Mai 3, 2021
Par Contretemps
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À l’occasion des 150 ans de la Commune de Paris, Contretemps va publier du 18 mars au 4 juin une lettre quotidienne rĂ©digĂ©e par Patrick Le Moal, donnant Ă  voir ce que fut la Commune au jour le jour

***

L’essentiel de la journĂ©e

Situation militaire

À l’ouest

La canonnade continue de tous cĂŽtĂ©s, de temps Ă  autre la fusillade s’y mĂȘle, mais aucun rĂ©sultat important n’est acquis d’un cĂŽtĂ© ni de l’autre.

Au sud

À trois heures de l’aprĂšs-midi, une canonnade terrible Ă©clate, les batteries versaillaises font pleuvoir une pluie de projectiles sur le fort d’Issy. Plus Ă  l’est, Ă  Villejuif, le fort d’Ivry et la redoute du Moulin Saquet ont beaucoup souffert.

Le Citoyen Oudet rapporte Ă  la Commune le drapeau trouĂ© du 191e bataillon. Il est placĂ© derriĂšre le fauteuil du prĂ©sident aux applaudissements de l’assemblĂ©e.  La Commune a demandĂ© au bataillon de le laisser Ă  l’hĂŽtel de ville et lui a offert un drapeau neuf.

La Commune dĂ©crĂšte qu’un registre sera ouvert dans les mairies de chaque arrondissement pour inscrire les noms de tous les citoyens qui se seront distinguĂ©s en combattant pour la dĂ©fense de la RĂ©publique et des libertĂ©s communales.

Manoeuvres du Comité central de la garde nationale contre Rossel et la Commune

Durant la nuit derniĂšre, le comitĂ© central, rĂ©uni avec quinze des vingt chefs de lĂ©gion, envisage de reprendre en main la rĂ©volution. Ils ont rĂ©digĂ© un dĂ©cret qui instaure la levĂ©e en masse, la peine de mort et la confiscation des biens des dignitaires qui n’auront pas dĂ©posĂ© les armes dans les trois jours, la peine de mort pour les traĂźtres et les espions, la rĂ©quisition du corps mĂ©dial pour les ambulances, des mĂ©tallurgistes pour l’armement, des femmes et des enfants pour les cartouches et les vĂȘtements. Aujourd’hui il a essayĂ© de prendre en main la direction des affaires militaires, par la suppression de la dĂ©lĂ©gation Ă  la guerre et son remplacement par le ComitĂ© central en entier qui serait chargĂ© du contrĂŽle et de l’administration de la garde nationale et de la dĂ©fense.

La fraction de la Commune composĂ©e des ouvriers socialistes vote contre cette proposition lors d’une rĂ©union en ComitĂ© secret, comme les anciens membres du ComitĂ© central devenus membres de la Commune. En effet, la composition du ComitĂ© central a changĂ© depuis le 18 mars aprĂšs les nouvelles Ă©lections. Le ComitĂ© central demandait la destitution du citoyen Rossel, dĂ©lĂ©guĂ© Ă  la guerre, qui manifeste la volontĂ© de restreindre son rĂŽle Ă  des attributions de conseil de famille de la garde nationale et de lui interdire toute ingĂ©rence dans les affaires militaires, de lui dĂ©nier toute autoritĂ©.

Elie Reclus, 44 ans, journaliste 

« DĂ©cidĂ©ment, le point le plus faible de Paris, c’est celui qui devrait ĂȘtre le plus fort, le point central de l’HĂŽtel de Ville. Ce qui nous rassure le moins dans la Commune, c’est la Commune elle-mĂȘme. Les journaux donnent le compte-rendu des dĂ©libĂ©rations par lesquelles nous apprenons que nous sommes Ă  la merci d’une Dictature nouvelle, qui a osĂ© prendre le terrible titre de ComitĂ© de salut Public. La mesure est tout Ă  fait impolitique. La preuve en est qu’elle n’excite ni frayeur ni enthousiasme. Cette appellation, la plus effrayante pour les oreilles françaises, ne sera certes justifiĂ©e ni en bien ni en mal par les cinq bonshommes qui en ont Ă©tĂ© dĂ©corĂ©s. Le comitĂ© de 1793 plongea ses mains dans le sang, mais sauva la France. Le nouveau comitĂ© trempera peut-ĂȘtre ses mains dans l’encre et rendra peut-ĂȘtre force de dĂ©crets, mais si ce n’est pas lui qui nous perd, ce n’est pas lui qui nous sauvera. Ni amis ni ennemis ne le prennent au sĂ©rieux ; c’est avec une moue dĂ©daigneuse ou des haussements d’épaules qu’on a appris les noms des personnages responsables maintenant du Salut de la Patrie. Grands mots pour de petites gens. Le titre de ComitĂ© de Salut Public ne leur donne pas un atome de puissance de plus mais pourrait soulever de vaines frayeurs et des rĂ©pulsions non justifiĂ©es, si avant tout il ne paraissait ridicule. On dirait des mandarins qui ont revĂȘtu un costume effroyable, avec des devises sur le ventre et dans le dos comme ”Tremblez! je suis l’invincible tigre”. Â»

