Avril 15, 2021
Par Contretemps
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À l’occasion des 150 ans de la Commune de Paris, Contretemps publie du 18 mars au 4 juin une lettre quotidienne rĂ©digĂ©e par Patrick Le Moal, donnant Ă  voir ce que fut la Commune au jour le jour

***

L’essentiel de la journĂ©e

Situation militaire

Au Sud

D’Issy Ă  Ivry dix Ă  onze mille FĂ©dĂ©rĂ©s assurent la dĂ©fense. Dans la nuit, les Versaillais ont attaquĂ© principalement du cĂŽtĂ© de Vanves, mais sans succĂšs. Les forts tiennent bon, mais ils commencent Ă  ĂȘtre Ă©prouvĂ©s. Ils ont dĂ©jĂ  Ă©tĂ© battus vigoureusement par les projectiles prussiens, et sont bombardĂ©s quotidiennement par les obus versaillais depuis le dĂ©but de la guerre civile, ils ont des parties complĂštement en ruines. NĂ©anmoins, on le voit, grĂące Ă  des travaux de fortifications, Ă  des barricades, grĂące surtout Ă  l’incontestable ardeur des fĂ©dĂ©rĂ©s, ils tiennent !

Hier soir, Ă  neuf heures, l’ennemi a attaquĂ© sur toute la ligne, mais en dirigeant plus spĂ©cialement ses efforts sur Vanves ; la fusillade et la canonnade se maintinrent vigoureusement de part et d’autre jusqu’à deux heures et demie du matin. À ce moment, les Versaillais se repliĂšrent, mais Ă  quatre heures ils reparurent, prĂ©cĂ©dĂ©s par leurs voitures d’ambulance. S’imaginant qu’ils revenaient tout simplement pour ramasser leurs morts et leurs blessĂ©s, nos gardes nationaux, avec la gĂ©nĂ©rositĂ© dont ils ont donnĂ© toujours tant de preuves, les laissĂšrent approcher jusqu’à deux cents mĂštres. Soudain, des rangs de l’ennemi partit une effroyable fusillade, accompagnĂ©e d’un feu nourri de toutes les batteries Ă©tablies sur ChĂątillon et sur Brimborion.

Revenus bientĂŽt de leur surprise, nos braves gardes nationaux rĂ©pondent par un feu des plus vifs Ă  celui de l’ennemi ; les canons des forts et nos mitrailleuses se mettent de la partie, et ces efforts combinĂ©s ne tardent pas Ă  amener la dĂ©route des Versaillais qui, Ă  cinq heures du matin, fuient dans toutes les directions, laissant le terrain semĂ© d’un bon nombre de cadavres.

Ce sont surtout les 182Ăšme et 163Ăšme bataillons Ă  l’aide gauche, les 86Ăšme et 110Ăšme Ă  l’aile droite qui ont le plus vaillamment soutenu le choc de l’ennemi. L’artillerie du fort de Vanves, sous la direction de son Ă©nergique commandant, le colonel Ledrux, a principalement contribuĂ© par la justesse de son tir, au succĂšs que nous venons de remporter. Des Ă©loges sont Ă©galement dus aux artilleurs des forts d’Issy et de la redoute des Hautes-BruyĂšres.

Montrouge, le 15 avril 1871.

Le colonel chef d’état-major, A. LA CÉCILIA. Le gĂ©nĂ©ral commandant, E. EUDES

À l’Ouest

Dombrowski occupe le pont d’AsniĂšres, Levallois et Neuilly avec quatre Ă  cinq mille hommes au plus, quelques dizaines de bouches Ă  feu et deux wagons blindĂ©s. Dans Neuilly, la lutte se poursuit pied Ă  pied, de maison Ă  maison. Versailles occupe toujours la barricade du Pont de Neuilly, mais elle est sous le feu de la porte Maillot et d’une barricade peu Ă©loignĂ©e du pont.        

 Barricade Porte Maillot

Les accÚs de Paris facilités

Si la circulation par les autres portes est et demeure interdite, Ă  partir de demain 16 avril, Ă  midi, les portes de Clichy, de la Chapelle, de Pantin, de Romainville, de Vincennes, de Charenton, d’Italie et d’OrlĂ©ans sont ouvertes au public, de six heures du matin Ă  six heures du soir, aux citoyens qui ne sont pas compris dans la limite d’ñge de dix-neuf Ă  quarante ans. Aucun laissez-passer ne sera donc rĂ©clamĂ©, ni aux gares de chemins de fer, ni aux portes.

