Avril 14, 2021
Par Contretemps
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À l’occasion des 150 ans de la Commune de Paris, Contretemps publie du 18 mars au 4 juin une lettre quotidienne rĂ©digĂ©e par Patrick Le Moal, donnant Ă  voir ce que fut la Commune au jour le jour

***

L’essentiel de la journĂ©e

Situation militaire

Vers une heure du matin, il y eut une nouvelle attaque des Versaillais. Le combat dura environ une heure, puis les Versaillais rejoignirent leurs retranchements. Comme les jours précédents, pas de résultat important.

ScĂšne de bombardement : un obus dans une mansarde.

À Versailles, la loi municipale

L’AssemblĂ©e nationale a votĂ© la version finale de la loi municipale dĂ©battue depuis plusieurs jours par 497 voix contre 16.

En ce qui concerne Paris, cette loi prĂ©voit que chacun des vingt arrondissements, quel que soit leur nombre d’habitant.e.s (certains Ă©tant trois fois plus peuplĂ©s que d’autres), Ă©lirait quatre conseillers. En outre, dans chaque arrondissement, le maire et trois adjoints seraient choisis par le chef du pouvoir exĂ©cutif, avec incompatibilitĂ© entre ces fonctions et celle de conseiller municipal de la ville de Paris. Il est ainsi bien Ă©tabli que les maires ne seront pas des Ă©lus ! Le prĂ©fet de la Seine et le prĂ©fet de police auraient entrĂ©e au conseil municipal de Paris et seraient entendus toutes les fois qu’ils le demanderaient.

Par ailleurs, la nouvelle loi crĂ©e trois catĂ©gories parmi les communes de France : les communes de moins de 20 000 habitant.e.s oĂč le conseil municipal Ă©lu doit nommer lui-mĂȘme le maire et les adjoints parmi ses membres, les communes de plus de 20 000 habitant.e.s et les chefs-lieux de dĂ©partement ou d’arrondissement oĂč les maires et adjoints sont nommĂ©s par le chef du pouvoir exĂ©cutif, et enfin, Paris. C’est ce que M. Thiers appelle le droit commun pour Paris lors de ses Ă©changes avec les conciliateurs.

La mauvaise foi de Thiers est-elle encore Ă  dĂ©montrer ?

Ci-dessous une lettre qu’il Ă©crivit en rĂ©ponse Ă  la dĂ©marche de l’archevĂȘque de Paris, monseigneur Darboy, dans laquelle il osait affirmer :  « Jamais nos soldats n’ont fusillĂ© les prisonniers  ».

Versailles, 14 avril I871.

Monseigneur ;

J’ai reçu la lettre que M. le curĂ© de Montmartre m’a remise de votre part, et je me hĂąte de vous rĂ©pondre avec la sincĂ©ritĂ© de laquelle je ne me dĂ©partirai jamais.

Les faits sur lesquels vous appelez mon attention sont ABSOLUMENT FAUX, et je suis vĂ©ritablement surpris qu’un prĂ©lat aussi Ă©clairĂ© que vous, monseigneur, ait admis un instant qu’ils pussent avoir quelque degrĂ© de vĂ©ritĂ©. Jamais l’armĂ©e n’a commis ni ne commettra les crimes odieux que lui imputent des hommes, ou volontairement calomniateurs, ou Ă©garĂ©s par le mensonge au sein duquel on les fait vivre.

Jamais nos soldats n’ont fusillĂ© les prisonniers ni cherchĂ© Ă  achever les blessĂ©s. Que dans la chaleur du combat ils aient usĂ© de leurs armes contre des hommes qui assassinent leurs gĂ©nĂ©raux, et ne craignent pas de faire succĂ©der les horreurs de la guerre civile aux horreurs de la guerre Ă©trangĂšre, c’est possible ; mais, le combat terminĂ©, ils rentrent dans la gĂ©nĂ©rositĂ© du caractĂšre national, et nous en avons ici la preuve matĂ©rielle exposĂ©e Ă  tous les regards.