MinistĂšre de la Guerre

Un abus odieux, qui est un vol à la nation, a lieu trop souvent dans la cité.

Des hommes indignes du nom de gardes nationaux revendent, à des complices plus coupables encore, les équipements et les habits qui sont la propriété du peuple.

Nous avertissons ces effrontĂ©s trafiquants que leurs marchĂ©s sont nuls et non avenus, et que ceux qui s’y livrent s’exposent non seulement Ă  voir saisir les objets illĂ©galement achetĂ©s, mais Ă  ĂȘtre poursuivis selon la rigueur des lois.

Les municipalitĂ©s, les chefs de lĂ©gion et de bataillon sont chargĂ©s de l’exĂ©cution du prĂ©sent arrĂȘtĂ©.

La commission de la guerre : ARNOULD, AVRIAL, BERGERET, RANVIER, G. TRIDON

Les dĂ©bats de la Commune seront publics !

Étonnamment, deux jours aprĂšs avoir mis en place un ComitĂ© de Salut Public, la Commune vient de dĂ©cider Ă  l’unanimitĂ© que ses dĂ©bats seraient publics dĂšs qu’une salle sera trouvĂ©e. La seule discussion a Ă©tĂ© de savoir s’il fallait impĂ©rativement rester Ă  l’hĂŽtel de ville ou pas.

Il est décidé que la Commune se transportera aussitÎt que possible dans un local convenable, et admettra le public à ses séances. Les citoyens Billioray et Courbet sont chargés de trouver ledit local.

Un nouvel appel Ă  la conciliation

Cette nouvelle demande, aprĂšs les Ă©checs des derniĂšres semaines, n’a aucune chance d’avoir un quelconque effet.

La Commission de conciliation du Commerce, de l’Industrie et du Travail regroupant un nombre important de professions, publie un document proposant que la ville de Paris forme un dĂ©partement, l’organisation d’élections municipales qui mettraient en place un Conseil municipal administrant la ville conformĂ©ment aux lois d’organisation et d’attributions municipales actuellement en vigueur, la garde nationale de Paris demeurant chargĂ©e du service intĂ©rieur jusqu’à la rĂ©organisation prochaine de l’armĂ©e nationale. Rien de bien nouveau, si ce n’est une demande d’amnistie pleine et entiĂšre Ă  toutes les personnes qui auront pris une part active aux Ă©vĂ©nements de Paris, sous rĂ©serve des poursuites qui pourront ĂȘtre exercĂ©es par l’autoritĂ© judiciaire contre les auteurs de crimes de droit commun et de libĂ©ration des prisonniers.

RĂšglement de l’atelier de rĂ©parations et transformations d’armes du Louvre

Un rĂšglement discutĂ© dans cet atelier avec l’Internationaliste Augustin Avrial, un des fondateurs de la chambre syndicale des mĂ©caniciens, est trĂšs intĂ©ressant, il faut voir maintenant comment il va ĂȘtre appliqué 

Il prĂ©voit que la direction est assurĂ©e par un dĂ©lĂ©guĂ© Ă©lu par les ouvriers, rĂ©vocable « chaque fois qu’il sera convaincu d’avoir failli Ă  son devoir Â», qu’il est administrĂ© par un conseil qui se rĂ©unit tous les jours, avec des dĂ©lĂ©guĂ©s renouvelĂ©s tous les quinze jours.

Rùglement soumis à l’approbation de la Commune de Paris par les ouvriers des ateliers du Louvre.

