Novembre 15, 2021
Par Lundi matin
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« Effondrement et dévastation trouvent l’accomplissement qui leur convient en ceci que l’homme de la Métaphysique, l’animal rationale, est mis en place (fest-gestellt) comme bête de labeur. »

Heidegger, Dépassement de la Métaphysique

Avec Descartes s’inaugura une dichotomie entre deux termes dont la conjugaison caractérisait depuis longtemps l’Homme en Occident, classiquement défini comme animal rationale, « animal doué de raison ».

Cette dichotomie n’est pas neutre : elle s’accompagne d’une sourde animosité de la part du rationale à l’égard de l’animal, dont la passion de Descartes pour « voir tuer des bêtes » (lettre à Mersenne du 13 novembre 1639) est la forme la plus crue.

Pendant des siècles l’Occident cartésien a soutenu l’auto-entreprise philosophique de l’homme, ambitionnant de se définir, de se comprendre, de se penser, de s’appréhender, bref de se cogiter ex nihilo. C’est bien le « cogito  » de Descartes qui marqua le coup d’envoi de cette entreprise surhumaine : s’auto-extirper de soi pour se considérer depuis l’intérieur de son extériorité même. Et c’est encore Descartes, avec sa conception de l’« animal-machine », qui fournit l’impulsion initiale au délire cybernétique visant la dissociation ultime, soit l’amputation par le rational de l’animale.

Non contents d’être ambivalents chacun dans son coin, ces deux termes latins formaient depuis toujours en leur conjugaison une insoluble énigme. Cette énigme imprègne en l’homme l’association de ce qu’on appelle en Occident l’âme et le corps, mais qu’on nomme et conçoit ailleurs autrement. Cette énigme donna lieu à mille théories diverses et inconciliables. La « glande pinéale » de Descartes est conforme à son interprétation de la dichotomie entre l’animal et le rationale  ; le corps-tombeau platonicien est une autre interprétation de cette distinction ; la psychanalyse freudienne en est encore une autre ; la Psychiatrie moderne chimiquement assistée aussi ; la sorcellerie azandée, si minutieusement décrite par Evans-Pritchard [1], est une réponse à l’énigme initiale ; la médecine traditionnelle chinoise également… Toutes les théories scientifiques qui concourrent à l’idéologie de l’Intelligence artificielle reposent elles-aussi sur une interprétation de la conjugaison et de la dissociation de l’âme et du corps et, dès lors, repue de cybernétique, l’idéologie sanitaire qui nous pourrit l’existence aussi.

Sans doute est-ce pour en finir avec cette insupportable et insoluble ambivalence du couple animal-rationale que Descartes initia une dissolution dont nous connaissons aujourd’hui l’aboutissement tragique, au sens où, d’une part, cela que désigne l’un des deux termes – l’animal – est en voie d’extinction, voire d’extermination puisque la cause en est indubitablement l’activité humaine ; et d’autre part le second terme a littéralement envahi toute les sociétés contemporaines sous les aspects dégradés d’une promotion de plus en plus impérieuse de l’IA, l’« Intelligence Artificielle ».

Définie par son fondateur Norbert Wiener en 1948, dans son essai éponyme, comme : « Contrôle et communication dans l’animal et la machine » [2], la Cybernétique s’est déployée de manière si hégémonique qu’il n’est plus aujourd’hui un domaine intellectuel, social, politique, économique, scientifique, technologique ou idéologique qui n’y soit asservi. La crise pandémique contemporaine et sa réaction idéologique qu’est le sanitarisme même sont impensables sans la Cybernétique. Sans la Cybernétique, ni Finance contemporaine, ni Big Pharma, ni Statistique servant à la « gouvernance forte » des populations de la planète, ni bien entendu internet et les réseaux sociaux, ni l’informatique dont sont bourrés les écrans qui arraisonnent notre quotidien, ni l’Intelligence Artificielle, ni l’armement de défense et de destruction modernes, ni rien de ce qui fait la trame empoisonnée de l’existence du Numéricain en 2021 ne serait concevable.

Ce que dissimule béatement la propagande néo-libérale, ce que sans doute elle n’a nullement les moyens de saisir, c’est qu’au parachèvement de la dichotomie entre l’« animal » et la « raison » correspond une mutation substantielle du Capitalisme, devenu intégralement algorithmisé sous l’espèce inédite de la « Finance ».

La Finance n’est pas l’Économie au sens classique. Elle s’en est même tellement désolidarisée, elle aussi, qu’elle peut prospérer de sa destruction, sous l’impulsion de la cupidité de la cupidité – une cupidité devenue sa propre cicrulaire et ultime raison suffisante – et sous la forme d’une spéculation foudroyante, glaciale et proliférante, d’autant plus dénuée de scrupules qu’elle se transmet d’un ordinateur à l’autre sans intervention humaine, s’élaborant par conséquent entre des machines dédiées à l’Intelligence Artificielle. L’IA n’est ainsi que l’autre nom de la Raison déshumanisée, du rationale expurgé de son animal et qui n’a qu’à peine besoin d’être encore assisté par des humains, lesquels se voient dans cette affaire réduits à n’être que les sous-fifres de l’Algorithme.

