Mai 25, 2021
Par Contretemps
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À l’occasion des 150 ans de la Commune de Paris, Contretemps publie du 18 mars au 4 juin une lettre quotidienne rĂ©digĂ©e par Patrick Le Moal, donnant Ă  voir ce que fut la Commune au jour le jour

***

L’essentiel de la journĂ©e

Situation militaire

À l’ouest

Dans la nuit, plusieurs attaques contre la porte de SĂšvres, au Point-du-Jour, ont Ă©tĂ© repoussĂ©es. Dans la journĂ©e du 20, les batteries du bois de Boulogne ont repris leur tir sur le rempart : les brĂšches grandissent. Les quartiers de Passy et d’Auteuil sont ravagĂ©s. Dans Neuilly et Sablonville, on se bat d’une barricade Ă  l’autre, sans avantage apprĂ©ciable de part et d’autre. Il en est de mĂȘme Ă  AsniĂšres et Ă  Clichy, BĂ©con, Gennevilliers. Montmartre et le rempart de Saint-Ouen continuent Ă  soutenir leur duel d’artillerie si prĂ©judiciable aux habitants de Batignolles.

Les communiqués destinés à paraßtre au journal Officiel donnent une autre version, malheureusement éloignée de la situation réelle.

Neuilly.

Tout va bien. Les batteries de nos barricades font éprouver des pertes sérieuses aux Versaillais.

Minuit. Reprise des hostilitĂ©s jusqu’à six heures du matin ; avantage aux fĂ©dĂ©rĂ©s.

AprĂšs-midi. Nos bastions tirent de temps Ă  autre et font cesser le feu ennemi.

AsniÚres, soirée du 19.

Versaillais ont tentĂ© une attaque ; au bout d’une heure, leur feu a Ă©tĂ© complĂštement Ă©teint.

Nuit. Convoi d’artillerie, se dirigeant sur Gennevilliers, dispersĂ© par les batteries de Clichy.

MatinĂ©e, 9 heures. Feu trĂšs violent du cĂŽtĂ© de l’ennemi, Ă©teint par nos batteries.

AsniĂšres.

Forte canonnade ; nous Ă©teignons le feu de plusieurs piĂšces de batteries de BĂ©con.

Montmartre continue son tir avec de bons résultats.

Le bombardement d’Auteuil, de Passy et du Point-du-Jour continue ; de nombreux obus sont dirigĂ©s sur le TrocadĂ©ro.

Des femmes et des enfants sont tués et blessés ; que leur sang retombe sur nos misérables ennemis !

Au sud

Les forts de BicĂȘtre et de Montrouge continuent Ă  recevoir une pluie d’obus versaillais, Montrouge est dans un Ă©tat pitoyable : il devient de plus en plus difficile aux fĂ©dĂ©rĂ©s de s’y maintenir. Du cĂŽtĂ© de Vanves, les Versaillais ont ouvert des tranchĂ©es vers le rempart.

Les travaux d’approche des Versaillais, les assauts qu’ils ont livrĂ©s, l’énergie persistante des fĂ©dĂ©rĂ©s rĂ©solus Ă  faire payer chĂšrement leur vie, sont des indices d’une issue horrible.

TĂ©moignage de Victorine Brocher, 31 ans, piqueuse en bottines, ambulanciĂšre dans la garde nationale

Tous nos morts avaient Ă©tĂ© dĂ©posĂ©s sur le parvis de Notre Dame. Ceux de notre bataillon qui Ă©taient dĂ©cĂ©dĂ©s dans l’ambulance de Passy avaient Ă©tĂ© dirigĂ©s sur Paris. Il y avait, ce jour-lĂ , 17 corbillards Ă  la file. Nous retrouvĂąmes dans la salle qui servait d’amphithĂ©Ăątre cinq des nĂŽtres qui n’avaient pas Ă©tĂ© reconnus. Le capitaine Leroux et moi, nous nous mĂźmes en devoir de faire leur toilette et de les envelopper dans un drap, les amis les dĂ©posĂšrent dans la biĂšre ; Ă  la sortie du parvis, chaque corbillard Ă©tait ornĂ© de drapeaux rouges, un drap rouge couvrait le cercueil. Le drapeau des dĂ©fenseurs de la RĂ©publique suivait le cortĂšge, il y avait des morts de plusieurs sections ; celles-ci avaient aussi leurs drapeaux.

