Avril 18, 2022
Par Lundi matin
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George Schuyler est l’une des figures intellectuelles africaines-amĂ©ricaines les plus controversĂ©es du vingtiĂšme siĂšcle. Si la pensĂ©e politique de la diaspora noire se caractĂ©rise, au moins depuis le XIXe siĂšcle par une opposition entre tendances optimistes, tournĂ©es vers l’intĂ©gration aux sociĂ©tĂ©s majoritairement blanches, et tendances pessimistes, tournĂ©es vers l’autonomie des groupes d’ascendance africaine, Schuyler incarnait un intĂ©grationnisme radical qui le plaçait en porte-Ă -faux vis-Ă -vis de la quasi-totalitĂ© de ses contemporains. Issu d’une famille de la bourgeoisie noire, il grandit Ă  Syracuse, dans l’État de New-York, au sein d’une communautĂ© oĂč les Noirs Ă©taient rares. Cette double inscription, gĂ©ographique et de classe, explique en partie ses options politiques et intellectuelles. Grandissant loin du sud sĂ©grĂ©guĂ©, dans un milieu Ă©conomiquement privilĂ©giĂ©, la conscience de Schuyler s’est fondĂ©e sur des expĂ©riences qui avaient bien peu en commun avec celles de la large masse des Noirs aux États-Unis.

Au terme de ses Ă©tudes secondaires, faute de mieux, il s’engage dans l’armĂ©e. Le jeune Schuyler passera ainsi l’essentiel des annĂ©es 1910 casernĂ© Ă  Hawaii, mais sert briĂšvement en France lors de la premiĂšre guerre mondiale en qualitĂ© de premier lieutenant. Une fois dĂ©mobilisĂ©, il retourne sur la cote-est. Au dĂ©but des annĂ©es 1920 il adhĂšre au parti socialiste amĂ©ricain dont il deviendra mĂȘme un cadre local Ă  Syracuse. Un an plus tard, il dĂ©mĂ©nage Ă  New York City, oĂč il s’intĂ©resse briĂšvement Ă  l’organisation panafricaine radicale fondĂ©e par le jamaĂŻcain Marcus Garvey (1887-1940) : l’UNIA (Universal Negro Improvement Association). Les positions de l’organisation, qu’il perçoit comme un racisme et un chauvinisme noirs, le rĂ©vulsent. Il dĂ©crira au soir de sa vie Marcus Garvey comme un Hitler noir et, plus largement s’y rĂ©fĂ©re tout au long de son Ɠuvre comme Ă  sa NĂ©mĂ©sis et son antithĂšse politique.

Au cours des annĂ©es 1920, Schuyler se fait journaliste. Ses Ă©ditoriaux pour l’hebdomadaire africain-amĂ©ricain The Pittsburgh Courrier en font rapidement l’une des figures intellectuelles noires singuliĂšres et reconnues de son temps. Au cƓur de l’enthousiasme avant-gardiste de la Harlem Renaissance et du New Negro, il se distingue par son talent de satiriste, son style sarcastique, mais aussi un scepticisme racial de plus en plus marquĂ© qui contraste avec l’air du temps. En 1926, dans un essai publiĂ© par le magazine progressiste The Nation il soutient la thĂšse iconoclaste selon laquelle il n’y aurait, aux États-Unis, aucun art noir. Rien, en effet, ne distingue Ă  ses yeux l’art produit par les Noirs des crĂ©ations des autres Ă©tats-uniens. Sans surprise, ses positions lui s’attirant les foudres d’artistes africains-amĂ©ricains de renom tels que Langston Hughes (1902-1967).

