Mars 8, 2016
Par Ruptures
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L’antisémitisme est une oppression violente, au même titre que les autres. Il en a toujours été ainsi, mais aujourd’hui il nous paraît essentiel de ne pas transiger avec ce racisme particulier et de remettre quelques pendules à l’heure.

Non, l’antisémitisme ne se trouve pas seulement chez une partie de l’extrême droite. On peut le rencontrer autant à l’extrême gauche que dans le reste de l’échiquier politique. Ceci est vrai aujourd’hui, mais ce n’est pas une nouveauté ; aucun mouvement n’est totalement épargné.

Non, l’antisémitisme n’est pas une vieillerie dépassée ou une invention remise au goût du jour par l’État français, ou par l’État d’Israël, pour dénigrer les luttes palestiniennes. S’il est vrai que cette oppression est instrumentalisée par le pouvoir, il en va de même pour les luttes palestiniennes, que nous n’abandonnons pas pour autant. Ceux qui tiennent ce discours à gauche le font, pour la plupart, par pure démagogie teintée d’essentialisme, de crainte de s’aliéner les gens qui se sentent concernés par la Palestine. Ce qui revient à dire : « On va pas critiquer les Arabes et les Noirs qui tiennent des propos antisémites dans les luttes pro-palestiniennes, comme ça on va sortir de notre entre soi de petits Blancs et toucher les quartiers. » Ce qui tient à la fois du fantasme, du mépris et du paternalisme. Il est loin le temps où les éléments les plus craignos se faisaient virer de ces manifs ; maintenant on ne trouve même plus assez de monde à gauche pour faire le ménage – cause ou conséquence ? Nous considérons que ne pas virer les éléments antisémites des luttes de soutien à la Palestine n’est pas un service à rendre à cette lutte et que ne pas combattre spécifiquement l’antisémitisme revient à accepter l’entrisme de groupes réactionnaires ou fascisants. De même, tolérer des antisémites dans les organisations propalestiniennes, surtout à gauche, est inacceptable ; notre comportement se doit d’être irréprochable à ce sujet et une démarcation nette doit être tracée. Le problème doit être posé clairement, sans utiliser l’échappatoire facile et pathétique de la provocation fasciste, policière ou gouvernementale pour se justifier. Si ces organisations ne font pas ce travail, nous tracerons cette ligne dans le sable nous-mêmes.

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« Inglorious Basterds » de Quentin Tarantino.

Non, la lutte contre l’antisémitisme n’est pas moins importante que la lutte contre le racisme envers les musulmans. Le quasi-silence de l’extrême gauche et de la plupart des anarchistes sur la nature antisémite des meurtres du supermarché casher, de Mohammed Merah, de la bande de Youssouf Fofana, de la tuerie du Musée juif de Bruxelles, est assourdissant. De plus, les assassins sont présentés comme des « fous » ou des « psychopathes » sans que personne ne considère vraiment la nature politique et antisémite de leurs actes. Les victimes sont systématiquement « oubliées » dans les listes des victimes du racisme. Quand bien même cet oubli ne serait pas volontaire, ce dont nous ne sommes pas certains, ceci resterait le signe du désintérêt que portent l’extrême gauche, les anarchistes et les antifascistes pour le sujet.

Non, lutter contre l’antisémitisme, ce n’est pas soutenir l’État d’Israël. Nous luttons contre tous les États sans distinction, en cela l’État israélien est autant notre ennemi que l’État français. En tant qu’anarchistes nous soutenons également la lutte contre sa politique coloniale et raciste. Prétendre que la dénonciation de l’antisémitisme à gauche a pour but de légitimer l’État israélien revient à affirmer l’existence d’un complot « sioniste » au sein du mouvement libertaire. Le discours conspirationniste n’est pas loin et de nombreuses accusations et attaques vont dans ce sens : Anti-Deutsch 1 à la française, sionistes, colonialistes, impérialistes etc. Ces attaques ne nous empêcheront pas de mettre les pieds dans le plat, n’en déplaise à ceux qui jouent les trois petits singes.

Non, les juifs et les Juifs 2 ne soutiennent pas tous Israël. De même que les musulmans n’ont pas à se justifier des attaques de quelques takfiris 3, les juifs et les Juifs n’ont pas à s’excuser pour les crimes d’Israël et n’ont pas plus à justifier de leur soutien aux luttes palestiniennes que les autres militants. Cette attitude de rejet et de suspicion, conjuguée à ce qui a été dit précédemment, rend nos mouvements peu accueillants, c’est le moins qu’on puisse dire, pour les personnes issues de cette communauté. Par ailleurs, le refus de s’intéresser à cette lutte et à ce qu’elle nécessite en termes d’autodéfense pousse une partie de la jeunesse juive à rejoindre les rangs d’organisations d’extrêmes droite communautaires qui leur promettent de rendre les coups, mais contre le mauvais ennemi.

L’antisémitisme et l’islamophobie ne sont pas la même chose, ils n’occupent pas la même fonction dans la société française. Loin de se confronter, ils s’articulent et se renforcent dans les discours réactionnaires et servent à s’entre-justifier au détriment de notre classe et de ceux qui luttent. Ne pas hiérarchiser les oppressions implique d’analyser cette réalité sans faire l’autruche pour mieux les combattre d’un même front.

Groupe Regard noir





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