Juin 6, 2021
Par Paris Luttes
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Le 19 mai, la flicaille Ă©tait regroupĂ©e devant l’AssemblĂ©e nationale. PerchĂ©e bien haut sur un Ă©chafaudage montĂ© pour l’occasion, toute la bureaucratie syndicale des rois de la matraque a rĂ©ussi Ă  rassembler Ă  ses pieds quelques milliers de manifestants, des fachos notoires, des rouges du PC, des roses du PS et quelques verts kakis d’EELV. La caste politique au grand complet ou presque – Ă©lections obligent — avec chassepot sur le casque : le ministre de l’intĂ©rieur, un peu sifflĂ© certes, venu manifester contre lui-mĂȘme puisque les bleus Ă©taient venus lĂ  pour Ă©dicter leurs lois : plus de peines (des peines plancher
), plus de sĂ©curitĂ©.

Allons-nous ĂȘtre gouvernĂ©.es par des mouchards et des gendarmes ? [1]

L’Ordre inĂ©galitaire multiplie ainsi les diversions, sature les mĂ©dias, rĂ©duit les sujets qui fĂąchent Ă  un seul — le sĂ©curitaire quand ce n’est pas le sanitaire â€”, pour faire oublier tous les autres et notamment ses propres violences : capitalistes, racistes, sexistes et policiĂšres.

Depuis ce 19 mai, il y a surtout un dĂ©ni, une occultation insupportable des pratiques policiĂšres et des rendus de justice : les violences des uns lĂ©galisĂ©es par la complicitĂ© des autres. C’est une constante tellement constante.

Dans un communiquĂ© publiĂ© suite Ă  ce rassemblement policier, l’AssemblĂ©e des blessĂ©.es de Nantes rappelle que ce « laxisme Â» supposĂ© des juges concerne en premier lieu le corps policier : la relaxe rĂ©cente prononcĂ©e Ă  Marseille vis-Ă -vis de policiers de la BAC l’illustre, ou encore celle du gendarme qui a tuĂ© RĂ©mi Fraisse (
) À Nantes depuis la relaxe en 2012 par le tribunal pĂ©nal d’un policier tireur au motif « qu’il avait obĂ©i Ă  un ordre non manifestement illĂ©gal Â», en Ă©borgnant avec un LBD un lycĂ©en en novembre 2007, combien d’affaires de personnes, de manifestant.es griĂšvement blessĂ©.es par la police, jusqu’à la mort de Steve Maia Caniço, la mort d’Aboubacar Fofana ? Le CRS qui l’a tuĂ© est toujours en fonction, prĂšs de trois ans aprĂšs. Aucune de ces plaintes, suivies par des avocat.es, n’a donnĂ© lieu Ă  une condamnation Ă  de la prison ferme, ni Ă  une peine “plancher” de ces policiers, dĂ©positaires de l’autoritĂ© publique. Â»

Sans oublier : CĂ©dric Chouviat, Adama TraorĂ©, Lamine Dieng
 Il faudrait les citer tous, toutes.

Le vĂ©cu dans les commissariats et les gendarmeries n’a rien de laxiste. En garde-Ă -vue, les humiliations et les violences font systĂšme. MĂ©lanie « membre des MutilĂ©.es pour l’exemple, a passĂ© trois jours et trois nuits en garde Ă  vue. Pour rien. Ou plutĂŽt si, pour avoir manifestĂ© le 12 dĂ©cembre contre la loi SĂ©curitĂ© globale. Elle est sortie sans aucune charge contre elle. Soixante-dix heures sans pouvoir dormir, une lumiĂšre dans la gueule, refus de l’emmener aux toilettes, bouffe immonde, premiĂšre audition sans avocat.e… Â» Un exemple parmi cent rapportĂ© dans un blog.

Quant au quotidien dans les chambres correctionnelles de CitĂ© ou du TGI, les parquets cirĂ©s et les escaliers mĂ©caniques, l’agencement rĂ©flĂ©chi, translucide et sĂ©curisĂ©, mettent en scĂšne la cruautĂ© d’une justice qui reste bien au service de la police [2]. Une justice de classe et de race, qui sans peine plancher envoie tous les jours son comptant de prĂ©venu.es en taule. Au 1er mars dernier, 78.342 personnes Ă©taient placĂ©es sous Ă©crou. Et Castex, en dĂ©but d’annĂ©e, a annoncĂ© la construction de nouvelles prisons. Un marchĂ© lucratif.

Rares sont les juges qui mettent les formes Ă  l’adresse des prĂ©venu.es. La condescendance, le mĂ©pris, les clichĂ©s, les stĂ©rĂ©otypes en tous genres sont la rĂšgle. La parole des flics est systĂ©matiquement acceptĂ©e, jamais questionnĂ©e. LĂ , le contraire est l’exception. Quand vient la parole aux procureur.es, c’est gĂ©nĂ©ralement l’apogĂ©e des sermons, le cafĂ© du commerce englouti dans le code pĂ©nal. AprĂšs les dĂ©libĂ©rĂ©s, la sanction tombe, toujours. Le mandat de dĂ©pĂŽt n’est pas une anomalie.

Le problĂšme de la police, ce n’est donc pas la justice, qui lui est toute dĂ©vouĂ©e.

La charge des syndiflics contre la justice est une diversion pour garder la main sur les adhĂ©rent.es, maintenir la pression sur le ministĂšre de l’intĂ©rieur, prĂ©server la co-gestion, mais l’essentiel n’est pas lĂ . Les pratiques de la police ont Ă©tĂ© dĂ©voilĂ©es par les luttes des familles victimes de ces violences ; son racisme est aujourd’hui dĂ©noncĂ© ; son fascisme rĂ©vĂ©lĂ© ; son essence mĂȘme dĂ©cryptĂ©e : maintenir l’ordre d’une sociĂ©tĂ© de plus en plus inĂ©galitaire et colonialiste. Les politiques savent qu’ils ne peuvent survivre sans elle.

Mais plus personne n’est dupe. À quand enfin la RĂ©publique, de la justice et du travail ?

Nada




Source: Paris-luttes.info