Le 12 août, la présidente de la chambre d’instruction, Pascale Belin, a décidé de suivre les réquisitions du parquet signées par la procureure Françoise Chaponneaux et de rejeter la décision de la juge des libertés et de la détention, Isabelle Lemaire, qui s’opposait au renouvellement du mandat de dépôt d’Antonin, après quatre mois de détention provisoire.

Cette décision intervient dans un contexte particulier, où les autorités politiques s’inquiètent publiquement de l’éventuelle libération d’Antonin, comme l’atteste un récent article d’Europe 1. Ce dernier retranscrivait le récit policier délirant qui érige Antonin en « chef du black-bloc » susceptible d’organiser la mobilisation contre le G7 à Biarritz à la fin du mois. Derrière l’idée absurde qu’Antonin pourrait organiser une contestation à 600km de l’endroit où il serait assigné à résidence, c’est en réalité l’engagement politique qui justifie désormais l’enfermement.

Antonin subit un acharnement judiciaire avec un dossier vide et fera donc au moins huit mois de prison pour une simple affaire de bagarre, à laquelle il nie avoir participé, et ce parce qu’un membre de l’organisation raciste Génération Identitaire, Antoine Oziol de Pignol, a porté plainte contre lui, prétendant avoir reconnu « celui de l’affaire du quai de Valmy ». Les policiers lui ont d’ailleurs présenté Antonin avant le dépôt de sa plainte, ce qui est proprement illégal. Les policiers prétendent quant à eux avoir trouvé des traces de sang sur les chaussures d’Antonin mais refusent de verser au dossier les photographies qu’ils ont prises. Évidemment, puisque ces traces n’existent pas.

Le traitement réservé à Antonin est invraisemblable depuis le début de cette affaire. Rien ne lui est épargné : permis de visites accordés uniquement à sa famille après deux mois d’attente, rétention du courrier, placement en isolement à Fresnes, transfert surprise à la Santé alors que des dispositions venaient d’être prises pour qu’il puisse mener à bien ses études, menace de le déplacer hors d’Île-de-France pour le couper de ses proches…

La juge d’instruction Sabine Khéris n’a mené aucune investigation, n’a ordonné ni audition ni confrontation pendant quatre mois et a choisi d’ordonner une audition d’Antonin le jour même de l’appel du parquet, le 20 août, soit deux jours après la fin de son mandat de dépôt. Cette audition a été utilisée dans les réquisitions du parquet comme élément devant légitimer le maintien d’Antonin en détention pour qu’il reste à « disposition de la justice » dans le cadre de l’enquête.

Lors de l’audience d’appel du 12 août, la plaidoirie du procureur n’a reposé que sur des mensonges. Il ment sur l’affaire du Quai de Valmy en falsifiant largement les faits : Antonin aurait jeté un cocktail molotov sur les policiers qu’il aurait blessé grièvement. Antonin n’a jamais été condamné pour de tels faits – personne ne l’a été – et il a toujours clamé son innocence. Le procureur affirme ensuite qu’Antonin se soustrait régulièrement à la justice, puisque celui-ci aurait violé son contrôle judiciaire le soir des faits et qu’il ne se serait pas présenté à une convocation. C’est faux. Antonin n’était pas sous contrôle judiciaire le soir des faits. Il s’est toujours présenté aux convocations judiciaires, il n’y a aucune fiche de recherche à son encontre, et il a dûment respecté son dernier contrôle, comme le rappelle l’ordonnance de la juge des libertés et de la détention, Isabelle Lemaire.

Avant le début de l’audience, les gendarmes se sont permis d’empêcher aux proches, aux soutiens et aux journalistes l’accès au couloir devant la chambre d’instruction, faisant planer la menace d’un huis clos imaginaire. Pendant l’audience, des policiers en civil se sont permis d’entrer et sortir de la salle, se positionnant derrière les soutiens, afin de démontrer leur présence et d’exercer, de ce fait, une pression évidente. Les pressions policières pendant les audiences, à destination des soutiens et des juges, sont devenues une pratique courante, notamment lors de celles liées au mouvement des Gilets jaunes, comme le racontait récemment un article de Libération.

Tout cela paraît ahurissant. C’est pourtant le déroulement ordinaire d’une justice forgée dans la contre-Révolution française et le colonialisme. Ces traitements exceptionnels sont en réalité courants pour les non-Blancs des quartiers populaires. Rappelons-le, l’enfermement est une torture destinée à mater les pauvres, les non-Blancs et les opposants politiques.

Le traitement réservé à Antonin aujourd’hui est symptomatique du raidissement autoritaire du néolibéralisme et d’une crise de légitimité démocratique du bloc au pouvoir. Au cours des neuf derniers mois, l’État français a déployé une violence sauvage contre les Gilets jaunes. On compte les mutilations – éborgnements, membres arrachés, brûlures… – par dizaines. Les policiers humilient des collégiens, piétinent et tuent des vieilles dames, noient des fêtards et sont systématiquement blanchis par les pouvoirs publics. L’incarcération, et notamment celle d’Antonin, s’inscrit dans cette fuite en avant répressive. Ce qu’Antonin paye, c’est sa participation au mouvement des Gilets jaunes et le fait d’avoir contribué à rendre impossible l’amalgame entre ces derniers et fascistes.

Macron se pose souvent comme un rempart face à l’extrême-droite. Reste que son gouvernement joue un rôle déterminant dans la fascisation en cours des institutions. Tâchons de ne pas nous y-habituer. Parce qu’en France, aujourd’hui, on enferme les antifascistes.


Article publié le 15 Août 2019 sur Paris-luttes.info