Les hĂŽpitaux de Versailles contiennent quantitĂ© de blessĂ©s appartenant Ă  l’insurrection, et qui sont soignĂ©s comme les dĂ©fenseurs de l’ordre eux-mĂȘmes. Ce n’est pas tout, nous avons eu dans nos mains 1600 prisonniers, qui ont Ă©tĂ© transportĂ©s Ă  Belle-Isle, et dans quelques postes maritimes, oĂč ils sont traitĂ©s comme des prisonniers ordinaires, et mĂȘme beaucoup mieux que ne le seraient les nĂŽtres si nous avions eu le malheur d’en laisser dans les mains de l’insurrection.

Je repousse donc, monseigneur, les calomnies qu’on vous a fait entendre ; j’affirme que jamais nos soldats n’ont fusillĂ© les prisonniers ; que toutes les victimes de cette affreuse guerre civile ont succombĂ© dans la chaleur du combat ; que nos soldats n’ont pas cessĂ© de s’inspirer des principes d’humanitĂ© qui nous animent tous, et qui seuls conviennent aux convictions et aux sentiments du gouvernement librement Ă©lu que j’ai l’honneur de reprĂ©senter.

J’ai dĂ©clarĂ© et je dĂ©clare encore, que tous les hommes Ă©garĂ©s qui, revenus de leurs erreurs, dĂ©poseraient les armes, auraient la vie sauve, Ă  moins qu’ils ne fussent JUDICIAIREMENT convaincus de participation aux abominables assassinats que tous les honnĂȘtes gens dĂ©plorent ; que les ouvriers nĂ©cessiteux recevraient pour quelque temps encore le subside qui les a fait vivre pendant le siĂšge, et que tout serait oubliĂ© une fois l’ordre rĂ©tabli.

VoilĂ  les dĂ©clarations que j’ai faites, et que je renouvelle, et auxquelles je resterai fidĂšle quoiqu’il arrive, et je nie absolument les faits qui seraient contraires Ă  ces dĂ©clarations.

Recevez, Monseigneur, l’expression de mon respect et de la douleur que j’éprouve en vous voyant victime de cet affreux systĂšme des otages, empruntĂ© au rĂ©gime de la Terreur, et qui semblait ne devoir jamais renaĂźtre chez nous.

Le Président du Conseil, A. THIERS.

Pour illustrer le climat rĂ©gnant dans cette AssemblĂ©e, lors de la mĂȘme sĂ©ance, M. Gavardi a demandĂ© que l’on comprĂźt parmi les dĂ©lits de presse les attaques que des journalistes tĂ©mĂ©raires autant qu’insensĂ©s pourraient avoir l’idĂ©e de diriger contre le dogme de l’existence de Dieu ou contre le dogme de l’immortalitĂ© de l’ñme !

TĂ©moignage pour publication au JO de demain

Charles Quentin, journaliste

Paris, le 14 avril 1871.

Citoyen rédacteur,

Vous avez rarement des nouvelles des dĂ©partements ; j’ai eu la bonne fortune de recevoir, par un ami arrivĂ© du nord, des renseignements et des journaux, que je m’empresse de vous communiquer.

Le gouvernement de Versailles a besoin d’ombre et de silence ; il a peur de la lumiĂšre, du grand jour, et, dans l’espoir de tromper le pays, il a organisĂ© le silence.

Pour peu qu’ils ne se montrent pas hostiles Ă  la Commune, les journaux de Paris sont saisis dans les wagons-poste et confisquĂ©s ; le SiĂšcle et le Temps eux-mĂȘmes, qui sont pourtant les adversaires de la Commune n’ont pas Ă©chappĂ© Ă  cet ostracisme. Les journaux Ă©trangers sont arrĂȘtĂ©s Ă  la frontiĂšre ; le Peuple belge, qui compte un grand nombre de lecteurs dans les dĂ©partements voisins de la Belgique, dans le Nord, la Somme, le Pas-de-Calais, l’Aisne et les Ardennes, a eu l’honneur de se voir fermer l’entrĂ©e en France par un dĂ©cret spĂ©cial. Il avait commis le crime de dire, dans des correspondances datĂ©es de Paris, la vĂ©ritĂ© sur les intrigues monarchiques qui s’ourdissent Ă  Versailles.

