Mai 12, 2021
Par Contretemps
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À l’occasion des 150 ans de la Commune de Paris, Contretemps publie du 18 mars au 4 juin une lettre quotidienne rĂ©digĂ©e par Patrick Le Moal, donnant Ă  voir ce que fut la Commune au jour le jour

***

L’essentiel de la journĂ©e

Situation militaire

À l’ouest

A quelques cents mĂštres du rempart qui protĂšge Passy et Auteuil, les Versaillais continuent l’établissement de formidables batteries.

Au sud

Toute la journée, la lutte a continué aux approches du fort de Vanves ; les Versaillais se sont emparés de quelques maisons. Du cÎté de Montrouge, ils sont parvenus à déloger les fédérés de la maison Millaud et à leur faire évacuer la partie supérieure du Petit-Montrouge.

AprĂšs un terrible combat d’artillerie, les canonniĂšres ont Ă©tĂ© obligĂ©es d’abandonner Ă  la tombĂ©e de la nuit, le poste pĂ©rilleux qu’elles occupaient au Point-du-Jour depuis plus d’un mois, aprĂšs que l’une d’elles, l’Estoc, Ă©ventrĂ©e par les obus ait sombrĂ© aux cris de : Vive la Commune !  Tout son Ă©quipage a Ă©tĂ© recueilli Ă  bord d’une vedette. Le rempart de ce cĂŽtĂ© du Point-du-Jour, continuellement bombardĂ©, est difficilement tenable, surtout depuis qu’Issy lance des projectiles qui atteignent les dĂ©fenseurs par derriĂšre.

RĂ©organisations militaires

L’objectif du dĂ©lĂ©guĂ© civil Ă  la guerre est d’avoir une bonne connaissance de ses moyens d’action.

Les gĂ©nĂ©raux commandant les diverses divisions de l’armĂ©e de la Commune, doivent envoyer l’état nominatif de leur Ă©tat-major, dans les quarante-huit heures au dĂ©lĂ©guĂ© civil Ă  la guerre ainsi que l’état des chevaux et Ă©quipages militaires qui leur sont affectĂ©s.

Toutes les compagnies de train devront rentrer Ă  l’École militaire, chevaux, voitures, matĂ©riel complet. A l’avenir, les rĂ©quisitions de voitures et de chevaux, de quelque nature qu’elles soient, ne seront valable que sur la signature du dĂ©lĂ©guĂ© Ă  la guerre.

Le dĂ©lĂ©guĂ©, constatant que le nombre des artilleurs qui perçoivent la solde est plus important que celui de ceux qui servent les piĂšces contre l’ennemi, organise une revue d’effectif demain samedi 13 mai 1871, Ă  l’École militaire. Il est prĂ©cisĂ© que les artilleurs manquants Ă  cette revue seront privĂ©s de la solde et des vivres.

Un rapport est prĂ©sentĂ© Ă  la Commune sur des faits de trahison qui se sont produits le 10 mai, entre 11 heures du soir et minuit, Ă  la tranchĂ©e qui relie la redoute des Hautes-BruyĂšres Ă  la barricade de Villejuif Un nommĂ© Thibaut (Émile-Cadet), garde nationale, a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© vĂȘtu d’habits civils, interrogĂ© et envoyĂ© Ă  BicĂȘtre. Dans la nuit, le fil tĂ©lĂ©graphique a Ă©tĂ© coupĂ© entre les Hautes-BruyĂšres et BicĂȘtre, une colonne versaillaise s’est dirigĂ©e sur le point oĂč a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© Thibaut. En mĂȘme temps, une compagnie Ă©tait surprise, Ă  la tranchĂ©e de Moulin-Cachan, par les gendarmes versaillais.
FrappĂ© de la coĂŻncidence de ces Ă©vĂšnements, le gouverneur de BicĂȘtre a provoquĂ© immĂ©diatement une Cour martiale qui estimant que Thibaut ayant abandonnĂ© son poste, Ă©changĂ© son costume de garde nationale contre des effets civils, donnĂ© au marchand de tabac, et aux diffĂ©rentes personnes se trouvant dans l’établissement, les renseignements les plus circonstanciĂ©s sur les forces, tant en hommes qu’en armes, et les munitions qui dĂ©fendent les Hautes-BruyĂšres et les avant-postes de Cachan ; rĂ©vĂ©lĂ© Ă  l’ennemi les points faibles de la dĂ©fense; servi de guide Ă  la colonne versaillaise qui se portait Ă  l’attaque; entretenu avec l’ennemi des intelligences frĂ©quentes, l’a dĂ©clarĂ© coupable d’abandon de son poste devant l’ennemi, l’a condamnĂ© Ă  mort. Il a Ă©tĂ© exĂ©cutĂ© Ă  5 h. 20 minutes ce matin.

