Avril 30, 2021
Par Contretemps
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À l’occasion des 150 ans de la Commune de Paris, Contretemps publie du 18 mars au 4 juin une lettre quotidienne rĂ©digĂ©e par Patrick Le Moal, donnant Ă  voir ce que fut la Commune au jour le jour

***

L’essentiel de la journĂ©e

Situation militaire

À l’ouest

Sur la ligne de Neuilly Ă  Clichy, la situation reste la mĂȘme; il n’y a eu que des engagements de tirailleurs sans importance.

Au sud

Les forts du sud sont attaquĂ©s avec une grande violence par les batteries versaillaises Ă©tablies Ă  Meudon et Ă  la Lanterne. Elles ont quasiment Ă©crasĂ© le fort d’Issy, qui, aprĂšs un dĂ©but d’évacuation, est repris.

Par ordre du citoyen délégué au ministÚre de la guerre, neuf compagnies de sapeurs du génie sont formées qui éliront un cadre de sous-officiers, mais dont les officiers seront des ingénieurs militaires.

Les francs maçons soutiennent la Commune et se rendent aux remparts

Depuis longtemps Paris n’avait rien vu de semblable. Au cours de cette journĂ©e les francs-maçons devaient essayer leur derniĂšre dĂ©marche pacifique en allant planter leurs banniĂšres sur les remparts de Paris ; s’ils Ă©chouaient, la franc-maçonnerie tout entiĂšre devait prendre parti contre Versailles.

TĂ©moignage – Elie Reclus, 44 ans, journaliste

Le convent maçonnique du ChĂątelet a produit un rĂ©sultat qui Ă©tonne jusqu’à ses promoteurs. Je me laisse entraĂźner Ă  parler comme j’eusse parlĂ© hier, et nĂ©anmoins je suis profondĂ©ment Ă©mu. Il y a dans la franc-maçonnerie parisienne une forte probitĂ© qui vient de se montrer courageuse et fiĂšre. Et le citoyen qui, Ă  table, au milieu de sa famille et de ses amis, est un simple bonhomme, mais qui reste calme, digne et bon tandis que les balles pleuvent autour de lui, celui-lĂ  est bien prĂšs d’ĂȘtre un hĂ©ros, au moins Ă  son heure. Quoi qu’il en soit, plus le franc-maçon passait, Ă  tort ou Ă  raison, pour un bourgeois fonciĂšrement innocent et insignifiant, plus significative la rĂ©solution qu’il a prise, plus est dĂ©cisive l’affirmation du droit de Paris
 C’était un spectacle solennel que ce cortĂšge de 10 Ă  11000 hommes se rendant de la place du Carrousel Ă  la place de l’hĂŽtel de ville au milieu des acclamations. La foule, raconte un frĂšre, se pressait immense, silencieuse, recueillie. Il y avait quelque chose de religieux et dans l’acte accompli par les maçons et dans le respect donc il Ă©tait saluĂ© par le peuple accouru
 Les antiques banniĂšres, qui n’avait encore connu que le repos du Temple, venaient pour la premiĂšre fois flotter au vent de la RĂ©volution et couvrir de leurs plis protecteurs la grande Cité . A la suite des dignitaires de la maçonnerie, dĂ©corĂ©s du cordon jaune et vert du Grand Orient ou du cordon blanc des dĂ©putĂ©s Ă©cossais, on voyait se presser les maçons de tous les rites 


A neuf heures, les francs-maçons se sont rĂ©unis dans la cour des Tuileries oĂč ils ont Ă©tĂ© rejoints par une dĂ©lĂ©gation de la Commune sortie de l’HĂŽtel de Ville, musique en tĂȘte.

