Mai 27, 2021
Par Contretemps
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À l’occasion des 150 ans de la Commune de Paris, Contretemps publie du 18 mars au 4 juin une lettre quotidienne rĂ©digĂ©e par Patrick Le Moal, donnant Ă  voir ce que fut la Commune au jour le jour

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L’essentiel de la journĂ©e

Il ne reste que trois Ă  quatre mille fĂ©dĂ©rĂ©s pour faire face aux dizaines de milliers de versaillais, trois corps d’armĂ©e ! Il n’y a plus d’espoir pour les combattants de l’insurrection. Il pleut, la fusillade a un bruit sourd.

Les prussiens viennent en aide Ă  l’armĂ©e versaillaise.

Ils ont arrĂȘtĂ© les trains depuis lundi en gare du Nord, et postĂ© des sentinelles sur toute la ligne qu’ils contrĂŽlent, avec ordre strict de ne laisser passer personne.

Entre hier soir et aujourd’hui, 10 000 soldats prussiens ont Ă©tĂ© massĂ©s sur toute la ligne, formant un cordon infranchissable, investissant Vincennes avec 100 piĂšces d’artillerie. Il est impossible de sortir de Paris.

Les Versaillais encerclent le XXĂšme arrondissement

Au Nord, une colonne de l’armĂ©e parvient jusqu’à la place de la Rotonde Ă  la Villette. Les soldats entrant dans l’usine Ă  gaz tuent neuf employĂ©s, et sans l’intervention du directeur auraient massacrĂ© tous ceux de l’établissement. Le soir, un nouvel incendie embrase Paris : les docks sont la proie des flammes.

Les versaillais avancent jusqu’à la porte de Vincennes, s’emparent du faubourg Saint-Antoine, de la gare de Lyon, que les fĂ©dĂ©rĂ©s incendient en se retirant, et de la place du TrĂŽne : les troupes sont parvenues au pied du PĂšre-Lachaise. La rĂ©sistance Ă  Bastille a Ă©tĂ© hĂ©roĂŻque : il y a eu plus de cent cadavres sur la barricade rue de Charenton, et ce soir la place du trĂŽne tient toujours.

Dans la nuit, le commandant des chasseurs Ă  pied Versaillais s’étant trop approchĂ© de Bastille, il a Ă©tĂ© enlevĂ© et fusillĂ©. C’est le seul exemple oĂč les fĂ©dĂ©rĂ©s ont fusillĂ© un prisonnier.

Les fédérés se maintiennent encore dans les buttes Chaumont et dans le PÚre-Lachaise.

Témoignage de Martial Senisse, 20 ans, maçon limousin

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Ce matin, une bruine Ă©paisse tombe sur le quartier. La colonne de juillet brĂ»le. Des obus l’ont traversĂ©e et ont mis le feu aux couronnes dessĂ©chĂ©es, au revĂȘtement de feuillage et de drapeaux que les fĂ©dĂ©rĂ©s avaient apportĂ©s lĂ  depuis les premiers jours de FĂ©vrier. La colonne repose sur les voĂ»tes maçonnĂ©es du canal Saint Martin et ces voĂ»tes se lĂ©zardent dangereusement sous l’effet d’un incendie provoquĂ© par cinq pĂ©niches de pĂ©trole qui flambent en ce moment sous le tunnel du canal. Des nuages de fumĂ©e envahissent la place. [
]  L’ennemi est en train de nous encercler. AprĂšs avoir occupĂ© les bastions proches de la Seine, une colonne a suivi la ligne du chemin de fer de Vincennes, une autre le boulevard Mazas et les premiers versaillais ont atteint dans notre dos le faubourg Saint Antoine. [
] Nous n’étions pas plus de cent entre la Bastille et la rue d’Aligre et nous avons tenu tĂȘte Ă  toute une armĂ©e. Dans le quartier, tous ceux des nĂŽtres qui sont pris sont fusillĂ©s sur place. DĂšs qu’une barricade tombe, nous entendons le bruit des pelotons d’exĂ©cution.

[
] J’ai pris le commandement de la colonne des survivants et nous avons fait retraite en direction de Charonne. Derriùre nous, les versaillais qui venaient de la Bastille progressaient par le faubourg Saint Antoine et par la rue de la Roquette.