Le parcours et le dĂ©filĂ© furent longs. C’était vraiment imposant ; partout sur notre passage et Ă  toutes les fenĂȘtres se montraient des figures sympathiques, on nous jetait de l’argent pour les ambulances. On me jeta Ă  moi-mĂȘme plusieurs piĂšces de deux et cinq francs, mĂȘme quelques piĂšces d’or enveloppĂ©es dans du papier. J’ai dĂ©posĂ© le tout dans la caisse de secours aux blessĂ©s. Il y avait parmi nous plusieurs membres de la Commune qui s’étaient joints au cortĂšge. Nous gravĂźmes la rue de Charonne jusqu’au PĂšre Lachaise. Dans le cimetiĂšre, plusieurs fossoyeurs creusaient une grande tranchĂ©e oĂč l’on dĂ©posa toutes les victimes de M. Thiers et de ses suppĂŽts.

Plusieurs discours furent prononcés, particuliÚrement par Ostyn, membre de la Commune, délégué généralement dans de pareilles circonstances.

DĂšs que tout fut fini, nous sommes revenus Ă  l’HĂŽtel de ville, de lĂ  nous avions l’intention de prendre le bateau qui devait nous conduire au Point du Jour, pour nous rendre Ă  Passy, oĂč notre bataillon Ă©tait campĂ© ; mon mari Ă©tait avec eux. Notre bateau venait de partir
. Ayant quinze minutes Ă  attendre, je voulus rester sur le ponton jusqu’à leur retour. J’étais si fatiguĂ©e, il n’y avait si longtemps que je n’avais pris de repos que je me suis endormie.

Enfin un bruit se fit autour de moi, je me rĂ©veillai en sursaut, j’étais transie de froid. C’étaient mes camarades qui venaient m’apprendre qu’il Ă©tait inutile d’attendre plus longtemps, qu’on leur avait dit que le service des bateaux mouches Ă©tait interrompu. Ils me conseillĂšrent d’aller coucher chez moi ou chez ma mĂšre, qu’eux s’arrangeraient.

Les Zouaves de la RĂ©publique aux hommes de cƓur

Citoyens,

Au moment oĂč les gardes nationaux dĂ©fenseurs de la RĂ©publique et de la Commune tombent sous le plomb des assassins de Versailles, malgrĂ© leur titre inviolable de prisonniers de guerre, nos cƓurs ont bondi d’indignation, et nous jetons au milieu de vous, citoyens, notre cri patriotique : Vengeance ! Aidez-nous Ă  l’assurer complĂšte.

Et vous, enfants de la Commune de Lyon, venez à nous pour combattre sous le drapeau que, les premiers, vous avez arboré.

L’habillement, la solde et les vivres sont assurĂ©s aussitĂŽt aprĂšs l’enrĂŽlement. Armes Ă  tir rapide. Les hommes inscrits Ă  l’avance faisaient tous partie des anciennes compagnies de francs-tireurs.

MĂȘme solde que la garde nationale.

Le décret de la Commune relatif aux veuves, orphelins et blessés est applicable aux zouaves de la République.

Les bureaux pour l’enrĂŽlement sont situĂ©s :

1er bureau, place Voltaire, mairie du XIe arrondissement ;

2e bureau, rue du Faubourg-Saint-Martin, mairie du Xe arrondissement ;

3e bureau, rue des Abbesses, 8, Ă  Montmartre (XVIIIe arrondissement) ;

4e bureau, Ă  Belleville, mairie du XXe arrondissement.

De neuf heures Ă  onze heures, et de deux heures Ă  six heures.