Tous les maçons, anciens maçons, renforcĂ©s par des membres des compagnonnages sont lĂ , affluant de tous les points, banniĂšres et musique en tĂȘte, au milieu d’une foule compacte que ce spectacle avait attirĂ©e lĂ  dĂšs la premiĂšre heure. Plusieurs bataillons de la garde nationale forment la haie et contiennent les curieux qui se poussent aux cris de : « Vive les francs-maçons ! vive la Commune ! » auxquels rĂ©pondent d’autres cris de : « A bas Versailles ! ».

Le dĂ©filĂ© des cinquante-cinq loges commence, par rangs de quatre, banniĂšres dĂ©ployĂ©es, au son d’une musique au rythme Ă©trange, sĂ©vĂšre, impressionnant. Il y a environ 10 000 citoyen-nes de tous Ăąges, une loge de femmes est particuliĂšrement saluĂ©e par la foule Ă©mue de ce spectacle unique.

Le cortĂšge arrive Ă  onze heures dans la cour d’honneur de l’hĂŽtel de ville, accueilli par la Commune tout entiĂšre en haut de l’escalier d’honneur, entourĂ©e de trophĂ©es des drapeaux de la Commune. Les banniĂšres maçonniques viennent les rejoindre.

Les discours expriment l’émotion : « Votre acte, citoyens, restera dans l’histoire de la France et de l’humanitĂ©. Vive la RĂ©publique universelle ! »

Beaucoup de membres de la Commune sont eux-mĂȘmes francs-maçons, dans toutes les tendances prĂ©sentes, des internationalistes ( Beslay, Longuet, Malon, Johannard, Babick, Amouroux 
) des blanqistes (Eudes, Ranvier 
), des jacobins (Viard, ..) et d’autres comme Lefrançais, Jourde 


Le citoyen Beslay, membre de la Commune : « Le sort ne m’a pas favorisĂ©, hier, lorsqu’on a tirĂ© les noms des membres de la Commune qui devaient aller recevoir les francs-maçons
. je n’ai pas eu le bonheur d’ĂȘtre dĂ©signĂ©, mais j’ai demandĂ© pourtant Ă  aller au-devant de vous, comme doyen de la Commune de Paris, et aussi de la franc-maçonnerie de France, dont j’ai l’honneur de faire partie depuis cinquante-six ans. Citoyens, frĂšres, permettez-moi de donner Ă  l’un de vous l’accolade fraternelle. »

La Commune offre un drapeau rouge au citoyen Thirifocq qui dĂ©clare : « Si nous Ă©chouons dans notre tentative de paix et si Versailles donne l’ordre de ne pas tirer sur nous pour ne tuer que nos frĂšres sur les remparts, alors nous nous mĂȘlerons Ă  eux, nous qui n’avions pris jusqu’ici le service de la garde nationale que comme un service d’ordre, ceux aussi qui n’en faisaient pas partie, comme ceux qui Ă©taient dĂ©jĂ  dans les rangs de la garde nationale, et tous ensemble, nous nous joindrons aux compagnies de guerre pour prendre part Ă  la bataille et encourager de notre exemple les courageux et glorieux soldats dĂ©fenseurs de notre ville. »

Un ballon est lancĂ©, portant les trois points maçonniques avec ces trois mots « la Commune Ă  la France Â»

Le cortĂšge, accompagnĂ© de tous les membres de la Commune, sort de l’hĂŽtel de ville, remonte la rue St Antoine jusqu’à la Bastille, et, descendant les boulevards jusqu’à la Madeleine, gagne l’Arc-de-Triomphe.

TĂ©moignage – Louise Michel, 41 ans, institutrice, membre du comitĂ© de vigilance de Montmartre

Ce fut un spectacle comme ceux des rĂȘves que ce dĂ©filĂ© Ă©trange, 
., voir cette file de fantĂŽmes allant avec une mise en scĂšne d’un autre Ăąge, dire les paroles de libertĂ© et de paix qui se rĂ©aliseront dans l’avenir. L’impression Ă©tait grande, il fut beau de voir l’immense cortĂšge marchant au bruit de la mitraille comme en un rythme

Il y avait les chevaliers Kasoches avec l’écharpe noire frangĂ©e d’argent. Les officiers rose-croix, le cordon rouge au cou, et tant d’insignes symboliques que cela fai­sait rĂȘver. En tĂȘte, marchait une dĂ©lĂ©gation de la Commune avec le vieux Beslay, Ranvier, et Thirifocq, dĂ©lĂ©guĂ© des francs-maçons.

