Janvier 15, 2022
Par Marseille Infos Autonomes
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Il y a des luttes qui si elles n’apparaissent rarement au grand jour n’en sont pas moins manifestes.

Depuis cinq ans maintenant, les habitant. e. s du troisiùme arrondissement de Marseille luttent pour l’ouverture et la sauvegarde du jardin Levat.

Commençons par rappeler quelques Ă©tapes de cette histoire singuliĂšre. En 2016, les sƓurs victimes du SacrĂ©-CƓur de JĂ©sus quittent le couvent fondĂ© un siĂšcle et demi auparavant quand la belle de mai Ă©tait encore un paysage de vignes et d’oliviers, et laissent derriĂšre elle un morceau de campagne en plein cƓur de Marseille.

La mairie Gaudin rachĂšte le couvent et le donne en gestion Ă  l’association Juxtapoz dont la raison sociale est d’empĂȘcher l’occupation de locaux vides en y dĂ©veloppant des activitĂ©s artistiques.

La dĂ©cision est prise Ă  l’insu des habitant. e. s qui l’apprendront par TĂ©lĂ©rama. Elle est vĂ©cue comme particuliĂšrement injuste et inacceptable au regard du manque d’espaces verts dans un des quartiers les plus pauvres de Marseille.

Les associations et les habitant. e. s se mobilisent et obtiennent grĂące Ă  une sĂ©rie d’initiatives (pique-niques, assemblĂ©es, consultations auto-organisĂ©es) que le jardin s’ouvre enfin.

Depuis des usages Ă  la croisĂ©e des besoins du jardin et des besoins des habitant. e. s du quartier se cherchent, s’inventent et s’approfondissent. Des usages pĂ©dagogiques, thĂ©rapeutiques dont l’esprit pourrait se rĂ©sumer ainsi : prends soin du jardin, il prendra soin de toi.

Si le jardin s’ouvre partiellement, de nombreuses prĂ©occupations et revendications portĂ©es par les associations et les habitant. e. s du quartier restent sans rĂ©ponse.

Les heures d’ouverture du jardin sont insuffisantes ou inadaptĂ©es, et ne permettent pas aux personnes qui travaillent d’en profiter.

La programmation estivale de Juxtapoz qui attire des milliers de personnes l’étĂ©, est en l’état incompatible avec le soin et l’attention que suppose le jardin, et le met en pĂ©ril.

Enfin, la transformation du couvent exclusivement en citĂ© des artistes tourne le dos aux besoins du quartier. Le couvent pourrait aussi accueillir une crĂšche, une maternelle, une mĂ©diathĂšque, une maison des associations, un Groupe d’Entraide Mutuelle, une rĂ©elle salle polyvalente pour les habitant. e. s, un centre de formation professionnelle dirigĂ© vers la jeunesse du 3e, etc.

Enfin et plus modestement, les associations du quartier réclament de pouvoir avoir elles aussi usage du bùtiment. Là encore, elles restent à ce jour sans réponse.

Quant au dĂ©sir exprimĂ© par les habitant. e. s de pouvoir dĂ©cider ensemble du devenir de ce lieu, ou de partager sa gouvernance, n’en parlons mĂȘme pas.

La mairie centrale en renouvelant le bail de l’association Juxtapoz reconduit la dĂ©cision de l’ancienne Ă©quipe municipale, et sa vision de la ville et de la culture.

PlutĂŽt que de crĂ©er des infrastructures qui permettraient Ă  une population pauvre d’exercer son droit Ă  la ville, elle dĂ©veloppe des activitĂ©s artistiques qui ne lui sont simplement pas destinĂ©es, si ce n’est Ă  la marge.

Plus encore, cette dĂ©cision traduit le manque d’ambition de cette municipalitĂ© qui avait Ă  l’endroit du couvent Levat la possibilitĂ© de dĂ©ployer un projet exemplaire qui aurait rompu avec les politiques de gentrification pour dĂ©ployer un projet horizontal faisant fond sur la richesse associative du quartier, avec l’ambition de rĂ©pondre aux besoins fondamentaux en savoir, en culture, en Ă©ducation, en soin.

Bref, une politique populaire visant à améliorer les conditions de vie des habitant. e. s du quartier.

Ce constat fait, la lutte continue.

S’il est important de continuer de rĂ©clamer les infrastructures qui manquent au quartier, il faut aussi renforcer les usages populaires existants du jardin Levat.

De ce point de vue un chapitre important s’ouvre dont il faut dĂ©crire les enjeux.

Dans les prochaines semaines, les prochains jours, doit s’ouvrir un processus de concertation devant aboutir au choix d’un ou plusieurs opĂ©rateurs chargĂ©s de la gestion du jardin, et Ă  la rĂ©daction d’un cahier des charges Ă  leurs destinations.

Les contours de cette concertation restent flous et de nombreux Ă©lĂ©ments hypothĂšquent son bon dĂ©roulement : les dĂ©lais trĂšs courts annoncĂ©s (janvier Ă  mars), la pĂ©riode (hiver), et enfin la cinquiĂšme vague d’épidĂ©mie de Covid.

Ce projet de concertation suscite un certain nombre d’inquiĂ©tudes et de questions :

Les conditions seront-elles rĂ©unies pour que cette concertation implique un maximum d’habitant. e. s, et d’acteurs associatifs ?

Les habitant. e. s, les actrices et acteurs de la vie associative seront-ils simplement consultĂ©s ou pourront-ils prendre part Ă  la rĂ©daction du cahier des charges et au choix de l’opĂ©rateur ?

Le futur opĂ©rateur en charge du jardin ne va-t-il pas rogner sur les formes de collaboration, d’entraide, et d’autogestion qui se sont fabriquĂ©es chemin faisant ?

La concertation, et l’opĂ©rateur choisi, vont-ils permettre de dĂ©velopper et pĂ©renniser la gestion collective du jardin, et les usages existants ?

Enfin, si Ă  l’occasion de cette concertation, des rĂšgles d’usages du jardin sont Ă©laborĂ©es collectivement, l’association Juxtapoz est-elle prĂȘte Ă  les respecter, et Ă  modifier sa programmation estivale en consĂ©quence ?

AprĂšs deux rĂ©unions de prĂ©paration, l’association Juxtapoz refuse de prendre en compte les demandes et inquiĂ©tudes des usagers du jardin.

Nous invitons les multiples habitant. e. s du quartier, les associations, et tous ceux qui se soucient du devenir du couvent et de son jardin, à faire entendre leurs voix pour défendre un usage populaire du couvent Levat.

Des usagers et usagĂšres du Jardin Levat.

Contact : [email protected]




Source: Mars-infos.org