Octobre 31, 2021
Par Archives Autonomie
235 visites


Notre camarade Victor Serge, en butte depuis longtemps delĂ  aux injures des anarchistes français, qui ne lui pardonnent pas son adhĂ©sion loyale et sincĂšre au communisme, a Ă©tĂ© tout rĂ©cemment assailli de calomnies et d’outrages sous le mauvais prĂ©texte que voici :

Victor Serge avait Ă©crit, le 7 novembre 1919, un article concernant la Confession de Bakounine, document inconnu du public jusqu’à ce jour et dont on ne connaĂźt l’existence que par les allusions qu’y fait James Guillaume dans sa notice biographique (tome II des ƒuvres de Michel Bakounine, Paris, 1907). Les commentaires de Victor Serge, respectueux de la mĂ©moire de Bakounine comme de la vĂ©ritĂ© historique, ne prĂ©sentaient nullement le caractĂšre sacrilĂšge ou iconoclaste que des adversaires indignes leur attribuĂšrent plus tard, ainsi que le lecteur pourra, grĂące Ă  nous, en juger.

Par suite de quelles circonstances cet article fut-il traduit, dĂ©formĂ©, dĂ©naturĂ© et reproduit en Allemagne ? Victor Serge l’ignore et nous aussi. Certes, je ne dissimulerai pas la surprise pĂ©nible que j’ai ressentie, en apprenant que le Forum d’Herzog en avait publiĂ© un texte tripatouillĂ©. Je ne veux pas m’attarder aux altĂ©rations successives que l’article a pu subir dans diverses traductions, retraductions et reproductions en Suisse et en Italie. Le fait essentiel est que la pensĂ©e et l’expression de Victor Serge ont Ă©tĂ© faussĂ©es, et malgrĂ© lui.

Il n’en fallait pas tant pour donner Ă  des adversaires, prĂ©texte Ă  des diffamations que je rougirais mĂȘme de discuter. Le seul fait dĂ©plorable est que notre amie respectĂ©e SĂ©verine ait Ă©tĂ© induite en erreur par la campagne menĂ©e contre Victor Serge, et ait publiĂ© Ă  l’égard de celui-ci des propos parfois. Injustes. C’est pourquoi, pour couper court Ă  toutes les interprĂ©tations tendancieuses et aux dĂ©formations malveillantes, je crois nĂ©cessaire de publier ici le texte authentique, de l’article de Victor Serge, avec la certitude que SĂ©verine, que tous les lecteurs, rendront Ă  notre collaborateur la justice qui lui est due et l’hommage que mĂ©rite un Ă©crivain probe, un rĂ©volutionnaire dĂ©sintĂ©ressĂ©, un militant dĂ©vouĂ© et consciencieux. Victor Serge a adressĂ© d’autre part Ă  SĂ©verine une rĂ©ponse que le Journal du Peuple, je veux l’espĂ©rer, a, tenu ou tiendra Ă  honneur de publier [1].

Boris SOUVARINE.

Les archives secrĂštes de la police russe contiennent certainement un grand nombre de documents du plus puissant intĂ©rĂȘt. Il faut placer au nombre de ceux-ci la Confession de Bakounine dont la publication attristera sans nul doute un grand nombre de camarades. De l’avis de tous ceux qui ont lu cette Confession, Ă  laquelle le professeur Illinsky a consacrĂ© un article dans le Viestnik Literatoury de PĂ©trograd (1919, n° 10) elle Ă©claire la personnalitĂ© de Bakounine d’un jour nouveau, inattendu et pĂ©nible.

AprĂšs sa participation au mouvement rĂ©volutionnaire en Russie, en France, en Allemagne (1848-49), Bakounine fut enfermĂ© dans les geĂŽles du tsar, d’abord Ă  la forteresse Pierre et Paul, puis Ă  SchlĂŒsselbourg. ExilĂ© ensuite en SibĂ©rie, il ne rĂ©ussit Ă  s’en Ă©chapper qu’en 1861.