Des banniĂšres Ă©tranges passaient, la fusillade, le canon, les obus faisaient rage.


..

Le cortĂšge spectral parcourut la rue Saint-Antoine, la Bastille, le boulevard de la Made­leine, et par l’Arc de Triomphe et l’avenue Dau­phine, vint sur les fortifications, entre l’armĂ©e de Versailles et celle de la Commune.

Il y avait des banniĂšres plantĂ©es de la porte Maillot Ă  la porte Bineau ; Ă  l’avancĂ©e de la porte Ă©tait la banniĂšre blanche de paix, avec ces mots Ă©crits en lettres rouges : « Aimez-vous les uns les autres. Â» Elle fut trouĂ©e de mitraille. Des signes s’étaient Ă©changĂ©s aux avancĂ©es entre les fĂ©dĂ©rĂ©s et l’armĂ©e de Versailles ; mais ce fut seulement passĂ© cinq heures que cessa le feu ; on parlementa et trois dĂ©lĂ©guĂ©s francs-maçons se rendirent Ă  Versailles oĂč ils ne purent obtenir que vingt-huit heures de trĂȘve

Dans cette grandiose manifestation, on remarque des vieillards courbĂ©s par l’ñge, marchant aussi rĂ©solument au-devant d’une mort possible que s’il se fut agi de se rendre Ă  quelque fraternelle agape. Toujours la mĂȘme foule sur tout le parcours, impressionnĂ©e par la portĂ©e morale de l’acte qui s’accomplit de la part de cette association dans laquelle se trouvent confondus des gens de toutes classes, de toutes conditions et surtout de toutes religions politiques et morales, et qui, depuis si longtemps, se tenait renfermĂ©e dans ses temples. A l’Arc de-Triomphe, il y a toujours une pluie incessante d’obus, reçus aux cris de : « Vive la Commune ! Vive la RĂ©publique universelle ! »

Une dĂ©lĂ©gation composĂ©e de tous les vĂ©nĂ©rables, accompagnĂ©s de leurs banniĂšres respectives, s’avance par l’avenue de la Grande-ArmĂ©e, et les plantent sur les remparts aux postes les plus dangereux. Puis 40 vĂ©nĂ©rables s’avancent sur l’avenue de Neuilly sur la barricade du pont de Courbevoie Le gĂ©nĂ©ral Montaudon qui les reçoit,(est-il toujours franc-maçon ?), met une voiture Ă  disposition des trois dĂ©lĂ©guĂ©s envoyĂ©s Ă  Versailles. Le feu cesse alors du cĂŽtĂ© versaillais. Il est convenu de part et d’autre que le feu ne pourra reprendre qu’aprĂšs le retour des dĂ©lĂ©guĂ©s.

TĂ©moignage – Martial SĂ©nisse, 20 ans, maçon limousin


 les vĂ©nĂ©rables ont pris la direction des portes de Paris afin d’aller planter leur banniĂšre aux premiĂšres lignes.

Alors j’ai vu Thoumieux pleurer. Il m’a dit :

Regarde-les, ces hommes respectables qui s’exhibent aujourd’hui devant tes yeux. Ils sont trĂšs ĂągĂ©s pour la plupart. Toute leur vie ils ont choisi le silence et la discrĂ©tion. Ils occupent presque tous des situations importantes dans cette sociĂ©tĂ© que nous voulons abattre, et les voici pourtant qui viennent Ă  nous, qui prennent le parti le plus hĂ©roĂŻque, qui viennent Ă  la Commune alors que ses lendemains sont angoissants, qui adhĂšrent Ă  la rĂ©volution parce qu’elle est pour eux la justice et qu’ils ne se reconnaissent pas le droit de se taire.