En outre, pour faciliter l’approvisionnement de la ville, le dĂ©lĂ©guĂ© au commerce a dĂ©cidĂ© que tout citoyen arrivant Ă  Paris, y amenant une marchandise quelconque, recevra gratuitement, Ă  son entrĂ©e, un laissez-sortir Ă  sa volontĂ©, portant les indications nĂ©cessaires pour qu’il lui fĂ»t strictement personnel.

 Ă€ propos des atteintes aux libertĂ©s

 Nombre de journaux et de commentaires critiquent les arrestations et perquisitions parisiennes. D’autres s’insurgent contre les mesures prises contre les Ă©glises et le clergĂ©.

Elles existent, les tĂ©moins versaillais se rĂ©pandent en histoires de ce genre :

À St Leu, trente ou quarante fĂ©dĂ©rĂ©s, obĂ©issant aux ordres d’un Ă©tranger nommĂ© Kobosco se revĂȘtirent des habits ecclĂ©siastiques et parodiĂšrent les offices divins en chantant des refrains orduriers. C’est Kobosco qui officiait. Il donna communion a ses dignes acolytes en faisant les gestes les plus hostiles ; il avait remplacĂ© les hosties par des morceaux de brioche.

Tous les journaux versaillais sont imprégnés de ces histoires, plus ou moins vraies (qui est Kobosco, on ne sait pas), les journaux parisiens hostiles à la Commune également.

C’est oublier tous les efforts de la Commune pour Ă©viter toutes les actions irrĂ©guliĂšres, comme la note du jour indiquant que toute rĂ©quisition faite sans un ordre Ă©crit et revĂȘtu du timbre de la dĂ©lĂ©gation de la guerre est illĂ©gale.

Un autre exemple, cette affiche dans le 1er arrondissement :

Commune de Paris

Les membres de la délégation communale du premier arrondissement engagent les citoyens qui auraient des plaintes à faire contre leur propriétaire ou leur concierge, à venir exposer leurs griefs à la mairie du premier arrondissement. Il y sera fait droit.

Mais nous engageons expressĂ©ment les bons citoyens Ă  ne pas de faire justice eux-mĂȘmes, car nous nous verrions forcĂ©es de sĂ©vir contre eux, au lieu de les protĂ©ger.

C’est pourquoi nous faisons appel aux sentiments de ceux qui possĂšdent pour venir en aide aux dĂ©shĂ©ritĂ©s.
Nous voulons, autant qu’il sera en notre pouvoir, que notre devise LIBERTE, EGALITE, SOLIDARITE soit enfin une vĂ©ritĂ© pour que la FRATERNITE ne soit pas un vain mot.

Nous voulons affranchir le prolétariat, nous voulons que chacun puisse vivre de son travail.

Plus de paresseux ! Plus de parasites ! Plus d’exploiteurs ! Plus d’exploitĂ©s !

Vivre en travaillant ou mourir en combattant !

Les membres de la délégation communale

Toussaint, Winant, Tanguy, Sallée

C’est aussi oublier les arrestations versaillaises, comme celle du citoyen Chassin comme « commis-voyageur d’émeute », lui qui s’était rendu Ă  Versailles pour toucher des sommes lui Ă©tant adressĂ©es pour ses correspondances Ă  un journal quotidien en tant que journaliste dans Paris.

La traque des autoritĂ©s versaillaises dans toute la France contre tous les journaux dont le seul tort est « d’avoir acceptĂ© la rĂ©volution du 18 mars, d’en avoir exposĂ© les principes Â» est d’une tout autre ampleur ! Cet acharnement contre des journaux qui n’ont jamais contestĂ© l’autoritĂ© du pouvoir siĂ©geant Ă  Versailles, qui se sont bornĂ©s Ă  discuter ses actes, s’efforçant « d’éclairer l’opinion publique Â» et de faire comprendre « la nĂ©cessitĂ© de la libertĂ© communale Â», s’explique par le seul dĂ©sir « d’empĂȘcher que la lumiĂšre se fasse Â». La presse aurait peut-ĂȘtre « instruit les provinces des tendances de la population parisienne, « de ses besoins et de ses aspirations Â».

