Juin 14, 2021
Par CQFD
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Illustration de Vincent Croguennec

Ces derniĂšres annĂ©es, mes recherches sur la matĂ©rialitĂ© de l’expĂ©rience carcĂ©rale m’ont conduite Ă  travailler sur la « culture de la punition Â», pour reprendre l’expression de Michelle Brown [1], qui dĂ©signe la maniĂšre dont la culture populaire et des pratiques culturelles ordinaires tĂ©moignent de l’idĂ©ologie punitive et de son usage par le systĂšme pĂ©nal. C’est un vaste champ de recherche qui peut amener, par exemple, Ă  discuter du clip « Telephone Â» de la chanteuse Lady Gaga et de ce qu’il dit de la sexualisation des femmes incarcĂ©rĂ©es Ă  travers la reprise de codes iconographiques et de schĂ©mas narratifs du sous-genre cinĂ©matographique des « films de femmes en prison Â». Pour ma part, je m’intĂ©resse surtout au « tourisme carcĂ©ral Â» aux États-Unis. En particulier Ă  la transformation d’anciennes prisons en musĂ©es et lieux de loisirs – par exemple pour des soirĂ©es Ă  thĂšmes (souvent autour du paranormal). Or ce tourisme carcĂ©ral s’accompagne de la production et de la vente de nombreux objets : porte-clĂ©s, tasses, casquettes ou tee-shirts, estampillĂ©s d’un simple nom de prison ou de messages « humoristiques Â» (hauts floquĂ©s d’un Â« Alcatraz psycho ward outpatient [2] Â», layette avec des rayures noires et blanches portant des inscriptions comme « I just did 9 months on the inside [3] Â». Autant dire que j’ai l’habitude du mauvais goĂ»t du merchandising autour des prisons…

Déguisements aux nuances carcérales

Il y a bientĂŽt quatre ans, j’ai passĂ© mon premier Halloween sur le sol Ă©tatsunien dans la petite ville californienne oĂč je venais d’emmĂ©nager. Les jours prĂ©cĂ©dents, l’universitĂ© pour laquelle je travaille avait placardĂ© de nombreuses affiches recommandant d’éviter tout costume procĂ©dant Ă  une rĂ©appropriation culturelle (dĂ©guisements en « mexicain Â», « indien Â», etc.). J’ai Ă©tĂ© surprise par l’ampleur de la cĂ©lĂ©bration : ce jour-lĂ , une bonne partie du personnel et des Ă©tudiant·es Ă©taient costumé·es. Je m’en suis amusĂ©e jusqu’à ce que je passe une heure de cours avec un de mes Ă©tudiant·es affublĂ© de la museliĂšre du serial killer Hannibal Lecter dans Le Silence des agneaux

Mon malaise n’a ensuite Ă©tĂ© que grandissant puisque j’ai rĂ©guliĂšrement croisĂ© – en diverses occasions – des personnes dĂ©guisĂ©es en policier ou en « prisonnier de GuantĂĄnamo Â» sans que personne ne s’en offusque. On m’a mĂȘme suggĂ©rĂ©, parce que j’enseigne la criminologie, qu’un costume de prisonnier aurait pu ĂȘtre une tenue de choix pour une soirĂ©e Halloween Ă  laquelle j’étais invitĂ©e !

Il ne s’agissait pas d’une idĂ©e totalement saugrenue au regard de la banalitĂ© de la commercialisation de ce type de dĂ©guisement. Dans les magasins de farces et attrapes comme sur Amazon, les offres de costumes de prisonnier·es sont nombreuses [4] : uniformes type « GuantĂĄnamo Â», tenue rayĂ©e noire et blanche accompagnĂ©e d’un faux boulet, etc. On trouve aussi des costumes similaires Ă  celui de Lady Gaga dans le fameux clip « Telephone Â» ou la supposĂ©e tenue de Paris Hilton lors de sa peine de 45 jours de prison en 2007.

Le succĂšs de la sĂ©rie Orange Is the New Black (OITNB), s’il a mis en lumiĂšre certains aspects de l’incarcĂ©ration des femmes, s’est aussi accompagnĂ© de la commercialisation d’accessoires de cosplay inspirĂ©s de certains de ses personnages et de formes de glamourisation de ceux-ci. Cela n’a pas Ă©chappĂ© Ă  l’édition britannique du magazine de mode Vogue qui, en avril 2014, dans un Â« article Â» titrĂ© « Hot Trend Alert : Prison Chic Â» (Alerte tendance : le prison chic), suggĂ©rait Ă  ses lectrices l’achat de certains vĂȘtements « style OITNB Â».