Le commandant des zouaves de la RĂ©publique, LECAUDEY.

L’adjudant-major, RAMEAU.

Paris, le 19 mai 1871.

NOTA. Le bataillon ne sera composé que de cinq cents hommes.

TĂ©moignage d’Elie Reclus, 44ans, journaliste

La nuit, on se couche comme Ă  l’ordinaire, supposant sans doute que le lendemain on se relĂšvera comme Ă  l’ordinaire. On s’étend entre ses draps, on dort bien ou mal. Et plusieurs fois, le somme est interrompu, soit par quelque dĂ©tonation plus formidable que les autres, soit mĂȘme par le tambour battant la gĂ©nĂ©rale. Pendant que nous dormons, cent cinquante mille hommes rĂŽdent et guettent autour de nos murailles avec Ă©chelles et pĂ©tards. Pendant la nuit, vingt mille hommes ici, vingt mille hommes lĂ  se ruent Ă  l’assaut, et s’ils font un trou, si nos braves gardes nationaux surpris d’une façon ou d’autres, dĂ©contenancĂ©s par un des mille accidents de la guerre, ne parviennent pas Ă  repousser les hordes envahissantes, la ville est massacrĂ©e, la RĂ©volution est perdue et le monde est livrĂ© aux horreurs d’une rĂ©action dont on ne peut prĂ©voir le terme.

L’état de l’armĂ©e de Versailles

Depuis avril et les refus des soldats d’ouvrir le feu, Thiers a repris ses troupes en main[1]. Il s’agit de prĂ©parer l’armĂ©e au combat de rues.

Pour Ă©liminer tout risque de contagion politique, les actes d’insubordination sont trĂšs sĂ©vĂšrement rĂ©primĂ©s, et on amĂ©liore l’ordinaire, les uniformes, on multiplie les promotions. Il s’agit d’unifier des soldats d’origine diverse : lignards, chasseurs Ă  pied, infanterie de marine, lĂ©gion Ă©trangĂšre et mĂȘme fusiliers marins.

La base des rĂ©giments provisoires qui amalgament tous ces soldats est constituĂ©e par les anciens de l’armĂ©e impĂ©riale solidement instruits, qui viennent d’ĂȘtre libĂ©rĂ©s par Bismark. On y joint des soldats issus des dĂ©pĂŽts des armĂ©es de la Loire et du Nord qui n’ont pas combattu. Sur les cinq corps d’armĂ©e, un seul est dirigĂ© par un gĂ©nĂ©ral rĂ©publicain.

Versailles organise la division dans Paris

Versailles cherche Ă  organiser la diversion dans Paris, en ralliant les gardes nationaux hostiles Ă  la Commune et prĂ©parant leur intervention pour s’emparer des points stratĂ©giques lorsque les troupes de l’AssemblĂ©e tenteraient leur attaque. On a dĂ©jĂ  saisi une quantitĂ© considĂ©rable de brassards tricolores qui devaient servir de signes de ralliement Ă  ces personnes rĂ©solues Ă  prendre leur fusil. Le ComitĂ© de salut public les surveille avec une grande vigilance. Pour y mettre obstacle, pour terrifier ceux qui pourraient se laisser sĂ©duire par les promesses versaillaises, il publie l’arrĂȘtĂ© suivant :

Paris, le 20 mai.

Le ComitĂ© de salut public, en prĂ©sence des tentatives de corruption qui lui sont signalĂ©es de toutes parts, rappelle que tout individu ayant offert ou acceptĂ© de l’argent pour faits d’embauchage, se rend coupable du crime de haute trahison et sera dĂ©fĂ©rĂ© Ă  la cour martiale.

Le Comité de salut public : ANT. ARNAUD, BILLIORAY, E. EUDES, F. GAMBON, G. RANVIER, Paris, le 1er prairial an 79

Tentative tardive de nĂ©gociation 

Dans l’affrontement Ă  mort engagĂ©, il est incontestable que Versailles ne peut que l’emporter, mais Ă  quel prix ?