La Cybernétique, donc, se fonde sur un nouage complexe entre le capitalisme algorithmique, le fantasme scientifique de l’auto-entreprise humaine, et l’atrophie universelle de la Parole en vue de mettre au pas toute Pensée créatrice.

Or, je le répète, cette dissociation entre animal et rationale n’est pas neutre ni arbitraire : elle relève d’un véritable antagonisme, d’une guerre génocidaire ouvertement déclarée par le second terme (rationale) au premier (animal).

Les nombreux indices en sont, d’un côté, l’extinction tragique d’espèces animales qui ont vu l’homme apparaître sur la planète ; la mise en conserve par toute l’industrie agro-alimentaire de la souffrance animale obtenue par une torture de chaque instant, de la naissance en batteries d’élevage à la mort dans d’abjects abattoirs ; l’inhumaine exploitation de la souffrance animale par l’expérimentation pour rien dans les laboratoires pharmaceutiques et scientifiques ; et last but not least l’apparition inexpliquée de pratiques démoniaques d’un sadisme insoutenable contre des animaux sélectionnés au hasard dans la nature.

Et, dans l’autre camp, un bon indice de la guerre d’extermination lancée à l’animal par le rationale est ce triomphe de l’Intelligence Artificielle à l’état pur, incarné, ou plutôt dés-incarné par les robots de Boston Dynamics (le chien-robot « Spot », l’androïde « Atlas »…) qu’on peut voir danser le rock sur de niaises vidéos accumulant 35 millions de vues sur YouTube, lesquelles vidéos débonnaires ne servent qu’à dissimuler le soubassement militaire et contre-insurrectionnel de ces expérimentations cybernétiques.

Car, comme tant d’autres agences américaines et internationales, la compagnie Boston Dynamics, filiale de Hyundai, est financée par la DARPA, la Defense Advanced Research Projects Agency [3], laquelle agence appartient au Département de la Défense américain dont le budget secret pour la Recherche et le Développement en 2020 est estimé à plus de 100 milliards de dollars…

Rien de nouveau sous le transistor électronique : depuis ses origines, en pleine Seconde guerre mondiale, la Cybernétique est intégralement redevable au financement du Département de la Défense. Et c’est encore à la DARPA que l’on doit le monde cauchemardesque vers lequel le Numéricain s’achemine, du « forçage génétique » (gene drive) à la communication neuronale sans paroles, et des « imprimantes d’adn » aux aeronefs hypersoniques sans pilote en passant par les robots-chiens, les robots-guépards (« capable de courir plus vite que n’importe quel être humain »), et le sympathique androïde de Boston Dynamics surnommé « Atlas ».

Atlas, on le sait, est ce Titan fils de Japet qui porte le monde sur ses épaules. Bel aveu pour signifier qu’il n’appartient pas au monde. On reconnaît là le stade suprême de la délocalisation, au fondement de la notion paulinienne d’universalité, aberrante pour tout autre qu’un Occidental. Ce qui s’indique dans ce surnom « Atlas » d’un androïde destiné à rattraper puis à « surpasser » l’humain, c’est une volonté d’exorbitation du monde, depuis longtemps fantasmée par Hollywood et concrètement vécue aujourd’hui par le trio de baltringues Bezos Musk Branson. Or l’exorbitation ne peut que s’accompagner d’une pulsion génocidaire : on quitte un monde qui se meurt, mais on quitte aussi un monde que l’on fait mourir par le désir fomenté et fermenté de le quitter. On ne se contente pas de s’en dissocier, on s’en exonère, c’est-à-dire qu’on ne se soucie plus de s’en soucier. Tout ce qui va dans le sens de cette exorbitation – réelle (la NASA) ou imaginaire (Hollywood) – participe de la dévastation.

Quel que soit son sous-domaine d’application, on constate dans le projet cybernétique ce fantasme de substitution à l’animal. De l’animal-machine de Descartes au gene drive, se fait jour une paradoxale rivalité fantasmatique entre le rationaliste et l’animal qui parcourt toute l’évolution des techniques scientifiques. L’histoire de l’aviation témoigne de ce véritable complexe d’infériorité de l’homme occidental, à l’origine de la rage rivale refusant d’admettre la supériorité manifeste des oiseaux du ciel sur lui-même. « Nul ne sait ce que peut un corps », constatait Spinoza, expression qui impressionna tant Deleuze. Et certes, nul ne sait jusqu’où peut aller un corps dans le dépassement de soi. Mais une chose est acquise depuis toujours : jamais un corps humain ne sera en mesure de rivaliser avec un corps animal. Après des années d’entraînement et de musculation, l’acrobate le plus virtuose ne sera jamais aussi audacieusement agile qu’un chat, instinctivement, sans effort, quelques mois seulement après sa naissance. Aucun être humain ne sera jamais en mesure de rivaliser en brio dans les airs avec une hirondelle ou une chauve-souris. Jamais un être humain ne sera en mesure de battre naturellement un guépard à la course, ni un colosse de vaincre un grizzli, un lion ou un éléphant sans la complicité de la technique…

Pour l’homo cogitans, cette incontestable infériorité du corps humain sur le corps animal est insoutenable. Ce complexe d’infériorité éclate d’ailleurs dans l’ignoble contentement des amateurs de safaris arborant leurs trophées tués à distance sans effort ni la moindre difficulté.

