Octobre 2, 2022
Par Le Mouton Noir (QC)
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Par Catherine Belleau-Arsenault

L’autrice fait partie de l’Initiative de journalisme local

AprĂšs avoir atteint un sommet en 2011 avec un taux de propriĂ©taires de 69 % au Canada, de plus en plus de mĂ©nages sont dorĂ©navant locataires de leurs logements, selon un rĂ©cent rapport de Statistique Canada. L’enjeu, c’est que les logements locatifs sont aussi de plus en plus financiarisĂ©s au pays, selon un rapport commandĂ© par le Bureau du dĂ©fenseur fĂ©dĂ©ral du logement (BDFL).

De 2011 Ă  2021, la croissance du nombre de mĂ©nages locataires Ă©tait de 21,5 %, ce qui est plus du double de celle du nombre de mĂ©nages propriĂ©taires Ă  8,4 %. Les adultes de moins de 75 ans sont ainsi moins susceptibles d’ĂȘtre propriĂ©taires de leur logement en 2021 qu’une dĂ©cennie plus tĂŽt.

Les jeunes millĂ©nariaux de 25 Ă  29 ans ont aussi de moins en moins de chances d’ĂȘtre propriĂ©taires de leur logement. En 2011, le taux de propriĂ©taires Ă©tait de 44,1 % et il est passĂ© Ă  36,5 % en 2021.

Des frais de logements qui augmentent

Les millĂ©nariaux de 25 Ă  40 ans reprĂ©sentent 32,6 % des locataires, soit la plus grande part de locataires au Canada. Pourtant, les locataires ont vu une augmentation de leurs dĂ©penses au cours des derniĂšres annĂ©es : leurs frais de logement mensuels ont augmentĂ© de maniĂšre plus importante que les frais de logement des propriĂ©taires.

Les frais de logement mensuels mĂ©dians des locataires ont augmentĂ© de 17,6 % de 2016 Ă  2021, alors que c’était de 9,7 % pour les propriĂ©taires[1]. Pour les locataires, ces frais comprennent le loyer et les services publics comme l’électricitĂ©, le carburant, l’eau et autres services municipaux. Pour les propriĂ©taires, ces frais comprennent l’hypothĂšque, l’impĂŽt foncier et les frais de copropriĂ©tĂ© (si c’est le cas), ainsi que les paiements pour les services publics.

Quand le logement devient de plus en plus un actif financier

S’il y a une croissance de locataires au Canada, il y a aussi un nombre croissant de sociĂ©tĂ©s financiĂšres qui achĂštent du logement locatif. « De 1996 Ă  2021, les sociĂ©tĂ©s de placement immobilier Ă  elles seules sont passĂ©es de zĂ©ro Ă  prĂšs de 200 000 logements », selon un rapport commandĂ© par le Bureau du dĂ©fenseur fĂ©dĂ©ral du logement (BDFL). Les causes de cette financiarisation viendraient du dĂ©sengagement de l’État providence et de l’annulation des logements sociaux ; de la dĂ©rĂ©glementation du contrĂŽle des loyers et de la protection des locataires ; ainsi que des politiques publiques qui ont permis la crĂ©ation de vĂ©hicules financiers pour l’investissement immobilier.

Les sociĂ©tĂ©s vont gĂ©nĂ©ralement augmenter leurs revenus grĂące aux augmentations de loyer qui vont rendre les logements moins abordables. « Pour ce faire, les sociĂ©tĂ©s demandent des augmentations de loyer rĂ©guliĂšres et des augmentations supĂ©rieures Ă  la ligne directrice aprĂšs avoir effectuĂ© des rĂ©parations importantes admissibles et ils cherchent Ă  favoriser “la rotation des locataires” pour augmenter au maximum les loyers des unitĂ©s qui deviennent vacantes », indique le rapport.

Parmi les recommandations pour les provinces, le rapport suggĂšre par exemple de mettre en place des contrĂŽles stricts des loyers — y compris des contrĂŽles des logements vacants —, d’éliminer les augmentations de loyer supĂ©rieures Ă  la ligne directrice, de renforcer les protections des locataires et prĂ©venir les expulsions, ainsi que de rĂ©viser la lĂ©gislation sur la location et le bail pour protĂ©ger contre les rĂ©novictions.

La protection des locataires est pourtant une question qui est quelque peu Ă©clipsĂ©e devant les propositions de construction de nouveaux logements sociaux ou abordables lors de l’élection provinciale de 2022. Par exemple, lors du dĂ©bat Ă©lectoral Ă  Rimouski le 27 septembre dernier, alors que les candidats ont dĂ©battu sur le thĂšme de la crise du logement et de la hausse du coĂ»t de la vie, seule la candidate de QuĂ©bec solidaire a soulevĂ© la question de la protection des locataires. Sa proposition consistait Ă  interdire les hausses abusives des loyers en obligeant les propriĂ©taires Ă  justifier les hausses qui dĂ©passent les augmentations recommandĂ©es par le Tribunal administratif du logement.





Source: Moutonnoir.com