Le 31 octobre dernier, le rapporteur public du tribunal administratif de Lyon préconisait l’annulation du permis de construire de la future plateforme Amazon, accordé par le maire de Colombier-Saugnieu. Cette plateforme de 160 000 m2, prévue pour une implantation aux abords de l’aéroport de Saint Exupéry, et portée par le promoteur Goodman France, deviendrait ainsi la plus grande de France.

Cette annonce représentait une victoire pour les nombreux opposants au projet de plateforme : en effet les conclusions du rapporteur public sont dans leur grande majorité suivies par la justice. Ce ne sera malheureusement pas le cas cette fois. Le Tribunal Administratif de Lyon a fait fit des recommandations du rapporteur public en rejetant ce vendredi 15 novembre, deux recours déposés par des associations de riverains.

La Fédération Régionale des Associations Contre le Train en zone Urbaine et pour le Respect de l’Environnement (FRACTURE) et l’Association Contre l’Extension et les Nuisances de l’Aéroport de Lyon Saint-Exupéry (ACENAS) dénonçaient par ces recours l’illégalité du permis de construire délivré par la Mairie. Ces deux associations dénoncent notamment les nombreuses nuisances environnementales que ne manqueront pas de provoquer un tel projet. L’augmentation du trafic sur la Rocade Est, déjà particulièrement saturée, est notamment redoutée. « Cela va se traduire par plus de 1.000 camions et plus de 4.400 véhicules légers par jour » explique le vice-président de l’Acenas. Le rapporteur public avait jugé « recevables » ces inquiétudes.

Cette décision d’autorisation de la plateforme de 160.000 mètres carrés, présenté comme le plus grand du groupe américain dans l’Hexagone, est donc clairement hallucinante puisque le rapporteur public avait préconisé deux semaines plus tôt l’annulation du projet.

« Contrairement au rapporteur public, la formation de jugement a estimé que ce projet pouvait être réalisé dès lors qu’il était compatible avec le fonctionnement de l’aéroport, et ce alors même que son activité n’était pas directement liée à l’activité aéroportuaire. Le tribunal a écarté l’ensemble des moyens invoqués, et notamment celui tiré de l’insuffisance de l’étude d’impact en ce qui concerne les conséquences d’une chute éventuelle d’aéronef sur le site, et rejeté les requêtes”, explique le tribunal administratif de Lyon écartant ainsi les arguments des associations.

Cette décision pose plus que jamais la question de l’implantation du projet aux abords du site de l’aéroport. Selon Amazon, le fonctionnement de la plateforme ne nécessiterait pas l’usage de fret aérien, qui aurait pour conséquence une forte hausse du trafic aérien sur Saint Exupery d’après les associations dénonçant le projet. Or pour Étienne Tête, l’avocat de l’ACENAS, « il y a une contradiction dans le dossier. Si c’est vrai, le projet de cette plateforme n’est pas conforme au plan local d’urbanisme qui stipule que les réserves de terrain autour de l’aéroport doivent être réservées aux projets en relation avec l’aéroport. Si Amazon ment, cela veut dire qu’ils essaient d’obtenir une autorisation par fraude ».

En appuyant Amazon sur le fait que l’activité de la plateforme « n’était pas directement liée à l’activité aéroportuaire », la décision du Tribunal Administratif met en exergue les contradictions du projet.

Pour l’avocat de l’Acenas “Les préconisations du rapporteur public sont claires et tout à fait satisfaisantes sur la problématique principale de ce dossier : pourquoi là ? Près de l’aéroport ? Soit on dit que l’implantation de cette plateforme logistique n’a rien à voir avec l’aéroport et alors pourquoi la construire à cet endroit alors qu’il y a tant d’autres terrains disponibles ? Soit le projet a besoin de fret aérien avec les nuisances qui en découlent” …


Article publié le 18 Nov 2019 sur Rebellyon.info