Une nouvelle Cour Martiale est mise en place

Sont nommés juges les citoyens :

Colonel E. Gois, président ; Colonel J. Collet, juge ; Colonel Ledrux, juge ; Lieutenant-colonel Razoua, juge ; Commandant Ed. Levraud, juge ; Commandant LefÚvre-Roncier, juge suppléant ; Commandant Michevont, juge suppléant ; Lieutenant H. Arnold, juge suppléant ; Commandant A. Goullé, juge rapporteur.

La Société internationale des secours aux blessés ayant protesté auprÚs du gouvernement de Versailles contre les atroces violations de la convention de GenÚve, dont les troupes monarchiques se rendent journellement coupable, Thiers a fait cette réponse affreuse :

« La Commune n’ayant pas adhĂ©rĂ© Ă  la convention de GenĂšve, le gouvernement de Versailles n’a pas Ă  l’observer. »

La Commune a fait mieux jusqu’ici que d’adhĂ©rer Ă  la convention de GenĂšve.

Elle a scrupuleusement respectĂ© toutes les lois de l’humanitĂ©, en prĂ©sence des actes les plus sauvages, des plus sanglants dĂ©fis Ă  la civilisation et au droit moderne, de nos blessĂ©s achevĂ©s sur le champ de bataille, de nos hĂŽpitaux bombardĂ©s, de nos ambulances criblĂ©es de balles, de nos mĂ©decins et de nos infirmiĂšres mĂȘme Ă©gorgĂ©es dans l’exercice de leur ministĂšre.

Mais pour qu’il ne reste pas mĂȘme l’ombre d’un prĂ©texte aux assassins de Versailles, la commune dĂ©clare officiellement qu’elle adhĂšre Ă  la convention de GenĂšve, dont elle s’honore de n’avoir, en aucune circonstance, violĂ© un seul article.

 Le dĂ©lĂ©guĂ© aux relations extĂ©rieures, PASCHAL GROUSSET

Remplacement de Delescluze au Comité de salut public

Le citoyen Delescluze estime que ses nouvelles fonctions de dĂ©lĂ©guĂ© civil Ă  la Guerre sont incompatibles avec celles de membre du ComitĂ© de salut public. Il a Ă©tĂ© remplacĂ© par un vote :

Nombre de votants : 43.
Majorité absolue : 23.
Le citoyen BILLIORAY a obtenu 27 voix.
Le citoyen VARLIN a obtenu 16 voix.

Alfred Billioray, 30 ans, artiste peintre

 Alfred Billioray se fait connaĂźtre par son courage et son activitĂ© durant le siĂšge de Paris, et prend la parole dans les clubs. Élu Ă  la Commune sans s’ĂȘtre prĂ©sentĂ© dans le XIVĂšme arrondissement. Partage avec les banquistes le goĂ»t de l’action directe, mais sa santĂ© est mauvaise, il est phtisique.  Partisan du ComitĂ© de salut public.