Et l’appel au meurtre totalement dĂ©complexĂ© contre les fĂ©dĂ©rĂ©s est partout, jusque dans le Journal Officiel de Versailles, le langage abominable du journaliste officieux n’étant, aprĂšs tout, que la traduction en bon français des discours de M. Jules Favre :

L’ignorance des gens instruits

Les Ă©tats-majors d’une nation, qu’ils soient militaires, civils ou politiques, auront toujours un dĂ©faut capital : l’ignorance du vĂ©ritable caractĂšre de la populace, de ses haines, de ses convoitises et de son but.

Ainsi, voilĂ  un pompeux Ă©tat-major devant lequel on amĂšne une bande d’assassins.

Nous, observateurs de la rue, nous connaissons ces vauriens d’avance, nous implorons leur suppression radicale.

Mais les juges les connaissent-il bien ?

N’est-il pas Ă  redouter que ces juges instruits, pleins d’érudition, saluĂ©s Ă  bon droit par tout le pays, n’aient en faveur de ces assassins, les larges sentiments d’humanitĂ© que la distance leur permet ?

Vivant avec la meilleure sociĂ©tĂ©, ont-ils, sur la canaille, consultĂ© d’autres types que les portraits spiritualisĂ©s de Gavarvi ? Ont-ils pratiquĂ© sur ces ĂȘtres, en voie de ruiner la France, les Ă©tudes entomologiques nĂ©cessaires Ă  la justice ?

Par son humilité piteuse et repentante, au moyen de ces rengaines de soutien de famille, le criminel ne peut-il pas attendrir son juge ?

La commisĂ©ration est facile Ă  qui n’a pas Ă©tĂ© attaquĂ©.

La vanitĂ© n’est pas morte. (
) Une tirade humanitaire Ă  grand effet a fait jaillir les circonstances attĂ©nuantes, et notre accusĂ©, au lieu d’avoir Ă©tĂ© foudroyĂ© sur place, vient d’ĂȘtre conduit dans une prison.

Qu’arrivera-t-il alors ?

Un jour d’oubli, un jour de fĂȘte publique, une amnistie pleine et entiĂšre sera dĂ©crĂ©tĂ©e, et les portes des chiourmes s’ouvriront Ă  deux battants ; notre accusĂ© saisira de nouvelles victimes, fabriquera de nouvelles cartouches en secret, etc., il l’a jurĂ© autrefois dans son faubourg, — et c’est toujours ainsi depuis trop longtemps.

Supposez maintenant que ce brillant Ă©tat-major soit sorti de son cabinet de temps en temps, pour entendre, dans la rue, parler entre eux les renverseurs de gouvernements, les pillards et les assassins de soldats supposez qu’il lui ait Ă©tĂ© donnĂ© de pouvoir mĂȘme causer librement et incognito avec eux ou avec ce qui leur sert de femmes, autre engeance terrible de dĂ©nonciatrices, de manufacturiĂšres diaboliques, qui s’acharnent aprĂšs les honnĂȘtes gens comme ces mille-pieds qui nous rongent dans nos cauchemars ? Croyez-vous que la sentence ne frappera pas plus juste ?

Moins d’érudition et de philanthropie, messieurs, mais plus d’expĂ©rience et d’énergie ! Si cette expĂ©rience n’a pu monter jusqu’à vous, daignez emprunter celle des victimes. Nous jouons la France en ce moment. Le temps est-il aux morceaux de littĂ©rature ? Non, mille fois non, nous savons le prix de ces morceaux-lĂ .

Faites un peu ce que les grands peuples Ă©nergiques feraient en pareil cas.

PAS DE PRISONNIERS ! Si, dans le tas, il se trouve un honnĂȘte homme rĂ©ellement entraĂźnĂ© de force, vous le verrez bien : dans ce monde-lĂ , un honnĂȘte homme se dĂ©signe par son aurĂ©ole.

Accordez aux braves soldats la libertĂ© de venger leurs camarades en faisant, sur le thĂ©Ăątre et dans la rage de l’action, ce que de sang-froid, ils ne voudraient plus faire le lendemain :

FEU !

Journal du Comité central de la Garde nationale

Le comitĂ© central de la garde nationale fait paraĂźtre un journal pour dĂ©fendre ses intĂ©rĂȘts : « la FĂ©dĂ©ration rĂ©publicaine de la Garde nationale Â».