Ce gout caractĂ©ristique du paradoxe et son rejet de tout idĂ©al de solidaritĂ© raciale s’alimentent rĂ©ciproquement tout au long de la carriĂšre littĂ©raire et journalistique de Schuyler, l’orientant toujours davantage vers des positions opposĂ©es aux aspirations de la vaste majoritĂ© des africains amĂ©ricains. « L’idĂ©ologie politique, Ă©conomique et raciale de Schuyler connut de considĂ©rables changements au cours des annĂ©es 1920 et 1930 ; autour de 1940, il s’était fermement dĂ©cidĂ© pour une position rĂ©actionnaire classique [1]. Â» La pĂ©riode transitoire des annĂ©es 30, qui est celle de la rĂ©daction de L’Internationale Noire, est prĂ©cisĂ©ment celle qui nous importe. Il n’est dĂ©jĂ  plus socialiste mais n’est pas encore l’archi-conservateur, le polĂ©miste d’extrĂȘme-droite attaquant Martin Luther King, qu’il sera dans la seconde moitiĂ© de sa carriĂšre. L’Internationale Noire s’apparente Ă  une sublimation de tiraillements politiques, idĂ©ologiques et diplomatiques dont Schuyler Ă©tait non seulement un tĂ©moin averti, mais dont son esprit lui-mĂȘme, comme celui de tous les gens de lettres africains-amĂ©ricains de son temps, Ă©tait l’un des champs de bataille.

Au dĂ©but des annĂ©es 1930, Schuyler voyage au Liberia en sa qualitĂ© de journaliste. Son enthousiasme Ă  l’idĂ©e de dĂ©couvrir un endroit du monde administrĂ© par un gouvernement noir vole en Ă©clats Ă  la dĂ©couverte d’une Monrovia pauvre et sous-dĂ©veloppĂ©e [2]. Le pays s’offre Ă  ses yeux comme une vaste entreprise d’exploitation, voire d’esclavage, de Noirs par d’autres Noirs. Cette expĂ©rience renforce sa conviction de l’inanitĂ© de la catĂ©gorie de race et sa foi dans l’exemplaritĂ© de la dĂ©mocratie amĂ©ricaine, par contraste avec une Afrique brutale et arriĂ©rĂ©e. Ses sympathies socialistes rĂ©siduelles et ses derniĂšres miettes de croyance en sa solidaritĂ© noire n’y rĂ©sistent pas ; dĂ©sormais, elles ne seront plus Ă  ses yeux que des illusions Ă  la fois risibles et dangereuses. Le premier pilier peut se rĂ©sumer en rappelant ce qu’il Ă©crivait en 1930, dans les colonnes du mensuel American Mercury : « L’AframĂ©ricain [Aframerican] n’est qu’un Anglo-Saxon au visage barbouillĂ© de charbon, chaque dĂ©tail de sa sociĂ©tĂ© est une rĂ©plique de la sociĂ©tĂ© blanche qui l’entoure [3]. Â» D’un point de vue anthropologique, une telle vision du monde ne rĂ©siste pas Ă  l’examen. La structure familiale, la parlure, les traditions culinaires aussi bien que politiques africaines-amĂ©ricaines sont singuliĂšre et irrĂ©ductibles Ă  celles des AmĂ©ricains d’origine anglaise. Mais cette conviction, aussi fautive soit-elle, ne quittera jamais Schuyler et constitue l’arriĂšre-plan de l’ensemble de son Ɠuvre, romanesque aussi-bien que critique. À la meme pĂ©riode, l’instrumentalisation par le Parti Communiste d’affaires de discrimination nĂ©grophobes comme celle, tristement cĂ©lĂšbre, de Scottsboro lui donne le loisir d’exprimer une autre de ses convictions les plus profondes, le second pilier de sa pensĂ©e politique : son anticommunisme viscĂ©ral.