PersuadĂ© qu’il n’était plus possible pour les fĂ©dĂ©rĂ©s de vaincre, le ComitĂ© de salut public, Ă  l’instigation des citoyens Billioray, Gambon et Ranvier, a essayĂ©, dans la plus grande discrĂ©tion, d’arriver Ă  ce que les combats cessent, en engageant une nĂ©gociation avec le gouvernement de Versailles. C’était un peu tard, vu l’avantage qu’avaient pris les troupes de Thiers. Billioray a contactĂ© l’Union des syndicats au nom de la Commune. Il se dĂ©clarait disposĂ© Ă  conclure une trĂȘve ayant pour bases les conditions formulĂ©es dans le rapport de l’Union des syndicats. Les dĂ©lĂ©guĂ©s de cette Union prĂ©sents Ă  Versailles ont immĂ©diatement demandĂ© une audience Ă  M. Thiers. La rĂ©ponse se faisant attendre, l’un des dĂ©lĂ©guĂ©s, M. Jules Amigues a rappelĂ© par une lettre Ă  M. BarthĂ©lemy Saint-Hilaire l’objet que devait avoir leur entrevue. Celui-ci a rĂ©pondu que M. Thiers ne recevait point le dimanche, et qu’il ne serait visible que le lundi matin, Ă  sept heures. Versailles refuse donc toute nĂ©gociation.

Des mesures décalées sur les uniformes et les galons

Dans cette situation dramatique, deux arrĂȘtĂ©s sont publiĂ©s prĂ©voyant que l’uniforme et les galons tendant Ă  Ă©tablir une assimilation aux grades militaires sont supprimĂ©s dans le corps de l’intendance. Ils ne porteront plus d’insignes militaires, mais un costume uniforme comme suit : Frac noir Ă  collet rouge rabattu ; Gilet fermĂ© ; Pantalon Ă  bande rouge ; KĂ©pi Ă  bande et filet rouges ; Les insignes seront les Ă©toiles d’argent placĂ©es au collet et au kĂ©pi ; Une Ă©toile pour les sous-chefs de service ; Deux pour les chefs de service ; Trois, cĂŽte Ă  cĂŽte, pour les inspecteurs d’administration. Il sera Ă©tabli un Ă©tat-major d’intendance qui ajoutera au costume ordinaire de petite tenue une Ă©toile au collet et une autre au kĂ©pi.

 

Le comité central de la garde nationale au-delà de ses prérogatives

Un avis Ă©manant du ComitĂ© central est publiĂ©, sur une question du ressort exclusif de la Commune. Est-ce une dĂ©cision, une intention du ComitĂ©, au nom duquel il Ă©tait formulĂ© ? Est-il rattachĂ© Ă  un ensemble de mesures adoptĂ©es dans les conciliabules secrets de ce ComitĂ© central avec la Commune. Il est difficile d’en comprendre le sens et la signification.

Les habitants de Paris sont invités de se rendre à leur domicile sous les quarante-huit heures ; passé ce délai, leurs titres de rente et grand livre seront brûlés.

Pour le Comité central, GRELIER

Le dĂ©lĂ©guĂ© aux relations extĂ©rieures doit intervenir pour empĂȘcher les gardes nationaux de piller la maison occupĂ©e par Washburne, ambassadeur des États-Unis en France, qui est volontairement restĂ© Ă  Paris, oĂč il a participĂ© aux nĂ©gociations pour Ă©changer Blanqui contre les otages.

Deuxiùme session du jury d’accusation

Sur les 33 gendarmes et sergents de ville assignĂ©s, 25 ont Ă©tĂ© dĂ©clarĂ©s coupables et donc officiellement otages. Les clercs, dont l’archevĂȘque doivent passer devant le jury le lundi 22 mai.