C’est Ă  cette pĂ©riode de sa vie, passĂ©e dans les cachots de l’autocrate de toutes les Russies et en SibĂ©rie que se rapportent les documents aujourd’hui mis Ă  jour dans les archives de la police russe. L’homme de fer, le rĂ©volutionnaire irrĂ©conciliable qui avait Ă©tĂ© pendant plusieurs jours le dictateur de Dresde insurgĂ©e, que l’on avait enchaĂźnĂ© au mur de sa prison dans la citadelle d’OlmĂŒtz, dont deux empereurs se disputaient la tĂȘte, et qui devait ensuite, jusqu’au dernier jour, de sa vie, rester l’initiateur et l’inspirateur d’une Ă©lite de rĂ©voltĂ©s — le pĂšre spirituel de l’anarchisme, semble avoir traversĂ© une terrible crise morale et n’en ĂȘtre pas sorti indemne. Peut-ĂȘtre ne s’en est-il fallu que de peu pour que le chĂȘne fĂ»t dĂ©racinĂ© et tombĂąt… D’aucuns — il a encore tant d’ennemis, maintenant qu’il est mort depuis bientĂŽt cinquante ans, — parleront mĂȘme de la “chute de Bakounine” avec une joie mauvaise…

A ses amis Alexandre Herzen et Ogarev, Bakounine Ă©crivit de SibĂ©rie quelques lettres oĂč l’on trouve de brĂšves allusions Ă  sa Confession. Nicolas Ier lui avait fait proposer par le comte Orlov de lui Ă©crire “comme le fils spirituel Ă©crit Ă  son pĂšre spirituel”. (L’Empereur, remarquerons-nous, Ă©tait trĂšs bien dans son rĂŽle en faisant Ă  son prisonnier cette proposition. Chef de l’église orthodoxe il se considĂšre comme le pĂšre spirituel de ses sujets.) Bakounine Ă©crit :

Ayant un peu rĂ©flĂ©chi je pensai que, devant un jury, au cours de dĂ©bats publics, j’aurais dĂ» soutenir mon rĂŽle jusqu’au bout ; mais que, enfermĂ© entre quatre murs, au pouvoir de l’Ours, je pouvais sans honte, adoucir les formes…

“Adoucir les formes” paraĂźtra en tout cas au lecteur de la Confession (et des autres documents) un euphĂ©misme. Dans ce cahier de 96 pages de fine Ă©criture trouvĂ© parmi les archives de la 3e section du ministĂšre de l’IntĂ©rieur (DĂ©partement de la police), Bakounine se flatte d’exposer Ă  l’Empereur “toute sa vie, toutes ses pensĂ©es, tous ses sentiments”. Il Ă©crit Ă  “l’Ours” :

Je me confesserai Ă  vous, comme au pĂšre spirituel dont l’homme attend le pardon non dans ce monde, mais dans l’autre…

Et sous la plume de l’athĂ©e, ces lignes prennent une signification singuliĂšre.

Ses actes, il les qualifie de projets fantastiques, d’espĂ©rances dĂ©nuĂ©es de fondement, de projets criminels. Racontant sa vie Ă  l’étranger, il dĂ©clare n’avoir “pĂ©chĂ© consciemment” que depuis 1846. Le ton de toute sa confession est celui d’un vaincu qui s’humilie et trouve, Ă  certaines heures un amer plaisir Ă  se flageller.

J’ai Ă©tĂ© Ă  la fois trompĂ© et trompeur ; j’ai leurrĂ© les autres et je me suis leurrĂ© moi-mĂȘme, comme si je faisais violence Ă  mon propre esprit et au bon sens de mes auditeurs. Situation antinaturelle, inconcevable, dans laquelle je m’étais mis moi-mĂȘme, et qui m’obligeait quelquefois Ă  n’ĂȘtre qu’un charlatan malgrĂ© moi.