.

En rentrant rue Monge, le soir, j’ai longuement expliquĂ© Ă  Élise ce que je pensais maintenant de cette aventure dans laquelle je suis engagĂ©. Je crois qu’il y a d’un cĂŽtĂ© les hommes qui ne sont forts que parce que la force rĂšgne sur le monde. En face d’eux, il y a ceux qui veulent faire triompher la justice. Mais jamais la justice ne l’emportera sur la force si une fois, une seule fois, elle ne bat pas la force avec ses propres armes. C’est ce que la Commune est en train d’apprendre au monde, et mĂȘme si elle est vaincue, la leçon sera retenue par d’autres et un jour la justice l’emportera.

Pendant ce temps Ă  Versailles

L’AssemblĂ©e nationale vote la prise en considĂ©ration d’urgence d’un projet de loi dĂ©clarant inaliĂ©nables les propriĂ©tĂ©s publiques ou privĂ©es, mobiliĂšres ou immobiliĂšres, qui auraient Ă©tĂ© soustraites, dĂ©tenues ou sĂ©questrĂ©es par les ordres du ComitĂ© central ou de la Commune de Paris depuis le 18 mars 
on voit bien oĂč sont les prĂ©occupations de ces messieurs !

La bourse de Paris est toujours en activité

Ce temple du capitalisme est rĂ©-ouvert depuis la 28 mars et fonctionne, les membres les plus audacieux de la Commune n’ont jamais pris de mesures contre ce sanctuaire. A aucun moment l’idĂ©e de paralyser le fonctionnement des marchĂ©s n’a Ă©tĂ© Ă©voquĂ©e jusqu’à ce jour. Selon le journal La Nouvelle RĂ©publique du 22 mars 1871, le syndic des agents de change et les agents de change eux-mĂȘmes ont refusĂ© de transporter la Bourse Ă  Versailles.

Elle est donc ouverte, plus calme qu’à l’accoutumĂ©e, mais les agents continuent Ă  travailler, et les cours sont publiĂ©s tous les jours comme d’habitude au journal officiel. MalgrĂ© la panique que devrait produire en pareil lieu une rĂ©volution comme celle du 18 mars, la tenue des cours n’est pas mauvaise. Les cours relevĂ©s par Henri Lefebvre1 dans le journal Le Temps montrent que les baisses massives prĂ©cĂšdent de beaucoup la prise du pouvoir par le ComitĂ© Central. Depuis la remontĂ©e est rĂ©guliĂšre.

La monnaie

Ce service gĂ©rĂ© par l’ouvrier bronzier ZĂ©phirin CamĂ©linat fonctionne si efficacement qu’on n’en entend pas parler. Michel Cordillot indique que le Directeur de la monnaie, soucieux de ne laisser passer aucune opportunitĂ©, a Ă©chafaudĂ© un plan dĂšs qu’il a appris la dĂ©cision de la dĂ©molition de la colonne VendĂŽme. Il a ainsi calculĂ© qu’avec le bronze provenant des bas-reliefs, on obtiendrait en ajoutant pour 75000 franc de cuivre une quantitĂ© d’alliage permettant la frappe de plus d’un million de piĂšces de menue monnaie, ce qui pourrait permettre de rĂ©aliser un bĂ©nĂ©fice estimĂ© Ă  845 000 francs. Pourra-t-il appliquer ce projet ?

Les Ă©coles dans le VIIIĂšme arrondissement

La Mairie du VIIIĂšme arrondissement a fait un travail de recensement sur le nombre d’enfants Ă  scolariser, qui montre les efforts et les rĂ©alisations accomplies.

