Mai 6, 2021
Par Contretemps
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À l’occasion des 150 ans de la Commune de Paris, Contretemps va publier du 18 mars au 4 juin une lettre quotidienne rĂ©digĂ©e par Patrick Le Moal, donnant Ă  voir ce que fut la Commune au jour le jour

***

L’essentiel de la journĂ©e

Situation militaire

Journée sans affrontements importants.

A l’ouest

La canonnade est intense, Ă  AsniĂšres la Maison Blanche est en feu.

Au sud

Les forts de Vanves et Issy sont toujours bombardĂ©s, les travaux des Versaillais se poursuivent pour isoler le fort d’Issy.

La réorganisation militaire continue

Les Ă©changes entre le comitĂ© de salut public et le dĂ©lĂ©guĂ© Ă  la guerre Rossel sont destinĂ©s Ă  ĂȘtre publiĂ©s dans le Journal Officiel, comme s’il fallait officialiser de maniĂšre indiscutable des demandes et des rĂ©ponses.

La datation selon le calendrier républicain réapparaßt.

En vertu de l’arrĂȘtĂ© du ComitĂ© de salut public, en date du 15 florĂ©al an 79, le colonel Rossel, dĂ©lĂ©guĂ© Ă  la direction et au commandement gĂ©nĂ©ral des opĂ©rations militaires, est invitĂ© Ă  faire, dans le plus bref dĂ©lai, la rĂ©partition des diffĂ©rents commandements militaires.

Le ComitĂ© de salut public :

ANT. ARNAUD, GERARDIN, L. MEILLET, G. RANVIER.

*

En exĂ©cution de l’arrĂȘtĂ© du ComitĂ© de salut public en date du 15 florĂ©al an 79.

Le dĂ©lĂ©guĂ© Ă  la guerre arrĂȘte ainsi qu’il suit la rĂ©partition des diffĂ©rents commandements militaires :

Le général Dombrowski se tiendra de sa personne à Neuilly, et dirigera directement les opérations sur la rive droite.

Le général La Cécilia dirigera les opérations entre la Seine et la rive gauche de la BiÚvre. Il prendra le titre de général commandant le centre.

Le gĂ©nĂ©ral Wroblewski conservera le commandement de l’aile gauche.

Le gĂ©nĂ©ral Bergeret commandera la 1re brigade de rĂ©serve ; le gĂ©nĂ©ral Eudes commandera la 2e brigade active de rĂ©serve.

Chacun des généraux ci-dessus désignés conservera un quartier à

l’intĂ©rieur de la ville ainsi qu’il suit :

1° Le gĂ©nĂ©ral Dombrowski, Ă  la place VendĂŽme ;

2° Le gĂ©nĂ©ral La CĂ©cilia, Ă  l’École militaire ;

3° Le gĂ©nĂ©ral Wroblewski, Ă  l’ÉlysĂ©e ;

4° Le gĂ©nĂ©ral Bergeret, au Corps lĂ©gislatif ;

5° Le gĂ©nĂ©ral Eudes, Ă  la LĂ©gion d’honneur.

Un ordre ultérieur déterminera les troupes que le ministÚre de la

guerre mettra Ă  leur disposition.

Le délégué à la guerre, ROSSEL.

Paris, le 5 mai 1871.

Le ComitĂ© de salut Public valide l’accord passĂ© entre Rossel et le ComitĂ© central de la garde nationale tel qu’il a Ă©tĂ© annoncĂ© par Rossel hier. Au dĂ©lĂ©guĂ© Ă  la guerre l’initiative et la direction des opĂ©rations militaires, au comitĂ© central l’administration de la guerre. Le ComitĂ© de salut public n’a plus de rĂŽle en cette matiĂšre.

Paris, le 5 mai 1871.

Le comité de salut public

ARRÊTE :

Art. 1er. La délégation à la guerre comprend deux divisions

Direction militaire.

Administration.

Art. 2. Le colonel Rossel est chargĂ© de  de l’initiative et de la direction des opĂ©rations militaires.

Art. 3. Le ComitĂ© central de la garde nationale est chargĂ© des diffĂ©rents services de l’administration de la guerre, sous le contrĂŽle direct de la commission militaire communale.

