un projet de recul de l’âge de départ à la retraite rejeté par 77% des sondés d’une enquête d’opinion publiée le 14 juin dans l’Humanité, vraiment ?

Marine Le Pen estime que la loi sur le pouvoir d’achat qui doit être présentée ce jeudi 7 juillet est “fondamentale pour les Français”. “Voter une motion de censure tout de suite, c’est reporter ce texte au mieux fin septembre. Est-ce que vous croyez que les Français ont le temps d’attendre ?”, s’est-elle interrogée. Pour le pouvoir d’achat des français, le RN préférera laisser les mains libres à un gouvernement piloté par une Elisabeth Borne entre autre responsable d’un premier pas vers la privatisation de la SNCF et de la réforme de l’assurance chômage. Voilà qui relève d’une évidente bonne foi…

Déjà face à la perspective d’un trop bon résultat pour la NUPES avant le premier tour des législatives, les responsables du RN appelaient à donner une majorité à Macron.

Le Rassemblement National n’est pas le parti des perdants du capitalisme pour lequel il cherche à se faire passer, même s’il intègre certaines options sociales issues des positions traditionnelles de la droite sociale bonapartiste ou de la droite fascisante. Avant même d’arriver au pouvoir il a déjà mis au rencard l’essentiel du volet social de son programme de 2017 (retrait de la loi travail, maintien de la retraite à 60 ans pour tous etc), dans une tentative de repartir en opération séduction vers la bourgeoisie française. Tentative peu assumée en terme de rhétorique grand public, mais qui a su envoyer des clins d’œil là où il faut. Comme à l’été 2021, quand sa campagne d’affichage « Libertés chérie », au-delà de son évidente référence à la contestation anti pass sanitaire et antivax, vient draguer les Rencontres des Entrepreneurs de France organisées le thème de la liberté d’entreprendre ”menacée” (tout est relatif, les géants du CAC 40 français ont dégagé des profits record de près de 160 milliards d’euros en 2021 ), et où l’on croise plus de Bernard Arnault que de boulangers du coin.

Le Rassemblement National n’est pas le parti du renouveau démocratique qu’il met en avant à travers ses projets de recours aux référendums. Au contraire, ses cadres vouent un culte à l’autorité et au ”chef de la Nation.” Il doit y avoir un Roi, tant pis si c’est Macron. En cas de référendum, le Roi pose les questions. Il doit être défendu par sa police, et tant pis si elle mutile.

Dans la dernière semaine de juin, les députés LREM ont massivement voté pour des candidats du Rassemblement National aux vice-présidences de l’Assemblée. Résultat : le parti de Le Pen en aura décroché deux sur six, un tiers. On ne mord pas la main de celui qui vous nourrit. On rigole aujourd’hui devant la diatribe du député RN Sébastien Chenu lancée aux députés de la NUPES : “Nous voulons ne pas perdre de temps avec de la politique politicienne, des artefacts politiciens, avec la volonté de gripper la machine […] les députés d’extrême-gauche veulent tout bloquer, tout casser. Nous, on n’est pas là pour tout bloquer, tout casser.”

Vivement le retour dans la rue, vivement notre politique.




Source: Lepoing.net