Le scepticisme racial de Schuyler se manifeste de façon Ă©clatante en 1934, Ă  l’occasion d’une querelle qui l’oppose au principal intellectuel africain-amĂ©ricain du vingtiĂšme siĂšcle : W.E.B. Du Bois (1868-1963). AprĂšs avoir longtemps dĂ©fendu une position intĂ©grationniste, ce dernier se rĂ©vĂšle, au dĂ©but des annĂ©es 1930, de plus en plus sceptique quant Ă  la possibilitĂ© pour la sociĂ©tĂ© blanche de dĂ©passer son propre racisme et de tenir un jour les citoyens noirs pour des ĂȘtres humains Ă  part entiĂšre. Dans un Ă©ditorial datĂ© de 1933, Du Bois invite les Noirs Ă  une prise de conscience radicale : « Tout d’abord, il y a le fait que nous sommes toujours honteux de nous-mĂȘmes et que cette honte ne rencontre aucune objection lorsque nous voyons les blancs honteux de nous qualifier d’ĂȘtres humains [4]. Â» Il tient les efforts d’intĂ©gration des Noirs pour vains et les invite dĂ©sormais Ă  l’auto-organisation : Ă  une sĂ©paration consentie, dans la perspective d’une politique de puissance centrĂ©e sur l’autonomie noire. S’il fut autrefois ennemi dĂ©clarĂ© de Marcus Garvey, qu’il accablait de son dĂ©dain aristocratique, Du Bois reconnait dĂ©sormais un lui un prĂ©curseur de sa nouvelle vision du monde.

S’il n’avait jamais apprĂ©ciĂ© l’Ɠuvre et le militantisme de Du Bois, ce recalibrage de sa pensĂ©e, qui exalte dĂ©sormais le nationalisme et l’internationalisme noirs, suscite l’ire de Schuyler. « Contre toute alliance des ‘personnes de couleurs de n’importe oĂč’ devant susciter un ‘patriotisme racial’ et un ‘sĂ©paratisme de groupe’ au sein du pays, Schuyler propose le langage d’un nationalisme pragmatique et dĂ©racialisĂ© [5]. Â» Il tient les États-Unis d’AmĂ©rique pour la seule et unique communautĂ© d’intĂ©rĂȘts viable pour les Noirs. « Sa propre interprĂ©tation de la race n’était pas seulement que l’identitĂ© nationale Ă©tait en capacitĂ© de subsumer l’identitĂ© raciale comme toutes les autres, mais plutĂŽt que toutes les formes de subjectivitĂ© devaient ĂȘtre mises au second plan au profit de l’identitĂ© nationale [6]. Â» Au fond, l’intĂ©grationnisme radical de Schuyler ressemble Ă  s’y mĂ©prendre au fĂ©tichisme de la laĂŻcitĂ© française, oĂč l’identitĂ© nationale, maquillĂ©e en neutralitĂ©, devient un standard existentiel unique auquel chacun devrait se conformer.

Toutefois, la marche de l’histoire ne tarde pas Ă  mettre ces convictions nationalistes Ă  l’épreuve. L’invasion de l’Éthiopie par l’Italie mussolinienne provoque un Ă©moi dans l’ensemble de l’AmĂ©rique noire comme aucun autre Ă©vĂ©nement de politique internationale avant lui. La presse et l’opinion publique africaine-amĂ©ricaines sont Ă©lectrisĂ©es par le sentiment panafricain et la fougue de l’internationalisme noir – tant et si bien que mĂȘme Schuyler n’y fait pas exception. Il partage la rĂ©vulsion des siens pour cette tentative de conquĂȘte au point d’envisager de reprendre les armes et le treillis pour combattre le fascisme en Afrique, mais le gouvernement amĂ©ricain s’opposait aux entreprises de ce genre. Cependant, l’idĂ©e d’unitĂ© raciale n’est pas le premier motif de son investissement politique qui est essentiellement guidĂ© par un rejet radical du « collectivisme Â» que reprĂ©sentaient Ă  ses yeux indiffĂ©remment le fascisme comme le communisme. Son anticolonialisme non conventionnel Ă©tait fondĂ© sur l’idĂ©e que la dĂ©mocratie amĂ©ricaine offrait un modĂšle de libertĂ© sociale et Ă©conomique universel qu’il faudrait exporter en Afrique.