A l’occasion de cette Ă©lection s’est engagĂ© un nouvel Ă©change sur les attributions du ComitĂ© de salut public, Ă  l’initiative du blanquiste FerrĂ© qui relaie les plaintes rĂ©currentes dĂ©plorant que les dĂ©crets de la Commune ne soient pas exĂ©cutĂ©s.

Il avance sans ĂȘtre contredit que les membres du ComitĂ© de salut public n’ont pas seulement le droit de rĂ©voquer les dĂ©lĂ©guĂ©s, mais de procĂ©der eux-mĂȘmes Ă  leur remplacement. Si cela se met en place, la Commune perd tout pouvoir, toute autoritĂ©, toute influence, le ComitĂ© de salut public devient une vĂ©ritable dictature. Plusieurs protestent, mais sans effet.

Commission de la justice

La Banque de France a Ă©tĂ© envahie par des gardes nationaux pour une perquisition Ă  la recherche d’armes. Les caisses ont Ă©tĂ© fermĂ©es, la Banque a suspendu ses payements. Le dĂ©lĂ©guĂ© de la Commune, Charles Beslay a expliquĂ© que les armes prĂ©sentes appartiennent aux employĂ©s qui constituent un bataillon, spĂ©cialement affectĂ© par la Commune Ă  la garde de l’établissement. Il a dĂ» insister et parlementer longuement avant que les fĂ©dĂ©rĂ©s ne partent.

Dans les dĂ©bats de la Commune VallĂšs mentionne Ă  nouveau des faits dĂ©plorables qu’il a constatĂ© en visitant la prison du Cherche-Midi, un va-et-vient continuel d’arrestations, de mises en libertĂ©. Sans qu’on sache pourquoi, des citoyens restent dix Ă  douze jours sans ĂȘtre interrogĂ©s, se figurant quelquefois qu’on va les fusiller, quand il s’agit de leur infliger vingt-quatre heures de prison.
L’organisation de la justice avance petit Ă  petit, aujourd’hui est dĂ©cidĂ©e l’organisation d’une chambre du tribunal civil de la Commune de Paris qui statuera sur les affaires urgentes devant laquelle les parties pourront se dĂ©fendre elles-mĂȘmes.

En outre :

La Commune de Paris,

DÉCRÈTE :

Article unique. En matiĂšre de sĂ©paration de corps, le prĂ©sident pourra allouer Ă  la femme demandant la sĂ©paration une pension alimentaire, qui lui sera servie jusqu’à ce qu’il en ait Ă©tĂ© autrement dĂ©cidĂ© par le tribunal.

Marchés conclus par la Commune, débat sur le socialisme

Le rapport rĂ©alisĂ© par les citoyens Lazare Levy et Evette Ă  la demande de la Commission de Travail et de l’Échange suite aux plaintes des associations ouvriĂšres et des chambres syndicales, relatif aux marchĂ©s conclus par l’intendance pour l’habillement militaire est lu Ă  la Commune. Il met en Ă©vidence que la Commune a conclu des contrats Ă  des tarifs infĂ©rieurs Ă  ceux du gouvernement du 4 septembre, ne permettant pas des salaires permettant de vivre pour les ouvrier·es concerné·e·s

La commission, sur la base de ces informations présente un rapport demandant que désormais les marchés soient conclus avec les associations ouvriÚres.