Il y rĂ©affirme clairement qu’il n’y a pas deux autoritĂ©s rivales, qu’il n’est pas lĂ  pour gouverner Ă  la place de la Commune. Mais il dĂ©fend la possibilitĂ© pour lui d’exercer une sorte de droit de contrĂŽle, il Ă©crit ainsi : « nous avons Ă©videmment une idĂ©e de politique gĂ©nĂ©rale. Notre journal la portera devant le jugement public ; si elle ne rĂ©pond pas au vƓu gĂ©nĂ©ral, nous saurons faire abstraction de notre amour propre ; mais si elle est estimĂ©e juste, nous la soutiendrons jusqu’au bout Â».

Élections complĂ©mentaires demain

De multiples appels au vote sont publiés dans les journaux, avec des propositions de listes.

Voici un texte de l’alliance rĂ©publicaine, qui n’est pas la partie la plus radicale en prĂ©sence, qui appelle au vote pour la Commune, une « rĂ©gĂ©nĂ©ration, une Ăšre nouvelle Â».

 Alliance RĂ©publicaine, au peuple de Paris

Citoyens,

Vous ĂȘtes appelĂ©s Ă  un vote complĂ©mentaire des Ă©lections communales.

Dans les circonstances solennelles que nous traversons, il n’est permis Ă  personne de dĂ©serter ses devoirs de citoyens, pas plus qu’il n’est permis au soldat de dĂ©serter pendant le combat le poste qu’il a choisi.

Paris va prĂ©senter le spectacle inouĂŻ d’une population entiĂšre debout, les armes Ă  la main, combattant hĂ©roĂŻquement pour la revendication de ses libertĂ©s communales et se livrant, au milieu de la lutte, avec le calme et la maturitĂ© de la force, Ă  l’exercice lĂ©gal de ses mĂȘmes droits pour lesquels elle combat.

Citoyens, la RĂ©volution du 18 mars est une rĂ©gĂ©nĂ©ration, c’est une Ăšre nouvelle ; nommez des hommes nouveaux. Nos Ă©lus sauront que, en mĂȘme temps qu’ils doivent apporter Ă  la Commune le plus dĂ©vouĂ© et le plus Ă©nergique concours, vous ne leur permettez, quelque lourde que soit la tĂąche et quelque lourde que soit la responsabilitĂ©, ni les dĂ©faillances, ni les dĂ©sertions dont certains ont donnĂ© l’exemple coupable.

Vous aurez ainsi assuré le maintien et la sauvegarde de la république et de la Commune.

Vive la république une et indivisible !

Vive la Commune !

Paris, le 15 avril 1871.

L’Alliance rĂ©publicaine.

Les associations ouvriĂšres

Dans la commission du Travail, les internationaux s’attachent Ă  favoriser le dĂ©veloppement des associations ouvriĂšres existantes, Ă  faciliter la crĂ©ation de nouvelles. En effet, ces associations gĂ©rĂ©es par les ouvriĂšres et les ouvriers montrent qu’il est possible d’organiser le travail et la production sans patrons, et nombre de militant-es sont persuadĂ©-es que par la contagion de l’exemple, il est possible de retirer le pouvoir Ă©conomique aux capitalistes.
Le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la Commission d’échange, l’ouvrier fondeur Georges Bertin, lui aussi membre de l’internationale, a une expĂ©rience ancienne en la matiĂšre. C’était un membre actif de la coopĂ©rative de restauration « La Marmite Â» avec EugĂšne Varlin et Nathalie Le Mel. Pour lui « favoriser le dĂ©veloppement des associations ouvriĂšres c’est provoquer la formation de nouvelles et par lĂ  mĂȘme soustraire le travail Ă  l’exploitation du capital Â».

La Commune procure du travail Ă  de nombreuses associations[1] comme

– les coupeurs de chaussure (XĂšme) ;

– la SociĂ©tĂ© des cuirs et peaux ;

– la sociĂ©tĂ© des Fondeurs (ateliers dans les XIĂšme et XVĂšme) ;

– la SociĂ©tĂ© des fondeurs en suif ;

– l’association de mĂ©canique de prĂ©cision BoissiĂšre (XVIIĂšme) ;

– l’association coopĂ©rative de la mĂ©tallurgie (XIĂšme) ;

– Fragerolle, Optique et prĂ©cision ;

– l’association gĂ©nĂ©rales des ouvriers tailleurs (diffĂ©rents ateliers dans plusieurs quartiers ouvriers) ;

– l’association gĂ©nĂ©rale typographique BerthĂ©lĂ©my.

