Décembre 11, 2020
Par ACRIMED
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La mainmise des groupes industriels et financiers sur les médias est un danger pour l’information : le patron censure, les journalistes s’autocensurent et le propriétaire s’invite et occupe l’espace. Un exemple exemplaire, le jeudi 10 décembre 2020 à 7h15 sur Radio Classique.

Radio Classique est présentée sur son site comme « une marque du Groupe LVMH » de la même façon que les quotidiens Les Échos ou Le Parisien. LVMH – entreprise de biens de luxe – appartient à Bernard Arnault, première fortune française et troisième fortune mondiale en 2020, selon Forbes. Un multimilliardaire qui ne goûte guère la critique, comme le rappelait la société des journalistes du Parisien à propos de la censure du film de François Ruffin Merci Patron ! [1] par le quotidien francilien :

Ordre a été donné aux confrères du service culture-spectacle qui avaient visionné le long métrage de ne pas le chroniquer, fut-ce en 10 lignes. De même a été repoussée plus tard une proposition de sujet du service politique sur le buzz suscité à gauche par le film sous prétexte qu’il s’agissait « d’un sujet militant », « et qu’il y avait d’autres sujets prioritaires ce jour-là ». (Extrait du communiqué des syndicats SNJ, FO, SNJ-CGT et de la SDJ du Parisien)

Mais si le patron de LVMH désapprouve la contradiction, il affectionne les louanges de ses serviteurs.

Exemple, ce jeudi 10 décembre, avec le « journaliste » (sic) Dimitri Pavlenko qui a brillamment joué le rôle de porte-micro pour l’héritier de Bernard Arnault, Antoine, par ailleurs directeur général de Berluti (propriété de LVMH), membre du Conseil d’Administration de LVMH, et chargé de l’image et de l’environnement pour le groupe.

Venu ce matin-là pour vanter les mérites du groupe et ses actions en faveur de l’environnement, Antoine Arnault, a été, pour le moins, peu chahuté par un « journaliste » (re-sic) récitant à merveille le communiqué du groupe LVMH :

LVMH, faut-il le rappeler, numéro 1 mondial du luxe, 75 maisons iconiques dans six secteurs. Depuis mardi, jusqu’à demain, dans tout le groupe LVMH, c’est la Climate Week – la semaine du climat – avec des conférences pour présenter à vos 160 000 collaborateurs [2] une feuille de route très ambitieuse. Vous visez rien moins, je cite LVMH, qu’un luxe nouveau, comme il y eut par le passé un art nouveau, fondé sur une sobriété à l’égard du climat et de la biodiversité.

Antoine Arnault a ensuite pu développer sans contradiction le discours officiel du groupe, démontrant ainsi sans équivoque quels impacts peut avoir l’appropriation des médias par des grands groupes industriels : censures et autocensures, promotion et autopromotion.

Cet exemple, banal, rappelle qu’il est grand temps de briser la laisse (d’or) qui asservit les médias à leurs propriétaires (luxueux).

À la fin de cette non-interview, le « journaliste » (re-re-sic) de Radio Classique conclut : « C’est du marketing mais pas seulement, on l’a bien compris. » Oui, on l’a bien compris.

Mathias Reymond

Post-scriptum : synergies inter-marques

Bernard Arnault ne se lasse jamais de ses terrains de jeux, met à profit ses « marques » entre elles, et sait, pour cela, toujours miser sur les bons chevaux. Le 1er octobre 2020, Rémy Dessarts (ancien rédacteur en chef économie et business au JDD) délaissait le groupe Lagardère pour rejoindre la team Arnault en tant que directeur délégué des rédactions au Parisien. Une nomination en forme d’os en or pour bon toutou. Libération (8/12) développe plus poliment :

Ces derniers mois, le JDD a publié quantité de papiers à la gloire de la famille Arnault. Tous l’œuvre de Dessarts. En juin, il est dépêché à New York pour raconter le succès de Frédéric Arnault, fils de Bernard, pour le lancement de la nouvelle montre connectée de Tag Heuer. L’année précédente, il avait exposé depuis Cologne la réussite de l’entreprise de bagages haut de gamme d’Alexandre Arnault, autre fils de. Les exclus sur le pont aérien de LVMH pour rapatrier 40 millions de masques, c’est lui. Les rencontres entre Donald Trump et Bernard Arnault racontées de l’intérieur, c’est encore lui.

Longue vie au Parisien.

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Source: Acrimed.org