L’Internationale noire, parue sous forme de feuilleton dans le Pittsburgh Courrier entre 1936 et 1937, est le produit de cette conjoncture : tĂ©moignage Ă  la fois de l’urgence de la lutte anticoloniale sincĂšrement Ă©prouvĂ©e par Schuyler, de la menace d’un fascisme europĂ©en qu’il redoutait, de sa rĂ©pugnance viscĂ©rale pour la tradition radicale noire et, plus gĂ©nĂ©ralement, du vrombissement continu de l’ensemble des tentations doctrinales contradictoires qui caractĂ©risait les annĂ©es 1930 d’un bout Ă  l’autre du monde occidental. L’ouvrage de Schuyler est une incomparable chronique de l’état de la pensĂ©e politique noire de l’entre-deux-guerres car il est lui-mĂȘme animĂ© de sentiments antinomiques qu’il traduit dans la grammaire impeccable d’un roman d’aventures rocambolesque oĂč les Ă©lans d’anticipation trahissent la fascination de l’écrivain pour toutes les avancĂ©es techniques de son siĂšcle.

C’est l’histoire d’une conspiration. Carl Slater, jeune journaliste de Harlem, sorte de double romanesque de Schuyler, fait malencontreusement la rencontre du sinistre docteur Henry Belsidus qui va le prĂ©cipiter dans une tempĂȘte d’évĂ©nements de plus en plus troublants, vouĂ©s Ă  transformer la donne gĂ©opolitique globale. Cette sorte de Fantomas noir, machinateur implacable mu par sa haine du monde blanc et l’ambition de le mettre Ă  genoux, est le hĂ©ros de l’histoire. PartagĂ© entre son dĂ©sir de renaissance africaine et son effroi face aux mĂ©thodes impitoyables du docteur, Slater est davantage le chroniqueur et l’exĂ©cutant de ses projets qu’un acteur de l’histoire au sens plein du mot. Recourant Ă  des moyens lĂ©gaux comme illĂ©gaux pour accumuler des fonds, manipulant autoritĂ©s et puissances gouvernementales au moyen de complots ourdis dans l’ombre, mobilisant des technologies de pointe inconnues des occidentaux, le gĂ©nie du mal met en branle les moyens de la science, de la stratĂ©gie militaire aussi bien que de la tactique politique afin d’asservir l’univers Ă  sa volontĂ©.

Pour fantastique qu’il soit, Belsidus n’est pas conçu par Schuyler comme une figure gĂ©nĂ©rique du mal, mais plutĂŽt comme une incarnation typiquement africaine-amĂ©ricaine qui ne vit que pour venger les violences abyssales de l’esclavage nĂ©grier, de la colonisation de l’Afrique ou des lynchages racistes : « Le Sud et ceux qui y rĂšgnent ne comprennent qu’une seule chose : la force. Ce pays ne jure que par la violence. C’est pourquoi il nous faut rĂ©pliquer Ă  la violence par la violence, aux flammes par les flammes, Ă  la mort par la mort. Et de plus, nous devons leur faire connaitre les raisons. Â» (p. 93) Chacune de ses directives finit par s’égarer dans la lisiĂšre de brume qui sĂ©pare la justice du crime. MalgrĂ© les envolĂ©es qu’impose le genre, on devine derriĂšre le panache irrĂ©el de ce Darth Vader de Harlem, des traits plus temporels et plus humains, qui rassemblent et poussent Ă  leur paroxysme les caractĂ©ristiques du leadership noir de l’époque, que Schuyler connaissait par cƓur.

Belsidus est un mĂ©decin et un aventurier, comme le pĂšre du nationalisme noir Marcus Delany (1812-1985). Il est un polymathe et un intellectuel noir gĂ©nial au raffinement europĂ©en, Ă  la façon de W.E.B. Du Bois. Et enfin, peut-ĂȘtre surtout, un autocrate charismatique dans le style de Marcus Garvey : un apĂŽtre exaltĂ© de la race noire capable de galvaniser, voire de fanatiser, n’importe quelle audience noire. Schuyler fait de cette figure une interface oĂč il expose des interactions entre la pensĂ©e africaine-amĂ©ricaine et les radicalitĂ©s politiques typiques de l’entre-deux-guerres. Belsidus s’en explique dĂšs les premiĂšres pages du roman : « Au dĂ©part, on a pensĂ© que les chrĂ©tiens, les communistes, les fascistes et les nazis Ă©taient effrayants. Leur rĂ©ussite les a fait paraitre raisonnables. [
] J’ai consacrĂ© ma vie, Slater, Ă  dĂ©truire la suprĂ©matie mondiale des blancs. Mon idĂ©al et mon objectif sont, trĂšs honnĂȘtement, d’abattre les Caucasiens et de permettre aux peuples de couleur de se hisser Ă  leur place. Je projette de le faire avec tous les moyens dont je dispose. Â» (p. 20) Le docteur est d’emblĂ©e prĂ©sentĂ© comme un homme dont la primordiale conviction est que tout projet politique est rĂ©alisable pour qui ne craint pas d’îter la vie Ă  quiconque y ferait obstacle.