En bref

Poste : des auxiliaires sont envoyĂ©s plusieurs fois par jour pour dĂ©poser du courrier dans des boites dans les communes limitrophes occupĂ©es par les prussiens, ce qui permet de faire partir les lettres dans toute la France.

Instruction primaire. Les dĂ©lĂ©guĂ©s des vingt municipalitĂ©s de Paris qui ont besoin pour leurs arrondissements respectifs d’instituteurs et d’institutrices laĂŻques, peuvent s’adresser Ă  la commission d’enseignement, siĂ©geant Ă  l’HĂŽtel-de-Ville

Le citoyen Paul Pia est chargé de la surveillance et du contrÎle des chemins de fer. Le service du contrÎle et de la surveillance des chemins de fer remplacera provisoirement la direction générale des chemins de fer.

Pour Ă©viter les accidents dans les rues de Paris, l’ancien rĂšglement sur les cavaliers est remis en vigueur : il est dĂ©fendu Ă  tout cavalier, estafette militaire ou civil, de circuler au galop dans les rues de Paris.

Une commission d’enquĂȘte est instituĂ©e, pour chercher tous les Ă©lĂ©ments permettant d’établir la part de responsabilitĂ© qui incombe Ă  chacun de ceux qui ont participĂ© aux actes du gouvernement du 4 septembre. Le citoyen Casimir Bouis est nommĂ© prĂ©sident de cette commission d’enquĂȘte.

Fait divers : À 3 heures 40 minutes de l’aprĂšs-midi, au milieu d’une nuĂ©e de grĂȘlons qui blanchissaient les rues, le fluide Ă©lectrique est tombĂ© boulevard Saint Michel, sur la maison portant le n° 113.

On n’a Ă  regretter que quelques faibles dĂ©gĂąts matĂ©riels causĂ©s par le passage du fluide.

Certaines personnes qui avaient cherchĂ© un abri sous les portes cochĂšres environnantes ont ressenti pendant quelques instants une sorte d’oppression, motivĂ©e par le dĂ©gagement Ă©lectrique dont le courant passait si prĂšs d’eux, heureusement sans les atteindre.

TĂ©moignage d’Auguste Seraillier[2] Ă  Jenny Seraillier

 Paris le 15 avril 1871

(
) La Commune a fait tout ce qui Ă©tait possible de faire. Sous le rapport militaire, nous n’avons certes pas Ă  nous plaindre ni Ă  dĂ©sespĂ©rer. Il est probable que les versaillais se dĂ©goĂ»teront du jeu avant nous. Ce qui est le plus Ă©tonnant, c’est que la bourgeoisie soutient la Commune d’une maniĂšre qui ne peut laisser aucun doute. Je crois mĂȘme qu’elle y tient plus que la classe ouvriĂšre, si j’en juge par les bataillons qui ont soutenu l’attaque Ă  Neuilly. Sur un seul bataillon qui comptait au dĂ©part 4000 hommes, 180 restent et il est impossible de les relever. Beaucoup d’autres bataillons sont dans le mĂȘme cas et cependant dĂšs le dĂ©but ils e sont montrĂ©s hostiles Ă  la Commune.  (
) Puisqu’on a Ă©tĂ© assez bĂȘte pour laisser derriĂšre soi cette rĂ©action, il Ă©tait politique de ne pas s’en faire une ennemie Ă  l’intĂ©rieur pour s’en servir utilement contre Versailles. Je le rĂ©pĂšte, nous n’avons pas de plus ferme appui Ă  de rares exceptions prĂšs. La prorogation des Ă©chĂ©ances et la remise des loyers ont Ă©tĂ© des coups de maĂźtre. Ou je me trompe fort, ou M Thiers n’entrera jamais dans Paris Ă  moins d’avoir sanctionnĂ© les actes de la Commune. Pour les hypothĂšques, j’ai proposĂ© Ă  divers membres de la Commission de faire un projet, mais sans rĂ©sultat.  (
) Je prierai M. Mx de faire quelque chose lĂ -dessus que je prĂ©senterai Ă  Frankel et il est probable que venant de lui, il le propose et fasse accepter, car quoi qu’on en dise, nous avons la majoritĂ©. Mais cette majoritĂ©-lĂ , il ne faut pas oublier, qu’elle est proudhonienne. On ne parle plus que de projet de banque du peuple, d’échange, etc., en un mot, chaque jour, c’est un nouveau projet extrait des Ɠuvres du grand maĂźtre (
).

