comme annoncé dans un précédent article, la résistance au G7 s’organise !

Une première manifestation anti G7 s’est tenue à Biarritz et a réunie près d’un millier de personnes.


On relaie ici un communiqué, Iritzi :

G7 : désobéissance active

Le G7 de Biarritz est une grande première pour la population basque. Devant l’inconnu suscitant énormément de questions, impossible de deviner quel sera son résultat. Concernant sa préparation, si l’on se penche sur les volets légitimation et sécurisation, on y retrouve à peu près les mêmes modes opératoires que pour d’autres sommets antérieurs (Copenhague, Prague, Edinburgh, Hambourg).

Petit tour d’horizon

Pour le gouvernement aux manettes, la plus grande entourloupe pratiquée consiste à récupérer des thématiques avancées par ses opposants. Ainsi, à Biarritz, ce rendez-vous veut se donner des airs de forum quasi alter mondialiste capable de régler des problèmes qu’il génère. Il s’agit, comme chacun le sait, de faire croire qu’un tel rendez-vous est nécessaire et altruiste alors que dans la plupart des cas, c’est l’échec diplomatique et la non tenue des engagements préconisés. A cela s’associe la « facilitation » d’un contre sommet, dans une recherche de « convergence d’intérêts » destinée à canaliser les franges adverses jugées les plus acceptables. On nous le répète assez, tout le monde a le droit de s’exprimer en démocratie et un sommet réussi est également un contre sommet réussi.
Autre campagne de propagande à effets multiples : l’instauration d’un climat de peur par l’annonce de l’arrivée massive de black blocs et autres anti-système. Dans notre cas, on ne les a pas encore vus à l’œuvre qu’ils ont déjà virtuellement saccagé la côte basque ! On occulte la brutalité du système défendu par le G7 (sans commune mesure avec la violence des manifestants), on met en place une batterie de mesures d’exception jusqu’à des appels à la délation et on tente de diviser l’ennemi, en allant jusqu’à promettre une protection aux plus non-violents.

Réactions révélatrices

L’attitude d’un certain nombre d’élus locaux en prévision de ce « tsunami » est pour le moins surprenante. Même si, à ce jour, la seule victime violentée à l’occasion de ce G7 est une jeune fille blessée par un tir de flashball (un « incident regrettable » vite oublié), c’est silence radio sur la gestion plus que musclée de la part de l’exécutif des manifestations de tout type ces derniers mois. Pas un mot non plus sur les politiques mortifères de Macron, de Trump, du gouvernement d’extrême droite italien ou sur l’imposition de la tenue de ce sommet, décidée sans aucune concertation. Non seulement nos représentants acceptent le tout mais jouent à leur tour le jeu de l’enfumage des retombées positives, en désignant les « éléments radicaux » comme uniques fauteurs. C’est une loyauté sans faille envers leurs dirigeants arrosée de sauce « real politik », sans doute en échange de quelques avancées (notamment sur les dossiers basques) et d’autres dividendes pour des entrepreneurs qui y voient une occasion de valoriser leurs produits. On entend ici et là que nombre de décideurs du coin ne sont pas très chauds à l’idée de recevoir ce sommet mais chut, en public, c’est défense sacrée de l’Etat et de l’économie libérale. Au point que ce sont des villes mortes qui sont envisagées pour laisser les coudées franches aux interventions répressives. Un manque à gagner et une occasion de connaître des milliers de personnes jetée à l’eau, au nom de la loi. Décidément, ce sommet détruit la vie partout où il passe.

On est là, on sera là

Dans les réseaux contre le G7, ça fuse dans tous les sens. Après un an intense de défrichages, on sent que le vernis de l’intox publicitaire officielle craque et on serre les vis pour relever les défis : tenue d’un contre sommet dans des conditions satisfaisantes, appels à des mobilisations massives. Et ça ne marche pas trop mal au vu de la multitude d’organisations concernées qui d’habitude ne travaille pas au coude à coude. Les réunions se multiplient, les commissions s’élargissent, les soutiens arrivent. Le large tissu militant s’active enfin et les pièces manquantes (par exemple, l’implication du secteur culturel) sont encore à temps pour s’imbriquer. A un mois du rendez-vous, on s’attend à une montée en puissance. L’occasion d’organiser une action efficace se pose au vu d’éléments connus : répulsion majoritaire du sommet, mouvements populaires en France, date et lieu du rendez-vous compliqués, potentiel local, etc. Alors, que fait-on ?
Une constante des contre sommets est la diversité des revendications et des modes d’action. C’était comme cela à Seattle, à Gènes ou à Hambourg, ce sera comme cela à Biarritz. Pas la peine d’en faire une dramatisation à outrance. Des pacifismes symboliques aux insurrectionalistes tranchants, toutes les couleurs seront sur place et essayeront de se faire entendre. Au-delà des débats sur le bien fondé et le dogmatisme de chaque composante, la question à se poser est la suivante : comment fait-on pour empêcher, ensemble, le G7 de discourir de manière normalisée, tout en offrant des espaces de collaboration aux différentes dynamiques ? Il s’agit de donner un socle commun à ce qu’on pourrait appeler la voie du milieu. Celle qui se développe partout dans le monde et n’attend qu’une nouvelle impulsion au sein de plusieurs collectifs disséminés sur le territoire basque.

Monter la désobéissance d’un cran

Comment ? En s’inspirant de pratiques concrètes : herri harresiak (murs populaires) contre les arrestations, blocages en faveur de la justice climatique (Ende Gelände en Allemagne, émergence d’Extinction Rebellion, sommet du pétrole à Pau en 2016…) occupations de zones à défendre, gilets jaunes sur les ronds-points et gilets noirs au Panthéon, Comités de Défense de la République catalans sur les péages, Sea Watch III, paysans basques s’opposant à l’abattage de canards, parapluies de Hong Kong, [email protected] con Itoiz… Si nous sommes des milliers à entourer Biarritz, à nous asseoir, nous coucher, nous souder sans déchaînement d’agressivité dans le maximum de lieux stratégiques et représentatifs de leur monde en opposant nos corps aux uniformes, qui gagnera la partie ? L’enjeu est de taille et il va falloir s’attendre à une réaction disproportionnée de la part des pouvoirs, obsédés par leur logique autoritaire. Aux organisations de la plateforme G7 EZ et celles d’ailleurs de s’engager dans cette bataille, dans la complémentarité.
Montrer au G7 et à ses supporters qu’en plus de refuser leur monde, nous sommes motivés à le bloquer pour en construire un autre. Avec toutes nos expériences, nos ressources et de façon festive, diverse, solidaire, bienveillante. Comme le dit le préfet Eric Spitz, en étant « souples, félins et manoeuvriers ». Si tel est le cas, leur sommet sera une débandade, la conjonction des luttes aura bien lieu et les militances du Pays Basque auront un précédent dont ils pourront faire usage dans les années à venir.


Article publié le 19 Juil 2019 sur Zad.nadir.org