Déclaration de la BDKP

Le syndicat indépendant bélarus n’abandonne pas

La détention et l’arrestation des dirigeants du mouvement syndical indépendant démontrent la faiblesse du régime. Lors de la réunion de janvier du Congrès des syndicats démocratiques biélorusses, les délégués ont voté en faveur d’une déclaration sur les négociations entre les syndicats indépendants et les autorités pour résoudre la crise politique et économique en Biélorussie. Les détentions et les arrestations peuvent être considérées comme une réponse à cette déclaration. Le refus de négocier et la répression témoignent de l’absence d’intention des autorités de mener un dialogue avec le peuple sur un pied d’égalité. Ils ne peuvent nous parler que dans les centres de détention provisoire.

Cependant, tout le monde connaît déjà l’essence de l’article 342 qui est incriminé [« punissant l’organisation ou la participation à des actes visant à troubler l’ordre public »]. Ce n’est pas non plus un secret que les syndicats n’ont rien à voir avec l’organisation de tels troubles. La détention des dirigeants du BKDP et des militants syndicaux vise à intimider ses membres. Un indice qui montre que si vous adhérez à un syndicat indépendant, vous pouvez finir dans le centre de détention provisoire du KGB.

Un autre objectif est préventif – la détérioration de la situation économique du pays provoquera inévitablement des protestations économiques de la part des travailleurs appauvris. Cependant, une protestation peut être efficace que si elle est organisée par le syndicat. Le résultat de la protestation est la négociation et la signature d’un accord de compromis. C’est une manière civilisée de résoudre les conflits, qui a toujours été suivie par les syndicats indépendants. Les autorités semblent opter pour une autre voie – la répression violente des protestations spontanées, la poursuite de la répression – non seulement politique, mais aussi économique. L’appareil répressif a été formé pour cela.

Il est difficile d’imaginer ce que les dirigeants et les militants syndicaux qui restent en liberté peuvent opposer dans une telle situation. Nous sommes reconnaissants à tous ceux qui ont exprimé leur soutien aux syndicats indépendants en ces temps difficiles. Il n’existe pas de contre-mesures efficaces en droit international. De nombreuses associations syndicales internationales, centrales syndicales nationales et syndicats individuels ont déjà exprimé leur protestation contre les actions des autorités biélorusses. Cependant, les choses n’ont pas avancé d’un pouce.

Il existe également des méthodes d’influence moins efficaces, qui, pour une raison ou une autre, ne sont pas utilisées – et dont les syndicats indépendants discutent depuis longtemps avec diverses associations. Il s’agit de l’adhésion aux associations syndicales internationales des structures de la FPB (Fédération des syndicats de Biélorussie), qui sont en fait des appendices des autorités et des employeurs. Leur activité n’est pas basée sur la démocratie et le volontariat, qui est la principale exigence de la charte de toute association syndicale. Il s’agit notamment du syndicat Belkhim, des travailleurs du transport, des médecins, du secteur de l’éducation et, éventuellement, d’autres. Ils sont reconnus comme des syndicats, tandis que les dirigeants des syndicats démocratiques sont placés dans le centre de détention provisoire du KGB.

Les syndicats démocratiques de Biélorussie sont soumis à des pressions et à une volonté de les faire disparaitre de la part des autorités depuis le tout début de leur existence, il n’y a pas eu de période facile ou de libéralisation pour eux. Auparavant, les autorités avaient l’habitude d’écouter l’avis de l’OIT et de faire quelques concessions. Mais, et c’est depuis longtemps, elles disent « nous avons d’autres chats à fouetter que la loi ». Toutes les recommandations de l’OIT sont ignorées. Les syndicats ont une réelle opportunité de montrer leur solidarité – une solidarité en action, lorsque les mots et les déclarations ne fonctionnent pas. L’action syndicale est toujours plus efficace.

Notre principal objectif est la libération de nos collègues. Même s’ils n’y sont pas physiquement torturés, le fait d’être placé dans le centre de détention provisoire du KGB est une torture psychologique – le suspect ou l’accusé est traité comme un condamné. C’est pourquoi toutes les forces – surtout internationales – doivent viser leur libération, puisqu’il n’y a pratiquement plus de forces de gauche à l’intérieur du pays.

Le syndicat conserve son statut d’entité juridique opérationnelle et continue à travailler, en fonction des possibilités qui lui sont offertes. Tous les efforts sont faits pour rouvrir le bureau [du syndicat] sous scellé. Les membres du syndicat peuvent demander de l’aide à tout moment.”

14.05.2022

Traduction Patrick Le Tréhondat




Source: Laboursolidarity.org