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L’histoire de la répression de l’itinérance de la Nouvelle-France jusqu’à aujourd’hui. C’est le sujet du rapport de recherche que la Ligue des droits et libertés vient de rendre public la semaine dernière. Il a été écrit par Frédérick Carrier, que vous connaissez mieux comme étant le chanteur de Zéphyr Artillerie.

Le court rapport (33 pages) brosse un portrait fascinant de la façon dont les élites composaient avec les « vagabonds », les « gueux » et les « canailles » à Québec. Richement illustré, il contient moultes faits et anectodes.

L’histoire est une science pertinente lorsqu’on peut faire des parallèles éclairants avec le moment présent. Et une évidence saute aux yeux: la perception de la pauvreté n’a guère évoluée depuis 400 ans. C’est la manière de la réprimer qui a changée.

Aujourd’hui, il y a deux catégories de gens à l’aide sociale: les aptes au travail et les non-aptes. Les mauvais et les bons pauvres. Cette distinction existe en réalité depuis… l’époque médiévale! Après le 13e siècle pour être précis. Avant ça, la pauvreté était plutôt valorisée. Jésus ne vivait-il pas dans le dénuement?

Qu’est-ce qu’un itinérant?

Dans la définition du « vagabond », on retrouve aussi une étonnante similarité entre l’époque médiévale et aujourd’hui. Au 14e siècle c’est quelqu’un qui est…

  • nomade
  • pauvre
  • considéré oisif (qui ne travaille pas)

Fait original, le rapport contient la date précise ou l’itinérance est apparue à Québec. En 1673, très précisément. Le procureur général y désigne un groupe de femmes responsables :

« La gueuserie s’est introduite en cette ville par quatre ou cinq femmes des lieux circonvoisins qui ont fait prendre la hardiesse à d’autres d’y venir aussi gueuser, même à des hommes qui peuvent bien travailler (…) »

Le certificat de pauvreté

Mais comment faire pour distinguer le bon pauvre du mauvais pauvre ? Très simple, du 17e siècle jusqu’en 1954, le bon pauvre est celui qui possède… un certificat de pauvreté. Ce document, remis par un curé, donne l’autorisation à son détenteur de mendier. Les vagabonds quêtant sans autorisation ne passent pas « go », ne réclament pas 200$ et vont directement en prison.

Le pauvre doit être en mesure de prouver sa pauvreté. Ce qui n’est pas sans faire penser à des réalités contemporaines.

L’évolution de la répression

S’il y a une seule chose qui a changé, c’est la manière de réprimer l’itinérance.

Au 17e siècle, on met les pauvres dans des carcans ou on les fouettent.

Au 19e, ils sont punis par une amende de 50$ et/ou une peine de 6 mois de prison, ce qui n’est pas très différent de la méthode d’aujourd’hui.

Les lois et règlements

Le rapport met en parallèle l’évolution des textes de lois. De l’acte relatif aux vagabonds de 1869 à l’actuel règlement municipal sur la paix et le bon ordre, on reconnait plusieurs points communs.

De tout temps, on décrit l’itinérance en terme flou, histoire de laisser tout l’espace nécessaire à la police d’interpréter les règles à sa guise.

« Seront réputées vagabondes […] les personnes désoeuvrées qui, n’ayant pas de moyens visibles d’existence, vivent sans recourir au travail […] les personnes qui étalent ou exposent dans les rues […] des objets indécents ou y exposent leur personne publiuquement ou d’une manière indécente »

– Acte relatif aux vagabonds, 1869

Avec le temps, la pénalisation passe du Code criminel vers les règlements municipaux.

« Il est interdit à une personne, sans motif raisonnable dont la preuve lui incombe, de flâner, de vagabonder ou de dormir dans une rue […] Il est interdit de mendier ou de solliciter […] Il est interdit de se trouver dans un parc entre 23 heures et 5 heures le lendemain »

– Règlement sur la paix et le bon ordre, 2012

Les textes changent mais restent toujours aussi arbitraires et inéquitables. Ils pénalisent des comportements et favorisent le profilage social.

Bon maintenant que je vous ai mis l’eau à la bouche vous devez lire le rapport pour tous les détails et plus encore. Vous saurez tout sur la grande rafle de 1742, les règles sévères à l’ouverture parc Victoria en 1897, le nettoyage du Congrès eucharistique de 1938, l’architecture hostile et j’en passe.

Le rapport est disponible ici:

L’itinérance et la loi, Rapport de recherche sur l’itinérance à Québec de la Nouvelle-France à aujourd’hui, Ligue des droits et libertés section Québec

Source: http://www.subvercite.org/la-ligue-des-droits-et-libertes-lance-un-rapport-sur-lhistoire-de-litinerance-a-quebec/ -