Extraits
Il rĂ©sulte du rapport prĂ©sentĂ© par les dĂ©lĂ©guĂ©s que, depuis le 18 mars, l’administration, sĂ©duite par les offres des industriels, aurait baissĂ© les prix des façons dans une proportion assez notable.
De prime abord, des raisons assez spĂ©cieuses viennent appuyer cette maniĂšre d’opĂ©rer. La Commune, ayant Ă  traiter des marchĂ©s, a conclu avec les meilleurs offrants, c’est-Ă -dire avec ceux qui lui demandaient les prix les moins Ă©levĂ©s.
Avec ce systĂšme, les façons baisseront encore bien certainement, car l’entrepreneur qui fait une pareille affaire ne court aucun risque, puisqu’il ne fait en rĂ©alitĂ© qu’échange de salaires; que lui importe de soumissionner au rabais? Les ouvriers et ouvriĂšres, pressĂ©s par le besoin de travail, ne sont-ils pas lĂ  pour supporter seuls la diminution des prix de la main-d’Ɠuvre?
La Commune peut ouvrir une enquĂȘte: elle est bien facile. Étant donnĂ©s les marchĂ©s Bernard et Monteux, Ă  3 fr. 75 les vareuses et 2 fr. 50 les pantalons, il est impossible que le prix des façons, que les entrepreneurs payent aux ouvriers et ouvriĂšres, reprĂ©sente des journĂ©es suffisantes pour qu’ils puissent vivre.
Quant Ă  eux, exploiteurs, ils font leur fortune sans avoir contre eux aucune chance de pertes; entre le marchĂ© de la Commune et la façon qu’ils accordent, il y a toujours une diffĂ©rence suffisante pour qu’ils remplissent leur bourse.
Le gouvernement du Quatre-Septembre, lui-mĂȘme, avait redoutĂ© l’effet d’un pareil trafic et les marchĂ©s, passĂ©s sous son administration, n’ont jamais eu pour base l’enchĂšre an rabais.
Il se prĂ©sente, dans le cas prĂ©sent, une objection; si les entrepreneurs se chargent des vareuses Ă  3 fr. 75, peut-on recourir Ă  l’association en donnant Ă  celle-ci 6 francs de façon; car, en admettant que l’association entreprenne pour 3 fr. 75 (ce qu’elle ne peut pas), on trouvera toujours des entrepreneurs qui soumissionneront pour 3 francs; faudrait-il alors abandonner les associations pour recourir aux exploiteurs?

Dans cette concurrence infĂąme, la Commune y perd en dignitĂ© et les ouvriers et ouvriĂšres voient diminuer progressivement leurs salaires dĂ©jĂ  insuffisants. La question est ainsi posĂ©e: des exploiteurs, profitant de la misĂšre publique pour baisser les salaires, et la Commune, assez aveugle pour prĂȘter la main Ă  de pareilles manƓuvres.
En effet, il est inutile et immoral d’avoir recours Ă  un intermĂ©diaire, qui n’a d’autres fonctions que de prĂ©lever un impĂŽt sur la journĂ©e des travailleurs qu’il occupe; c’est continuer l’asservissement des travailleurs par la centralisation du travail entre les mains de l’exploiteur; c’est continuer les traditions esclavagistes des rĂ©gimes bourgeois, ennemis acharnĂ©s, par intĂ©rĂȘt, de toute Ă©mancipation de la classe ouvriĂšre.
On ne saurait invoquer non plus l’état de nos finances, car, comme le fait trĂšs bien remarquer le rapport de la dĂ©lĂ©gation, si le travail ne suffit pas pour nourrir la famille, celle-ci a recours aux bureaux de bienfaisance, qui, d’un autre cĂŽtĂ©, grĂšvent le budget: c’est une vĂ©ritĂ© Ă©conomique incontestable, l’ouvrier viendra demander Ă  la charitĂ© ce que le travail n’aura pu lui procurer; seul, l’intĂ©rĂȘt de l’exploiteur est garanti dans cette affaire, ainsi qu’il est dĂ©montrĂ© plus haut.
En principe, nous l’avons admis dans toutes nos Ă©tudes sociales: lorsque, dans l’époque transitoire, l’individu soumissionnera pour un travail de l’État, il devra, par un cahier des charges, indiquer le prix de la main-d’Ɠuvre, car si le prix de la main-d’Ɠuvre reste comme alĂ©a dans les marchĂ©s, c’est lui seul qui supporte les rabais.
Cela ne peut se faire autrement et dans le cas prĂ©sent, il n’existe aucun cahier des charges; rien qui puisse garantir contre l’exploitation Ă  outrance!
Et le travailleur est aux remparts, il se fait tuer pour ne plus subir cette mĂȘme exploitation!
Conclusions:
La Commission du Travail et de l’Échange demande que les marchĂ©s, qui pourront ĂȘtre directement passĂ©s avec les corporations, leur soient confiĂ©s.
Les prix seront arbitralement fixĂ©s avec l’intendance, la Chambre syndicale de la corporation et une dĂ©lĂ©gation de la Commission du Travail et de l’Échange.