Le ComitĂ© de salut public :

ANT. ARNAUD, CH. GERARDIN, FELIX PYAT, LEO MEILLET, G. RANVIER

TĂ©moignage

Louise Milliet Ă  FĂ©lix Milliet

Le fort d’Issy 
 est en triste Ă©tat. Il se fera probablement sauter mais la position ne sera pas plus tenable pour les Versaillais que pour les fĂ©dĂ©rĂ©s. J’espĂšre que tu ne crois pas un mot de tous les mensonges dans les journaux de Versailles. Il est impossible d’avoir plus de mauvaise foi. Comprend-on ce gouvernement qui s’obstine Ă  considĂ©rer la rĂ©volution de Paris comme le fait d’une poignĂ©e de factieux. Une poignĂ©e de factieux qui a fait faire le gouvernement, une poignĂ©e de factieux qui tient en Ă©chec la plus belle armĂ©e que l’on ait jamais vue, et cela depuis six semaines et ils n’ont pas fini. Il devraient comprendre qu’il y a quelque chose au fond, une idĂ©e qui vaut la peine d’ĂȘtre discutĂ©e, mais non, ils sont aveugles comme tout ce qui est vieux et tout ce qui est destinĂ© Ă  tomber. Pour moi je crois que c’est l’enfantement laborieux d’une Ăšre nouvelle et non l’agonie de la France. Aussi je regarde et j’écoute, le grand malheur c’est que les hommes manquent, d’un cĂŽtĂ© il n’y a que les vieux rogatons de 1830 et de l’autre des fruits verts pas mĂ»rs du tout. Les rĂ©volutions mĂ»rissent vite les hommes mais pas assez encore pour nos besoins pressants. Voici ma conviction, c’est que quand mĂȘme l’AssemblĂ©e vaincrait Paris elle sera obligĂ© de lui accorder les franchises municipales. L’idĂ©e est bien plantĂ©e et arrosĂ©e de trop de sang pour qu’elle ne pousse pas. Autant vaudrait s’exĂ©cuter tout de suite.

*

Élie Reclus, 44 ans, journaliste

D’une affiche officielle collĂ©e sur les murs, j’extrais les chiffres suivants :

Effectif de la garde nationale.

Bataillons de marche : 99 980 hommes

PrĂ©sents :                           Absents :

Troupe     84 986                        Troupe          11 389

Officiers     3 413                        Officiers             242

_____________                          ________________

PrĂ©sents   88 399                        Absents        11 681

Bataillons sédentaires : 97 852 hommes

PrĂ©sents :                        Absents :

Troupe     77 665                        Troupe          16 435

Officiers     3 094                        Officiers             658

_______________                       ________________

PrĂ©sents   80 759                        Absents        17 093

Un chiffre gĂ©nĂ©ral de 197 832 hommes, sur lesquels 12,6 % sont absents dans les compagnies de marche et 17,5 % sont absents dans les compagnies sĂ©dentaires

Encore sur la place du ComitĂ© de salut public !

La Commune reprend la discussion sur les responsabilitĂ©s de certains membres du ComitĂ© de salut public, car si des dĂ©cisions militaires ont Ă©tĂ© prises sans en rĂ©fĂ©rer Ă  Rossel, cela pose problĂšme. Contrairement Ă  ce que dit ce dernier, cela n’a rien Ă  voir avec la trahison au Moulin Saquet et aux difficultĂ©s du cĂŽtĂ© d’Issy, mais si l’on envoie des ordres soit pour les vivres, pour les mouvements militaires, soit pour d’autres mesures Ă  prendre, cela peut vite devenir le chaos comme le dit un membre.

Intervention – Auguste Viard, 35 ans, employĂ© de commerce, marchand de couleurs


 que la lumiĂšre soit faite sur tous les faits dont il a Ă©tĂ© question ; il faut que nous sachions qui a menti ; car on a menti ; c’est incontestable. Cette nuit, j’ai couchĂ© chez moi pour la premiĂšre fois, et il m’a Ă©tĂ© de toute impossibilitĂ© de reposer ; sous mes fenĂȘtres, des conversations Ă  haute voix avaient lieu ; l’on parlait de bataillons qui avaient Ă©tĂ© entourĂ©s, qui avaient Ă©tĂ© dĂ©cimĂ©s, de l’incapacitĂ© des chefs, etc. Tout ce que j’ai entendu m’a causĂ©, une Ă©motion telle que je n’ai pu y rĂ©sister ; et je suis descendu pour faire taire toutes ces calomnies, toutes ces exagĂ©rations, toutes ces plaintes qui circulent partout. Je demande donc, je le rĂ©pĂšte, que l’on fasse venir les quatre parties intĂ©ressĂ©es, afin que tout le monde soit parfaitement Ă©clairĂ© Ă  tous Ă©gards. 
 Ayons la conscience, c’est un devoir, pour nous, de laisser toutes personnalitĂ©s de cĂŽtĂ© ; soyons parlementaires, et arrivons enfin Ă  connaĂźtre la vĂ©ritĂ©, toute la vĂ©ritĂ©.