Elle a fait un relevĂ© Ă  partir des cartes de boucherie, qui indique une prĂ©sence de 6 251 enfants dans l’arrondissement, garçons et filles de 7 Ă  15 ans. Les Ă©coles communales, au nombre de 14 laĂŻques, congrĂ©ganistes ou protestantes, ne reçoivent pourtant que 1 453 garçons et 1 577 filles, ensemble 3 030 Ă©lĂšves. Cette Ă©tude met en Ă©vidence que 3 221 enfants ne seraient pas scolarisĂ©s dont il faut retrancher ceux que les parents font instruire Ă  leurs frais.

DĂ©jĂ  considĂ©rable, cette diffĂ©rence serait encore plus importante si les enfants de trois Ă  cinq ans et de cinq Ă  sept ans avaient Ă©tĂ© ajoutĂ©s, mais les asiles et les Ă©coles maternelles seront l’objet d’une autre Ă©tude.

Les Ă©coles communales organisĂ©es dans l’arrondissement sont donc trĂšs insuffisantes. En effet, il y a urgence Ă  faire entrer tous les enfants de cinq Ă  douze ans dans les Ă©coles, Ă  moins de prouver qu’on les instruit ou fait instruire.

L’école des filles de la rue de la bienfaisance est vacante et fermĂ©e : nous la faisons rouvrir immĂ©diatement. Les Ă©coles anciennes fonctionnent convenablement. Toutefois, trois Ă©coles congrĂ©ganistes de garçons ont suspendu leur enseignement. La mairie a dĂ», pour Ă©viter de laisser les enfants dans la rue, faire faire les classes par des professeurs libres. L’enseignement, que les titulaires ont cru devoir abandonner, a Ă©tĂ© Ă©tabli dans deux Ă©coles. Toutes les Ă©coles communales Ă©tant en activitĂ©, moins une, il y a lieu de transformer l’enseignement lui-mĂȘme. Elle se propose de profiter, dans ce but, de la rĂ©organisation nĂ©cessaire des deux Ă©coles vacantes.

L’école des filles de la rue de la Bienfaisance sera la premiĂšre des Ă©coles nouvelles et la base dont les Ă©lus de l’arrondissement espĂšrent voir sortir la rĂ©forme. Ils ont choisi pour directrice Mme GeneviĂšve Vivien, institutrice d’un grand mĂ©rite, qui sait mieux que personne l’importance de l’enseignement de l’éducation nouvelle.

DĂšs que les arrangements prĂ©paratoires seront terminĂ©s, le programme sera publiĂ©; les enfants y seront admis depuis l’ñge de trois ans, pour commencer Ă  la premiĂšre enfance. Pour les enfants de cinq Ă  sept ans, la lecture, l’écriture et le calcul, ainsi que l’orthographe, doivent ĂȘtre des faits acquis. Or, dans les rĂšglements actuels, les Ă©coles communales ne reçoivent les Ă©lĂšves qu’à l’ñge de sept ans : il y a donc dans la rĂ©forme Ă  faire un enseignement entiĂšrement nouveau Ă  Ă©tablir. Les cours de cette Ă©cole, dĂšs qu’ils seront organisĂ©s, seront publics, afin que les parents et les professeurs puissent y assister Ă  leur grĂ©.

La Mairie a dĂ©jĂ  Ă©tabli une Ă©cole normale gymnastique, qui permettra dans quelques jours, de faire faire la gymnastique comme enseignement rĂ©gulier pour toutes les Ă©coles. Elle prĂ©voit de faire bientĂŽt de mĂȘme pour la musique et le dessin.

Les inscriptions et rĂ©ceptions se feront directement aux Ă©coles mĂȘmes. Les parents et les enfants doivent aller faire eux-mĂȘmes leur inscription sans aucun retard.

Pour l’école des filles de la rue de la Bienfaisance, les inscriptions seront admises pour les enfants Ă  partir de l’ñge de cinq ans.