Art. 1er. L’atelier est placĂ© sous la direction d’un dĂ©lĂ©guĂ© prĂšs de la Commune.

Le dĂ©lĂ©guĂ© Ă  la direction sera nommĂ© par les ouvriers rĂ©unis, et rĂ©vocable chaque fois qu’il sera convaincu d’avoir failli Ă  son devoir. Son mandat consiste Ă  recevoir les rapports du chef d’atelier, des chefs de banc et des ouvriers, pour en dĂ©fĂ©rer au directeur du matĂ©riel d’artillerie. Il devra rendre un compte exact de ses opĂ©rations intĂ©rieures et extĂ©rieures au conseil dont il sera parlĂ© ci-aprĂšs.

Art. 2. Le chef et les chefs de banc seront Ă©galement nommĂ©s par les ouvriers rĂ©unis ; ils seront responsables de leurs actes, et seront, de mĂȘme que le dĂ©lĂ©guĂ© prĂšs de la Commune, rĂ©vocable, s’il est dĂ©montrĂ© qu’ils ont failli Ă  leur devoir.

Art. 3. Les attributions du chef d’atelier sont : la surveillance de l’atelier, la distribution et le relevĂ© des travaux, les vĂ©rifications d’armes, le pointage des heures de travail des ouvriers, d’aprĂšs le pointage fait par les chefs de banc. — Le pointage devra toujours ĂȘtre terminĂ© un quart d’heure aprĂšs l’ouverture des ateliers.

Art. 4. Les attributions des chefs de banc sont la distribution et la surveillance de l’exĂ©cution des travaux de leur banc respectif. Ils doivent fournir aux ouvriers tous les renseignements dont ceux-ci pourraient avoir besoin relativement Ă  l’exĂ©cution du travail ; ils doivent fournir chaque jour au rapport le dĂ©tail des travaux exĂ©cutĂ©s sous leurs soins.

Art. 5. L’entrĂ©e et la sortie des armes sont effectuĂ©es par un ouvrier dĂ©lĂ©guĂ© Ă  chacune de ces fonctions ; ils devront ĂȘtre capables de reconnaĂźtre l’état des armes ; ils seront nommĂ©s par les ouvriers et seront rĂ©vocables Ă©galement par les ouvriers, sur la proposition du conseil. Il sera adjoint Ă  chacun un aide pour les Ă©critures. Ces aides seront nommĂ©s par le conseil.

CONSEIL

Art. 6. Un conseil sera rĂ©uni obligatoirement, chaque jour, Ă  cinq heures et demie de relevĂ©e, pour dĂ©libĂ©rer sur les opĂ©rations du lendemain ainsi que sur les rapports et les propositions faites, soit par le dĂ©lĂ©guĂ© Ă  la direction, soit par le chef d’atelier, le chef de banc ou les ouvriers dĂ©lĂ©guĂ©s dont il sera parlĂ© ci-aprĂšs.

Art. 7. Le conseil se compose du dĂ©lĂ©guĂ© Ă  la direction, du chef d’atelier, des chefs de banc et d’un ouvrier par chaque banc nommĂ© Ă  l’élection Ă  titre de dĂ©lĂ©guĂ©.

Tous les membres du conseil seront tenus d’y assister. Le directeur seul, vu les nĂ©cessitĂ©s de ses fonctions, pourra s’en absenter lorsqu’il y aura urgence ; dans ce cas, il sera tenu de donner au conseil les raisons pour lesquelles il s’est abstenu.

Art. 8. Les délégués sont renouvelés tous les quinze jours ; le renouvellement sera fait par moitié, tous les huit jours, et à tour de rÎle.

Art. 9. Les dĂ©lĂ©guĂ©s devront rendre compte aux ouvriers de ce qu’ils auront appris au rapport ; ils seront leurs interprĂštes auprĂšs du conseil de la direction, et devront y apporter les observations et rĂ©clamations de leurs commettants.

Art. 10. La majoritĂ© des dĂ©lĂ©guĂ©s pourra toujours, sur la proposition de l’un d’eux, provoquer la rĂ©union du conseil et en cas de refus de la part du chef de banc, du chef d’atelier ou du directeur, ils auront droit d’en rĂ©fĂ©rer aux ouvriers de l’atelier.