Pas plus que les journaux, les lettres de Paris n’arrivent pas Ă  destination. Le cabinet noir est scandaleusement rĂ©tabli ; des agents versaillais forcent les malles du courrier, trient les lettres, saisissent et ouvrent celle qui leur dĂ©plaisent.

Par surcroĂźt de prĂ©caution, pour empĂȘcher lettres et journaux de circuler dans les poches ou dans les bagages des voyageurs, le gouvernement versaillais a organisĂ© un systĂšme complet d’espionnage, qui mĂ©riterait les Ă©loges de PiĂ©tri et de ses agents. À quelques lieues de Paris, un commissaire de police visite minutieusement les bagages ; les journaux sont impitoyablement confisquĂ©s, et les voyageurs sommĂ©s de remettre les lettres dont ils sont porteurs.

Je dois Ă  la vĂ©ritĂ© de dĂ©clarer que jusqu’à prĂ©sent on n’a pas encore fusillĂ© les voyageurs trouvĂ©s nantis de lettres et de journaux !

La province n’a donc de nouvelles de Paris que celles que veut bien lui faire expĂ©dier Versailles. GrĂące Ă  ces mesures, le gouvernement de Versailles trompe impudemment la province et rĂ©pand sur Paris les calomnies les plus mensongĂšres et les plus infĂąmes.

Il y a un plan bien combinĂ© ; trois moyens sont entre les mains de M. Thiers : les circulaires aux prĂ©fets, l’agence Havas, les journaux de Versailles.

Les circulaires officielles de MM. Thiers et Picard mettent en circulation, sous le couvert officiel, les mensonges les plus avĂ©rĂ©s ; les journaux qui se publient Ă  Versailles ont pour mission de semer les bruits, les plus fĂącheux sur les membres de la Commune, de les traĂźner dans la boue, de leur attribuer toutes sortes de vilenies et de sottises. C’est un vilain mĂ©tier, mais on paye si bien Ă  Versailles ! Un seul journal, trĂšs ami de l’ordre, trĂšs Ă©nergique dĂ©fenseur de l’AssemblĂ©e et du gouvernement, l’Echo français, n’a pas voulu se prĂȘter Ă  ces petites infamies ; il a Ă©tĂ© saisi par ordre de M. Picard, ministre et propriĂ©taire de l’Electeur libre.

L’agence havas est chargĂ©e d’une besogne particuliĂšre. Tous les jours, elle expĂ©die des tĂ©lĂ©grammes aux journaux des dĂ©partements et de l’étranger ; elle alimente la presse des mensonges les plus rĂ©voltants.

C’est elle qui annonce aux populations Ă©pouvantĂ©es que la Commune a fait fusiller M. Assy et emprisonnĂ© M. Delescluze ; que M. Amouroux est arrĂȘtĂ© ; que l’abbĂ© Deguerry est mort des coups de crosse de fusil qui lui ont donnĂ©s les gardes nationaux qui le conduisaient au dĂ©pĂŽt ; que la Commune exige une rançon d’un million pour mettre l’archevĂȘque de Paris en libertĂ© ; que dans Paris les citoyens pillent et massacrent les passants Ă  tous les coins de rue ! Ces mensonges, et bien d’autres, expĂ©diĂ©s de Versailles par le tĂ©lĂ©graphe, s’étalent chaque matin dans les journaux de Belgique, de Suisse et des dĂ©partements.

Ce systĂšme a dĂ©jĂ  portĂ© ses fruits : la population des dĂ©partements, terrifiĂ©e, n’ose plus venir Ă  Paris ; un de mes amis quittait Lille avant-hier, sa famille l’a suppliĂ© de ne pas entreprendre un voyage aussi pĂ©rilleux. Quand il est montĂ© en wagon, ses amis l’ont traitĂ© d’imprudent et mĂȘme d’insensĂ©.

Un autre, revenant de Saint-Omer, a Ă©tĂ© prĂ©venu officiellement par un gendarme qu’il ne pourrait pas entrer dans Paris, et que si par hasard, il y entrait, il n’en pourrait sortir !