L’assassinat de Jean Milliùre

54 ans, avocat, démocrate socialiste, Jean MilliÚre a été nommé chef de bataillon de la garde nationale durant le siÚge. TrÚs populaire dans le XXÚme arrondissement, il est élu député lors des élections du 8 février 1871.

Il n’a pas dĂ©missionnĂ© de l’AssemblĂ©e, pas mĂȘme lorsqu’il a Ă©tĂ© Ă©lu Ă  la Commune, poste qu’il n’a pas pris. C’est l’attaque de Versailles contre Paris qui le conduit Ă  la dĂ©mission le 4 avril seulement. Il est convaincu que l’appui de la province est dĂ©cisif pour la victoire de la rĂ©volution. Il va s’y employer en crĂ©ant l’« Alliance rĂ©publicaine des dĂ©partements Â» pour regrouper les Parisien-nes, selon leur lieu d’origine, qui apporte son adhĂ©sion Ă  la Commune, le 29 avril.

TĂ©moignage de Prosper-Olivier Lissagaray, 33 ans, journaliste

MilliĂšre, arrĂȘtĂ© sur la rive gauche, est amenĂ© Ă  l’état-major de Cissey. Ce gĂ©nĂ©ral d’Empire, perdu de sales dettes dont il mourut et qui, ministre de la Guerre, laissa surprendre par sa maĂźtresse, une Allemande, le plan d’un des nouveaux forts de Paris, avait fait du Luxembourg un des abattoirs de la rive gauche. Le rĂŽle de MilliĂšre, on l’a vu, avait Ă©tĂ© de conciliation et sa polĂ©mique dans les journaux d’un ton trĂšs Ă©levĂ©. Il Ă©tait restĂ© Ă©tranger Ă  la bataille, quoiqu’on affectĂąt de la confondre avec le chef de la 18e lĂ©gion ; mais la haine des officiers bonapartistes, celle de Jules Favre le guettait. L’exĂ©cuteur, le capitaine d’état-major Garcin, aujourd’hui gĂ©nĂ©ral, a racontĂ© tĂȘte haute ce crime. L’histoire lui doit la parole pour montrer quelle boue humaine les vengeances de l’ordre firent sourdre.

« MilliĂšre a Ă©tĂ© amenĂ© ; nous Ă©tions Ă  dĂ©jeuner avec le gĂ©nĂ©ral au restaurant de Tournon, Ă  cĂŽtĂ© du Luxembourg. Nous avons entendu un trĂšs grand bruit et nous sommes sortis. On m’a dit : « C’est MilliĂšre. Â» J’ai veillĂ© Ă  ce que la foule ne se fĂźt pas justice elle-mĂȘme. Il n’est pas entrĂ© dans le Luxembourg, il a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© Ă  la porte. Je m’adressai Ă  lui, et je lui dis : « Vous ĂȘtes bien MilliĂšre ? — Oui, mais vous n’ignorez pas que je suis dĂ©putĂ©. — C’est possible, mais je crois que vous avez perdu votre caractĂšre de dĂ©putĂ©. Du reste, il y a parmi nous un dĂ©putĂ©, M. de Quinsonnaz, qui vous reconnaĂźtra. Â»

« J’ai dit alors Ă  MilliĂšre que les ordres du gĂ©nĂ©ral Ă©taient qu’il fĂ»t fusillĂ©. Il m’a dit : « Pourquoi ? Â»

« Je lui ai rĂ©pondu : « Je ne vous connais que de nom, j’ai lu des articles de vous qui m’ont rĂ©voltĂ© ; vous ĂȘtes une vipĂšre sur laquelle on met le pied. Vous dĂ©testez la sociĂ©tĂ©. Â» Il m’a arrĂȘtĂ© en disant avec un air significatif : « Oh ! oui, je la hais, cette sociĂ©tĂ©. — Eh bien, elle va vous extraire de son sein, vous allez ĂȘtre passĂ© par les armes. — C’est de la justice sommaire, de la barbarie, de la cruautĂ©. — Et toutes les cruautĂ©s que vous avez commises, prenez-vous cela pour rien ? Dans tous les cas, du moment que vous dites que vous ĂȘtes MilliĂšre, il n’y a pas autre chose Ă  faire. Â»