Le dĂ©bat s’envenime, Tridon dit que les Ă©lecteurs doivent savoir « si, parmi nous, il y a des menteurs et des traĂźtres ; il faut qu’ils connaissent aussi les hommes qui ont pris les mesures dont ils ont Ă©tĂ© victimes. Â»  D’autres insistent Ă  nouveau pour que les attributions du ComitĂ© de salut public soient parfaitement dĂ©limitĂ©es. Le cordonnier Simon Dereure, membre de l’Internationale affirme avec raison : « On vous parle de trahison ; mais la trahison n’a rien Ă  faire ici. Tout ce que nous voulons savoir c’est si le ComitĂ© de salut public a le droit de donner des ordres Ă  la Guerre. Â» C’est bien la discussion importante, savoir si le ComitĂ© de salut public est compĂ©tent dans les questions militaires. Si oui, il n’y a pas besoin de dĂ©lĂ©guĂ© Ă  la Guerre ; mais, s’il y a un homme capable de sauver la situation militaire de Paris, il faut que lui seul soit dĂ©lĂ©guĂ© aux opĂ©rations militaires sous le contrĂŽle du ComitĂ©, de la Commission et de la Commune. Mais, alors, il ne faut pas que le ComitĂ© aille donner des ordres.

Petit Ă  petit il est confirmĂ© qu’un membre du ComitĂ© de salut public, FĂ©lix Pyat, a bien signĂ© un ordre commandant Ă  Wroblewski de se porter Ă  Issy. Tous sont d’accord pour dire que le ComitĂ© de salut public a eu tort de donner cet ordre sans en prĂ©venir la Guerre.

FĂ©lix Pyat annonce une nouvelle fois qu’il donne sa dĂ©mission.

TĂ©moignage – Adolphe de Balathier-Braguelonne, 60 ans, journaliste hostile Ă  la Commune, Directeur de La Petite Presse

Pour celui qui Ă©tudie les transformations que Paris subit chaque jour, Paris s’éteint. Sa physionomie ne ressemble en rien Ă  celle qu’elle avait pendant le siĂšge.

DĂšs neuf heures du soir, la ligne du boulevard ne prĂ©sente plus, des deux cĂŽtĂ©s, qu’une longue façade sombre et noire, quelque chose comme un catafalque devant lequel les lanternes du gaz se dressent çà et lĂ  comme des cierges funĂ©raires.
De la Madeleine Ă  l’OpĂ©ra, un marchand de tabac, seul, proteste par sa porte mi entr’ouverte. Le restaurant Peters essaie d’éclairer sa façade basse.
De lĂ  Ă  Tortoni, qui allume trois becs de gaz, rien. Puis le cafĂ© Riche oĂč les hĂ©roĂŻques s’assoient encore, puis rien jusqu’au CafĂ© de Madrid, qui brille comme un phare.

On sent que le cafĂ© de Madrid est le centre de l’action ; les kĂ©pis aux mille galons y foisonnent. À chaque instant, un officier Ă  ceinture rouge arrive galopant de son mieux et portant des nouvelles de victoires. Les chevaux hennissent, les nouvelles se font et se dĂ©bitent, les bocks se vident et se remplissent. C’est le cafĂ© Helder de la Commune.
De là au Gymnase, rien que du sombre et de la nuit. Au-delà, plus rien du tout que quelques débits de vin et quelques marchands de tabac.

*

Observation sur cet article

Le CafĂ© de Madrid a  Ă©tĂ© trĂšs frĂ©quentĂ©. Massenet de MarancourBarral de MontaudRazoua, HumbertMaroteauVermerschSecondignĂ©VermorelPierre DenisCourbetMiot,  CavalierJ.-B. ClĂ©mentPilotell Ă©taient parmi les habituĂ©s. Mais le propriĂ©taire, qui serait un agent versaillais, a fermĂ© son Ă©tablissement vers le 25 avril[1]. 
 peut-ĂȘtre que le journaliste de La Petite Presse a oubliĂ© ce dĂ©tail !

Les chansons des communeux/ses

Loin des cafés huppés, dans les quartiers populaires, on chante ensemble, en toute fraternité. Que ce soit en famille, avec des amis, dans les goguettes ou les sociétés chantantes, dans les salles de spectacles ou les cafés-concerts.