Art. 11. Dans le but de sauvegarder les intĂ©rĂȘts de la Commune, les dĂ©lĂ©guĂ©s formant conseil de surveillance, auront droit de prendre connaissance de toutes les opĂ©rations intĂ©rieures et extĂ©rieures, et, sur leur demande, les livres devront leur ĂȘtre prĂ©sentĂ©s chaque fois qu’ils le jugeront nĂ©cessaire.

Art. 12. Les dĂ©lĂ©guĂ©s devront, au commencement de chaque semaine, nommer entre eux un rapporteur qui sera chargĂ© de dresser un rapport de tout ce qui aura Ă©tĂ© dit et fait d’important dans le courant de la semaine. Ces rapports resteront affichĂ©s dans un endroit trĂšs apparent et facilement abordable hors de l’atelier, pendant toute la semaine suivante, et seront ensuite collectionnĂ©s pour ĂȘtre consultĂ©s au besoin.

Art. 13. L’embauchage des ouvriers se fera ainsi qu’il suit : sur la proposition du chef d’atelier, le conseil dĂ©cidera s’il y a lieu d’embaucher des ouvriers et d’en dĂ©terminer le nombre. Les candidats Ă  l’embauchage pourront ĂȘtre prĂ©sentĂ©s par tous les ouvriers ou employĂ©s des ateliers ; ils seront inscrits sur un livre tenu Ă  cet effet, et seront appelĂ©s Ă  tour de rĂŽle. Le conseil sera juge de ce dont ils sont capables.

Art. 14. Le renvoi d’un ouvrier ne pourra se faire qu’aprĂšs dĂ©cision du conseil, sur le rapport du chef d’atelier.

Dans le cas de diminution du travail, on dĂ©bauchera d’abord les derniers ouvriers embauchĂ©s, Ă  moins qu’en ou plusieurs ouvriers anciens ne soient signalĂ©s par le chef d’atelier pour incapacitĂ© notoire ou pour inconduite ; dans ce cas, le conseil seul statuera Ă  leur Ă©gard.

Art. 15. La durĂ©e de la journĂ©e est fixĂ©e Ă  dix heures ; les ateliers seront ouverts de sept heures du matin Ă  six heures du soir ; l’heure du dĂ©jeuner est fixĂ©e de onze heures Ă  midi.

Par exception, dans le cas d’une commande de rĂ©paration devant ĂȘtre livrĂ©e immĂ©diatement, dans l’intĂ©rĂȘt de la dĂ©fense de la Commune, le conseil dĂ©cidera s’il y a urgence de faire une heure ou deux de plus ; mais ces heures, qui ne devront ĂȘtre faites que pour un cas exceptionnel, seront payĂ©es sans aucune augmentation du prix dĂ©jĂ  fixĂ© pour chacun des ouvriers.

Art. 16. Comme il y a lieu que quelqu’un passe la nuit dans l’atelier, et considĂ©rant que le veilleur de nuit peut ĂȘtre appelĂ© Ă  donner des renseignements, et peut-ĂȘtre mĂȘme Ă  distribuer des armes ; que dans ce cas il doit savoir oĂč sont placĂ©es les armes qu’il peut ĂȘtre appelĂ© Ă  donner, seront appelĂ©s Ă  passer Ă  tour de rĂŽle, et par voie du sort, tous les ouvriers qui auront un mois de prĂ©sence dans les ateliers. Le directeur devra, avant de partir, donner au veilleur tous les renseignements nĂ©cessaires.

ConsidĂ©rant, d’autre part, que, vu l’état actuel des choses, il est urgent d’épargner le plus possible les deniers de la Commune, les nuits ainsi passĂ©es ne seront nullement rĂ©tribuĂ©es.

Le veilleur de nuit devra, le lendemain, faire son rapport au directeur, qui en fera part au conseil toutes les fois qu’il y aura urgence. Le citoyen appelĂ© Ă  passer la nuit devra ĂȘtre prĂ©venu deux jours Ă  l’avance par le directeur. Le tirage au sort se fera tous les jours au conseil.

Art. 17. Les appointements du dĂ©lĂ©guĂ© Ă  la direction sont fixĂ©s Ă  250 francs par mois, sans intĂ©rĂȘt ni gratification dans les affaires.

Art. 18. Les appointements du chef d’atelier sont fixĂ©s Ă  210 francs par mois. Il sera tenu d’ĂȘtre prĂ©sent lorsqu’il y aura lieu de faire des heures supplĂ©mentaires, sans pouvoir exiger aucune augmentation.