La Mairie fait un appel insistant Ă  toutes les consciences, ainsi qu’à toutes les intelligences, pour la seconder dans l’Ɠuvre, qu’elle appelle «le rĂȘve de [notre] vie, que nous espĂ©rons enfin voir fleurir Â» : « La rĂ©forme Ă  la fois scientifique et pratique de l’enseignement pour les enfants. »

La sociĂ©tĂ© la Commune sociale de Paris, dont elle est fondatrice, secondera ce travail de ses lumiĂšres et de ses membres. C’est pourquoi nous la recommandons, en mĂȘme temps que notre Ɠuvre mĂȘme, aux bons dĂ©sirs de tous, pour les enfants et les familles, que nous voulons instruire, et que bientĂŽt aussi nous ferons travailler.

Des nouvelles de la Fédération artistique

Le mouvement fĂ©dĂ©raliste s’accentue : aprĂšs la rĂ©union des artistes peintres, graveurs, dessinateurs sous l’impulsion du citoyen G. Courbet, les artistes des thĂ©Ăątres et concerts se fĂ©dĂ©ralisent Ă  leur tour.

Leur premier acte est l’organisation de reprĂ©sentations au bĂ©nĂ©fice des blessĂ©s, veuves et orphelins de la garde nationale, de spectacles disponibles appartenant Ă  la ville de Paris.

Un comité organisateur de ces représentations est désigné.

Une commission d’élaboration des statuts vient d’ĂȘtre nommĂ©e ; deux auteurs, deux compositeurs, trois artistes de thĂ©Ăątre, trois artistes de concerts et deux musiciens, composent cette commission, Ă  laquelle ont Ă©tĂ© adjoints les trois promoteurs de la FĂ©dĂ©ration : les citoyens Paul Burani, auteur, Antonin Louis, compositeur, et Alfred Isch-Wall, auteur.

Ont été nommés membres de cette commission :

Auteurs : les citoyens Houssot et Nazet ; compositeurs : les citoyens Littolff ; A. de Villebichot ; J. Javelot ; Benzat.

Artistes dramatiques : Delanglay (Ambigu) ; Damiens (Porte-Saint-Martin) ; Kalpestri (mime) ; Artistes lyriques : Perrin ; Muller ; Berger ; Littolff, Benzat.

Des invitations ont été adressées à tous les artistes présents à Paris, pour réclamer leur adhésion. Plus de six cents artistes ont répondu à cet appel.

Du cÎté des Clubs

Dans l’église saint-Germain-l’Auxerrois

Le 29 avril s’est rĂ©uni le Club des Libres penseurs du Ier arrondissement en prĂ©sence de 500 personnes sous la prĂ©sidence d’Alfred Pierre et de Lodojska Kawecka, « trĂšs belle femme au costume pittoresque et thĂ©Ăątral: pantalon de turco, veste de hussard en velours cramoisi chamarrĂ© de broderies, Ă  la ceinture bleue deux revolvers, aux bottines des glands d’or, Ă  la toque la cocarde rouge » et en prĂ©sence de Nathalie Le Mel. Au cours de la sĂ©ance un garde s’est hissĂ© jusqu’à la statue de la Vierge, d’un coup de baĂŻonnette lui fait un trou dans la bouche et y a mis une pipe allumĂ©e. Il a dĂ©boulonnĂ© l’Enfant-JĂ©sus qui est passĂ© de bras en bras, puis a Ă©tĂ© embrochĂ© sur une baĂŻonnette et finalement brisĂ©. De nombreux intervenants proposent des projets sur les sujets les plus divers.

Maitron

Salle de la rue d’Arras

Ils s’y tiennent tous les soirs Ă  8 heures Âœ des entretiens populaires pour des programmes d’éducation nationale, prĂ©sidĂ©s par Edmond Douay.

Compte rendu de l’une des derniĂšres rĂ©unions

Lecture du programme complet d’éducation primaire nationale. RĂ©sumĂ© des prĂ©cĂ©dents entretiens sur la morale universelle, sur les droits et les devoirs de l’enfant ;

Les droits et devoirs dans la famille, droits et devoirs des Ă©poux.