L’épouvante est si grande que le train de Calais, arrivĂ© hier soir en gare de Paris, contenait
 un voyageur ! Encore paraissait-il fort peu rassurĂ© !

La province est tenue ainsi dans les tĂ©nĂšbres, et le gouvernement, par ces moyens coupables, entretient et envenime les vieilles rancunes des dĂ©partements contre Paris. VoilĂ  l’Ɠuvre de M. Thiers et de ses complices.

En dĂ©pit de ces manƓuvres si habilement calculĂ©es, la province n’est trompĂ©e qu’à demi, elle sent instinctivement qu’il y a dans Paris autre chose que ce que lui rĂ©vĂšlent les dĂ©pĂȘches de M. Thiers, de l’agence Havas et des journaux de police.

À Lille, le conseil municipal, dans la sĂ©ance du 5 avril, a votĂ© l’adresse suivante : 


À Monsieur le chef du pouvoir exĂ©cutif de la RĂ©publique française

À Monsieur le prĂ©sident de l’AssemblĂ©e nationale





..

« Il faut, sans plus de retard, consacrer les vƓux unanimes du pays par une loi municipale qui rendra Ă  toutes les communes, petites et grandes, le droit de choisir leur maire, et par une loi Ă©lectorale qui permettra aux villes d’échapper Ă  l’oppression des majoritĂ©s rurales et d’avoir, elles aussi, leur reprĂ©sentation.

Il faut, en mĂȘme temps et par-dessus tout, rechercher au milieu de tous les dĂ©saccords l’affirmation politique qui groupera le plus grand nombre de volontĂ©s communes. Cette affirmation existe : c’est l’affirmation de la RĂ©publique.








À Saint-Omer, cet exemple a Ă©tĂ© suivi, et un groupe de citoyens vient de publier dans l’IndĂ©pendant du Pas-de-Calais l’arrĂȘtĂ© suivant, qui se couvre de signatures : 









D’aprĂšs les renseignements que me donne mon ami, le mouvement s’accentue dans tout le nord, et il montre bien combien sont vaines les prĂ©cautions prises par M. Thiers et Cie pour arrĂȘter l’épidĂ©mie rĂ©volutionnaire.

Elle marche, elle marche, et sous peu aura envahi toutes les grandes villes.

À vous de cƓur ;

CH. QUENTIN

La Commune veut mettre de la légalité dans les arrestations

Il ne se passe pas un jour sans que soit relatĂ©es des perquisitions et des arrestations. Selon nos informations, aujourd’hui l’église Saint Roch a Ă©tĂ© perquisitionnĂ©e, les biens et objets de valeur rĂ©quisitionnĂ©s, et le curĂ© et le vicaire ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s. Des faits similaires Ă©taient rapportĂ©s avant-hier Ă  l’église Notre-Dame-de-Lorette, et hier Ă  l’église Saint Loi.

Ce matin, vers onze heures trente, un dĂ©tachement de gardes nationaux dirigĂ© par un dĂ©lĂ©guĂ© de la prĂ©fecture de Police a envahit l’hĂŽtel de M. Thiers, place Saint-Georges. À l’issue d’une perquisition longue et minutieuse,  les papiers ont Ă©tĂ© saisis, l’argenterie envoyĂ©e Ă  la Monnaie.

Une perquisition a aussi Ă©tĂ© faite dans l’hĂŽtel de M. de Gallifet, rue Rabelais ; une autre avait eu lieu la veille chez les frĂšres PĂ©reire, rue du Faubourg Saint-HonorĂ©.

La Commune veut mettre en place des garanties contre les arrestations arbitraires. Avec le soutien de la commission de justice, Vermorel a prĂ©sentĂ© un dĂ©cret, qui fut discutĂ© et amendĂ©. AprĂšs avoir repoussĂ© la proposition d’une lecture quotidienne d’un rapport des arrestations et perquisitions opĂ©rĂ©es la veille, il est votĂ© dans les termes suivants  :

La Commune de Paris,

ConsidĂ©rant que s’il importe pour le salut de la RĂ©publique que tous les conspirateurs et les traĂźtres soient mis dans l’impossibilitĂ© de nuire, il n’importe pas moins d’empĂȘcher tout acte arbitraire ou attentatoire Ă  la libertĂ© individuelle.