Le mot « cybernétique » est de la même étymologie grecque que « gouvernail » et « gouverner » : kubernetikè. La Domination planétaire tire ainsi le plus imparable parti de la Cybernétique, qui n’est pas tant la science des ordinateurs que la modalité moderne, mathématiquement assistée, de ce que Heidegger nomme la Führung, c’est-à-dire la direction impulsée par les « chefs » (les Führers), et de sa doublure d’animosité et d’annihilation à l’encontre de l’animal.

Dès son apparition, la Cybernétique était dotée de cette ombre dominatrice qu’elle feignit de feindre d’ignorer. Wiener prétendit en effet ne pas avoir su que le mot « cybernétique », inventé par André-Marie Ampère en 1834 dans son Essai sur la philsophie des sciences, signifiait « l’étude des moyens de gouvernement ». Sa propre définition était : « We have decided to call the entire field of control and communication theory, whether in the machine or in the animal, by the name Cybernetics. » La première chose qui frappe est l’absence du mot « homme » dans ce beau programme éponyme. Wiener rectifiera le tir en 1950 dans son essai intitulé Cybernétique et société, sous-titré De l’usage humain des êtres humains. Voilà de quoi être rassuré…

Mais la rivalité avec l’animal n’est qu’une des facettes de l’animosité rationaliste ; l’autre facette, dont la Cybernétique dévoile le pot aux roses, c’est une rivalité intellectuelle enragée avec la Pensée créatrice des grands artistes, peintres, musiciens, écrivains, danseurs, philosophes parfois. Pour le comprendre, il faut en revenir aux sources non plus seulement philosophiques mais proprement techniques de la Cybernétique :

À la source de la Cybernétique est le désir de réguler automatiquement le fonctionnement d’une machine à vapeur, cette auto-régulation dépendant elle-même du principe de la rétro-action (une action dont l’effet soit aussi sa propre cause), autrement dit une action à laquelle la main de l’homme n’a plus de part.

Le premier régulateur à boules de James Watt en 1788 est un tel dispositif, qui commande la vanne d’admission de la vapeur ; plus l’émission de la vapeur est intense, plus les deux boules tournent vite autour de leur axe, plus la force centrifuge les fait s’en écarter, attirant vers le bas la partie supérieure d’un losange articulé (le pantographe), ce qui diminue conséquemment l’admission de la vapeur et ralentit alors automatiquement la machine, provoquant un ralentissement corollaire de la rotation de l’axe du losange articulé, faisant s’en re-rapprocher les deux boules, réouvrant davantage la vanne d’admission de la vapeur et relançant la rotation de l’ensemble… Et ainsi de suite, idéalement sans intervention humaine.

Or, entre le principe de la rétro-action et celui de l’auto-régulation, s’insère un troisième principe sans lequel les deux premiers ne peuvent collaborer, qui est celui de l’information – lequel implique une certaine conception du langage.

Tel est le cas de l’autre système auto-régulateur précurseur de la Cybernétique, le « moteur asservi » de Farcot, destiné à se substituer au subtil art plurimillénaire de « l’homme libre » chérissant la mer – la navigation (la cybernétique au sens grec). Inventé en 1859, et aussitôt appliqué aux gouvernails des bateaux, par le biais du servomoteur (du latin servus, « esclave ») « l’action de la vapeur agissait sur le piston commandant le gouvernail à partir d’une information prélevée sur la position de celui-ci » [4].

Très tôt sera posée la comparaison (virant à la rivalité pure) de cette auto-régulation asservissante avec le libre règne de la Nature. Alfred Wallace, le biologiste spolié par Darwin, écrivit à propos de la sélection naturelle : « L’action de ce principe est exactement comme celle du gouvernail centrifuge d’un moteur à vapeur, qui contrôle et corrige toute irrégularité presque avant qu’elle ne devienne perceptible ; et d’une façon semblable aucun défaut d’équilibre dans le règne animal ne peut jamais atteindre un degré significatif, car cela le rendrait sensible dès le premier pas, rendant l’existence difficile et l’extinction quasiment sûre de s’ensuivre. » [5]