Le Dictionnaire de l’AcadĂ©mie française dĂ©finit la famille : « Toutes les personnes d’un mĂȘme sang, comme enfants, frĂšres, neveux ; se prend aussi pour toutes les personnes qui vivent dans une mĂȘme maison, sous un mĂȘme chef. »

Ce n’est pas la famille moderne ni rĂ©publicaine.

La famille est une association créée par le mariage ; elle est la base de la nation et de la moralité publique.

L’époux et l’épouse doivent ĂȘtre Ă©gaux devant la loi, et devant la morale ; il ne peut y avoir que des inĂ©galitĂ©s physiques ou intellectuelles, et des fonctions diffĂ©rentes dans l’association.

Cette association n’est durable que par la communautĂ© d’éducation primaire nationale.

Les familles fondĂ©es sur la passion, l’intĂ©rĂȘt, la convenance, la domination d’un chef sont instables. La famille rĂ©publicaine a pour ennemi le cĂ©libat, la confession, la prostitution, l’institution monarchique, l’inobservation des droits et des devoirs mutuels, fondĂ©s sur la solidaritĂ© de l’association.

L’association se brise par cette inobservation.

La dot est une institution immorale : la vraie dot est la valeur personnelle de la fiancée.

Club Saint Nicolas des Champs

Le citoyen Paysant propose aux 3000 citoyens rĂ©unis :

« ConsidĂ©rant que la guerre civile est l’Ɠuvre de l’Empire et de ses suppĂŽts, la Commune de Paris dĂ©crĂšte :

Tous les biens des fonctionnaires civils et militaires depuis le grade de colonel jusqu’à celui de marĂ©chal seront vendus au profit des veuves et des blessĂ©s victimes de la guerre depuis son commencement Â»

Jacques Rougerie

En bref

■ Il y a dans le service mĂ©dical de la garde nationale des personnes qui portent les insignes et l’uniforme d’emploi et de titre auxquels elles n’ont aucun droit, et prennent mĂȘme des qualifications qui ne leur ont pas Ă©tĂ© rĂ©guliĂšrement confĂ©rĂ©es. Le citoyen dĂ©lĂ©guĂ© au ministĂšre de la guerre les prĂ©vient qu’elles s’exposent Ă  des poursuites sĂ©rieuses, pour infraction aux lois.

■ Le dĂ©lĂ©guĂ© de la Commune Ă  l’enseignement a nommĂ© directeur de la BibliothĂšque nationale le citoyen Elie reclus, le cĂ©lĂšbre ethnologue.

■ Le chef du 1er bureau du cabinet du prĂ©fet de police (affaires politiques) prĂ©vient les citoyens qu’il ne tiendra aucun compte des dĂ©nonciations anonymes. L’homme qui n’ose signer une dĂ©nonciation sert Ă©videmment une rancune personnelle, et non l’intĂ©rĂȘt public.

■ Le dĂ©lĂ©guĂ© au ministĂšre de l’agriculture et du commerce informe les boulangers qu’il tient Ă  leur disposition, au prix de vingt francs les cent kilogrammes, le sel nĂ©cessaire Ă  leur fabrication.

En dĂ©bat – Tribune de BenoĂźt Malon, 30 ans

Ouvrier teinturier, adhĂ©rent Ă  l’Internationale depuis 1865, devenu journaliste, Ă©lu Ă  l’assemblĂ©e en fĂ©vrier, puis le 26 mars Ă  la Commune.