Il y a toujours eu en moi beaucoup de Don-Quichottisme…

Certes, il serait difficile Ă  un homme de conscience et d’action de parler de lui-mĂȘme avec plus d’amĂšre duretĂ©. Le professeur Illinsky, commentant ce passage, y voit “la tragĂ©die de l’homme d’action qui en arrive Ă  douter de son Ɠuvre et Ă  prendre conscience de son insincĂ©ritĂ©”… Mais ce dernier mot que le texte citĂ© lĂ©gitime pleinement n’est-il pas injuste au fond ? Aux lignes que Bakounine Ă©crit dans sa tombe d’enterrĂ© vif, ne peut-on pas opposer tout entiĂšre, avant et aprĂšs, son orageuse vie d’insurgĂ© ? L’homme d’action d’ailleurs, le “meneur” – et Bakounine fut bien un meneur – est souvent contraint Ă  la surenchĂšre. Forcer la note, exagĂ©rer, insister, grossir tels faits au dĂ©triment de tels autres, autant de nĂ©cessitĂ©s psychologiques de toute propagande, accrues encore par la passion du militant, accrues prĂ©cisĂ©ment d’autant plus qu’il est plus sincĂšre. Plus tard, dans le morne recueillement de la prison, dans la dĂ©pression de la dĂ©faite, l’esprit sĂ©vĂšre envers lui-mĂȘme imputera peut-ĂȘtre Ă  un manque de sincĂ©ritĂ© ce qui n’était qu’entraĂźnement de la pensĂ©e et de l’action quotidiennes. HĂ©las ! nous voici dĂ©fendant Bakounine contre lui-mĂȘme !

Il semble qu’à chaque page de la Confession un pareil raisonnement est nĂ©cessaire pour que l’on ne soit pas navrĂ©. Bakounine n’est pas dĂ©senchantĂ© que de lui-mĂȘme. Tout le mouvement europĂ©en auquel il a pris une part si fougueuse lui apparaĂźt maintenant misĂ©rable et vain. “L’Europe entiĂšre vit du mensonge”, dit-il. Il est “dĂ©goĂ»tĂ©, Ă©cƓurĂ©” des Allemands. La rĂ©volution de 1848 lui a montrĂ© “l’impuissance des sociĂ©tĂ©s secrĂštes”. “Aucune des thĂ©ories sociales en cours (en Angleterre, en France, en Belgique) n’est capable de supporter l’épreuve de trois jours d’existence.” Il ne reste vĂ©ritablement fidĂšle qu’à son panslavisme. Les peuples slaves, en contraste avec les nations dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©es de l’Europe occidentale, sont les seuls demeurĂ©s sains, les seuls communistes d’origine et de tempĂ©rament. Leur groupement peut produire une puissance magnifique, un nouvel “Empire d’Orient” dont Constantinople serait la capitale. Pour que la Russie puisse se mettre Ă  la tĂȘte du mouvement panslave et accomplir la mission qui lui incombe, il y faut une transformation profonde. Et Bakounine ici redevient rĂ©volutionnaire devant le tsar lui-mĂȘme, rĂȘvant peut-ĂȘtre malgrĂ© lui d’un nouvel autocrate rĂ©volutionnaire, en qui renaĂźtrait le gĂ©nie de Pierre le Grand ? A l’heure actuelle, certaines lignes de la Confession acquiĂšrent un intĂ©rĂȘt remarquable. Certes, Bakounine aimait, connaissait, comprenait profondĂ©ment la Russie. Il a vu trĂšs loin dans sa destinĂ©e, il a compris — prophĂ©tiquement — ce qui lui Ă©tait nĂ©cessaire, de par l’histoire.

Le pouvoir reprĂ©sentatif, constitutionnel, l’aristocratie parlementaire et ce soi-disant Ă©quilibre des pouvoirs dans lequel les forces sont si habilement rĂ©parties qu’aucune ne peut agir, en un mot tout ce catĂ©chisme Ă©troit, rusĂ©, indĂ©cis des libĂ©raux europĂ©ens ne m’a jamais inspirĂ© ni vĂ©nĂ©ration, ni profond intĂ©rĂȘt, ni mĂȘme respect.