Toutes ces anecdotes ne relĂšvent pas du mauvais goĂ»t ou du manque de sensibilitĂ© de quelques individus. Elles tĂ©moignent plutĂŽt d’un ensemble de pratiques sociales qui suscitent peu de controverses – mĂȘme si l’on peut noter le scandale provoquĂ© par la soirĂ©e « New GuantĂĄnamo Â» organisĂ©e par le magazine Flaunt lors du festival de Coachella (Californie) en 2013. Ces usages soulĂšvent pourtant de nombreuses questions. Quel est le sens d’un dĂ©guisement de prisonnier (ou de policier, du reste) ? Que moquent et de qui rient ceux et celles qui se dĂ©guisent ainsi ? Dans quel monde faut-il vivre pour Ă©prouver du plaisir dans ce genre de dĂ©guisement ?

Récupération et fashion faux-pas

La glamourisation des personnages d’OITNB s’inscrit dans un cadre bien plus large : celui de la rĂ©cupĂ©ration par la mode de codes de sous-cultures contestataires ou de populations marginalisĂ©es, comme le montrent les usages qu’elle a fait du « punk Â» ou du « street Â». Les dĂ©bats que peuvent soulever ces utilisations (qu’elles soient pensĂ©es en termes d’appropriation culturelle ou de marchandisation) sont parfois rĂ©duits, dans le monde de la mode, Ă  de simples « faux pas Â». En la matiĂšre, celui de la marque Gucci est sans doute le plus cĂ©lĂšbre : lors de la prĂ©sentation de sa collection en octobre 2019, ses mannequins arboraient des accessoires Ă©voquant fortement des bracelets Ă©lectroniques. MĂȘme si ceux-ci se sont avĂ©rĂ©s ĂȘtre de petites sacoches destinĂ©es au transport d’accessoires de maquillage, on peut s’interroger sur l’imaginaire de ceux et celles qui les ont conçus sans « penser Ă  mal Â».

La glamourisation du systĂšme pĂ©nal prend en outre de multiples formes, comme l’utilisation pour des shootings de mode d’anciennes prisons, par exemple celle de Gloucester (Royaume-Uni). Cela rappelle la mise en scĂšne par le photographe Oliviero Toscani, en 2000, de condamnĂ©s Ă  mort aux États-Unis pour la campagne de publicitĂ© Benetton « Regarder la mort en face Â». Quelques annĂ©es plus tard, la sĂ©rie de photos « State of Emergency Â» de Steven Meisel, publiĂ©e par l’édition italienne de Vogue en septembre 2006 a suscitĂ© des controverses similaires (instrumentalisation de la violence d’État, rabaissement de ses victimes au rang d’objet, etc.). Mettant notamment en scĂšne des violences policiĂšres (parfois Ă  caractĂšre sexuel) et les fouilles subies par les femmes qui rendent visite Ă  un proche incarcĂ©rĂ©, cette sĂ©rie de photos Ă©voquait celles prises en 2003 Ă  la prison d’Abu Ghraib de militaires US torturant des prisonniers irakiens.

En parallĂšle, l’industrie de la mode se targue parfois d’intentions critiques vis-Ă -vis du systĂšme pĂ©nal. Ainsi, en 2008, Ă  l’occasion de la Saint-Valentin, la marque de lingerie Agent Provocateur a envoyĂ© au Premier ministre britannique Gordon Brown une culotte orange, couleur devenue emblĂ©matique de GuantĂĄnamo, avec l’inscription « Fair trial my arse Â» (ProcĂšs Ă©quitable, mon cul). Cet envoi constituait en fait une opĂ©ration de communication conjointe avec l’organisation de dĂ©fense des droits humains Reprieve, notamment engagĂ©e auprĂšs des dĂ©tenus de GuantĂĄnamo, dont deux membres avaient Ă©tĂ© accusĂ©s d’avoir fourni illĂ©galement des sous-vĂȘtements Ă  deux de leurs clients. Mais cette action a sans doute moins contribuĂ© Ă  l’amĂ©lioration du sort des prisonniers qu’à la construction de l’image « provocatrice Â» de la marque de lingerie.