Du cĂŽtĂ© de l’Internationale

Conseil fédéral des sections parisiennes

SĂ©ance extraordinaire du 20 mai 1871

Le conseil fĂ©dĂ©ral a adoptĂ© les rĂ©solutions suivantes :

Ouï les explications des citoyens de l’Internationale, membres de la Commune ;

apprĂ©ciant la parfaite loyautĂ© des motifs qui ont prĂ©sidĂ© Ă  leur action, les invite, tout en sauvegardant la cause des travailleurs, Ă  faire tous leurs efforts pour maintenir l’unitĂ© de la Commune, si nĂ©cessaire au triomphe de la lutte contre le gouvernement de Versailles. Le conseil fĂ©dĂ©ral les approuve d’avoir rĂ©clamĂ© la publicitĂ© de ses sĂ©ances, la modification de l’article 3 qui institue le comitĂ© de salut public, lequel rend impossible tous contrĂŽles sur les actes du pouvoir exĂ©cutif, autrement dit de ce comitĂ© de salut public et des dĂ©lĂ©gations.

Sont prĂ©sents : StĂ©phenson, Gobelins, Recollets, École de mĂ©decine, Vaugirard, ChĂąteau-Rouge, – Batignolles, HĂŽpital Louis, Popincourt, Vertbois, Couronnes, Ternes, Montrouge. La Gare et Bercy, Marmite, 1er, 2e et 3e groupes, – CĂ©ramique, Grandes CarriĂšres de Montmartre -La Villette, Richard-Lenoir–,13e arrondissement, PoissonniĂšre, Acacias, Cercle des Ă©tudes sociales, Duval, Relieurs, Opticiens, Faubourg du Temple.

Assistent à la séance Avrial, Theisz, Serailler, Jacques Durand, LeÎ Franckel et Ostyn, membres de la Commune.

Le secrétaire des séances HAMET

SĂ©ance du 20 mai 1871 (2)

Les sections de l’internationale des Batignolles et des Ternes rĂ©unies,

ConsidĂ©rant qu’un des buts principaux du socialisme est l’équitable rĂ©partition du travail entre tous les citoyens et toutes les citoyennes ; que le socialisme doit faire disparaĂźtre Ă  tout jamais les monopoleurs et les exploiteurs.

Considérant que les municipalités des divers arrondissements de Paris ont été invitées à réquisitionner des locaux pour y installer des ateliers.

Considérant que la municipalité du XVIIe arrondissement a installé des ateliers; que le Comité des citoyennes pour la défense de Paris, siégeant rue du Boulevard, 13, a fait appel à toutes les citoyennes sans travail; que cet appel a été entendu et que déjà un grand nombre de citoyennes se sont fait inscrire pour obtenir du travail.

ConsidĂ©rant que la Commission du Travail et de l’Échange avait promis de repartir le travail entre tous les arrondissements ; que cette promesse n’a pas Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e ; qu’il est urgent de ne pas faire attendre en vain les citoyennes inscrites pour obtenir du travail, quand les citoyens sont au feu.

ConsidĂ©rant que la Commission du Travail et de l’Échange, loin de rĂ©aliser sa promesse, laisse le travail entre les mains des exploiteurs et des monopoleurs.

Demandent dans le plus bref dĂ©lai l’équitable rĂ©partition du travail entre les comitĂ©s des divers arrondissements de Paris.

Le prĂ©sident : Henri BARDOUT ; assesseurs : BOZIER, ANDRE

 

Une romance populaire

Cette chanson d’amour a Ă©tĂ© Ă©crite en 1867 par le chansonnier et poĂšte Jean Baptiste ClĂ©ment sur une musique d’Antoine Renard, l’ancien chanteur d’opĂ©ra. Rappelons que J.B ClĂ©ment a Ă©tĂ© condamnĂ© Ă  un an de prison pour offense envers l’Empereur pour avoir publiĂ© dans le journal Casse-TĂȘte la chanson quatre-vingt neuf dans laquelle on chantait notamment « Hurla quatre-vingt neuf / Et coupant les racine / Qui produisaient les rois / Sur le trĂŽne en ruine / Il inscrivit ses droits / Un trĂŽne comme un saule / S’abat d’un coup d’épaule / Dans un quatre-vingt neuf. Â».