Il faut comprendre que ce ne fut jamais la Technique qui prit modèle sur la Nature mais au contraire la Nature qui fut d’emblée comparée et conçue sur le modèle d’un dispositif technique. La navigation usuelle est ainsi confrontée à l’« irrégularité » naturelle des flots marins. Or cette irrégularité n’en est une que pour l’homme rationnel : pour le dauphin ou le phoque, cette irrégularité n’existe pas davantage que l’irrégularité des vents pour l’albatros : l’instinct animal improvise avec dextérité à chaque instant et jouit de ce qui, pour l’homme, n’est taxé d’« irrégularité » qu’en comparaison de la pure régularité circulaire de la logique. Le servomoteur est ainsi le fruit de cet idéal logique qui consisterait, davantage qu’à guérir cette « imperfection » naturelle, à la prévenir avant qu’elle ne surgisse. Et idéalement à l’annihiler. 

Ce dont se distingue, et en un sens ce à quoi s’oppose un dispositif comme le servomoteur, ce qui va devenir l’obstacle majeur à abattre pour la Cybernétique, c’est la dextérité instinctive du dauphin dans la mer, de l’albatros dans le ciel, du guépard sur la terre, du chimpanzé dans les arbres, de la chauve-souris dans l’obscurité, etc. Et non seulement celle de l’animal, mais aussi la virtuosité de l’artisan utilisant son outil, d’un médecin écoutant son stéthoscope, d’un musicien maniant son instrument, d’un artiste usant de son pinceau ou d’un écrivain son stylo pour penser – et non son « traitement de texte », un texte n’ayant pas à être traité puisqu’il n’est pas une maladie.

Le monde de la Cybernétique ne fut donc jamais philosophiquement ni ontologiquement neutre. Contrairement à l’intense propagande historiciste de l’idéologie du Progrès, selon laquelle le progrès ne serait qu’une progression douce vers le mieux, respectueuse de l’ancien vers le nouveau –, cette souple ascension vers le mieux est un leurre. Un robot qui servirait simplement à améliorer, à la manière d’une prothèse ou d’un esclave mécanique, le quotidien traditionnel, sans faire de vagues devenant tsunami puis allant jusqu’à éradiquer ce quotidien qu’il « assiste » – au sens de tout ce qui est censé être « assisté par ordinateur » –, cela n’existe pas.

Inutile pour le comprendre de se référer à je ne sais quel scénario dystopique d’un film de science-fiction ; toute l’histoire des techniques modernes en témoigne, à commencer par le daguerréotype et jusqu’au smartphone. Baudelaire l’avait parfaitement compris concernant le daguerréotype. Relisez « Le public moderne et la photographie ». Quant au smartphone, c’est la plus incontestable illustration de l’a-neutralité du progrès technologique. Le monde des smartphones prospère sur le ravage à tous les niveaux et dans tous les domaines du monde qui précède les smartphones. Le véritable « grand remplacement » – dont s’agitent les crétins xénophobes avec leur pauvre conception vicieusement lavisséisée de l’Histoire – il est là : c’est celui de l’Homme par la Cybernétique, qui ne fait acception ni de religions, ni de frontières, ni de cultures, ni de nations.

Autre inspiration principale de la Cybernétique, de l’aveu de Wiener : la thermodynamique, où là encore il s’agit de faire fi du caractère singulièrement humain de l’observation – soit la relativité pour chacun du chaud et du froid –, et où l’information et la statistique jouent un rôle prépondérant.

L’information parce que l’entropie, notion majeure en thermodynamique, est précisément associée à un défaut d’information : Le terme « ‘‘entropie’’ a été introduit en 1865 par Rudolf Clausius à partir d’un mot grec signifiant ‘‘transformation’’. Il caractérise le degré de désorganisation, ou d’imprédictibilité, du contenu en information d’un système. » [6]

L’entropie est donc une notion commune à la thermodynamique (où elle exprime initialement « la quantité d’énergie qui ne peut se transformer en travail », et plus généralement « le degré de désordre de la matière » – indexé sur quel hypothétique « ordre » de la matière ?) et à la théorie de l’information (où elle exprime « le degré d’incertitude où l’on est de l’apparition de chaque signal »).

Quant à la statistique, elle est aussi au cœur du calcul thermodynamique, fondé sur la théorie atomique de la matière, puisque l’entropie est définie d’après une « variable d’état correpondant à une grandeur d’origine statistique ».

On ne manquera pas de remarquer le rapprochement avec le sanitarisme et l’évaluation purement statistique de la pandémie, répondant au rôle central de la statistique dans toutes les polémiques autour des protocoles de tests et de soins qui entourent cette pandémie, et corrélativement l’évaluation purement statistique – résumée par la formule des « bénéfices-risques », peut-être issue de la « théorie du jeu » – de ce qu’est la santé et la maladie, la mort et la vie, la liberté et la sécurité.