« Le gĂ©nĂ©ral avait ordonnĂ© qu’il serait fusillĂ© au PanthĂ©on, Ă  genoux, pour demander pardon Ă  la sociĂ©tĂ© du mal qu’il lui avait fait. Il s’est refusĂ© Ă  ĂȘtre fusillĂ© Ă  genoux. Je lui ai dit : « C’est la consigne, vous serez fusillĂ© Ă  genoux et pas autrement. Â» Il a jouĂ© un peu la comĂ©die, il a ouvert son habit, montrant sa poitrine au peloton d’exĂ©cution. Je lui ai dit : « Vous faites de la mise en scĂšne, vous voulez qu’on dise comment vous ĂȘtes mort ; mourez tranquillement, cela vaut mieux. — Je suis libre, dans mon intĂ©rĂȘt et dans l’intĂ©rĂȘt de ma cause, de faire ce que je veux. — Soit, mettez-vous Ă  genoux. Â» Alors il me dit : « Je ne m’y mettrai que si vous m’y faites mettre par deux hommes. Â» Je l’ai fait mettre Ă  genoux et on a procĂ©dĂ© Ă  son exĂ©cution. Il a criĂ© : « Vive l’humanitĂ© ! Â» Il allait crier autre chose quand il est tombĂ© mort. Â»

Un militaire gravit les marches, s’approcha du cadavre et dĂ©chargea son chassepot dans la tempe gauche. La tĂȘte de MilliĂšre rebondit et, retournĂ©e en arriĂšre, Ă©clatĂ©e, noire de poudre, parut regarder le frontispice du monument.

« Vive l’humanitĂ© ! Â» Le mot dit les deux causes : « Je liens autant Ă  la libertĂ© pour les autres peuples que pour la France Â», disait un fĂ©dĂ©rĂ© Ă  un rĂ©actionnaire. En 1871 comme 1793, le combat de Paris est pour tous les opprimĂ©s.

Les survivant-es se regroupent

Les dĂ©bris de bataillons, des groupes de quelques dizaines d’hommes se regroupent dans le XXĂšme, et la mairie de MĂ©nilmontant devient le centre du mouvement. Elle distribue des logements, des uniformes, des munitions, des bons de vivres.

Les barricades sont nombreuses dans les rues inextricables du quartier, mais celles sur les grands boulevards ne sont pas protĂ©gĂ©es par derriĂšre. La route qui domine le PĂšre Lachaise, les buttes Chaumont, n’est pas gardĂ©e. Les canons ne peuvent ĂȘtre regroupĂ©s sur les hauteurs, car ceux qui tiennent les barricades refusent de s’en sĂ©parer, alors qu’ils sont peu utiles dans ces petites rues.

Quelques membres de la Commune visitent les barricades, mais leurs exhortations sont superflues : ceux qui restent sont les plus dĂ©terminĂ©s, les plus rĂ©solus.

Les rares membres de la Commune que l’on rencontre errent au hasard, absolument ignorĂ©s, mais ils n’ont pas renoncĂ© Ă  dĂ©libĂ©rer.

Ils sont une douzaine rue Haxo, le Comité Central arrive et revendique la dictature. On la lui donne en lui adjoignant Varlin. Du Comité de salut public, personne ne parle plus.

Les obus tombent en pluie sur le XXĂšme, les habitant-es se rĂ©fugient dans les caves. Les fĂ©dĂ©rĂ©s accueillaient les explosions aux cris de « Vive la Commune ! Â»

TĂ©moignage de Benoit Malon, 30 ans, ouvrier teinturier, journaliste

Depuis lundi soir, on voit passer de longues files de plusieurs centaines de prisonniers ramassĂ©s un peu partout ; on les lie quatre par quatre, quelquefois on leur attache les mains derriĂšre le dos, d’un soufflet on les dĂ©coiffe, et on les conduit entre deux doubles haies de soldats, les officiers ayant le revolver au poing, les soldats le fusil chargĂ© et la baĂŻonnette au bout du canon. A la moindre tentative de fuite, une dĂ©charge Ă  bout portant fait du prisonnier un cadavre. Ils n’arrivent pas toujours Ă  Versailles. Lorsque pendant le trajet, il plaĂźt Ă  l’officier qui commande le dĂ©tachement de faire quelques exĂ©cutions, il choisit dans le tas, et les pelotons d’exĂ©cution commencent leur lugubre besogne.
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A Versailles, cette haine des vaincus dĂ©passe les limites de la rage. LĂ , on va jusqu’à frapper les malheureux vaincus, on les dĂ©chirerait si les gendarmes et les soldats, dĂ©jĂ  si fĂ©roces eux-mĂȘmes, ne les protĂ©geaient un peu contre cette incroyable fureur qui s’applique Ă  tous les habitants de Paris.