DÉCRÈTE :

Art. 1er. Toute arrestation devra ĂȘtre notifiĂ©e immĂ©diatement au dĂ©lĂ©guĂ© de la Commune Ă  la justice, qui interrogera ou fera interroger l’individu arrĂȘtĂ©, et le fera Ă©crouer dans les formes rĂ©guliĂšres, s’il juge que l’arrestation doit ĂȘtre maintenue.

Art. 2. Toute arrestation qui ne serait pas notifiĂ©e dans les vingt-quatre heures au dĂ©lĂ©guĂ© de la justice sera considĂ©rĂ©e comme une arrestation arbitraire, et ceux qui l’auront opĂ©rĂ©e seront poursuivis.

Art. 3. Aucune perquisition ou rĂ©quisition ne pourra ĂȘtre faite qu’elle n’ait Ă©tĂ© ordonnĂ©e par l’autoritĂ© compĂ©tente ou ses organes immĂ©diats, porteurs de mandats rĂ©guliers, dĂ©livrĂ©s au nom des pouvoirs constituĂ©s par la Commune.

Toute perquisition ou réquisition arbitraire entraßnera la mise en arrestation de ses auteurs.

Paris, le 14 avril 1871.

La volontĂ© des Ă©lus parisiens d’éviter toute atteinte Ă  la libertĂ© individuelle est claire, mais comment faire pour qu’elle s’applique ?

En effet, la Commune avait par dĂ©cret rĂ©servĂ© l’affichage sur papier blanc Ă  ses seules communications. Or, une affiche sur papier blanc portant l’entĂȘte RĂ©publique Française et la devise rĂ©publicaine, apposĂ©e dans le VIĂšme arrondissement, prĂ©sente Lacord comme « chargĂ© des pouvoirs du ComitĂ© central », ce qui lui donne un air tout Ă  fait officiel, alors qu’elle n’émane pas de la Commune. Cette affiche impose l’inscription de tous les citoyens mobilisables dans la Garde nationale et l’instauration d’une commission chargĂ©e de relever les noms des rĂ©fractaires afin de les dĂ©fĂ©rer Ă  une cour martiale, elle dit notamment  :

«  Citoyens
.

Devant le crime, les opinions politiques s’effacent et la neutralitĂ© est inadmissible. On est toujours responsable du mal que l’on voit faire quand on ne tente rien pour l’empĂȘcher ou pour  le chĂątie
 Il faut absolument que les lĂąches traĂźnent dans la citĂ©, sous l’Ɠil et le mĂ©pris de leurs concitoyens, la marque de leur ignominie. »

La Commune publie une dĂ©claration dans laquelle elle regrette cet affichage, espĂšre que les infractions au dĂ©cret pris sur l’affichage  « ne se renouvelleront plus  ». Elle prĂ©vient que « dans le cas contraire, les auteurs et signataires desdites affiches seront poursuivis suivant la loi. De plus, le citoyen ayant cru devoir menacer de renvoi devant la cour martiale des gardes nationaux rĂ©fractaires, la commission exĂ©cutive rappelle Ă  la Garde nationale et Ă  tous les citoyens que la Commune ou ses dĂ©lĂ©guĂ©s seuls ont qualitĂ© et compĂ©tence pour prononcer le renvoi devant les tribunaux militaires. Â».

Direction des télégraphes.

À dater d’aujourd’hui, 15 avril, la tĂ©lĂ©graphie privĂ©e fonctionne pour le public dans les bureaux suivants :

Bureau de la Bourse.

– Grand-Hîtel.

– boulevard Malesherbes, 4.

– à la poste, rue J.-J.-Rousseau.

– avenue de la Grande-ArmĂ©e, 80.

– palais du Luxembourg.

– Montmartre.

– direction centrale des tĂ©lĂ©graphes, rue de Grenelle, 103.