C’est à New York, de 1942 à 1953 lors des conférences Macy, que naît la Weltanschauung cybernétique, laquelle correspond à un projet d’abord idéologique : il s’agit de créer un nouveau monde fondé sur une conception inquestionnable de l’humain. La probabilité d’une annihilation de l’humain supplanté par des machines n’est qu’une des conséquences, plausibles et revendiquées, de ce désir d’inquestionnabilité qui traverse toute l’histoire de la Cybernétique, depuis le régulateur à boules de Watt jusqu’à l’androïde « Atlas » de Boston Dynamics…

Les conférences Macy élaborent ainsi le projet d’une collaboration interdisciplinaire de diverses expertises, mathématiques, anthropologie, psychologie, psychanalyse non freudiennne, économie, logique…, en vue d’édifier une « science générale du fonctionnement de l’esprit ». Les mathématiques et la logique sont bien entendu les références majeures de ces conférences. On y retrouve l’ancêtre auto-régulateur à boules de James Watt dans le concept principal qui nourrit leurs réflexions, et qui reste la part privilégiée de Wiener : « Feedback Mechanisms and Circular Causal Systems in Biological and Social Systems ». La causalité circulaire, appréhendée dans le phénomène de feedback ou « rétroaction », est définie comme « processus dans lequel un effet intervient aussi comme agent causal sur sa propre origine, la séquence des expressions de la cause principale et des effets successifs formant une boucle dite boucle de rétroaction » [7]. Une autre formulation, par Heinz von Foerster à partir des années cinquante, est celle de « mécanismes qui produisent eux-mêmes leur unité (self-integrating mechanisms) ». C’est là, pendant ces conférences Macy que se formalise et se conceptualise l’idée littéralement folle d’un auto-entrepreneuriat de l’homme par l’homme.

La 5e conférence, en 1948, qui porte le même intitulé que la 1re et la 4e : Circular Causal and Feedback Mechanisms in Biological and Social Systems, est consacrée à la structure du langage. Roman Jakobson y participe. C’est la même année que McCulloch déclare que « du point de vue de l’analyse qu’on peut en faire, ‘‘il n’y a pas de différence entre le système nerveux et une machine informatique’’ ».

À partir de 1949, le terme « Cybernétique » est officiellement appliqué à la série des conférences, comme condensé de l’intitulé initial : Cybernetics : Circular Causal and Feedback Mechanisms in Biological and Social Systems. Comme d’habitude, le style de ces grands délirants les trahit d’avantage que toutes leurs équations. Deux participants à la 7e conférence en 1950, Pitts et Stroud, évoquent « l’immense perte d’information » entre les organes des sens et notre « computer » mental. C’est la dernière conférence à laquelle assistent Wiener et Von Neumann, qui passent la main au mathématicien Claude Shannon, père de la « théorie de l’information ». Psychiatres et psychologues, spécialistes de l’hypnose et Gestalt thérapistes accompagnent depuis le début cette aventure qui ressemble à s’y méprendre à l’Académie d’exaltés dingos de Lagado décrite par Swift dans ses Voyages de Gulliver.

Voici par exemple comment Willard Rappleye, le président de la fondation Macy, résume en 1955 leurs découvertes : « Les conflits sociaux sont en réalité les symptômes de causes sous-jacentes : la psychiatrie nous enseigne la nature de ces causes. Par conséquent, les Insights et les méthodes de la psychiatrie, de la psychologie et de l’anthropologie culturelle élucident les perturbations émotionnelles du monde. » [8]

Une société qui va mal n’est donc pas une société où le riche exploite le pauvre, comme on l’imagine depuis la plus haute Antiquité jusqu’aux Gilets Jaunes. C’est une société « émotionnellement perturbée » dont la Psychiatrie est à même de résoudre tous les symptômes.

Freud y est banni d’emblée. Lors de la conférence de 1946, toujours sous l’égide du même intitulé : « Mécanismes de rétroaction et Systèmes causaux circulaires dans les Systèmes biologiques et sociaux », Norbert Wiener remet en cause le concept freudien de Libido, sous prétexte que « l’information est un concept de base plus approprié pour décrire des évènements psychologiques ».

Pourquoi ? Comment ? Bien malin qui le dira.

Lorsque les Conférences Macy s’interrompent, en 1953, le ver cybernétique est dans le fruit de la connaissance universelle. Dans le sillage des conférence de Macy a lieu en 1956 une conférence majeure au MIT, consacrée aux sciences cognitives, à laquelle participe le jeune Noam Chomsky, dont les Structures syntaxiques, parues en 1957, signeront le triomphe des théories cybernétiques made in MIT appliquées au langage.

Une sorte de boucle est bouclée qui va de la circularité causale à la grammaire universelle, et dont il ne semble pas que les dingos swiftiens qui l’ont élaborée ne soient en mesure de percevoir les conséquences désastreuses sur le cours du monde ni la raison profonde de l’intérêt jamais démenti du Departement Of Defense et de la DARPA à leurs si mirobolantes inventions.