On reprend les chants traditionnels de la Révolution française, La Carmagnole, La Marseillaise ou Le Chant du Départ, avec des couplets rajoutés, inventés par les chansonniers et les ouvrier-es. Ils répondent à la situation, prennent pour cible Thiers et les Versaillais.

Rosalie Bordas, 30 ans, chanteuse populaire

NĂ©e dans une famille de tradition montagnarde, qui tenait le cafĂ© « rouge Â» de sa petite ville. Elle y fit ses dĂ©buts de chanteuse populaire, fut remarquĂ©e par les jeunes poĂštes, et connut le succĂšs dans les cafĂ©s chantants du Midi, oĂč elle incarnait avec passion la Marianne rĂ©publicaine.

Au dĂ©but de 1870 elle vint chanter Ă  Paris, « excitant la sympathie des adversaires de l’Empire par les tendances dĂ©mocratiques de son rĂ©pertoire. Â» Elle s’est rendue cĂ©lĂšbre en chantant « La Canaille Â», aprĂšs le meurtre de Victor Noir, puis « La Marseillaise Â», aprĂšs la dĂ©claration de guerre.

Voici une des chansons populaires, « Le drapeau rouge Â» :

EnquĂȘte sur Blanchet, membre de la Commune

Pour ajouter Ă  l’ambiance, il apparaĂźt qu’un membre Ă©lu de la Commune, connu sous le nom de Blanchet s’appelle en fait Stanislas Pourille, qu’il a Ă©tĂ©, Ă  Lyon, secrĂ©taire de commissaire de police et condamnĂ© Ă  six jours de prison pour banqueroute. Les dĂ©lĂ©guĂ©s de la SĂ»retĂ© gĂ©nĂ©rale, informĂ©s par deux citoyens, ont enquĂȘtĂ©, se sont fait dĂ©livrer un extrait du casier judiciaire, ont arrĂȘtĂ© et interrogĂ© l’individu, qui a reconnu tous ces faits. Il dĂ©missionne de la Commune.
Les francs-maçons parisiens lancent un appel à leurs frÚres de France et du monde entier

Il y relatent les vaines dĂ©marches de conciliation et appellent aux armes : « â€Š Attendu que les efforts des francs-maçons ont Ă©tĂ© trois fois repoussĂ©s par ceux-lĂ  mĂȘmes qui ont la prĂ©tention de reprĂ©senter l’ordre et que leur longue patience est Ă©puisĂ©e, tous les francs-maçons et compagnons doivent prendre l’arme vengeresse et crier : FrĂšres, debout ! que les traĂźtres et les hypocrites soient chĂątiĂ©s ! 
 Les francs-maçons et les compagnons de Paris, fĂ©dĂ©rĂ©s Ă  la date du 2 mai, s’adressent Ă  tous ceux qui les connaissent. FrĂšres en maçonnerie et frĂšres compagnons, nous n’avons plus Ă  prendre d’autre rĂ©solution que celle de combattre et de couvrir de notre Ă©gide sacrĂ©e le cĂŽtĂ© du droit. Armons-nous pour la dĂ©fense ! Sauvons Paris ! Sauvons la France ! Sauvons l’humanitĂ© ! Paris, Ă  la tĂšte du progrĂšs humain, dans une crise suprĂȘme, fait son appel Ă  la Maçonnerie universelle, aux compagnons de toutes les corporations, il crie : À moi les enfants de la veuve ! Cet appel sera entendu par tous les francs-maçons et compagnons ; tous s’uniront pour l’action commune, en protestant contre la guerre civile que fomentent les souteneurs des monarchies. Tous comprendront que ce que veulent leurs frĂšres de Paris, c’est que la justice passe de la thĂ©orie Ă  la pratique, que l’amour des uns pour les autres devienne la rĂšgle gĂ©nĂ©rale, et que l’épĂ©e n’est tirĂ©e du fourreau, Ă  Paris, que pour la lĂ©gitime dĂ©fense de l’humanitĂ©. 
 Â»

De nouvelles interdictions de journaux

Elles sont prises pendant la durĂ©e de la guerre, et aussi longtemps que la Commune de Paris aura Ă  combattre les bandes de Versailles qui l’assiĂšgent et rĂ©pandent le sang des citoyens, car selon le dĂ©lĂ©guĂ© Ă  la sĂ»retĂ© gĂ©nĂ©rale, il n’est pas possible de tolĂ©rer les manƓuvres coupables des auxiliaires de l’ennemi. Il place au nombre de ces manƓuvres les attaques calomnieuses dirigĂ©es par certains journaux contre la population de Paris et la Commune. Ces attaques sont « une insulte permanente au courage, au dĂ©vouement et au patriotisme de nos concitoyens ; Qu’il serait contraire Ă  la moralitĂ© publique de laisser continuellement dĂ©verser par ces journaux la diffamation et l’outrage sur les dĂ©fenseurs de nos droits qui versent leur sang pour sauvegarder les libertĂ©s de la Commune et de la France Â».