Art. 19. Le prix de la journée du chef de banc est de soixante-dix centimes par heure.

Art. 20. Le prix de la journĂ©e des ouvriers sera fixĂ© par le conseil, sur la proposition du chef de banc ; toutefois, quant Ă  prĂ©sent, et vu l’état de guerre, il ne pourra dĂ©passer soixante centimes de l’heure.

Art. 21. S’il arrive qu’un chef quelconque pour une raison ou pour une autre, reprenne les fonctions de simple ouvrier, le prix de sa nouvelle journĂ©e sera fixĂ© par le conseil.

Art. 22. Le prĂ©sent rĂšglement pourra ĂȘtre modifiĂ© de concert avec le directeur du matĂ©riel d’artillerie sur la proposition du conseil et par la majoritĂ© absolue des ouvriers.

Fait double, au Louvre, le 3 mai 1871.

Ont signé :

Loyot, Soualle, Gueury, J.-B. Binet, E. Borgna, Crousse, Bigot, Marcy, Montaroux, Magnin, thomas, Romain, Prieu, Pernet, BellƓil, Couadoux, A. Schall, Dufour, Vogt, Pichon, Livraye, Bourgogne, A. Fillon, Guerby, L. Nicolas, MaĂąder, Rissac, Carbonnier (Achille) fils, Dardare, Euvrard, Thion, C. Micaud, Wenger, Waroux, TouzĂ©, Boi, E. Mongin, Vandepoul, Guiot, Crouzillat, Vidonne, Decoq, Gatelet, Beaulieu, FreniĂšre, Verdin, Ralu, Carron, Coppin, Gonzet, Klein, Faquin, Langlais, Grelu, putz, Relaut, Taguel, Marcillat, Allain, Chiffarat, SacrĂ©, Gary, Peronnet, Pastrie, Vinot, Titreville, Knab, Cabry, Pitre, Evrard, E. Gorsse, Ancelin, Carion, J. Baumann, B. Maronnet, Desailly, Picard, Mathey, Abouly, Kohler, Clauss, Wimann, Lothammer, Kohler, aĂźnĂ©, Dupont, Dupuis, Brussant, Boucouri, Dubourgneuf, Marinier, Binet, Buvelot, Pfund, Chaboche, Lor, Garnier, Leveau, Blessel, SĂ©nĂ©cal, Pinault, TainiĂšre, Rossignol, Bolvin, Maynial, David, Antoine.

Vu :

Le directeur du matĂ©riel d’artillerie, AVRIAL.

Interdiction du travail de nuit des boulangers, suite

On se souvient des dĂ©cisions prises relatives au travail de nuit dans les boulangeries. Les patrons boulangers s’insurgent toujours contre son application. Hier, une affiche a Ă©tĂ© apposĂ©e sur les murs :

La Saint-Honoré, Société de secours mutuels des ouvriers boulangers de la Seine

AVIS

Tous les sociĂ©taires sont instamment priĂ©s de se rĂ©unir le mercredi 3 mai, Ă  dix heures prĂ©cises du matin, au siĂšge social, place Valois, pour de lĂ  se rendre Ă  l’HĂŽtel-de-Ville, afin de protester en masse, et avec la plus grande Ă©nergie, contre la violence faite Ă  la sociĂ©tĂ©.

(Se munir des insignes.)

Par dĂ©cision du conseil, Le prĂ©sident : Docteur  HUGUET.

Un certain nombre d’ouvriers se sont rendus Ă  cet appel et se sont transportĂ©s Ă  l’HĂŽtel-de-Ville, car l’interdiction commençait le lendemain. La Commune, en rĂ©ponse Ă  cette manifestation, a pris un nouvel arrĂȘtĂ© prĂ©voyant la saisie de tous les pains qui seront fabriquĂ©s la nuit et leur distribution aux nĂ©cessiteux, afin d’empĂȘcher que la concurrence de patron Ă  patron vienne entraver une mesure rĂ©clamĂ©e par l’hygiĂšne et par consĂ©quent par la morale. Il est immĂ©diatement affichĂ© :

La Commune de Paris,

Sur la proposition de la commission du travail et de l’échange ;

Vu le décret de la commission exécutive du 20 avril, supprimant le travail de nuit chez les boulangers,

ARRÊTE :

Art. 1er. Toute infraction à cette disposition comportera la saisie des pains fabriqués dans la nuit, qui seront mis à la disposition des municipalités, au profit des nécessiteux.