Je croyais qu’en Russie plus que partout ailleurs, un pouvoir dictatorial puissant serait nĂ©cessaire, qui s’occuperait exclusivement d’éclairer les masses et d’élever leur niveau moral ; il faudrait un pouvoir libre dans ses aspirations et son esprit mais sans formes parlementaires, qui publierait des Ɠuvres libres, mais sans libertĂ© de presse, — qui serait entourĂ© d’hommes convaincus, et guidĂ© par leurs conseils, affermi par leur libre concours, mais que rien ni personne ne limiterait.

En vĂ©ritĂ©, voilĂ  qui est prophĂ©tique. LĂ©nine ne pourrait pas dĂ©peindre en d’autres termes la dictature prolĂ©tarienne et l’opposer avec un plus ample mĂ©pris Ă  la dĂ©mocratie des radicaux français et anglais. Ce pouvoir illimitĂ©, dictatorial et libertaire soutenu par des hommes de conviction ardente, existe : il s’appelle la RĂ©publique des Soviets. DĂšs 1848, Bakounine pressentait le bolchevisme ; et peu de temps aprĂšs, il conseillait ses mĂ©thodes Ă  l’empereur Nicolas Ier. Ironie de l’histoire !

Sa Confession n’a donc rien d’humiliant pour son esprit. Les pages oĂč il doute ne sont-elles pas compensĂ©es par les lignes oĂč il prophĂ©tise avec une si Ă©tonnante luciditĂ© d’esprit ? Car on ne peut contester la valeur des mĂ©thodes et des faits, on ne peut contester qu’ici Bakounine a vu Ă©tonnamment juste.

Le ton gĂ©nĂ©ral de la Confession se dĂ©finit assez bien dans les lignes suivantes :

Ayant perdu le droit de me qualifier le fidĂšle sujet de Votre MajestĂ© ImpĂ©riale je signe d’un cƓur sincĂšre, — le pĂȘcheur repentant Michel Bakounine…

Bien plus que devant le tsar-juge, je suis maintenant devant le tsar-confesseur et je dois lui ouvrir les sanctuaires les plus secrets de ma pensĂ©e…

Je n’ai pas mĂ©ritĂ© cette grĂące (la proposition d’écrire sa confession) et je rougis Ă  la pensĂ©e de tout ce que j’ai osĂ© dire et Ă©crire de la sĂ©vĂ©ritĂ© inexorable de Votre MajestĂ© ImpĂ©riale.

Que si l’on attribue le ton et l’allure de la Confession Ă  une Ă©poque de dĂ©pression et de crise, Ă  une Ă©poque de dĂ©sespoir, comme on serait tentĂ© de l’admettre en se reprĂ©sentant l’homme d’une Ă©nergie exceptionnelle, enfermĂ©, isolĂ©, condamnĂ© Ă  mort, vivant dans un tĂȘte-Ă -tĂȘte continu avec la pensĂ©e d’une mort prochaine, inutile et grise, comment expliquer certaines de ses suppliques adressĂ©es de SibĂ©rie — oĂč il vivait dĂ©jĂ  dans une libertĂ© relative et dont le ton, comme me le disait une personne qui les a Ă©tudiĂ©es, est servile ? Certes, Bakounine connut une bien grande torture. “Chaque jour, dit-il, on se sent abĂȘtir…” Dans telle supplique, on ne voit plus que le cri d’un torturĂ© :

Ne me laissez pas mourir dans une rĂ©clusion perpĂ©tuelle. Reclus, on se souvient, on se souvient sans cesse et sans fruit. La pensĂ©e, la mĂ©moire deviennent un inexprimable supplice. On vit, on vit longtemps malgrĂ© soi et, ne mourant pas, on se sent chaque jour mourir un peu dans la dĂ©tresse et l’oisivetĂ©.

Il s’est humiliĂ©, il a faibli, sans doute, il n’a pas trahi. Sur un point, il a Ă©tĂ© inĂ©branlable, et c’était aux yeux de l’empereur Nicolas le point essentiel. Il a Ă©crit :

N’exigez pas que je vous confesse les pĂ©chĂ©s d’autrui… Je n’ai sauvĂ© qu’un seul bien dans le naufrage : l’honneur et la conscience, de n’avoir jamais allĂ©gĂ© mon sort par une trahison.