DĂ©filĂ©s entre les murs et fringues « Made in Prison Â»

Sur un autre plan, les dĂ©filĂ©s de mode en prison sont sans doute, avec les bĂ©bĂ©s incarcĂ©rĂ©s aux cĂŽtĂ©s de leur mĂšre, l’angle favori sous lequel les mĂ©dias, en particulier ceux dits « fĂ©minins Â», traitent des prisons pour femmes. D’autant que les administrations pĂ©nitentiaires adorent ce genre de publicitĂ© qui permet de montrer des prisonniĂšres investies dans des activitĂ©s typiquement « fĂ©minines Â». Souvent prĂ©sentĂ©s comme des initiatives trĂšs originales, ces dĂ©filĂ©s se retrouvent sous Ă  peu prĂšs toutes les latitudes. Par exemple, en France, la styliste Sakina M’sa organise rĂ©guliĂšrement des « fashion weeks Â» Ă  la prison pour femmes de Fleury-MĂ©rogis. De ces dĂ©filĂ©s ont Ă©tĂ© tirĂ©s un documentaire (Mode d’évasion, 2019) et une exposition de photographies d’Antoine d’Agata (sur les grilles de l’HĂŽtel de Ville de Paris, Ă  l’automne 2019).

Mais la capitalisation de l’industrie de la mode sur la prison ne se rĂ©duit pas Ă  la seule exploitation des reprĂ©sentations qui y sont associĂ©es : elle passe aussi par l’utilisation du travail des prisonnier·es dont elle fait parfois un signe distinctif, Ă  l’instar de la marque Prison Blues. CrĂ©Ă©e en 1989 avec l’aide d’une subvention gĂ©nĂ©rĂ©e par les saisies effectuĂ©es dans le cadre de la rĂ©pression du trafic de stupĂ©fiants, la marque repose sur le travail des prisonniers de Pendleton (Oregon, États-Unis) pour la fabrication de ses jeans, tee-shirts, etc.

La « mode Ă©thique Â» a ainsi vu naĂźtre une niche : certaines marques mettent en avant leur « engagement social Â» en faisant travailler des prisonnier·es sous couvert de favoriser leur rĂ©insertion. C’est ce que fait Carcel, une marque de vĂȘtements fabriquĂ©s par des femmes incarcĂ©rĂ©es au PĂ©rou et en ThaĂŻlande. Prison Art est quant Ă  elle son Ă©quivalent au Mexique. Parmi les acteurs de ce secteur, Thomas Jacob, le crĂ©ateur de la marque PietĂ , a souvent eu les honneurs des mĂ©dias français (Le Parisien, Le Monde, Ouest-France, Les Inrocks, etc.) et Ă©trangers. Pour la fabrication, son entreprise recourt Ă  des prisonniers de Lima (PĂ©rou).
Les prisons du tiers-monde dans lesquelles ces marques emploient des prisonnier·es sont pourtant frĂ©quemment dĂ©crites dans les articles qui font complaisamment la promotion de ces entreprises comme « les pires prisons au monde Â». Mais qu’importe, l’argument de vente est lĂ  et le public ciblĂ© : ces marques s’adressent Ă  des consommateurs plutĂŽt aisĂ©s (le moindre tee-shirt de Prison Art est vendu plus de 55 â‚Ź) qui sont sensibles au white saviorism (« complexe du sauveur blanc Â») et peuvent ĂȘtre sĂ©duits par des vĂȘtements dont le lieu de fabrication est un Ă©lĂ©ment de distinction.

La prison et ses codes vestimentaires

Alors que l’industrie de la mode capitalise sur le travail et la crĂ©ativitĂ© des prisonnier·es, la mode elle-mĂȘme est gĂ©nĂ©ralement rĂ©primĂ©e en prison dĂšs lors qu’elle ne constitue pas une activitĂ© contribuant Ă  son image. En effet, l’habillement y est gĂ©nĂ©ralement extrĂȘmement codifiĂ© : le port de certaines couleurs est frĂ©quemment interdit, notamment pour des raisons de sĂ©curitĂ© (comme dans les prisons françaises le bleu ou le kaki, rĂ©servĂ©s au personnel pĂ©nitentiaire) et les restrictions sur le type et le nombre de vĂȘtements qui peuvent ĂȘtre gardĂ©s en cellule sont souvent nombreuses (par exemple l’interdiction des ceintures ou des vĂȘtements Ă  capuche). La maniĂšre de porter les habits peut elle aussi ĂȘtre rĂ©glementĂ©e, comme le boutonnage des chemises.