Art. 2. Le prĂ©sent arrĂȘtĂ© sera affichĂ© dans un endroit apparent de chaque magasin de vente des boulangers.

Art. 3. Les municipalitĂ©s seront chargĂ©es de l’exĂ©cution du prĂ©sent arrĂȘtĂ©.

La Commune de Paris

Suite du débat sur les monts de piété

La discussion porte sur le maintien ou non de la somme fixĂ©e au-delĂ  de laquelle les objets ne sont pas rendus gratuitement, comme cela a Ă©tĂ© fait par le gouvernement du 4 septembre. Faut-il prendre la somme de 50 francs, sur laquelle beaucoup de parisien-nes comptent ? Faut-il au contraire la diminuer, pour la mettre Ă  un niveau acceptable pour les finances, puisqu’il apparaĂźt que mĂȘme en abaissant le taux des dĂ©gagements Ă  20 francs, le budget municipal serait grevĂ© d’une forte somme. La dĂ©cision est Ă  nouveau reportĂ©e.

RĂ©union du conseil fĂ©dĂ©ral parisien de l’Association Internationale des Travailleurs

En prĂ©sence de 10 sections : Gobelins, – Montrouge, Gare d’Ivry et Bercy, – Grandes CarriĂšres de Montmartre, Batignolles, Richard-Lenoir, – PanthĂ©on, – Coupeurs pour chaussures, – Tapissier, – Malesherbes ( deux nouvelles sections adhĂšrent)

Le conseil fĂ©dĂ©ral a dĂ©cidĂ© de dĂ©lĂ©guer les citoyens Hamet, Martin, Nostag, GoullĂ© et Compas pour constituer une commission d’initiative chargĂ©e de prĂ©senter Ă  la discussion et Ă  l’approbation de la Commune le rĂ©sultat des travaux des sections parisiennes.

La commission aura son siĂšge Ă  l’hĂŽtel de ville, et servira d’intermĂ©diaire entre le conseil fĂ©dĂ©ral et la Commune.

Les membres de cette commission seront tenus de rendre compte à chaque séance du conseil, du résultat de leurs travaux.

Ils seront toujours révocables par le conseil fédéral

Du cÎté des clubs

Église saint Michel, rue Saint-Jean, à Batignoles.

Ce soir, premiÚre séance du Club de la Révolution sociale.

L’église Ă©tait comble et les femmes en majoritĂ©. On sentait qu’en partant se battre pour la Commune, les maris avaient laissĂ© au logis un germe solide d’idĂ©es rĂ©volutionnaires.

Plusieurs membres de la Commune Ă©taient prĂ©sents. Le bureau, composĂ© des citoyens Faillet, SĂ©vin, Simon, LĂ©on Angevin, Ă©tait disposĂ© juste en face de la tribune, la chaire naturellement. L’orgue a ouvert la sĂ©ance par la Marseillaise, chantĂ©e tout au long par les citoyens et citoyennes du club, avec un enthousiasme admirable. Ce chant patriotique retentissant sous ces voĂ»tes produisait un effet magistral.

AprĂšs plusieurs discours rĂ©volutionnaires trĂšs intĂ©ressants, prononcĂ©s par les citoyens Combault, SĂ©vin, Sassin, Faillet, l’écharpe rouge a Ă©tĂ© attachĂ©e Ă  la chaire Ă  prĂȘcher, transformĂ©e dĂ©sormais en une tribune populaire.  Alors est venu le Chant du dĂ©part. Puis on a clos cette sĂ©ance d’ouverture en reprenant la Marseillaise, et on s’est sĂ©parĂ© aux cris unanimes de Vive la Commune ! Vive la RĂ©volution sociale !

En bref

Le gouvernement continue Ă  prendre des mesures pour entraver le ravitaillement; il fait arrĂȘter en Seine, Ă  la hauteur de Poissy, tous les bateaux chargĂ©s d’approvisionnements pour Paris. Mais les approvisionnements continuent Ă  arriver par voie de terre; et les vivres, dans Paris, ne subissent pas une hausse sensible.

