Mai 25, 2022
Par Yannis Youlountas
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Voici la suite du compte-rendu en photos du convoi solidaire en Grèce de janvier à mai 2022. Le convoi le plus long ! Un grand moment de solidarité internationale et de convergence de luttes contre l’adversité et la résignation.

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NEUVIÈME ÉPISODE (SUR 11) : LA CUISINE SOLIDAIRE DE CHANIA ET LE RÉSEAU SODAA EN ATTIQUE ✊❤️

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⤵️ Épisodes précédents et suivants : voir tout en bas ⤵️

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Comme il le fait dans d’autres domaines, comme la santé par exemple, le mouvement social est très actif en Grèce pour nourrir les nombreux précaires grecs et migrants. Il fait la démonstration que l’entraide dans l’autogestion et l’horizontalité, ça fonctionne !

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De Athènes à Thessalonique jusque dans les îles, des centaines de camarades et compagnons de luttes se démènent pour mettre en pratique nos théories sur une autre façon de s’organiser pour nous rapprocher authentiquement de la devise Liberté-Égalité-Fraternité (ou plutôt Adelphité) qui, en réalité, correspond beaucoup à ce que nous faisons concrètement qu’aux promesses illusoires d’une société autoritaire et capitaliste fondée sur la compétition, l’égoïsme et la violence. En effet, il est totalement vain de croire qu’un système basé sur la domination et l’exploitation puisse nous rapprocher tôt ou tard du triptique qu’il grave hypocritement sur les monuments publics. La concorde et l’harmonie ne passeront que par la liberté authentique, l’égalité réelle et la fraternité (adelphité) universelle et non pas au moyen d’un ordre autoritaire et inégalitaire. Voilà pourquoi il est absolument indispensable de ne pas seulement écrire et discuter, mais aussi agir concrètement et immédiatement, en montrant dans les faits la société qu’on désire et en prouvant ainsi qu’elle est possible, désirable, à portée de main.

À Chania, deuxième ville de Crète, la Maison des migrants (Steki metanaston) propose de nombreuses activités, parmi lesquelles une cuisine collective solidaire, au minimum tous les dimanches. De nombreux collectifs autogérés de la ville viennent y participer, ensemble ou à tour de rôle pour se relayer régulièrement et ne pas s’épuiser à côté des actions de résistance ou encore de la vie interne des squats dont le principal est le grand squat historique Rosa Nera.

L’affichage pour les touristes ne s’applique malheureusement pas aux migrants.

Un peu partout dans les rues d’Athènes.

« La solidarité est notre arme »

Autre exemple magnifique de cet équilibre nécessaire entre résistance et solidarité : le réseau SODAA dans la région d’Athènes (une région qu’on nomme l’Attique, avec principalement Athènes et le Pirée). SODAA signifie Coordination des Structures et Collectifs Autogérés de l’Attique. Ce réseau est né du désir des principales structures autogérées de se rapprocher, de mettre en commun leurs moyens et en synergie leurs actions. Du côté d’Anepos, nous avons applaudi à cette naissance il y a quelques mois, tant les divisions, en Grèce comme en France, font parfois de mal aux mouvements sociaux et éloignent les personnes hésitantes qui désespèrent de voir les organisations incapables de convergences de luttes. Pour le dire autrement : 1+1=3.

Plus nous saurons nous rassembler sur des projets précis — sans effacer nos différences ni renoncer à d’autres moments où nous avons besoin de retourner un peu dans nos groupes respectifs —, plus nous irons loin tous ensemble dans l’essor d’un mouvement social puissant capable d’accueillir les bonnes volontés et de remotiver les désespérés. C’est tout simplement logique et indispensable.

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Montrer la société que nous désirons, c’est montrer un mouvement social capable de discuter sereinement de ses désaccords internes, dans le respect des différences, en apprenant à regarder d’abord ce que nous avons en commun et ce que nous pouvons réussir à faire ensemble — même si ce n’est pas tout à fait ce que nous aurions préféré les uns ou les autres. C’est bâtir des ponts sur les divisions du passé, dans le mouvement social comme dans la société tout entière où beaucoup de gens naïfs et conditionnés sont systématiquement dressés les uns contre les autres par un pouvoir qui cherche à diviser pour mieux régner. C’est avoir la force et la sagesse de porter à bout de bras des projets dans des périodes difficiles et de ne pas en vouloir à celles et ceux qui sont moins disponibles un temps, puis finissent par revenir dans une joie partagée.

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SODAA c’est tout ça et c’est formidable ! Pas de relation avec les pouvoirs politiques et financiers qui nous maltraitent avec violence et hypocrisie : uniquement de l’entraide dans la base sociale, à l’intérieur de la Grèce et par-delà les frontières, notamment à chaque convoi. De janvier à mai, nous avons livré trois fois SODAA avec des fourgons venant de France et Belgique, et deux fois avec des fourgons de retour de Crète avec des chargements de fruits, légumes et huile d’olive (voir les photos et l’épisode précédent « Soutenir les paysans en lutte tout en nourrissant les précaires »).

À Athènes, une dizaine de structures et collectifs participent au SODAA parmi lesquels le K*Vox à Exarcheia. Une cuisine collective quotidienne s’est organisée sur place, dans ce squat historique qui vient de fêter ses dix ans, en synergie avec d’autres cuisines solidaires du quartier et des environs. Plus que jamais, des liens se nouent entre celles et ceux qui luttent… et ça du bien à tout le monde de voir ça, à commencer par les précaires grecs et migrants qui viennent se nourrir sans l’aide de l’État ni des ONG. Juste la base sociale en mouvement, tournée en son sein vers celles et ceux qui souffrent le plus et qui, par conséquent, comprennent mieux quel est leur intérêt de classe et qui sont leurs vrais amis.




Source: Blogyy.net