Il est vrai qu’on se bat avec les gendarmes de Mr Thiers, mais cela se passe au dehors (
) quand on se bat Ă  Vanves, Ă  peine si on le sait dans Paris. Quoique ces deux jours derniers Ă  l’attaque des forts du sud, on ait cru un instant que la lutte avait lieu dans Paris, tellement le bruit des feux de pelotons, le crĂ©pitement des mitrailleuses s’entendaient distinctement (
).

Pour ce qui concerne l’administration, on ne peut qu’ĂȘtre Ă©tonnĂ© de voir comment cela marche, rien ne languit sauf la poste, dont la rĂ©gion ne va pas au-delĂ  des remparts (
). On peut Ă©crire Ă  Paris par deux moyens, soit en confiant la lettre Ă  un voyageur Ă  la gare, soit en Ă©crivant sous double enveloppe Ă  Mr Auguste, poste restante Ă  St Denis (
).

Paru dans le Journal Officiel, Ă©dition du matin

Angleterre

M. Otway se propose de demander, Ă  la reprise de la session parlementaire, l’abolition de la peine du fouet. Pendant le cours de 1867-68 et 1869, 304 marins ont Ă©tĂ© condamnĂ©s Ă  cette peine. La discipline n’a rien Ă  gagner de l’application de l’article du code maritime prononçant cette peine barbare.

Cinq cents ouvriĂšres attachĂ©es aux diverses filatures de Kir-Kaldy, se sont mises en grĂšve samedi pour obtenir une augmentation d’un shilling par semaine. On s’attend Ă  voir les usines dans d’autres districts manufacturiers adopter une mesure analogue.

Environ 400 charpentiers en navires se sont mis en grĂšve dans les chantiers de Sunderland samedi dernier, pour une augmentation de 6 pence (60 centimes) par jour, sur un salaire de 27 shillings par semaine qu’ils reçoivent maintenant. Les patrons ont Ă©tĂ© invitĂ©s Ă  entrer en confĂ©rence avec les ouvriers.

Pour la premiĂšre fois, Londres et Bombay ont Ă©tĂ© mis en communication tĂ©lĂ©graphique directe samedi dernier, par la ligne indo-europĂ©enne. À un message transmis ce jour-lĂ  dans cette ville de l’Inde,, rĂ©ponse aurait Ă©tĂ© immĂ©diatement faite.

La distance entre les deux villes est, par fil télégraphique, de 6 000 milles anglais ou environ 10 000 kilomÚtres.

En débat

Tribune du PĂšre DuchĂȘne sur la police, dans le style si particulier tant apprĂ©ciĂ© des parisien-nes

Avec sa grande motion pour qu’on supprime la ci-devant PrĂ©fecture de police avec des motifs Ă  l’appui ;

Et pour que tous ses services soient réunis aux délégations municipales des vingt arrondissements, et à un Comité de Salut public siégeant au MinistÚre de la justice.

Citoyens de la Commune ;

Vous avez fait de bonnes choses.

Le PĂšre DuchĂȘne le reconnaĂźt.

Mais foutre !

Ce n’est pas tout !

Il faut plus que jamais ouvrir l’Ɠil !

Et c’est prĂ©cisĂ©ment parce que nous sommes maintenant Ă  peu prĂšs certains de la victoire qu’il faut veiller Ă  ce qu’on ne nous foute pas dedans !

Eh bien ! Tout considĂ©rĂ© longuement,

Le PĂšre DuchĂȘne vous demande la suppression dĂ©finitive de la ci-devant prĂ©fecture de Police.

Foutre !

Nous marchons ou nous ne marchons pas !

C’est clair comme le jour,

Et le PĂšre DuchĂȘne a remarquĂ© depuis longtemps que ce qui marchait le moins, c’est prĂ©cisĂ©ment ce qui devrait marcher le plus :

La ci-devant Préfecture de police,

Nom de dieu !