Le ComitĂ© de salut public dĂ©cide que la sortie des marchandises de toute sorte est autorisĂ©e Ă  partir de ce jour, Ă  l’exception des vivres, farines, liquides ou denrĂ©es alimentaires, des Ă©quipements militaires, armes et munitions de guerre.

Diverses difficultĂ©s s’étant produites pour le payement des instituteurs et institutrices, la dĂ©lĂ©gation de la Commune Ă  l’enseignement croit devoir avertir les municipalitĂ©s que la charge de ce payement leur incombe entiĂšrement.

Le citoyen Ernest MollĂ© est dĂ©lĂ©guĂ© en qualitĂ© de commissaire administratif prĂšs le MusĂ©um d’histoire naturelle. Il s’entendra avec le directeur et les professeurs pour la prochaine reprise des cours, veillera Ă  la conservation du matĂ©riel, des collections, etc., et prendra toute mesure utile destinĂ©e Ă  garantir les intĂ©rĂȘts du public et ceux de l’établissement. Dans le plus bref dĂ©lai, il devra prĂ©senter un rapport indiquant les amĂ©liorations Ă  apporter dans le service.

Le citoyen B. Gastineau, dĂ©lĂ©guĂ© Ă  l’inspection des bibliothĂšques communales, est chargĂ© de faire rouvrir la bibliothĂšque de l’Institut, dite Mazarine, et de la diriger.

La franc-maçonnerie a fait partir hier deux ballons de la place de l’hĂŽtel de ville, l’un Ă  deux heures, l’autre Ă  quatre heures et demie. Ces ballons portaient les emblĂšmes maçonniques des trois rites rĂ©unis, et Ă©taient chargĂ©s de circulaires adressĂ©es aux loges de la province.

Le vent les a portés dans la direction du nord.

A partir du jeudi 4 mai, tous les bureaux de tabac devront ĂȘtre approvisionnĂ©s de timbres-poste de un centime Ă  vingt centimes inclusivement, et se trouver en mesure d’en fournir la quantitĂ© dĂ©sirĂ©e, Ă  premiĂšre rĂ©quisition des intĂ©ressĂ©s.

Essai timbre poste la Commune

TĂ©moignage de Maxime Vuillaume, 27 ans, homme de lettres

« Ce matin, nous allons dĂ©jeuner, Humbert et moi, Ă  la dĂ©lĂ©gation de justice. Cela nous arrive souvent. Protot est un vieil ami. Nous rencontrons lĂ , assis autour de la grande table de la salle Ă  manger des amis et encore des amis
. DĂ©jeuner rapide frugal que chacun de nous payait bel et bien quarante-sous sous, quand, l’heure du cafĂ© venue, le prĂ©posĂ© Ă  la caisse venait faire la collecte habituelle. C’était lĂ  les fameuses agapes de la Commune, du moins celles du ministĂšre de la place VendĂŽme. Le dĂ©jeuner fini, les uns descendaient faire un tour au jardin, qu’éclairaient de magnifiques corbeilles de gĂ©ranium rouge. Au centre de l’une de ces corbeilles, le charmant petit bronze de Bosio, Henri IV enfant, dont le modĂšle en argent est au Louvre. Seulement, le gamin Royal est fichĂ© en terre, la tĂȘte en bas. Les jambes seules Ă©mergent. Si vous vous approchez, vous remarquerez que le bronze est trouĂ© d’une douzaine de blessures. Le fourreau du petit sabre pend lamentablement. Explication. Quand les fĂ©dĂ©rĂ©s, au lendemain du 18 mars, rĂ©cupĂšrent le ministĂšre de la Justice, ils avisĂšrent, en bas de l’escalier, le petit Henri IV, le chargĂšrent sur leurs Ă©paules, le dĂ©posĂšrent au beau milieu d’une allĂ©e et le fusillĂšrent en rigolant. DerniĂšre idĂ©e saugrenue : ils le plantĂšrent, les pattes en l’air, au beau milieu de la touffe de gĂ©raniums, qui, depuis, avaient fĂȘtĂ© de leurs fleurs l’infortunĂ© petit blessĂ©. Â»

Nouvelles du Havre

Le Journal du Havre vante Thiers, sa « profondeur d’esprit incroyable, le diplomate raffinĂ© autant qu’habile politique, infatigable dans la paix comme dans la guerre Â».
En soirĂ©e, la police intercepte un individu Ă  son arrivĂ©e en gare : « ce serait, s’il faut en croire  la rumeur publique, un agent expĂ©diĂ© par la Commune de Paris pour tenter de susciter des troubles dans notre ville. En ces temps, la prĂ©caution est bonne Â»

En débat

Tribune d’Arthur Arnould

« Ce peuple, [c’est] celui qu’on [dĂ©peint] Ă  la France stupĂ©faire, Ă  l’Europe ahurie, comme un ramassis de bandits et de forçats en rupture de ban !