Quel rapport tout cela a-t-il avec la pensée créatrice ? Le voilà :

Très vite la Cybernétique se déploie comme science humaine – elle a son mot à dire sur l’homme en son entier – à visée de science exacte – elle naît d’un idéal de régularité logique (la « causalité circulaire ») et tend à y retourner sans cesse. L’irrégulier, l’incertain, le miracle et l’imprévisible sont ses pires ennemis. Et ce que cette science qui se veut exacte vise à son insu, c’est d’emblée ni plus ni moins ce qu’il y a de plus imprévisible au monde : l’inspiration, soit la vraie pensée créatrice qui n’a rien à voir avec l’intelligence, artificielle ou pas (relisez le Contre Sainte-Beuve de Proust), et qui par essence, comme le sable selon Pindare, « échappe au calcul ».

« Le premier jour », raconte Wiener à propos d’une réunion avec McCulloch datant de 1945, « Von Neumann parla de machines à calculer et moi d’ingénierie de la communication. Le deuxième jour, Lorente de Nó et McCulloch firent en commun une présentation très convaincante de l’état actuel du problème de l’organisation du cerveau. À la fin, nous étions tous convaincus du fait que les sujets portant sur l’ingénierie et sur la neurologie ne font qu’un, et que nous devrions réfléchir à créer un projet de recherche permanent dans lequel nous pourrions développer ces idées. » [9]

Il faut s’arrêter un peu sur les personnalités en question qui sont, autour et avec Wiener, à l’origine de la Cybernétique. Chaque détail ici compte. Nul besoin d’être scientifique pour saisir quelles sont, à l’origine des théories les plus complexes et abstraites, les hypothèses existentielles ou idéologiques purement arbitraire à partir desquelles lesdites théories vont s’élaborer.

Wiener est un enfant prodige, fils d’un spécialiste des langues condisciple de Zamenhof, l’inventeur polyglotte de l’espéranto, la langue universelle. Norbert sait lire à un an et demi et est éduqué (et un tantinet martyrisé) à domicile par son père jusqu’à l’âge de sept ans. Le père l’oblige à ingurgiter des centaines de livres jusqu’à la nausée, au point que Norbert souffre d’une myopie grave qui l’oblige à cesser toute lecture pendant six mois. Inutile de dire qu’on est, dans ces milieux juifs polyglottes complètement déjudaïsés, à mille lieues de l’éducation juive traditionnelle où ce qui se transmet par l’exemple (davantage que par la coercition) n’est pas tant le savoir en soi que sa jouissance, le plaisir d’étudier, vécu quotidiennement dans tous les détails par toute la famille. Elias Canetti, qui appartenait à un milieu comparable à celui de Wiener ou von Neumann de Juifs polyglottes déjudaïsés hyper-cultivés, raconte aussi dans Le flambeau dans l’oreille comment sa mère l’initia despotiquement et sadiquement à l’apprentissage de la langue allemande.

Rafael Lorente de Nó, dont il est aussi question dans l’anecdote précédemment citée, est un neurophysiologiste espagnol. Hormis ses travaux neurologiques, il a décrit avant même Turing le phénomène des « recurrent circuits  » qui auront une importance majeure en cybernétique.

Waren McCulloch, neuro-psychiatre et mathématicien, fondateur des conférences de Macy, à New York (1942-1953), auxquelles participera d’emblée Norbert Wiener, et qui décrivant en 1943 le système neuronal selon le principe sans nuance du « tout ou rien », « situe celui-ci dans la catégorie des modèles logiques (ceci l’amènera à la théorie des automates et ouvrira à l’élaboration d’automates ‘‘auto-régulés’’ ). À l’instar d’Alan Turing, il considère les fonctions de l’esprit comme une fonction mathématique (un opérateur transformant des entrées en des sorties) ». [10]

Le plus représentatif de l’esprit cybernétique de la bande semble bien John von Neumann (1903-1957), mathématicien et physicien dont les contributions se retrouvent aussi bien en logique formelle qu’en mécanique quantique, en économie, en informatique, et last but not least dans l’arme atomique. Il est en effet un des participants actifs au projet Manhattan qui verra se développer et s’appliquer la bombe génocidaire américaine.

Né en Hongrie d’une famille juive déjudaïsée, von Neumann était, comme Wiener, un enfant prodige. À six ans, il converse couramment avec son père en grec ancien et peut faire mentalement une division à huit chiffres. À huit ans, il aurait lu et intégralement mémorisés les 44 volumes de l’histoire universelle de la bibliothèque familiale. Gavé comme une oie d’un savoir universel artificiel, c’est le même homme qui, participant au projet Manhattan (ce que Wiener refusa, se consacrant exclusivement aux techniques de défense aérienne), découvrira qu’une bombe atomique fait d’autant plus de dégâts qu’elle explose non pas au sol mais à une certaine altitude optimale.