ConsidĂ©rant que le gouvernement de fait qui siĂšge Ă  Versailles interdit dans toutes les parties de la France, qu’il trompe, la publication et la distribution des journaux qui dĂ©fendent les principes de la rĂ©volution reprĂ©sentĂ©s par la Commune ;

ConsidĂ©rant que les journaux Le Petit Moniteur, Le Petit National, Le Bon Sens, La Petite Presse, Le Petit Journal, La France, Le Temps excitent dans chacun de leurs numĂ©ros Ă  la guerre civile, et qu’ils sont les auxiliaires les plus actifs des ennemis de Paris et de la RĂ©publique.

ARRÊTE :

Art. 1er. Les journaux Le Petit Moniteur, Le Petit National, Le Bon Sens, La Petite Presse, Le Petit Journal, La France, Le Temps sont supprimés.

Art. 2. Notification du prĂ©sent arrĂȘtĂ© sera faite Ă  chacun des susdits journaux et Ă  leurs imprimeurs, responsables de toutes publications ultĂ©rieures, par les soins du citoyen Le Moussu, commissaire aux dĂ©lĂ©gations, chargĂ© de l’exĂ©cution du prĂ©sent arrĂȘtĂ©.

Le membre de la Commune délégué à la sûreté générale. F. COURNET.

Paris le 5 mai 1871.

DĂ©cision de dĂ©molition de la chapelle expiatoire de Louis XVI

Le Comité de salut public,

ConsidĂ©rant que l’immeuble connu sous le nom de chapelle expiatoire de Louis XVI est une insulte permanente Ă  la premiĂšre RĂ©volution et une protestation perpĂ©tuelle de la rĂ©action contre la justice du peuple,

ARRÊTE :

Art. 1er. La chapelle dite expiatoire de Louis XVI sera dĂ©truite.

Art. 2. Les matĂ©riaux en seront vendus aux enchĂšres publiques au profit de l’administration des domaines.

Art. 3. Le directeur des domaines fera procĂ©der, dans les huit jours, Ă  l’exĂ©cution du prĂ©sent arrĂȘtĂ©.

Le ComitĂ© de salut public :

ANT. ARNAUD, CH. GERARDIN, FELIX PYAT, LEO MEILLET, G. RANVIER

Paris, le 16 floréal an 79

Il est Ă©vident que cette chapelle construite par Louis XVIII qui s’élĂšve dans le VIIIĂšme arrondissement, Ă  l’emplacement de l’ancien cimetiĂšre de la Madeleine oĂč avaient Ă©tĂ© placĂ©s les corps de Louis XVI et Marie-Antoinette avant d’ĂȘtre transfĂ©rĂ©s Ă  la basilique de Saint-Denis, oĂč sont enterrĂ©s des gardes suisses tuĂ©s lors de la prise du palais des Tuileries, est une insulte Ă  la premiĂšre RĂ©volution.

On parle aussi vaguement de faire tomber les statues Ă©questres de Henri IV, Louis XIII, Louis XIV, qui existent Ă  Paris. N’y a-t-il pas plus urgent et important que de passer du temps Ă  ces dĂ©cisions ?

Du cÎté des Clubs

Club Central, club Saint-Eustache

Notification a Ă©tĂ© faite au curĂ© hier de mettre son Ă©glise Ă  la disposition d’un club, destinĂ© Ă  ĂȘtre le Club Central de Paris, oĂč sont invitĂ©s les dĂ©lĂ©guĂ©s de tous les clubs de Paris.

L’ouverture a lieu ce soir. L’église a Ă©tĂ© immĂ©diatement envahie par la foule, Ă  majoritĂ© fĂ©minine.

Le curé célÚbre chaque jour la messe devant un grand nombre de fidÚles, la célébration du mois de Marie a lieu tous les soirs à 16 heures dans la chapelle de la Vierge.
Le club fonctionnera chaque soir sans dĂ©grader ni profaner l’édifice.