Le Membre de la Commune, dĂ©lĂ©guĂ© Ă  la Commission du Travail et de l’Échange. LÉO FRÄNKEL

Le citoyen Frankel ajoute Ă  ce rapport : « Nous ne devons pas oublier que la RĂ©volution du 18 mars a Ă©tĂ© faite exclusivement par la classe ouvriĂšre. Si nous ne faisons rien pour cette classe, nous qui avons pour principe l’égalitĂ© sociale, je ne vois pas la raison d’ĂȘtre de la Commune. Â»

Si l’unanimitĂ© des membres est pour que les marchĂ©s passĂ©s par la Commune permettent de rĂ©tablir les prix d’une façon plus rĂ©munĂ©ratrice, les questions se posent sur les dĂ©cisions Ă  prendre pour qu’un pas sĂ©rieux soit fait dans la voie du socialisme, dans l’abolition de l’exploitation. Faut-il annuler ou rĂ©viser les marchĂ©s passĂ©s avec des entrepreneurs privĂ©s ? Faut-il Ă©laborer un cahier des charges incluant la mention des salaires offerts aux ouvriers (afin que la Commission du Travail choisisse l’entrepreneur qui offre le plus d’avantages Ă  l’ouvrier dit Frankel) et le prix des matiĂšres premiĂšres ? Faut-il que ce soit la Commission du Travail et de l’Échange qui passe les contrats ou exerce seulement un contrĂŽle sur les contrats passĂ©s ?

Faut-il rĂ©server les adjudications aux associations ou seulement que les adjudications de travaux soient faites, directement et prĂ©fĂ©rablement, aux associations ouvriĂšres ? Faut-il ouvrir des ateliers de confection pour les femmes, comme le fait Bergeret qui indique occuper dĂ©jĂ  2.000 ouvriĂšres Ă  la confection de sacs notamment ? Faut-il payer Ă  la journĂ©e ou Ă  la piĂšce, Ă  façon ? Faut-il limiter la journĂ©e de travail Ă  huit heures (alors que les rĂšglements d’atelier la fixent gĂ©nĂ©ralement Ă  10 heures depuis 1848) ?

La dĂ©cision finale tranche en faveur d’une adjudication directe et prĂ©fĂ©rentielle aux associations Ă  des prix fixĂ©s en commun entre l’intendance, la chambre syndicale de la corporation et une dĂ©lĂ©gation de la commission du travail et d’échange, le dĂ©lĂ©guĂ© et la commission des finances. C’est l’abandon de la loi de l’offre et de la demande au profit d’une autre logique pour les commandes de l’Intendance.
Paris, le 12 mai, la Commune de Paris

DÉCRÈTE :

Art. 1er. La Commission du travail et de l’échange est autorisĂ©e Ă  rĂ©viser les marchĂ©s conclus jusqu’à ce jour par la Commune.

Art. 2. La commission du travail et d’échange demande que les marchĂ©s soient directement adjugĂ©s aux corporations, et que la prĂ©fĂ©rence leur sont toujours accordĂ©e.

Art. 3. Les conditions des cahiers de charges et les prix de soumission seront fixĂ©s par l’intendance, la chambre syndicale de la corporation et une dĂ©lĂ©gation de la commission du travail et d’échange, le dĂ©lĂ©guĂ© et la commission des finances entendus.