Voici ce qu’en dit un tĂ©moin oculaire, correspondant d’un journal modĂ©rĂ©, l’IndĂ©pendant RĂ©mois :

« L’exaspĂ©ration contre Paris et les parisiens est grande ici. Ainsi que je vous le disais hier, quand un dĂ©tachement de prisonniers arrive, la foule se porte sur son passage, et sans la prudence et la fermetĂ© des troupes, il est certain qu’on attendrait pas, pour en faire justice, que la loi puisse leur ĂȘtre appliquĂ©e. La colĂšre des versaillais se manifeste contre les fĂ©dĂ©rĂ©s, mais contre tous les habitants de Paris. C’est un repaire de bandits, dit-on autour de moi, et il faut qu’on nous dĂ©barrasse de tous ceux qui y sont restĂ©s. Qu’on dĂ©truise partout le loup, la louve et les louveteaux (c’est ainsi que j’ai entendu dĂ©signer les familles parisiennes), et la tranquillitĂ© renaĂźtra pour longtemps. Â»

Arrivés au lieu de destination, les prisonniers sont parqués en plein air sous un soleil brûlant, ou sous la pluie et dans la boue, selon la température.

D’autres fois, ils sont entassĂ©s sur la terre nue, dans les caves ou les Ă©curies du ChĂąteau, empilĂ©s les uns sur les autres, dans la plus effrayante promiscuitĂ©, hommes, femmes, enfants. Ils sont dĂ©vorĂ©s par la vermine, ils ne reçoivent pour nourriture que du pain et de l’eau qu’on leur jette comme Ă  des chiens en quantitĂ© insuffisante en les injuriant ignominieusement. Un grand nombre, parmi les femmes surtout, sont atteints de folie. Le manque d’air, l’entassement, la fraĂźcheur du sol leur causent d’horribles souffrances. Il y a, au milieu d’eux, des enfants de huit ans et des vieillards de soixante-dix ans. De temps en temps un des plus faibles rĂąle dans un coin, quand l’agonie est bien constatĂ©e, un gardien le traĂźne dehors pour y mourir. Au moindre bruit, au moindre cri sĂ©ditieux qui s’échappe de ce tas humain, les fusils s’abaissent, de sourdes dĂ©tonations se font entendre, les balles sifflent au hasard. Heureux ceux, qui, mortellement atteints, sont foudroyĂ©s, une horrible agonie leur est Ă©pargnĂ©e !

Il rĂšgne un climat d’exaltation, de surexcitation, tant la certitude de la dĂ©faite exacerbe toutes les Ă©motions. On se raconte les Ă©pisodes vĂ©cus dans Paris ces derniers jours, les assassinats, les fusillades de milliers d’hommes, de femmes, d’enfants, les milliers qui sont conduit-es Ă  Versailles comme prisonnier-es et qui, au moindre signe d’opposition sont tuĂ©s au revolver.

Il n’y a plus aucune discipline collective, chaque groupe agit à sa guise.

L’exĂ©cution sauvage des otages

Vers cinq heures, un dĂ©tachement se rend Ă  la prison de la Roquette, et revient en face quartier gĂ©nĂ©ral, au 95 rue Haxo, entourĂ© d’une foule Ă©norme, houleuse. Le dĂ©tachement conduit cinquante-deux prisonniers. Trente-quatre d’entre eux sont des gendarmes et des sergents de ville, dĂ©tenus comme otages et convaincus d’avoir tirĂ© sur le peuple le 18 mars, quatre sont des mouchards de l’Empire, dix sont des ecclĂ©siastiques, religieux, jĂ©suites, prĂȘtres, deux coupables de complots, Ruault et LargilliĂšre, et deux membres de la sĂ»retĂ© Greffe et Dureste.

Sous les imprĂ©cations, le cortĂšge entre dans un terrain vague, pousse les otages vers une tranchĂ©e situĂ©e au pied d’un mur.

