Avril 18, 2022
Par Le Monde Libertaire
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ACID CYPRINE – Création collective de la Compagnie Sapiens Brushing.

Photo Ivanoel Barreto

Mise en scène de Alexandre PAVLATA au Café de la Gare.
Jeu :
Stéphane Dupéray
Inès Lopez en alternance avec Claire Dosso
Clara Marchina
Pauline Woestelandt
Assistanat à la mise en scène : Ines Lopez
Lumière : Aurélien Lorillon et Fabrice Peineau

Dans notre kaléidoscope féminin où se rejoignent aussi bien La Liberté guidant le peuple, la Joconde ou la Dentellière, Marylin Monroe et Gisèle Halimi, pourquoi ne pas ajouter ce bondissant quatuor que forment les comédiennes du spectacle ACID CYPRINE.

Encore un spectacle féministe ! Holà, holà, holà ! Qu’elle retourne à sa charrue la féministe ronchon et austère ! La vérité et notre quatuor la revendique, c’est qu’il est tout à fait possible d’explorer le champ féminin en riant aux larmes, en s’amusant, voire en butinant toutes ces ringardes représentations de la femme pour déconstruire le mythe de l’éternel féminin. Et que les hommes en prennent de la graine, viendra pour eux aussi le temps de bousculer le dictat de la virilité.

Échapper au regard omnipotent du mâle qui monopolise la littérature et la publicité grâce à l’émergence d’un regard féminin sur la femme et se moquer du phallus toujours. C’est pas nouveau mais il faut reconnaître qu’il y a du boulot. Ne sont-elles pas grotesques ces publicités mensongères qui nous inondent d’images de femmes nunuches arborant des bouches pulpeuses et des jambes à damner Éros. Mais qui a donc inventé ces femmes-là sinon l’homme avec son phallus magique. Ras le bol des poupées barbies, des princesses charmantes et de la Belle au Bois Dormant en passant par Cendrillon et les vilaines sorcières. Ah tous ces contes « vieillots et ringards … dans l’histoire tout court, on s’est fait niquer à la Révolution française… Mai 68…à la Commune…au Festival d’Avignon 2018…aux Césars 2020… quand est-ce qu’on va arrêter tout ça ?».

Elles n’y vont pas de main morte. Vont-elles se mettre à lyncher la femme-objet, bonne épouse et reproductrice, et traquer toutes ces femmes qui « se soumettent aux désirs des hommes » ? Et pourquoi ne conserveraient-elles pas leur cœur de midinette pour rêver du Prince charmant qui les couverait d’un œil bienveillant ?

Dans le fond, elles ne sont pas si méchantes, si impudiques, si moches, elles peuvent séduire encore et toujours puisqu’elles ont de l’imagination et qu’elles n’ont pas fini d’explorer leurs corps dans cette grande avenue du désir. Cyprine, quésaco ? C’est la sécrétion vaginale dont elles assument l’acidité qui stimule la libido.

Elles incarnent la génération spontanée de leur propre imagination. Tous ces sentiers battus par le regard mâle colonisateur, il va falloir y planter quelques orties. Cela dit, elles enchantent par leur bonne humeur, leur énergie, leurs clowneries et leurs trouvailles car il n’est pas évident de faire chouiner les chaines ancestrales sur le papier glacé des magazines féminins.

Je me souviens d’Elie Kakou travesti en femme, franchement il était merveilleux. Il y a de cet esprit-là chez ces donzelles et le metteur en scène Alexandre Pavlata. Elles improvisent au galop, changent de costumes en déplaçant leurs tableaux au rythme d’un dessin animé. En font-elles trop ? Sûrement pas car le public qui se tord de rire en redemande !

Un show haut en couleur décapant, galvanisant !

Article mis à jour le 19 Avril 2022
Evelyne Trân

Au Café de la Gare. 41, rue du Temple 75004 PARIS
Les jeudis jusqu’au 28 avril à 21h, relâche 21 avril




Source: Monde-libertaire.fr