Maitron

En bref

■  La tĂ©lĂ©graphie privĂ©e a Ă©tĂ© suspendue pour assurer la tĂ©lĂ©graphie militaire. Aujourd’hui, celle-ci est assurĂ©e. Des bureaux de la tĂ©lĂ©graphie privĂ©e seront trĂšs prochainement rouverts. En consĂ©quence, la dĂ©lĂ©gation au tĂ©lĂ©graphe invite les nouveaux employĂ©s qui se sont retirĂ©s depuis la fermeture de ces bureaux, et qui voudraient du service dans l’administration, Ă  se prĂ©senter lundi, mardi ou mercredi prochain, de deux heures Ă  quatre heures, pour subir un examen succinct, et s’ils sont admis, recevoir une commission et une destination.

■  La saisie des pains frais a Ă©tĂ© opĂ©rĂ©e dĂšs ce matin chez quelques boulangers de paris.

■  Le ComitĂ© de salut public annonce que toutes les exemptions du service de la garde nationale dĂ©livrĂ©es jusqu’à ce jour aux employĂ©s et Ă  tous les agents de chemin de fer, commissionnĂ©s ou non, sont et demeurent annulĂ©es, et qu’à l’avenir, ne pourront ĂȘtre exemptĂ©s du service de la garde nationale, les employĂ©s et tous les agents de chemin de fer dont la prĂ©sence sera reconnue indispensable aux besoins de l’exploitation ou de l’administration, et dĂ©livrĂ©es par le contrĂŽleur gĂ©nĂ©ral des chemins de fer, et revĂȘtues de l’approbation d’un dĂ©lĂ©guĂ© spĂ©cial du ComitĂ© central de la garde nationale. Tout employĂ© des chemins de fer faisant son service de garde national continuera Ă  recevoir son traitement.

■  L’intervention directe des conseils de lĂ©gion dans les gares, bureaux ou administrations de chemin de fer est absolument interdite.

En dĂ©bat – Quelle lutte Ă  outrance ?

Les Ă©lans qui se multiplient pour la recherche des traĂźtres, sous le coup de l’émotion de vraies traĂźtrises, comme celle du Moulin Saquet et des morts des combattants sont-ils le moyen le plus efficace de faire face Ă  la situation ?

Or il y a besoin de réfléchir à la meilleure solution à prendre pour gagner.

La seule réponse militaire ne démontre pas son efficacité. Les troupes fédérées subissent de lourdes pertes, il y a des milliers de morts, de blessés de prisonniers. Les meilleurs bataillons qui sont au feu depuis des semaines commencent à fatiguer.

Les diverses conciliations tentĂ©es par des Ă©lus rĂ©publicains, les industriels, les francs-maçons, se sont heurtĂ©es Ă  un refus obstinĂ© de Thiers de lĂącher quoique ce soit. On sait maintenant que son objectif est l’écrasement du peuple ouvrier de Paris en rĂ©volution.

Y a-t-il la possibilitĂ© de prendre des dĂ©cisions qui attaquant Ă©conomiquement et politiquement Versailles d’une maniĂšre tellement forte qu’elle dĂ©place le rapport des forces ?

Pourquoi ne dĂ©bat-on pas de la banque de France, de la Bourse, des grandes entreprises ?

Est-il possible de trouver des alliĂ©s et sur quel terrain ?
L’assemblĂ©e versaillaise vient de connaĂźtre une dĂ©faite Ă©lectorale lors des municipales qui viennent de se dĂ©rouler. La majoritĂ© monarchiste des Ă©lections du 8 fĂ©vrier, des Ă©lections pour la paix, contre la lutte Ă  outrance que voulait Paris, a disparu lors de ces Ă©lections, fragilisant le pouvoir rĂ©actionnaire et assassin. Comment utiliser cette nouvelle situation politique Ă  l’avantage de la rĂ©volution ?

Or la recherche de traĂźtres dĂšs qu’un dĂ©bat s’ouvre interdit toute rĂ©flexion collective dans la Commune pour rĂ©pondre efficacement Ă  ces nouvelles coordonnĂ©es politiques.
Avoir comme seule rĂ©ponse la dĂ©fense militaire Ă  outrance, dĂ©terminĂ©e, courageuse, est-ce le plus efficace ?

N’y a-t-il pas d’autres formes de la lutte Ă  outrance qui redonneraient Ă  la lutte militaire des moyens qu’elle ne peut obtenir seule dans Paris isolĂ© ?

Note

[1]MaĂźtron

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Source: Contretemps.eu