Art. 4. Les cahiers de charges, pour toutes les fournitures Ă  faire Ă  l’administration communale, porteront dans les soumissions desdites fournitures les prix minimums du travail Ă  la journĂ©e ou Ă  la façon, Ă  accorder aux ouvriers ou ouvriĂšres chargĂ©s de ce travail.

TĂ©moignage de Martial Senisse, 20 ans, maçon limousin

 Elise passe maintenant ses journĂ©es dans le bĂątiment du corps lĂ©gislatif. LĂ , mille cinq cent femmes cousent des sacs de terre pour la commission des barricades. Je l’ai fait connaĂźtre Ă  Marthe, une fille qui distribue le travail. Elle est payĂ©e huit centimes par sac et c’est beaucoup car dans Paris les entrepreneurs privĂ©s ne donnent que deux centimes.

Elle dit qu’elle ne s’ennuie pas. Toute la journĂ©e les femmes chantent et racontent des histoires.

Dans les couloirs de l’HĂŽtel de ville, Vuillaume m’a prĂ©sentĂ© Ă  son ami Verlaine. C’est le chef du bureau de presse de l’HĂŽtel de ville. Vuillaume dit aussi que c’est un bon poĂšte. Il a dĂ©jĂ  Ă©crit de jolis vers sur la rĂ©volution de 1848.

 

Début des retraits aux Mont-de-piété

CrĂ©ation de l’association rĂ©publicaine des Ă©coles

Les Ă©tudiants ne sont pas impliquĂ©s dans la Commune, mais ils s’organisent.

Extraits des statuts de l’Association rĂ©publicaine des Ă©coles

Article 2. Cette association se propose les trois buts suivants :

1/ But politique. Assurer le triomphe de la RĂ©publique universelle en propageant par l’exemple, par la parole, par la plume, en un mot par toute action intellectuelle et morale, les principes de libertĂ© de justice qui peuvent seuls constituer des institutions durables.

2/ But scientifique. Tout en proclamant la LibertĂ© de penser et la libre discussion comme un droit incontestable, lutter contre toutes les opinions qui reposent sur la foi et la tradition par la propagation de la Science et de l’Histoire ; nier tout autre critĂ©rium de vĂ©ritĂ© que l’évidence rationnelle ou expĂ©rimentale, enfin s’occuper de toutes les questions relatives Ă  l’enseignement des diffĂ©rentes Ă©coles, et des moyens les plus propres Ă  relever le niveau gĂ©nĂ©ral et en particulier des Ă©tudes.

3/ But matĂ©riel. La FraternitĂ© et la SolidaritĂ© Ă©tant deux principes fondamentaux de la RĂ©publique, crĂ©er entre ses membres des liens de protection mutuelle pour s’entraider dans les difficultĂ©s matĂ©rielles de la vie pendant leurs Ă©tudes et plus tard pendant leurs carriĂšres professionnelles.

Article 3. Peuvent faire partie de l’association comme membre titulaire toute personne justifiant de la qualitĂ© d’étudiant Ă  quelques nationalitĂ© qu’elle appartienne


Rougerie

Du cÎté des Clubs

Club de la révolution

Dans l’église Saint-Bernard-de-La-Chapelle
Il y a deux jours, Théophile Ferré y a demandé devant 3000 personnes, la mort de Mgr Darboy.

Maitron

Club Ambroise

Interventions de citoyens présents (notes du secrétaire de séance)

Citoyen Missier fait observer qu’il y a des fuyards dans son bataillon et que le service des portes sont mal fait. A remarquer gardes discutant les ordres.

Citoyen Parthenay. AprĂšs avoir passĂ© en revue la religion il trouve qu’il faudrait chasser tous c’est marchand de religion.

Citoyen Royer. Comité central et la Commune ne sont pas assez controllé.