Un membre de la Commune Serailler voit arriver les prisonniers, dit aux gardes qu’il y a derriĂšre le mur une poudriĂšre, qu’ils vont tout faire sauter. Varlin et Louis Piat s’époumonent pour gagner du temps. On les repousse, si ce n’était la rĂ©putation de Varlin, ils auraient aussi Ă©tĂ© tuĂ©s. On leur rĂ©pond si tu n’es pas content, nous allons te rĂ©gler ton affaire, toi aussi.

Pendant huit minutes, les dĂ©tonations retentirent, des feux de peloton et des tirs isolĂ©s. Un individu crie « Vive l’Empereur! », il est aussi passĂ© par les armes. Au dehors on applaudit.

Un tĂ©moin ajoute « pĂąles, accoudĂ©s autour d’une table, les mains aux oreilles, essayant d’étouffer le son, les yeux fermĂ©s, nous dĂ»mes tous subir Ă  la fin les applaudissements, ils nous brisĂšrent le cƓur encore plus que la fusillade ».

Versailles poursuit les vaincus exilés

Le ministre des affaires Ă©trangĂšres, M. Jules Favre, expĂ©die, de Versailles, le 26 mai, aux reprĂ©sentants de la France Ă  l’étranger, la dĂ©pĂȘche suivante :

Versailles, 26 mai 1871.

Monsieur, L’Ɠuvre abominable des scĂ©lĂ©rats qui succombent sous l’hĂ©roĂŻque effort de notre armĂ©e ne peut ĂȘtre confondue avec un acte politique. Elle constitue une sĂ©rie de forfaits prĂ©vus et punis par les peuples civilisĂ©s. L’assassinat, le vol, l’incendie systĂ©matiquement ordonnĂ©s, prĂ©parĂ©s avec une infernale habiletĂ©, ne doivent permettre Ă  leurs complices d’autre refuge que celui d’une expiation lĂ©gale. Aucune nation ne peut les couvrir d’immunitĂ©, et, sur le sol de toutes, leur prĂ©sence serait une honte et un pĂ©ril. Si donc vous apprenez qu’un individu compromis dans l’attentat de Paris a franchi la frontiĂšre de la nation prĂšs de laquelle vous ĂȘtes accrĂ©ditĂ©, je vous invite Ă  solliciter des autoritĂ©s locales son arrestation immĂ©diate et Ă  m’en donner de suite avis pour que je rĂ©gularise celte situation par une demande d’extradition.

Recevez, Monsieur, les assurances de ma haute considération.

Signé : Jules FAVRE.

La Belgique et l’Espagne donnent immĂ©diatement leur adhĂ©sion.

La Grande Bretagne refuse de répondre.

DĂšs que la dĂ©claration du gouvernement belge est connue, Victor Hugo, en Belgique Ă  ce moment, adresse Ă  la presse une lettre :

Bruxelles, 26 mai 1871

Monsieur,

Je proteste contre la déclaration du gouvernement belge relative aux vaincus de Paris.

Quoiqu’on dise, quoiqu’on fasse, ces vaincus sont des hommes politiques.
Je n’étais pas avec eux.

J’accepte le principe de la Commune, je n’accepte pas les hommes

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Cet asile, que le gouvernement belge refuse aux vaincus, je l’offre.

OĂč ? En Belgique.

Je fais Ă  la Belgique cet honneur.
J’offre l’asile à Bruxelles. J’offre l’asile place des barricades, n°4.

Qu’un vaincu de Paris, qu’un homme de la rĂ©union dite Commune, que Paris a fort peu Ă©lue et que, pour ma part, je n’ai jamais approuvĂ©e, qu’un de ces hommes, fĂ»t-il mon ennemi personnel, surtout si c’est mon ennemi personnel, frappa Ă  ma porte, j’ouvre. Il est dans ma maison. Il est inviolable.

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Si l’on vient prendre chez moi un fugitif de la Commune, on me prendra. Si on le livre, je le suivrai. Je partagerai la sellette.et pour la dĂ©fense du droit, on verra, Ă  cĂŽtĂ© de l’homme de la Commune, qui est le vaincu de l’AssemblĂ©e de Versailles, l’homme de la RĂ©publique, qui a Ă©tĂ© le proscrit de Bonaparte.

Je ferai mon devoir. Avant tout, les principes.

[
]

Victor Hugo

En débat

Rubrique annulée vu les circonstances.

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Source: Contretemps.eu