Le temps des Cerises

Quand nous en serons au temps des cerises,

Et gai rossignol et merle moqueur

Seront tous en fĂȘte.

Les belles auront la folie en tĂȘte

Et les amoureux du soleil au cƓur.

Quand nous en serons au temps des cerises,

Sifflera bien mieux le merle moqueur.

Mais il est bien court le temps des cerises,

OĂč l’on s’en va deux cueillir en rĂȘvant

Des pendants d’oreilles,

Cerises d’amour aux robes pareilles

Tombant sous la feuille en gouttes de sang.

Mais il est bien court le temps des cerises,

Pendants de corail qu’on cueille en rĂȘvant.

Quand vous en serez au temps des cerises,

Si vous avez peur des chagrins d’amour

Évitez les belles.

Moi qui ne crains pas les peines cruelles,

Je ne vivrai point sans souffrir un jour.

Quand vous en serez au temps des cerises,

Vous aurez aussi des chagrins d’amour.

Du cÎté des Clubs

À Saint Nicolas des Champs

Une femme propose pour la dĂ©fense de Paris de remplacer les sacs Ă  terre par les cadavres des 60 000 prĂȘtres et des 60 000 religieuses qu’elle se chargeait de trouver dans Paris

À Saint Christophe de la Villette

Une petite vieille proclamait « il n’y a plus de religion, ni priĂšres, ni Dieu. Donc chantons La Marseillaise et Ça ira. Ce sont les cantiques des bons bougres. Â»

En bref

Le Journal officiel du matin est enfin vendu 5 centimes ! L’édition du soir est supprimĂ©e.

Il a Ă©tĂ© procĂ©dĂ© Ă  deux heures, Ă  l’hĂŽtel de ville, salle Saint-Jean, en sĂ©ance publique, Ă  un second tirage au sort de quatre nouvelles sĂ©ries d’objets engagĂ©s au Mont-de-PiĂ©tĂ©, qui devront ĂȘtre dĂ©livrĂ©s gratuitement.

Ce tirage a donné les résultats suivants :

1° Du 16 au 31 janvier 1870 ;

2° Du 16 au 30 novembre 1869 ;

3° Du 16 au 31 mai 1870 ;

4° Du 1er au 15 février 1871.

Le retrait des objets compris dans chacune de ces sĂ©ries peut se faire immĂ©diatement, aux Ă©tablissements oĂč ils sont dĂ©posĂ©s : Ă  l’administration centrale, rue des Blancs-Manteaux, rue du 31 Octobre (ancienne rue Bonaparte) ; ou rue Servan.

Administration des postes :en prĂ©sence des nombreuses demandes qui lui sont adressĂ©es par des citoyens, dĂ©sirant ainsi se soustraire au service de la garde nationale, l’administration des postes dĂ©clare qu’elle n’acceptera plus de demandes d’emploi de citoyens de 19 Ă  40 ans ; mais, pour ouvrir une carriĂšre aux jeunes gens qui dĂ©sirent se rendre utiles Ă  la cause dĂ©mocratique, elle prendra en considĂ©ration les demandes des citoyens de 16 Ă  19 ans.

Le public est prĂ©venu que les dispositions ont Ă©tĂ© prises pour transfĂ©rer en marchĂ© le terrain vague de la place Monge. En consĂ©quence, les marchands regrattiers ou autres qui dĂ©sireraient louer des emplacements sont invitĂ©s Ă  s’adresser au bureau du citoyen du citoyen Ferretti-Bordas, chef du plan de Paris, Ă  l’hĂŽtel de ville.

Les divers bureaux du service des halles et marchĂ©s, qui avaient Ă©tĂ© abandonnĂ©s dans le plus grand dĂ©sordre par les agents de l’ancienne administration, sont aujourd’hui rĂ©occupĂ©s, rĂ©organisĂ©s et ont repris leur ancien fonctionnement.

