Licenciements et explosion du chômage, expulsions de logements, intensification du travail, baisse des revenus et augmentation des prix. Les conséquences sociales de l’effondrement économique provoqué par le Coronavirus s’annoncent catastrophiques. En d’autres termes, la situation est excellente, comme dirait Julien Coupat. Mais les fameuses « conditions objectives », chères aux marxistes traditionnels, ne suffisent pas toujours à provoquer des révoltes sociales. Charles Reeves insiste également sur les conditions subjectives qui restent incontournables. Si l’économie est paralysée, ce n’est pas à cause d’une multiplication des grèves. Ce n’est pas l’action du prolétariat qui a provoqué le blocage économique.

Pire, entre télétravail, entassements dans les transports en commun, chômage partiel ou définitif, les exploités semblent davantage subir la situation qu’autre chose. Le confinement et la distanciation sociale n’ont fait que renforcer l’isolement et l’atomisation des individus. Même si le droit de retrait a été invoqué par quelques salariés, on est encore loin d’une grande vague de luttes collectives.

Néanmoins, la sortie du confinement peut laisser présager une reprise des conflits sociaux. A travers le monde, diverses révoltes s’observent déjà. Avant la crise sanitaire, plusieurs pays sont rentrés dans la danse. Les braises couvent encore du côté du Chili ou du Liban par exemple. La colère peut également se répandre. Le libéralisme autoritaire et les violences policières qui accompagnent la misère sociale ne font qu’attiser la colère. Au Brésil, la situation reste explosive. Le feu de la révolte constelle déjà les Etats-Unis depuis les émeutes de Minneapolis

Ensuite, ces luttes peuvent s’orienter vers des perspectives diverses. Elles sont traversées par des clivages et des conflits. Une tendance importante dans les mouvements sociaux s’attache à interpeller l’Etat pour demander une régulation de l’économie. Green New Deal, planification et redistribution des richesses par l’impôt sont invoqués. Même si le virage autoritaire des Etats renvoie les « Jours heureux » et le programme du CNR à leur imposture première. L’autogestion du capital  s’annonce comme une autre perspective. Même si l’auto-organisation pour la survie ne dessine pas un projet de société. Les diverses formes de solidarité directes sont positives, mais elles ne doivent pas se présenter comme une finalité en soi. L’autogestion de la misère, de la survie et de la catastrophe ne font pas rêver. En revanche, l’auto-organisation dans les luttes collectives et les révoltes peuvent ouvrir des perspectives nouvelles.

Il est illusoire de vouloir gérer la crise, la catastrophe ou l’effondrement. Face à un capitalisme mortifère qui nous envoie droit dans le mur, il faut « tirer le frein d’urgence », selon la belle expression de Walter Benjamin. Des Gilets jaunes confinés et révoltés dressent le triste bilan de la gestion de la crise sanitaire. Les Etats restent au service de la classe capitaliste. Leur objectif reste le retour à la normale de l’exploitation. La solution n’est donc pas de s’adresser à ces Etats. Seule une lutte globale peut remettre en cause l’ensemble du monde capitaliste avec son cortège de fléaux et de catastrophes. La seule perspective reste la destruction de la civilisation marchande pour inventer un monde sans classes et sans Etat, débarrassé du profit, de l’argent et du travail.

 

Sommaire n°42 :

Ecologie et marxisme

Besoins et société de consommation 

Le marxisme hétérodoxe de Michaël Löwy

Histoire et luttes sociales

Une histoire émancipatrice et critique 

Réflexions sur l’histoire des luttes

Femmes révolutionnaires

Sylvia Pankhurst, féministe et révolutionnaire 

Rosa Luxemburg face à la stratégie léniniste 

Ulrike Meinhof et l’Allemagne des années 1960 

Autonomie ouvrière

Les enquêtes ouvrières en Europe

Une analyse opéraïste de Mai 68 

Antonio Negri et l’autonomie italienne


Article publié le 04 Juin 2020 sur Zones-subversives.com