Mais, de nos jours plus qu’à toute autre époque, le ressenti n’est pas seulement jeté en pâture. On le pille vigoureusement. Il sert la bonne gestion du « corps social », il permet d’accéder à un asservissement dangereusement efficace. Désormais, votre CAF et votre Pole Emploi sont comme les chiottes des aires d’autoroutes, ils s’intéressent à votre ressenti, réclament un suivi émotionnel, avec leurs assistantes sociales prêtes à tout pour vous montrer à quel point votre ressenti est important, vous demandent d’évaluer leur prestation et vous proposant un retour d’expérience qui permettra de mieux vous mettre au pas sans aucun effort, puisque c’est vous qui les avez fourni ! La dictature du ressenti est une dictature de l’impudeur et de l’auto-délation, d’autant plus efficace qu’elle s’exerce de haut en bas, mais aussi transversalement dans le champ social, chacun se faisant le récepteur et le contrôleur du ressenti des autres. Et la transgression de ce qui devrait rester l’intimité de l’individu se généralise, en même temps que l’indifférence à ce qui s’y et s’en exprime.


Article publié le 18 Fév 2020 sur Non-fides.fr