La direction et le contrĂŽle exercĂ©s par la prĂ©fecture de police, aussi bien que par l’inspection gĂ©nĂ©rale des halles, s’étendent maintenant d’une maniĂšre rĂ©guliĂšre et permanente sur les halles et marchĂ©s suivants : Halle aux blĂ©s et farines ; MarchĂ©s aux bestiaux de la Villette ; CriĂ©es des viandes abattues ; de la marĂ©e ;  des fruits et lĂ©gumes ;  des beurres et Ɠufs ; des volailles et gibiers ;  des aliments conservĂ©s ;  des foins et fourrages ;  Sur les abattoirs de la Villette qui n’ont pas un seul instant Ă©tĂ© interrompus.

En débat

Tribune, aux membres du club des prolétaires

Citoyens

Nous ne venons pas vous adresser de beaux discours, mais nous entretenir fraternellement avec vous des mesures qu’il convient de prendre, dans les circonstances critiques que nous traversons, pour assurer le triomphe de notre bien-aimĂ©e RĂ©volution.
Nous ne cherchons point Ă  vous plaire, mais Ă  vous Ă©clairer.

Aucun d’entre nous n’aspire ni Ă  la fortune ni aux honneurs ; toute notre ambition consiste Ă  rĂ©aliser l’avĂšnement du rĂ©gime de la justice sociale, qui a Ă©tĂ© le rĂȘve de notre vie entiĂšre.
Nous ne voulons pas occuper plus de place au soleil de la LibertĂ© que le dernier de nos concitoyens ; mais nous ne souffrirons pas que d’autres se fassent un marchepied de notre dĂ©vouement Ă  la RĂ©publique ni qu’ils s’arrogent le droit de nous parler en maĂźtres, quand le peuple seul est souverain et doit ĂȘtre consultĂ©, non pas seulement au grĂ© des passions ou des intĂ©rĂȘts de nos Ă©lus d’un jour, mais toutes les fois que les nĂ©cessitĂ©s publiques en font une loi.
Nous avons les maĂźtres en horreur, de quelque masque qu’ils osent se couvrir, et nous n’hĂ©siterons pas Ă  dĂ©voiler leurs manƓuvres, fussent-ils ceints d’une Ă©charpe rouge Ă  triple frange d’or.
Nous ne sommes pas plus disposĂ©s Ă  subir le joug de nos Ă©gaux de la veille que de nos tyrans d’hier.
Il faut que les exploiteurs du rĂ©gime de transition en fassent leur deuil ; toutes les vanitĂ©s, toutes les convoitises, doivent ĂȘtre immolĂ©es sur l’autel de la Commune.
Citoyens, nous avons beaucoup Ă  faire pour empĂȘcher la RĂ©volution d’ĂȘtre dĂ©tournĂ©e du but qu’elle poursuit ; mais loin de laisser sommeiller notre patriotisme ou paralyser nos efforts, c’est une raison de plus pour redoubler de vigilance et d’énergie.
La plupart des journaux, vous le savez, sont des entreprises particuliĂšres oĂč les termes magiques de LibertĂ© et d’ÉgalitĂ© servent de mots de passe Ă  bien des maraudeurs, Ă  nombre de malintentionnĂ©s.
Ici toutes les forces vives de la publicitĂ© sont consacrĂ©es Ă  faire fructifier les fonds d’un financier. LĂ , on laisse Ă  l’écart et on sacrifie impitoyablement tout ce qui pourrait tendre Ă  amoindrir la popularitĂ© de l’idole de cĂ©ans. Ailleurs, c’est une coterie jalouse qui ne favorise que les amis de la maison.
Tandis que les uns tirent parti, pour la publication de leurs feuilles, de leurs rapports avec les membres de la Commune, d’autres, plus adroits, les attaquent avec virulence, sauf Ă  dĂ©truire l’effet de leurs diatribes de la veille par les coups d’encensoir du lendemain.
[Mais tous, indistinctement, quelle que soit leur nuance, s’entendent Ă  merveille pour organiser la conspiration du silence contre les lĂ©gitimes revendications du peuple qu’ils ne daignent pas honorer de leur protection]