– Ecole militaire.

Nous devons nos fĂ©licitations Ă  M. Pauvert, le directeur gĂ©nĂ©ral des lignes tĂ©lĂ©graphiques, pour la promptitude qu’il a mise Ă  rĂ©organiser cet important service.

GrĂące Ă  son intelligente activitĂ©, cette administration, qui Ă©tait complĂštement dĂ©sorganisĂ©e, se trouve aujourd’hui rĂ©tablie dans ses conditions normales. Le public lui doit de la reconnaissance.

Les nĂ©gociations pour l’échange entre Blanqui et l’archevĂȘque Darboy

ParallĂšlement aux dĂ©marches engagĂ©es par Da Costa suite Ă  l’adoption du dĂ©cret des otages, il est confirmĂ© que Benjamin Flotte, l’ami de Blanqui rentrĂ© Ă  Paris fin mars, a Ă©tĂ© convaincu par Tridon d’entamer une nĂ©gociation avec Versailles pour Ă©changer Blanqui contre les otages. Deux militants blanquistes Ă©taient partis pour tenter de dĂ©couvrir oĂč Ă©tait dĂ©tenu Blanqui.

Flotte a rencontrĂ© Rigault qui a dĂ©cidĂ© de modifier l’objet de la nĂ©gociation des otages : il s’agit maintenant d’obtenir leur Ă©change avec Blanqui. Pour faciliter ses dĂ©placements, il lui rĂ©dige un permis spĂ©cial.

Flotte s’était dĂ©jĂ  rendu Ă  Mazas avait obtenu de Darboy la lettre suivante :

Prison de Mazas, 12 avril 1871.

Monsieur le Président,

« J’ai l’honneur de vous soumettre une communication que j’ai reçue hier soir, et je vous prie d’y donner la suite que votre sagesse et votre humanitĂ© jugeront la plus convenable.

Un homme influent, trĂšs liĂ© avec M. Blanqui par certaines idĂ©es politiques, et surtout par le sentiment d’une vieille et solide amitiĂ©, s’occupe activement de faire qu’il soit mis en libertĂ©. Dans cette vue, il a proposĂ© de lui mĂȘme aux commissaires que cela concerne, cet arrangement : si M. Blanqui est mis en libertĂ©, l’archevĂȘque de Paris sera rendu Ă  la libertĂ© avec sa soeur, M. le prĂ©sident Bonjean, M. Deguerry, curĂ© de la Madeleine, et M. Lagarde, vicaire gĂ©nĂ©ral de Paris, celui-lĂ  mĂȘme qui vous remettra la prĂ©sente lettre. La proposition a Ă©tĂ© agrĂ©Ă©e, et c’est en cet Ă©tat qu’on me demande de l’appuyer prĂšs de vous.

Quoique je sois en jeu dans cette affaire, j’ose la recommander à votre haute bienveillance ; mes motifs vous paraütront plausibles, je l’espùre.

Il n’y a que trop de causes de dissentiment et d’aigreur parmi nous ; puisqu’une occasion se prĂ©sente de faire une transaction, qui, du reste, ne regarde que les personnes et non les principes, ne serait-il pas sage d’y donner les mains et de contribuer ainsi Ă  prĂ©parer l’apaisement des esprits ? L’opinion ne comprendrait peut-ĂȘtre pas un tel refus.

Dans les crises aiguĂ«s comme celles que nous traversons, des reprĂ©sailles, des exĂ©cutions par l’émeute, quand elles ne toucheraient que deux ou trois personnes, ajoutent Ă  la terreur des uns, Ă  la colĂšre des autres et aggravent encore la situation. Permettez-moi de vous dire, sans autres dĂ©tails, que cette question d’humanitĂ© mĂ©rite de fixer toute votre attention, dans l’état prĂ©sent des choses Ă  Paris.