Dans ce cadre extrĂȘmement codifiĂ© oĂč l’image de soi est dĂ©jĂ  mise Ă  mal, la raretĂ© des ressources oblige les personnes dĂ©tenues Ă  dĂ©ployer des trĂ©sors d’imagination (dĂ©tournement d’usage, Ă©changes clandestins, etc.) pour singulariser leurs tenues, voire leurs uniformes. Le clip tournĂ© en mars 2019 par Rashod « 2500shod Â» Stanley, jeune homme originaire d’Atlanta, dans la prison oĂč il est incarcĂ©rĂ©, tĂ©moigne du caractĂšre subversif que peut prendre un dĂ©filĂ© de mode clandestin organisĂ© au milieu des lits d’un dortoir de prison. Le clip en question prĂ©sentait « The Trenches Â» (les tranchĂ©es), des crĂ©ations rĂ©alisĂ©es Ă  partir des seuls uniformes de l’établissement et Ă  l’aide de trombones et de fil dentaire. La viralitĂ© de la vidĂ©o a valu Ă  Rashod Stanley des problĂšmes avec l’administration mais lui a ensuite permis de crĂ©er sa ligne de vĂȘtements.

L’industrie textile et le business des prisons

L’utilisation du travail forcĂ© des OuĂŻghours et des personnes enfermĂ©es dans des camps de travail en Chine est, quant Ă  elle et Ă  juste titre, rĂ©guliĂšrement reprochĂ©e Ă  l’industrie textile, sans que soit pour autant mise sur la table celle du travail carcĂ©ral dans de nombreux pays. Au cours des premiers mois de la pandĂ©mie de Covid, l’invisibilitĂ© de cette question a Ă©tĂ© particuliĂšrement frappante : alors qu’on leur interdisait parfois d’en porter, de nombreuses personnes dĂ©tenues ont dĂ» s’atteler Ă  la confection de masques (en France, au moins huit Ă©tablissements ont Ă©tĂ© mobilisĂ©s).

Si l’identitĂ© de certaines marques est construite autour de leur recours au travail de prisonnier·es, l’industrie textile est, de son cĂŽtĂ©, souvent trĂšs discrĂšte sur son utilisation du travail carcĂ©ral (voir encadrĂ©). De nombreux États utilisent ainsi la main- d’Ɠuvre carcĂ©rale pour rĂ©pondre Ă  ses propres besoins en matiĂšre d’uniformes (militaires, policiers, etc.) ou encore d’équipements des hĂŽpitaux (notamment pour les draps). Aux États-Unis, c’est la Federal Prison Industries (plus connue sous le nom d’Unicor) qui gĂšre ce marchĂ© grĂące Ă  une vingtaine d’ateliers installĂ©s au sein d’établissements pĂ©nitentiaires oĂč les prisonnier·es touchent un salaire maximal de 0,95 â‚Ź de l’heure.

En termes de conditions de travail et de salaire, les ateliers de confection en prison n’ont rien Ă  envier aux sweatshops [5], avec lesquels ils sont directement en concurrence. Mais l’intĂ©gration des prisons dans la chaĂźne de production n’est pas le seul enjeu Ă©conomique du systĂšme carcĂ©ral pour l’industrie textile. En effet, le marchĂ© des laveries et des uniformes sont des secteurs profitables, comme en tĂ©moigne le succĂšs commercial rencontrĂ© aux États-Unis par le fournisseur d’uniformes Bob Barker.

En prison, les vĂȘtements sont parfois ce que les personnes dĂ©tenues possĂšdent de plus intimes, notamment s’ils portent des odeurs familiĂšres, comme celles d’un ĂȘtre cher ou d’une lessive employĂ©e ordinairement. Or, les habits sont mis Ă  rude Ă©preuve, notamment en raison des conditions d’entretien et de stockage qui sont rarement adĂ©quates. Mais c’est hors les murs qu’ils subissent parfois un destin pire que l’usure prĂ©maturĂ©e : ces derniĂšres annĂ©es, les paños (les « mouchoirs Â» que les prisonnier·es chicanos aux États-Unis dĂ©corent pour les offrir Ă  leurs proches) sont devenus des objets d’exposition et intĂ©ressent de plus en plus les collectionneurs d’art


Gwenola Ricordeau
Turbin carcéral à la française

En France (comme dans beaucoup d’autres pays), le travail carcĂ©ral est un domaine particuliĂšrement opaque, oĂč les chaĂźnes d’intermĂ©diaires parviennent efficacement Ă  masquer l’identitĂ© des clients finaux. Il est donc difficile d’obtenir des informations prĂ©cises et actualisĂ©es sur les entreprises textiles qui recourent au travail des prisonnier.es. Cependant, le recoupement de plusieurs sources d’information permet de se faire une idĂ©e des types d’activitĂ©s et des entreprises impliquĂ©es.