Pour l’universitaire Mark Christian Thompson, Schuyler cherche Ă  prendre ses lecteurs au piĂšge, Ă  travers la sĂ©duction du discours de Belsidus, en suscitant en eux une attirance pour le fascisme qu’il incarne [7]. Comme s’il s’agissait de dĂ©peindre le panafricanisme de Garvey aussi bien que celui de Du Bois en mussolinismes noirs, bien incapables de remĂ©dier Ă  la dĂ©tresse de l’Afrique rĂ©vĂ©lĂ©e par la crise Ă©thiopienne autrement qu’en empilant toujours davantage de cadavres. Le tour de force de Schuyler a Ă©tĂ© de modeler Belsidus en personnage certes excessif, indubitablement extrĂȘme, mais moins caricatural que profondĂ©ment Ă  la ressemblance de son Ă©poque. Ainsi dĂ©crit-il une nouvelle religion adoptĂ©e par la conspiration pour fanatiser ses adeptes et couvrir ses activitĂ©s illĂ©gales : « Il va donner aux masses noires le genre de religion qu’elles dĂ©sirent, mais n’ont jamais pu avoir. Musique et danse, pas de quĂȘte, beaucoup de cĂ©rĂ©monies, en rester Ă  des considĂ©rations terrestres, avec suffisamment de sexe pour rendre tout ça intĂ©ressant. Ils peuvent venir ici et obtenir tout ce qu’il leur faut. Â» (p. 81) En rĂ©alitĂ©, Schuyler illustre avec ce culte une fusion typiquement fasciste d’esthĂ©tique affectĂ©e, d’extase collective et d’endoctrinement littĂ©ralement narcotique, satire palpable de l’usage de l’Église noire par Marcus Garvey. Tout au long du roman, Schuyler combine la grandiloquence de l’esthĂ©tique fasciste des annĂ©es 1930 avec l’avant-gardisme de la Harlem Renaissance au service de l’univers impossible, aussi Ă©poustouflant que redoutable, qu’il construit Ă©pisode aprĂšs Ă©pisode.

Aux yeux de l’écrivain africain-amĂ©ricain Claude McKay (1890-1948), Schuyler Ă©tait « le partisan suprĂȘme de la passivitĂ© des Oncle Tom [8] Â». Un Oncle Tom, au sens politique confĂ©rĂ© Ă  ce terme par les McKay, Malcolm X ou AimĂ© CĂ©saire, Schuyler l’était presque intĂ©gralement. Cependant, cette Internationale Noire est la preuve que cette sorte de servilitĂ© n’est pas toujours incompatible avec l’intelligence, le discernement, voire le gĂ©nie. Sa haine de la tradition radicale noire n’a pas empĂȘchĂ© George Schuyler d’en contempler, avec davantage de sagacitĂ© que nombre de ses contemporains, l’une des Ăąmes : cette indispensable face sombre, cette inĂ©puisable haine d’un ordre d’oppression, de l’indigne et de la dĂ©shumanisation. Son rĂ©cit nous met face Ă  notre jubilation interdite Ă  la lecture des cruelles tirades du docteur Belsidus. Car, tout comme lui, en dĂ©pit de toute morale, ignorant consciemment l’appel de notre sens Ă©thique, nous contemplons l’inexorable marche du monde et nous surprenons encore Ă  rĂȘver de destructions immenses.

George S. Schuyler, L’Internationale Noire, trad. Julien Guazzini, Éditions Sans Soleil, 2022.




Source: Lundi.am