Janvier 14, 2021
Par Paris Luttes
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Les zapatistes du Chiapas au Mexique veulent arriver par bateau jusqu’en Europe l’été prochain pour y faire toute une série de rencontres, annoncées dans le texte : une déclaration… pour la vie.

Après être passé par le bar, le texte ci-dessous, “la mission”, raconte les premières esquisses et les premiers essais du projet, depuis la perspective zapatiste :

* * *

De comment Defensa Zapatista tente d’expliquer à Esperanza quelle est la mission du zapatisme et autres heureux raisonnements.

« Bon, alors je vais t’expliquer quelque chose de très important. Mais tu ne peux pas prendre de notes, ce que je veux c’est que tu le gardes en tête. Parce que le cahier, tu le laisses traîner n’importe où, mais ta tête t’es forcée de l’avoir toujours sur toi. »

Defensa Zapatista marche de long en large, comme on dit que faisait le défunt quand il expliquait quelque chose de très important. Esperanza est assise sur un tronc et, prévoyante, elle a posé un plastique sur le bois humide, florissant de mousse, de champignons et de rameaux secs.

« Est-ce que nous allons voir l’endroit où nous arrivons pour la lutte ? » lâche Defensa Zapatista tendant ses menottes vers nulle part.

Esperanza réfléchit à une réponse, mais il est évident que Defensa a posé une question rhétorique, autrement dit ce n’est pas la réponse qui l’intéresse, mais les interrogations qui suivent la première question. Defensa Zapatista, d’après elle, suit la méthode scientifique.

« La problème donc n’est pas d’arriver, mais de s’ouvrir un chemin. Autrement dit, s’il n’y a pas de chemin, eh bien, il faut en faire un, parce que sinon, comment ? ». La fillette brandit une machette qui est sorti allez savoir d’où, mais c’est sûr que dans une des cahutes on doit être en train de le chercher.

« Alors la problème, comme qui dirait, a changé, et le plus premier, c’est le chemin. Parce que, s’il n’y a pas de chemin vers là où tu veux aller, ça sert à rien que tu en restes à cette préoccupation. Donc, qu’est-ce que nous allons faire s’il n’y a pas de chemin vers là où nous allons ? »

Esperanza répond avec satisfaction : « On attend qu’il arrête de pleuvoir pour ne pas se mouiller quand on fait le chemin. »

Defensa s’arrache les cheveux — et réduit à néant la coiffure qui a pris une demi-heure à ses mamans — et crie : « Non ! »

Esperanza hésite et risque : « Je sais : on raconte à Pedrito un mensonge qu’il y a des caramels là-bas où nous allons, mais qu’il n’y a pas de chemin et qu’il trouve quelqu’un qui lui fasse d’abord un chemin, et ensuite il s’empiffre de caramels. »

Defensa réagit : « Tu crois qu’on va demander de l’aide aux fichus hommes ? Jamaiment. Nous, on va le faire comme les femmes que nous sommes ».

« C’est juste, dit Esperanza, et si par hasard il y a des chocolats ».

Defensa continue : « Mais, et si nous nous perdons quand nous ouvrons le chemin ? ».

Esperanza répond : « On crie pour appeler au secours ? On lance une fusée ou on souffle dans la conque pour qu’on entende au village et qu’on vienne nous secourir ? ».

Defensa comprend qu’Esperanza prend les choses au pied de la lettre et que, de plus, elle est en train d’obtenir le consensus du reste du public. Le chat-chien, par exemple, se lèche à présent les babines en imaginant la marmite pleine de chocolats au pied de l’arc-en-ciel, et le cheval bancal soupçonne qu’il y a peut-être du maïs avec du sel et que la marmite déborde de bouteilles en plastique. Calamidad s’exerce à la chorégraphie qu’a conçue pour elle le SupGaleano, appelée « pas de chocolat », qui consiste à se lancer, en mode rhinocéros, sur la marmite.

Pour sa part, Elías Contreras, dès les premières questions, a sorti sa lime et affûte sa machette à double tranchant…

Lire la suite des tribulations et de la préparation du voyage naval zapatiste jusqu’à nos terres impérialistes sur le site du Comité de Solidarité avec les Peuples du Chiapas en Lutte.




Source: Paris-luttes.info