Nous sommes entourĂ©s de roussins !

Nous sommes mangĂ©s de mouchards qui ne demandent qu’à nous trouer la peau ;

Et tous les citoyens de la police sont lĂ , tranquilles comme des andouilles,

Et ne bougent pas plus que des marbres !

SacrĂ© tonnerre !

Ça n’est pas ça !

Et il faut que ça soit ça, nom de dieu !

Ou nous verrons bien !

Comment, foutre ! On arrĂȘte les calotins, et puis on les lĂąche !

On arrĂȘte des jean-foutre qui sont connus pour ĂȘtre les plus grands traitres qu’il y ait au monde,

Et on leur fout la libertĂ© !

Il ne manque plus que ça !

Alors qu’on ramĂšne Badinguet tout de suite !

Et qu’on foute la Commune dans la riviĂšre !

Nom de dieu, nom de dieu, nom de dieu, on ne fait que dĂ©couvrir des complots ;

Et quand on tient les conspirateurs, et qu’on les a dans une bonne cellule oĂč il leur est impossible – ou Ă  peu prĂšs (ils sont si malins les bougres!) – de foutre le peuple dedans ;

On leur dit :

Dites donc, vous lĂ -bas, est-ce que vous ne vous embĂȘtez pas ;

Vous savez,

Si vous voulez prendre l’air ? (
)

Il ne faut pas vous gĂȘner.
Allez-vous promener :

Tenez voilĂ  la clef !

Ah, nom de dieu, ou allons-bous ?

C’est comme ça que les magistrats de la Commune entendent leur devoir !

Certes, le PĂšre DuchĂȘne est plus que personne ami de la libertĂ© individuelle,

Mais sommes-nous dans un moment tranquille ?

Est-ce qu’il ne s’agit pas avant tout d’assurer le salut de la CitĂ© ?

Eh bien alors !

Que craignez-vous ?

Vous ne remplissez pas votre devoir, foutre !

Et il y a des bougres qui complotent contre le Peuple, et qui devraient ĂȘtre sous les verrous !

Mais les citoyens de la police n’arrĂȘtent que pour relĂącher !

Allez-vous-en !

Vous n’ĂȘtes pas coupables,

Vous ĂȘtes incapables !

Vous ne manquez pas d’honnĂȘtetĂ©,

Mais d’énergie !

Citoyens membres de la Commune

Supprimez la PrĂ©fecture de police !

Supprimez-lĂ  !

Faites ce que tous les patriotes demandent :

Que la police municipale de chaque arrondissement soit attribuĂ©e Ă  la dĂ©lĂ©gation communale affectĂ©e Ă  chaque arrondissement !

Personne ne sait aussi bien ce qu’il y a Ă  faire pour un quartier, au point de vue de la voirie, de l’hygiĂšne, de l’organisation du travail, des secours Ă  donner aux patriotes nĂ©cessiteux jusqu’à la rĂ©vision de la balance Ă©conomique, que les hommes qui demeurent dans ce quartier, qui connaissent les citoyens de ce quartier, qui vivent de leur vie, qui les ont vus et qui les aiment !

VoilĂ  ce qu’il faut !

Et pour un quartier, il n’y a pas besoin d’autre chose !

(
)

La vie libre, heureuse, dans l’ordre, la paix, le bien-ĂȘtre et la santĂ© !

A chacun son ouvrage !

A chaque arrondissement la police municipale de ses quartiers !

Au ComitĂ© de salut public, la surveillance de la CitĂ© – le soin de veiller Ă  ce qu’elle ait son autonomie et qu’elle ne soit liĂ©e par la province que par les seules conditions de son pacte fĂ©dĂ©ral !

C’est ce que nous voulons !

Et plus de PrĂ©fecture de police qui relĂąche les calotins, les vieux mouchards et les jean-foutre de toute espĂšce, tonnerre de dieu !

Notes

[1] Informations Jacques Rougerie

[2] 31 ans, ouvrier formier pour botte, un des premiers adhĂ©rents de France de L’Internationale. EnvoyĂ© en France comme reprĂ©sentant du Conseil gĂ©nĂ©ral de l’Internationale, arrivĂ© le 29 mars.

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Source: Contretemps.eu