Qu’il s’agisse de logique, de mécanique quantique, d’économie ou même de bombe, les problèmes qu’il s’agit de résoudre sont, au fond, les mêmes qui se posaient déjà en navigation (kubernétikè, «  art de piloter un navire ») : l’imprédictibilité, l’indétermination, l’incalculable, l’imprévisible, bref ce que l’auto-régulation et la causalité circulaire sont censées contrecarrer, et qui revient toujours à la mise hors-jeu du facteur le moins prévisible qui soit – au point que son nom même n’est toujours pas arrêté et fluctue au gré des langues et des cultures… J’ai nommé, Mesdames Messieurs : l’être humain.

Von Neumann ne le formule pas ainsi, mais cette répulsion pour l’imprévisible inventivité propre à l’âme humaine suinte de chaque fragment de sa rhétorique polytechnicienne. En logique formelle, par exemple, le « souci axiomatique qui caractérise » von Neumann selon sa fiche Wikipédia [11], le pousse à élaborer « une formulation mathématique unique, unificatrice et satisfaisante de la théorie ».

Mais c’est dans le domaine militaire qu’éclate le plus clairement cet agacement de l’imprédictible facteur humain pour le prodigieux logicien soucieux d’axiomatique. Von Neumann collaborera activement au génocidaire programme Manhattan, mettant au point les « lentilles explosives » de la première bombe A, et procèdant aux calculs pour déterminer l’altitude d’explosion optimale des deux bombes lancées sur Hiroshima et Nagasaki afin de « maximiser l’étendue des dégats causés » [12]. Il fait également partie du comité chargé de sélectionner les cibles de la bombe atomique (aucune des villes envisagées n’est un enjeu militaire). Il préconise le centre de Kyoto, soit l’ancienne capitale impériale, cultuelle et culturelle du Japon. Ce choix n’est pas plus objectif que les autres décisions axiomatiques de von Neumann. Il s’agit d’une furie revancharde de la part du triste gamin prodige à qui on a fait ingurgiter toute l’encyclopédie du savoir universel, de même que n’est pas neutre la décision américaine d’épargner Kyoto (à quoi sera substituée Nagasaki), due au secrétaire à la Guerre Henry Stimson, qui « affectionnait tout particulièrement Kyoto où il avait passé sa lune de miel 30 ans auparavant » [13]. Chassez l’imprédictible facteur humain par la porte de la black box cybernétique, il revient par la fenêtre. La rationalité, par conséquent, n’avait rien à voir dans des décisions aussi cruciales que celle d’annihiler en quelques micro-secondes des milliers d’êtres humains. L’un des arguments de l’équipe du Projet Manhattan en faveur du bombardement de Kyoto était précisément qu’il s’agissait d’une ville universitaire, et qu’ils « pensaient que les habitants seraient plus à même de comprendre que la bombe atomique n’était pas juste une arme de plus – qu’elle constituait quasiment un tournant dans l’histoire de l’humanité ». [14]

L’argument semble délirant, il n’est en réalité qu’à la mesure de ce dont il s’agit : Vitrifiez-moi ces intellectuels pour bien leur faire comprendre que la Cybernétique est l’autre et nouveau nom du monde.

Enfin, bien sûr, l’éclectique von Neumann contribua également au déploiement du domaine informatique, où la vitesse de calcul des ordinateurs jouait un rôle majeur dans le développement de l’arme atomique. Tout cela le mènera à envisager dans les années 50 l’hypothèse de la « singularité technologique », qui couronne en quelque sorte sa carrière mentale. Selon cette hypothèse, « l’invention de l’intelligence artificielle déclencherait un emballement de la croissance technologique qui induirait des changements imprévisibles dans la société humaine. Au-delà de ce point, le progrès ne serait plus l’œuvre que d’intelligences artificielles, ou ‘‘supraintelligence’’ qui s’auto-amélioreraient, de nouvelles générations de plus en plus intelligentes apparaissant de plus en plus rapidement, créant une ‘‘explosion d’intelligence’’, créant finalement une puissante superintelligence qui dépasserait qualitativement de loin l’intelligence humaine. » [15]

Le point aveugle de ces maniaques, c’est leur concept de base, ce qu’ils appellent « l’intelligence ». Car leur conception de l’« intelligence » n’est jamais remise en question par les promoteurs de l’IA, qui proviennent tous toujours du même sérail mathématico-scientifique (le MIT principalement), capable de bien des choses (ils envoient des hommes sur la lune et des drones sur Mars), mais de penser créativement, jamais. Plus exactement, ils ne remettent jamais en question l’axiome selon lequel l’intelligence se réduirait à une fonction gestionnaire et calculatrice, axiome qu’ils n’ont pas déniché dans l’étude des plus grands écrivains, ni des grands peintres ni des musiciens virtuoses, mais dans l’observation de leurs propres machines auto-régulées…

Un célèbre génie du XXe siècle a formulé : « Les ordinateurs ne servent à rien, ils ne savent donner que des réponses ». De tels propos subversifs ne sont pas envisageables pour l’un des principaux spécialistes de l’IA, Marvin Minsky (1927-2016), collaborateur et disciple de McCulloch, qui avoua avoir songé à l’IA pour la première fois en observant un bras articulé connecté à une caméra manipuler des briquettes de jeux d’enfants.