Club de la Trinité

Une oratrice :

« Citoyennes, les ateliers dans lesquels on vous entasse vous appartiendront, les outils qu’on vous met entre vos mains seront Ă  vous, le gain qui rĂ©sulte de vos efforts, de vos soins et de la perte de votre santĂ©, sera partagĂ© entre vous. ProlĂ©taires, vous allez renaĂźtre Â»

En bref

Tous les jours, aux barriĂšres, on voit passer d’immenses voitures de dĂ©mĂ©nagement, pour lesquelles il est impossible d’exercer une surveillance efficace ; dans certains arrondissements elles sont arrĂȘtĂ©es. ClĂ©ment demande Ă  la SĂ»retĂ© gĂ©nĂ©rale l’interdiction des dĂ©mĂ©nagements sortant de Paris.

Le directeur des domaines, prĂ©vient la Commune qu’il va faire procĂ©der aujourd’hui Ă  la dĂ©molition de la maison du sieur Thiers, situĂ©e place Georges, Ă  partir de quatre heures de l’aprĂšs-midi. Pour le moment on n’en est qu’au dĂ©mĂ©nagement des meubles et objets d’art, dont certains ont une valeur certaine, des bronzes, des livres

L’école de dessin de la rue Dupuytren sera immĂ©diatement rĂ©ouverte comme Ă©cole professionnelle d’art industriel pour jeunes filles.

On y enseignera le dessin, le modelage, la sculpture sur bois, sur ivoire, et en gĂ©nĂ©ral, les applications de l’art du dessin Ă  l’industrie. Des cours destinĂ©s Ă  complĂ©ter l’instruction scientifique et littĂ©raire des Ă©lĂšves seront tenus concurremment avec ces cours pratiques.

Les Ă©lĂšves dĂ©sireuses de suivre les cours de cette Ă©cole devront s’y faire inscrire le plus tĂŽt possible. La citoyenne Parpalet, professeur de modelage, est nommĂ©e directrice de cette Ă©cole.

Le membre de la Commune dĂ©lĂ©guĂ© Ă  l’enseignement, ÉDOUARD VAILLANT.

Lettre de Jenny Marx au Docteur Kugelmann

Londres 12 mai

Cher docteur

Vous ne pouvez imaginer combien les Ă©vĂ©nements de France ont fait souffrir mon mari, mes filles et nous tous. D’abord la terrible guerre et maintenant le deuxiĂšme siĂšge de Paris, plus terrible encore. La mort de Flourens, ce brave d’entre les braves, nous a profondĂ©ment Ă©mus. Et voilĂ  que se dĂ©roule maintenant la lutte dĂ©sespĂ©rĂ©e de la Commune, Ă  laquelle prennent part tous nos meilleurs et plus vieux amis. Le dĂ©faut de direction militaire, la mĂ©fiance, toute naturelle, envers tout ce qui est « militaire Â», la malencontreuse immixtion des journalistes, des chevaliers de la phrase tels que FĂ©lix Pyat, les dissensions, l’irrĂ©solution et les actes contradictoires qui s’ensuivent nĂ©cessairement, tous ces maux, inĂ©vitables dans un mouvement si hardi et si jeune, eussent Ă©tĂ© surmontĂ©s par le noyau de ces braves ouvriers, conscients et plein d’abnĂ©gation. Mais il me semble qu’à prĂ©sent tout espoir est perdu depuis que Bismarck, se faisant payer par l’or allemand, a livrĂ© non seulement tous les prisonniers, mais aussi tous les ouvrages fortifiĂ©s aux canailles français de l’ordre, dont chacune incarne quelque infĂąme crime civique. Nous sommes Ă  la veille d’un nouveau massacre de juin
.

Jenny Marx

En débat

Tribune « Du rĂŽle de l’État au point de vue Ă©conomique Â», texte du journal de l’Internationale La RĂ©volution Politique et Sociale[1]

L’auteur AS est certainement Auguste Serailler, 31 ans, Ă©missaire de l’Internationale envoyĂ© de Londres auprĂšs de la Commune.

