Les opposants au projet immobilier sur la Friche de Mimi reprennent du poil de la bête. Ils rappellent sèchement au nouveau maire de Montpellier ses promesses électorales.

Un petit box de stationnement a son portail ouvert ce mercredi 23 septembre, donnant sur le trottoir de la rue Adam de Craponne. Un écran y a été installé. Il diffuse en boucle une vidéo. Une cruelle et redoutable vidéo. On y voit Michaël Delafosse, nouveau maire socialo-vert de Montpellier. Plein cadre, pleine face, avec son ton inimitable de professeur appliqué, il explique doctement : « Il y a des lieux qu’il faut savoir protéger, et c’est ici nécessaire. Il faut préserver ce lieu de culture, lieu d’hospitalité. Il faut racheter ce lieu, ajourner le permis de construire… »

Mais ce soir, quatre-vingt Montpelliérain·es, dont bon nombre de riverains, ont pris place sur le bord de la rue en face. Chacun·e muni·e de sa feuille A4, ielles composent un grand slogan : « Non à la bétonisation – Oui à un îlôt de fraîcheur ». Ielles ont donc l’air tout à fait d’accord avec Michaël Delafosse. Sauf. Sauf qu’on ne parle pas des mêmes temps. Ni des mêmes mondes. La fameuse vidéo remonte au 6 décembre 2018. Le politicien amorçait alord sa campagne en vue des municipales. Il venait cornaquer la première mobilisation de rue des opposants au projet immobilier sur l’îlot Vergne. C’était voici un an et demi. Entre-temps il est devenu maire. Et il laisse se faire le projet qu’il contestait alors.

Au coeur de la chaîne humaine, Audrey est une membre active du nouveau collectif Erma Selva. Elle s’exclame : « Mais qu’il vienne ici, discuter avec nous. Qu’il dise publiquement pourquoi il a changé d’avis. On en a marre des paroles en l’air. Ca n’est plus supportable ». L’enjeu de l’îlôt Vergne est celui de la bétonisation dans un quartier Figuerolles qui manque de tout, à commencer d’espaces verts, de jardins partagés, d’espace pour les enfants, alors que sa misère sociale et urbaine l’ont fait ranger dans la catégorie prioritaire des « politiques de la ville ».

Ancienne menuiserie industrielle, cet îlot devint, pendant vingt ans, une friche artistique – site notamment du Théâtre de la Vista, tourné vers le jeune public et les écritures occitanes et méditerranéennes. On savait que cela ne durerait pas, et le conseiller municipal Delafosse votait alors les lancements d’études sur la pérennisation nécessaire de la vocation culturelle du lieu. Cela est à présent oublié : le groupe Marignan, qui compte dans les dix premiers de l’investissement immobilier en France, va dresser là un de ces immeubles à location spéculative, qui partout pourrissent le tissu urbain montpelliérain.

De cinq à six étages, dix-huit mètres de hauteur, quatre-vingt cinq pour cent d’imperméabilisation de sols aujourd’hui encore largement jardiniers, cent-trente et un appartements, cent-cinquante places de parking en sous-sol. Pendant sa campagne, le candidat socialiste avait eu le culot de présenter un magnifique projet de requalification urbaine de la voie rapide, qui saigne la ville en deux, vouée à être enfouie. Sur un demi-hectare, l’îlot Vergne en est riverain. D’ici très peu de temps, vont suivre les cinq hectares de l’emprise de la Mutualité sociale agricole. De quelle cohérence de projet nous parle-t-on ?

Maryse Faye, adjointe à l’urbanisme en mairie de Montpellier, a reçu les opposants, voici quarante-huit heures. Elle a argué d’améliorations cosmétiques qui seraient négociable avec le promoteur : une crèche et quatre-vingt mètres carrés (la taille d’un appartement) de tiers-lieu plus ou moins associatif ou culturel (de ces deux choses, on en parlait déjà voici un an et demi) ; voire un rabaissement de hauteur sur un niveau. L’argument d’opportunité : le recours contre le permis de construire ayant échoué devant le Tribunal administratif en juillet dernier, la mairie ne pourrait plus rien faire.

« C’est de l’intox », s’insurge Kedija, opposante historique à ce projet, au sein du premier collectif « Figuerolles en friche ». « Nous sommes en train de déposer un recours devant le Conseil d’État » indique-t-elle, tout en confiant que l’exercice n’a rien de facile – déjà par ses incidences financières. Enfin bref : « Tout est question de volonté politique ». Faut-il rappeler que la Ville de Montpellier, toute à ses objectifs de gentrification du quartier, a préempté plus de cent immeubles dans le quartier.

Il faut dire que le succès de la chaîne humaine de ce mercredi a constitué une super surprise. Le combat de l’îlot Vergne semblait avoir du plomb dans l’aile. Or la mobilisation repart de plus belle, gagnée notamment par des activistes du climat. En revanche, il sera très intéressant d’observer le positionnement des verts officiels, alliés dans la majorité municipale, brillant par leur absence ce mercredi, quand on sait que certain de leurs élus, de surcroît voué à la chose théâtrale et occitane, réside à un jet de caillou…

Puisque Michaël Delafosse vit dans le fantasme d’une réincarnation de Georges Frêche, on lui rappellera comment, à huit cents mètres de l’îlot Vergne, les riverains de l’avenue Clémenceau imposèrent naguère un jardin public en lieu et place d’un projet immobilier que cet autocrate soutenait coûte que coûte. Finalement, il dut mettre genou à terre devant la détermination citoyenne. Les Verts incarnaient alors un genre d’horizon émancipateur. Maintenant ralliés, ils gouvernent, mais c’est finalement beaucoup plus compliqué. Voilà que Delafosse se découvre avec une sacrée épine dans le pied.


Article publié le 24 Sep 2020 sur Lepoing.net