Minsky est l’auteur en 1987 d’un essai intitulé La société de l’esprit, dont, conformément à sa conception de l’esprit, chaque chapitre est long d’une page, et doit être considéré comme une brique de l’ensemble : « Ce livre part du principe que tout cerveau, machine ou autre chose qui a un esprit doit être composé de choses plus petites qui ne peuvent pas penser du tout. » Le texte est lisible en ligne en anglais [16], et son indigence intellectuelle ne doit pas faire oublier que c’est de la caboche de ces centaines d’intelligents utiles du MIT qu’est issue l’immonde figure du monde dans lequel nous sommes engeôlés aujourd’hui.

Ce qui sépare Minsky de Picasso est tout entier résumé dans la manière dont le premier explique qu’un « système intelligent disposera de deux types d’agents, des spécialistes et des gestionnaires. Les spécialistes peuvent implémenter les techniques connues d’intelligence artificielle pour résoudre des problèmes précis (systèmes à base de règles, réseaux sémantiques, réseaux bayésiens). Les gestionnaires sont chargés de planifier, de sélectionner les spécialistes, d’évaluer les résultats obtenus. »

Comme Minsky se soucie de tout examiner et résoudre, il pose dans The Society of Mind la question cruciale de l’âme [17] ou celle du génie [18], et de savoir si une machine pourrait jamais l’égaler. Le chapitre intitulé Genious révèle tout des frustrations du mathématicien non créatif, et de l’idée d’expertise gestionnaire (« management ») qu’il ne peut s’empêcher de se représenter de la création.

« Je soupçonne que le génie a besoin d’une chose supplémentaire : pour accumuler des qualités exceptionnelles < to accumulate outstanding qualities>, il faut des moyens d’apprentissage exceptionnellement efficaces. Il ne suffit pas d’apprendre beaucoup, il faut aussi savoir gérer ce que l’on apprend <one also has to manage what one learns>. Les maîtres ont, sous la surface de leur maîtrise, des astuces spéciales d’expertise d’ordre supérieur <some special knacks of higher-order expertise>, qui les aident à organiser et à appliquer les choses qu’ils apprennent. Ce sont ces astuces cachées de gestion mentale qui produisent les systèmes à l’origine de ces œuvres de génie < It is those hidden tricks of mental management that produce the systems that create those works of genius>. »

Dans son chapitre sur l’âme, Minsky s’en prend à l’idée aristocratique que certains seraient plus doués que d’autres, et que la clé de toute chose, c’est le learning, la thésaurisation auto-régulée de savoir.

On est bien loin de ce dont tous les génies, tous les artistes, tous les créateurs ont toujours fait l’expérience, ce que depuis des siècles on désigne sous le mystérieux vocable d’« inspiration », autrement dit, conformément à un autre bon mot de Picasso : la trouvaille.

Pour qu’il y ait trouvaille, il faut un certain sens de la beauté et de la vérité, de la « belle nature vraie » selon la formule d’Artaud dans Pour en finir avec le jugement de Dieu. Dans la nature, il y a en permanence des milliards de trouvailles. La rose est une pure trouvaille, ce qu’Angelus Silesius a rendu en exprimant : « la rose est sans pourquoi ».

Le propre du génie, c’est qu’il est inspiré. « Je ne cherche pas, je trouve. » Le génie n’est pas un type qui calcule, qui ordonnance, qui hiérarchise, qui accumule du savoir ou quoi que ce soit d’autre. Le génie ne thésaurise pas, il fait des trouvailles. Cela est inenvisageable pour ces abrutis du MIT qui témoignent à l’égard de la génialité d’une forme de candeur, de bêtise perverse, y compris lorsqu’il s’agit de mathématiciens de haut niveau. Seuls les plus géniaux parmi les mathématiciens sont proches des philosophes et des artistes, et se montrent entièrement acquis à la trouvaille poétique. Qu’on songe à Wittgenstein. Un grand philosophe, disait Deleuze, est quelqu’un qui invente des concepts. Or la Cybernétique n’est pas un concept inventé. C’est un complexes de fantasmes dévorateurs appliqué à se jeter comme sur une proie à l’assaut de l’ensemble de la réalité : la nature, les animaux, les humains, les sociétés.

Tenez-vous le pour dit.

Stéphane Zagdanski

Ce texte, remanié pour lundimatin, est tiré de la séance 33 de mon Séminaire La Gestion Génocidaire du Globe, intitulée « Les animaux malades de la Cybernétique » : https://youtu.be/UhobfTWzePo




Source: Lundi.am