Oserais-je, monsieur le PrĂ©sident, vous avouer ma derniĂšre raison ? TouchĂ© du zĂšle que la personne dont je parle dĂ©ployait avec une amitiĂ© si vraie en faveur de M. Blanqui, mon cƓur d’homme et de prĂȘtre n’a pas su rĂ©sister Ă  ces sollicitations Ă©mues, et j’ai pris l’engagement de vous demander l’élargissement de M. Blanqui le plus promptement possible. C’est ce que je viens de faire.

Je serais heureux, monsieur le PrĂ©sident, que ce que je sollicite de vous ne vous parĂ»t point impossible ; j’aurais rendu service Ă  plusieurs personnes et mĂȘme Ă  mon pays tout entier.

Veuillez agréer 


G. DARBOY.

ArchevĂȘque de Paris.

L’abbĂ© Lagarde a Ă©tĂ© envoyĂ© porter la lettre Ă  Versailles, en promettant de revenir quoiqu’il rĂ©sulterait de cette dĂ©marche. La rĂ©ponse de Thiers n’est pas parvenue Ă  ce jour.

En bref

 â€“ À la Commune, le dĂ©bat sur les Ă©chĂ©ances continue. Aujourd’hui le rapport de la commission a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©, suivi d’une longue et riche discussion trĂšs dĂ©taillĂ©e et argumentĂ©e sur les avantages et inconvĂ©nients des trois projets. La prise de dĂ©cision est reportĂ©e.

– Les Ă©lections complĂ©mentaires Ă  la Commune auront lieu le dimanche 16 avril. Le nombre de membres Ă  Ă©lire est de : 4 pour le 1er arrondissement ; 4 pour le 2Ăšme ; 1 pour le 3Ăšme ; 3 pour le 6Ăšme ; 1 pour le 7Ăšme ; 1 pour le 8Ăšme ; 5 pour le 9Ăšme ; 2 pour le 12Ăšme ; 1 pour le 13Ăšme ; 2 pour le 16Ăšme ; 2 pour le 17Ăšme ; 2 pour le 18Ăšme ; 1 pour le 19Ăšme ; 2 pour le 20Ăšme.

– Afin de permettre aux citoyens de service hors de leurs arrondissements de prendre part au vote le dimanche 16 avril, il aura lieu dans le bataillon, d’aprĂšs des listes dressĂ©es sĂ©ance tenante portant les noms et adresses des ayants-droit.

– Les recensements impĂ©riaux avaient fixĂ© la population du XXe arrondissement Ă  86 000 habitants ; le dernier recensement qui vient d’ĂȘtre fait par la municipalitĂ© Ă©tablit qu’elle est aujourd’hui de 108 000 habitants. Le XXe arrondissement aura donc Ă  Ă©lire dimanche prochain, le 16 avril, deux conseillers communaux.

– L’intendance disposant de quantitĂ©s considĂ©rables de denrĂ©es et liquides, toute rĂ©quisition de vins et denrĂ©es est formellement interdite dans l’intĂ©rieur de l’enceinte.

– À partir du 15 avril, le service des passe-ports est organisĂ© dans la mairie de chaque arrondissement. Toutes personnes qui dĂ©sirent des laissez-passer ou passe-ports, et qui ne se trouvent pas sous le coup de la loi militaire communale pourront donc les obtenir Ă  leur mairie.

Les insurgĂ©s algĂ©riens ont pris le village de Palestro Ă  l’est d’Alger

Le 16 mars 1871, Mokrani, dirigeant de l’insurrection en Kabylie, avait lancĂ© six mille hommes Ă  l’assaut de j. Lorsque le 8 avril, les troupes coloniales françaises reprennent le contrĂŽle de la a, le chef de la confrĂ©rie des , proclame la guerre sainte qui soulĂšve immĂ©diatement 150 000 AlgĂ©riens. À partir de ce moment, l’insurrection s’est Ă©tendue tout le long du littoral, depuis les montagnes qui ferment Ă  l’est la Mitidja jusqu’aux abords de Constantine, et au sud de cette derniĂšre ville, se reliant aux mouvements localisĂ©s vers la frontiĂšre et dans le Sahara oriental. PrĂšs du tiers de la population algĂ©rienne, 250 tribus, sont soulevĂ©es.