GĂ©nĂ©ralement les membres de la commune [ont] une tendance Ă  se laisser aller Ă  cette façon toute française de parer aux Ă©vĂ©nements avec des phrases, ou de s’en prendre aux rĂ©sultats immĂ©diats au lieu de rechercher les causes. La plupart jeunes, ils ne [peuvent] guĂšre d’ailleurs avoir ce calme qui commande aux situations terribles, cette vivacitĂ© [est] le principal reproche que leur faisaient Delescluze, Vermorel et d’autres, qui se [plaignent] souvent, et avec raison, de l’abondance des prĂ©occupations et des attaques personnelles. Cette tendance au rĂ©criminations violentes, les membres de la commune [l’ont] prise dans les rĂ©unions publiques sous l’Empire et dans les clubs depuis le 4 septembre. Dans ces tristes jours, l’indignitĂ© des gouvernants Ă©tait telle que la critique des actes gouvernementaux, quelle que fĂ»t sa violence, Ă©tait toujours justifiĂ©e par les faits. Le peuple s’y habitua, et les orateurs les plus ardents devinrent les plus applaudis. Ces mĂȘmes orateurs, Ă©lus par le peuple, apportĂšrent naturellement dans les discussions de la commune le mĂȘme langage. Mais si les attaques [sont] vives, il n’y [a] jamais de basse insulte, grĂące Ă  ce respect pour une rĂ©union d’hommes dont les ouvriers français ne se dĂ©partent jamais. Ceux qui ont vu les clubs Parisiens savent que dans les assemblĂ©es les plus tumultueuses une certaine tenue, inconnue chez les autres peuples ne fait jamais dĂ©faut.

Beaucoup d’élus [manquent] de l’étude et de l’expĂ©rience nĂ©cessaire aux hommes politiques, mais il ne faut pas oublier que [c’est] la classe ouvriĂšre au pouvoir pour la premiĂšre fois. À part quelques littĂ©rateurs, tous [ont] eu une vie de travail et de fatigue, et ce n’était qu’à temps perdu et en prenant sur le repos nĂ©cessaire qu’ils avaient pu apprendre le peu qu’il savaient.

Le plus grand malheur [est] que la majoritĂ© trop imbue du cĂŽtĂ© Jacobins et thĂ©Ăątral de la grande RĂ©volution, [est] naturellement disposĂ©e Ă  nĂ©gliger les rĂ©alitĂ©s, Ă  ne pas tenir assez compte des obstacles, Ă  trop sacrifier les principes, importĂ©s dans la politique par la nouvelle Ă©cole socialiste, Ă  la souverainetĂ© du but, chĂšre Ă  l’école autoritaire. C’est surtout cette tendance de la minoritĂ© socialiste [combat] sans trĂȘve dans la majoritĂ©.

Mais ce qu’il [ont] Ă  peu prĂšs tous, [c’est] ce grand amour de tous les opprimĂ©s, cette haine vigoureuse de l’injustice que toute la population ouvriĂšre de Paris possĂšde Ă  un si haut degrĂ©. Ils [sentent] vaguement qu’en reprĂ©sentant les prolĂ©taires parisiens rĂ©voltĂ©s, ils [reprĂ©sentent] la grande cause de tous ceux qui souffrent par l’oppression et l’exploitation dans notre inique sociĂ©tĂ©. Aussi, s’ils [diffĂ©rents] dans les moyens, ils se [montrent] en gĂ©nĂ©ral prĂȘts Ă  donner leur vie pour hĂąter l’avĂšnement de ce monde nouveau qu’ils [entrevoient] dans la RĂ©publique sociale universelle. Un des traits distinctifs de la commune [est], en effet, de rĂ©aliser dans son sein l’internationalitĂ© qu’elle [proclame] et qui jusque-lĂ , n’avait jamais Ă©tĂ© consacrĂ©e dans une reprĂ©sentation gouvernementale quelconque, en dĂ©clarant qu’elle recevrait les Ă©lus que lui enverrait le peuple de Paris, de quelle nationalitĂ© qu’ils [soient]. C’est ainsi qu’elle accepta le citoyen hongrois Frankel Ă©lu par le 13e arrondissement.

Note

1La proclamation de la Commune

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Source: Contretemps.eu