« En ce moment oĂč la classe ouvriĂšre vient de faire son apparition sur la scĂšne politique, nous ne croyons pas inutile de rappeler les obligations de l’État envers les travailleurs. Ces idĂ©es ont dĂ©jĂ  Ă©tĂ© Ă©mises dans divers Ă©crits, cependant le rĂšgne de l’obscurantisme impĂ©rial, qui a pesĂ© sur la France si longtemps en ayant empĂȘchĂ© la propagande, il ne nous paraĂźt pas sans importance de revenir sur ce sujet. D’ailleurs la diversitĂ© d’opinions sur le rĂŽle de l’État, dont quelques soi-disant socialistes ont demandĂ© la suppression, nous fait un devoir d’insister.

Que doit faire l’État, pour rĂ©soudre d’une maniĂšre pacifique la question sociale, en d’autres termes pour Ă©teindre l’antagonisme entre le capital et le travail.

Tout d’abord nous croyons qu’il incombe Ă  l’État d’aider et de faciliter le dĂ©veloppement des associations corporatives, en leur fournissant le moyen d’acquĂ©rir les instruments de travail. Il doit insĂ©rer dans la loi toutes les mesures nĂ©cessaires pour la protection des travailleurs et veiller Ă  leur exĂ©cution.

Mais que devons-nous nous entendre par aider et faciliter l’organisation des associations corporatives, ainsi que par la protection des travailleurs ? Bonaparte a aidĂ© et protĂ©gĂ© ces institutions. Ce n’est certes pas de cette intervention que nous voulons parler.

Pour nous, la protection de l’État veut dire : le devoir incombant Ă  chacun de la communautĂ© composant la sociĂ©tĂ© de garantir le libre exercice et le libre dĂ©veloppement de ses facultĂ©s, en tant que cette libertĂ© ne porte pas atteinte Ă  autrui.

Mais cette protection seule ne saurait ĂȘtre suffisante
 Ce qu’il faut, c’est l’intervention de l’État par tous les moyens en son pouvoir, lĂ  oĂč l’individu est impuissant Ă  se procurer une existence digne d’un citoyen.

N’oublions pas que le systĂšme social se propose de donner « Ă  chacun selon ses besoins Â» et qui peut nier qu’aujourd’hui c’est la classe la plus nombreuse, celle des salariĂ©s, qui a le plus besoin d’ĂȘtre aidĂ©e pour arriver Ă  son Ă©mancipation politique et sociale.

Que d’un autre cĂŽtĂ©, on considĂšre l’origine de ce qu’on appelle capital, et l’on verra que l’intervention de l’État est nĂ©cessaire pour hĂąter l’avĂšnement du rĂšgne de l’égalitĂ© par la justice .

Quelles que soient les idĂ©es reçues sur le capital, tout le monde est d’accord pour convenir qu’il reprĂ©sente une certaine somme de travail Ă©conomisĂ©e, accumulĂ©e et destinĂ© un travail productif ultĂ©rieur. Mais, nous le demandons, qui a fourni le travail reprĂ©sentĂ© par le capital ? Est-ce ceux qui le possĂšdent ? Le manufacturier, le grand commerçant, le gros propriĂ©taire doivent-ils ce capital Ă  leurs Ă©conomies, Ă  leurs activitĂ©s et Ă  celles de leurs ancĂȘtres ? Évidemment non !


Comment se fait-il que, tandis que chaque jour augmente le capital dans des proportions effarantes, les salaires payĂ©s diminuent dans les mĂȘmes proportions et en soient arrivĂ©s Ă  suffire Ă  peine au plus strict entretien de la masse ? Â»

Notes

[1] Fourni par Jacques Rougerie

Ă  voir aussi

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Source: Contretemps.eu