Le Service de l’emploi pĂ©nitentiaire (SEP) semble ĂȘtre l’entitĂ© disposant du plus grand nombre d’ateliers de confection en prison. À ce jour, d’aprĂšs le site du SEP, leur nombre s’élĂšve Ă  neuf : Arles et Marseille (Bouches-du-RhĂŽne), ChĂąteauroux (Indre), Moulins (Allier), Muret (Haute-Garonne), Rennes (Ille-et-Vilaine), Saint-Martin-de-RĂ© (Charente-Maritime), Valence (DrĂŽme) et Val-de-Reuil (Eure). L’activitĂ© « confection Â» du SEP reprĂ©senterait en 2018 38 % de son chiffre d’affaires (soit plus de 9 millions d’euros). Outre la fabrication d’uniformes pĂ©nitentiaires, d’aprĂšs son rapport de 2019, le SEP reçoit des commandes d’entreprises tierces. La mĂȘme annĂ©e, le ContrĂŽleur gĂ©nĂ©ral des lieux de privation de libertĂ© (CGLPL) [6] a relevĂ© des rĂ©munĂ©rations horaires des prisonniers Ă  l’atelier de ChĂąteauroux dĂ©gringolant Ă  2,56 â‚Ź, et donc infĂ©rieures au tarif normalement en vigueur (le « seuil minimum de rĂ©fĂ©rence Â») fixĂ© Ă  45 % du SMIC horaire, soit 4,52 â‚Ź.

Les principaux donneurs d’ordre de l’industrie textile dans les prisons françaises sont le SEP, des institutions publiques et des entreprises privĂ©es, parmi lesquelles le prestataire de services spĂ©cialisĂ© dans les « lieux sensibles Â» Gepsa ou encore la multinationale de sous-traitance de services Sodexo. Ces entreprises gĂšrent directement des pans entiers des Ă©tablissements pĂ©nitentiaires, dont les ateliers de travail. Elles proposent alors Ă  d’autres entreprises d’y sous-traiter leur production.

Ainsi, au centre pĂ©nitentiaire de Rennes, d’aprĂšs le CGLPL, les ateliers de confection gĂ©rĂ©s par le SEP fabriquent essentiellement des pantalons pour l’administration pĂ©nitentiaire. Une partie des tenues du personnel mĂ©dical du CHU de Rennes y Ă©taient Ă©galement produites, au moins jusqu’en 2015. À cette date, de « jeunes crĂ©ateurs Â» de la rĂ©gion y faisaient Ă©galement produire, par les femmes incarcĂ©rĂ©es, entre 400 et 30 000 piĂšces par an. La rĂ©munĂ©ration y Ă©tait d’environ 4 â‚Ź de l’heure.

Jusqu’à il y a peu, la marque Les Cakes de Bertrand faisait rĂ©aliser Ă  des personnes dĂ©tenues au centre de dĂ©tention de Joux-la-Ville (Yonne) des opĂ©rations de thermocollage sur vĂȘtements pour 2,63 â‚Ź de l’heure. Des oreillers « bio Â» Ă©taient Ă©galement confectionnĂ©s jusqu’à rĂ©cemment par les prisonniers de cet Ă©tablissement pour le compte de Bambou et Co. avec une rĂ©munĂ©ration horaire de 4,56 â‚Ź Ă  la clĂ©.

Quant Ă  la maison d’arrĂȘt de Pau, jusqu’en 2013, l’association d’insertion ACT 3 avait en concession les ateliers de tissage du « quartier femmes Â». Elle dĂ©tenait Ă©galement un atelier de haute couture dont une partie de la production figurait au catalogue de Dior ou de Chanel. Le CGLPL notait Ă  l’époque que « 40 % environ des modĂšles [proposĂ©s par ACT 3] venaient de la dĂ©tention Â». Il soulignait aussi que l’association « [assurait] le fonctionnement courant de l’atelier, mais les rĂ©munĂ©rations des employĂ©es [provenaient] des crĂ©dits de formation professionnelle du Conseil rĂ©gional au tarif de 2,49 â‚Ź de l’heure Â». Cerise sur le gĂąteau, cet « atelier d’insertion Â» bĂ©nĂ©ficiait d’un financement par la fondation Veolia. En 2014, ACT 3 et ses ateliers ont Ă©tĂ© rachetĂ©s par le brodeur Lesage (qui travaille notamment pour Chanel). Depuis, mystĂšre


Joël Charbit


- Cet article a Ă©tĂ© publiĂ© dans le numĂ©ro 199 de CQFD, en kiosque du 4 juin au 2 juillet.

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Source: Cqfd-journal.org