La prise de Palestro, Ă  60km Ă  l’est, montre que les insurgĂ©s progressent vers la capitale algĂ©rienne.

En débat

Tribune d’Arthur Arnould

Le passĂ© pesa sur nous tout le temps, et, au lieu d’approprier les actes aux circonstances, quelques-uns crurent qu’en recommençant nos pĂšres, nous sauverions la Commune, comme les conventionnels avaient sauvĂ©, momentanĂ©ment, la patrie et la RĂ©publique.

Qu’on me comprenne bien : je ne prĂȘche ici ni la violence, ni la modĂ©ration. Je prĂȘche le bon sens.  Ni la violence, ni la modĂ©ration ne sont des principes. Cela n’existe pas. Il faut faire ce qu’il faut, voilĂ  tout.

Jamais je ne repousserai une mesure parce qu’elle paraĂźtra violente ou parce qu’elle sera modĂ©rĂ©e. Je repousserai toujours une mesure que je trouverai fausse, illogique, dangereuse, impraticable, contraire au but poursuivi.

Qu’importe qu’on accole Ă  cette mesure l’épithĂšte de rĂ©volutionnaire ?

Cette mesure n’est pas rĂ©volutionnaire parce qu’elle est violente. Elle est rĂ©volutionnaire si elle est de nature Ă  amener le triomphe de la RĂ©volution. Je n’ai pas eu, je n’aurai jamais d’autre critĂ©rium. [
]

Malheureusement la police
. Échappa presque toujours au contrîle de la Commune, et forma une sorte d’État dans l’État.

Sur cette question de la police, il y a pour moi le principe et le fait.

En principe, la police centralisĂ©e, en dehors du peuple, doit ĂȘtre abolie. Il ne doit pas y avoir une prĂ©fecture de Police. La police doit ĂȘtre faite, dans chaque quartier, dans chaque arrondissement, dans chaque commune, par les citoyens. Eux seuls la font bien et sans danger pour les honnĂȘtes gens. Nous en avons eu la preuve pendant le siĂšge. Tout au plus, faut-il un bureau central pour relier et coordonner les renseignements, et si ce bureau a besoin d’agents spĂ©ciaux pour certaines circonstances difficiles, ces agents doivent ĂȘtre responsables, et leur nomination doit prĂ©senter de sĂ©rieuses garanties.

Ce qu’on appelle le commissaire de police, ne doit ĂȘtre qu’un premier magistrat, nommĂ© par l’élection, pour un temps limitĂ©, comme tous les magistrats.

En fait, je ne suis pas de ceux qui pensent que cette rĂ©forme, la plus urgente de toutes peut-ĂȘtre, avec la suppression de l’armĂ©e, dĂ»t ĂȘtre appliquĂ©e tant que la Commune luttait contre Versailles. Il fallait simplement poser le principe, prĂ©parer l’organisation nouvelle, rĂ©volutionnaire, communale, et en ajouter l’application aprĂšs la guerre.

En effet, Paris [est] rempli d’agents versaillais et de conspirateurs de toutes sortes. Les circonstances [sont] terribles, anormales, il [faut] maintenir, pour quelques jours encore, une organisation toute faite, et dont la centralisation [peut] prĂ©senter plusieurs avantages momentanĂ©s, eu Ă©gard aux conditions
 J’admets donc qu’on eĂ»t gardĂ©, pendant la durĂ©e de la guerre, un dĂ©lĂ©guĂ© Ă  la prĂ©fecture de Police, et que ce dĂ©lĂ©guĂ© ait joui de pouvoirs assez Ă©tendu.
Malheureusement le choix des hommes Ă  qui l’on confia cette mission, dĂ©licate entre toutes, et qui demandait des qualitĂ©s hors lignes, fut dĂ©fectueux
.

Les arrestations furent faites sans discernement, presque toujours Ă  cĂŽtĂ©. Les vĂ©ritables agents de Versailles Ă©chappaient aux poursuite, ou arrĂȘtĂ©s, Ă©taient relĂąchĂ©s le lendemain, sans que l’on sĂ»t, la plupart du temps, par qui ou comment.

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Source: Contretemps.eu