En regard de ces lignes, l’Empereur a notĂ© qu’elles “annihilaient toute confiance”…

Quand ce livre douloureux aura Ă©tĂ© publiĂ©, Ă©tudiĂ© ligne Ă  ligne et situĂ© dans la biographie critique du grand anarchiste, on pourra sans doute esquisser sur la personnalitĂ© de Bakounine un nouveau jugement. Suivant le professeur Illinsky qui s’exprime pourtant avec la plus grande modĂ©ration, son caractĂšre de rĂ©volutionnaire en sortira “amoindri”. Bakounine Ă©crivant aux autoritĂ©s sibĂ©riennes pour solliciter un poste de fonctionnaire, dissimulait ce fait Ă  son ami A. Herzen, au prix d’un mensonge. Sans mon consentement, Ă©crivit-il, le gouverneur de la SibĂ©rie Hasfor m’a obtenu l’autorisation de prendre du service…

Au cours de la premiĂšre querelle des socialistes et des anarchistes dans l’Internationale, ce fut un Ă©pisode bien triste que celui des calomnies dont Bakounine fut l’objet de la part de quelques amis trop zĂ©lĂ©s de Marx et auquel, suivant quelques-uns, Marx lui-mĂȘme ne serait pas restĂ© Ă©tranger. Des rumeurs circulĂšrent, concernant de vagues relations entre Bakounine et le tsar, entre Bakounine et la police du tsar. La dĂ©couverte de sa Confession fait la lumiĂšre Ă  ce sujet. Les calomnies durent prendre racine dans quelques demi-rĂ©vĂ©lations intentionnelles de la police impĂ©riale sur le document confidentiel que le tsar avait fait classer dans ses archives. Le gouvernement russe projeta mĂȘme de le publier dans le but de discrĂ©diter son adversaire, Ă©vadĂ©, redevenu son ennemi irrĂ©conciliable.

S’il s’agissait d’un homme ordinaire, d’un obscur militant de la rĂ©volution, cette crise, OlmĂŒtz, Pierre-et-Paul, SchlĂŒsselbourg, la peine de mort, l’isolement, la SibĂ©rie suffiraient Ă  l’expliquer. Mais Tchernichevsky enfermĂ© ou exilĂ© vingt ans, cĂŽtoyant indĂ©finiment la folie, n’a pas faibli. Mais Vera Figner, Morozov, qui sont sortis de SchlĂŒsselbourg aprĂšs vingt ans n’ont pas eu de pareils “repentirs”. Mais tous ceux, cĂ©lĂšbres ou inconnus, qui sont devenus fous ou qui sont morts dans les geĂŽles du tsar, s’ils ont subi une passion mille fois plus longue que celle du Christ, s’ils ont parfois doutĂ© d’eux-mĂȘmes et de leur Ɠuvre, s’ils ont parfois dĂ©failli, se sont tus et leurs bourreaux n’en ont jamais rien su. A ceux-lĂ  et Ă  ceux qui ont hĂ©ritĂ© de leur esprit, la Confession de Bakounine fera mal. A ce moment de sa vie Bakounine a chancelĂ©. Il n’a pas Ă©tĂ© “surhumain”. Plus Ă©nergique, plus impĂ©tueux, plus ardent, plus clairvoyant, plus imaginatif que beaucoup, il n’a pourtant pas Ă©tĂ© inĂ©branlable. Tel quel il a dominĂ© sa gĂ©nĂ©ration, il domine encore la nĂŽtre mais nous l’eussions prĂ©fĂ©rĂ© inflexible, afin que, plus tard, sa lĂ©gende soit plus belle. Car il est de ceux qui laissent une lĂ©gende. Le document humain que l’on vient de dĂ©couvrir nous apprend qu’il a eu comme presque tous les hommes, ses heures de dĂ©faite et que, plus grand que la plupart, il en a aussi Ă©tĂ© plus brisĂ©.

Victor SERGE.

PĂ©trograd, 7 novembre 1919.




Source: Archivesautonomies.org