C’est pour faire cesser ces abus scandaleux que le journal le ProlĂ©taire a Ă©tĂ© fondĂ©, malgrĂ© des entraves et des difficultĂ©s de toute nature.
Nous ne faisons pas appel aux professeurs de littĂ©rature, aux polisseurs de phrases ; mais nous considĂ©rerons comme les bienvenus tous les hommes de cƓur et de bonne volontĂ© qui se sentent disposĂ©s Ă  mettre, sans restriction, leur dĂ©vouement au service de la RĂ©volution sociale.
Nous sommes bien décidés à lever tous les masques et à signaler toutes les fraudes et tous les abus.
Si nous refusons d’insĂ©rer dans nos colonnes des tartines qui mĂ©riteraient peut-ĂȘtre un prix de rhĂ©torique Ă  leur auteur, en revanche, tout citoyen, lettrĂ© ou non, qui aura une idĂ©e utile Ă  Ă©mettre, sera sĂ»r de ne pas se voir repoussĂ©.
Loin de chercher Ă  Ă©touffer les idĂ©es d’autrui, comme cela ne se voit que trop souvent dans la presse, sauf Ă  les exploiter ensuite au profit d’une personnalitĂ©-vampire, nous nous ferons un scrupule de mettre en lumiĂšre toute proposition qui paraĂźtra offrir un caractĂšre d’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral.
Que les citoyens qui hĂ©siteraient Ă  nous apporter leur concours, parce qu’ils n’ont pas l’habitude d’écrire ou ne savent pas s’exprimer correctement, nous fassent connaĂźtre leurs projets.
Il est toujours facile d’élaguer les mots superflus et de faire tenir une idĂ©e dans les limites d’un article.

L’essentiel est de ne pas laisser se perdre une seule idĂ©e utile Ă  l’humanitĂ© ; c’est lĂ  un crime bien plus grand que celui de faire avorter les corps.
Combien de pensĂ©es, d’observations, d’inventions ingĂ©nieuses Ă©closent chaque jour dans le cerveau d’hommes s’exerçant dans les diffĂ©rentes branches de l’activitĂ© humaine et meurent stĂ©riles faute d’avoir Ă©tĂ© recueillies Ă  temps !
Les prĂ©tendus inventeurs ne sont souvent que les plagiaires des idĂ©es d’autrui, qu’ils exploitent tardivement au grand prĂ©judice de l’intĂ©rĂȘt collectif.
Qu’on ne se mĂ©prenne cependant pas sur nos intentions ; nous faisons la guerre aux choses, non aux hommes ; aucune haine ne nous anime contre les particuliers.
A nos yeux, les malfaiteurs politiques et sociaux, aussi bien que les vicieux vulgaires, sont plutĂŽt Ă  plaindre qu’à blĂąmer ; il faut moins s’efforcer de les punir que les mettre dans l’impuissance de nuire. Nous les Ă©tudions avec la mĂȘme sĂ©rĂ©nitĂ© qu’un physiologiste ou un mĂ©decin met Ă  examiner les phĂ©nomĂšnes de la nature, et si nous sommes bien dĂ©terminĂ©s Ă  leur dĂ©clarer la guerre, c’est que nous savons, par expĂ©rience, que les moyens les plus Ă©nergiques sont en mĂȘme temps les plus efficaces et les moins cruels.
Un vrai rĂ©publicain doit toujours avoir prĂ©sent Ă  la mĂ©moire ce mot de Jean Jacques Rousseau Ă  l’adresse d’un des hĂ©ros de ses ouvrages : « Un tel homme sera juste si toutefois l’on peut ĂȘtre juste lorsqu’on n’est pas misĂ©ricordieux. Â»

E.G. Jacqueline

Notes

[1] Olivier Peynot.

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Source: Contretemps.eu