[
]
Il [tient] Paris tout entier.

Il [tient] la Banque, les finances, et le grand livre de la dette publique, et tous les titres de vos fortunes !

Il [tient] vos palais, vos hĂŽtels, vos maisons, vos richesses de toute sorte !

S’il avait pris tout cela ?

[
]

Que [risque-t]-il aprĂšs tout ?

Il ne le [fait] pas !

Savez-vous pourquoi ?

Parce que son niveau moral, comme cela devrait ĂȘtre, est supĂ©rieur au votre.

Parce qu’il s’appelle la Civilisation, et que vous vous appelez la Barbarie.

Parce qu’il est le Droit, et que vous ĂȘtes la Force.

Parce qu’il est la Justice, et que vous ĂȘtes le Crime.

Parce qu’il est l’Avenir, et que vous ĂȘtes le PassĂ© !

Parce qu’il reprĂ©sente un Principe, et que vous ĂȘtes le PrivilĂšge !

[
]

Ces hommes [sont] des socialistes de toutes les Ă©coles, diffĂ©rant peut-ĂȘtre sur certains points de dĂ©tails, mais d’accord sur le but et possĂ©dant le mĂȘme credo Ă©conomique. Leur dĂ©sintĂ©ressement en [prend] un caractĂšre plus Ă©levĂ©, et vĂ©ritablement grand. Ce [n’est] pas de l’hĂ©sitation sur leur droit et son Ă©tendue. Non. Il [sait] et il [peut] ! Il ne [veulent] pas, simplement parce que, se sachant le droit, il [rĂ©pugnent] Ă  y mĂȘler la violence.

Sûrs de leur voie ils [veulent] y marcher comme des hommes non comme des esclaves révoltés.

MĂ»rs pour la LibertĂ© et l’EgalitĂ©, ils [ont] les mƓurs, la sagesse rĂ©solue, la patience Ă©nergique, la modĂ©ration virile des peuples qui sont dignes de la LibertĂ© et de l’EgalitĂ©.
Instruits, revenus des premiĂšres erreur, des premiers tĂątonnements, sachant que la rĂ©volution sociale est une rĂ©volution scientifique avant tout, ils [dĂ©daignent] la violence qui complique les problĂšmes, qui recule les solutions, dĂ©cidĂ©s Ă  jeter rĂ©guliĂšrement, scientifiquement, sur des assises inĂ©branlables, les fondements de la nouvelle sociĂ©tĂ©. Il [discutent] dans les rĂ©unions, dans leurs associations, les articles du nouveau Code, attendant que la Commune Ă©lue par eux [fasse] passer successivement dans la loi les vƓux Ă©laborĂ©s par eux, [choisisse], entre les diverses solutions possibles, la plus pratique, la plus simple la plus dĂ©finitive que les circonstances et l’état des mƓurs [puissent] comporter.

Il n'[ont] pas hĂąte de jouir, de gagner du bien-ĂȘtre. Il n’y [songent] mĂȘme pas, sachant que cela n’est rien, que cela ne rĂ©sout rien.

Il [veulent] seulement rĂ©former l’organisation du travail, mettre la justice Ă  la place de l’iniquitĂ©, l’ÉgalitĂ© Ă  la place des castes, restituer Ă  chacun sa part Ă©quitable, reposer la pyramide sur sa base. Il ne [rĂ©clament] rien en dehors du droit absolu. Il ne [demandent] pas de jouissance, il [exigent] le produit intĂ©gral de leur labeur, leur autonomie sociale et politique.

[C’est] lĂ , certes, l’un des cĂŽtĂ©s sublimes de ce grand mouvement que les opprimĂ©s de la veille, vainqueurs du jour, se [dĂ©tournent] impassibles des trĂ©sors mis sous leur main, pour ne chercher une amĂ©lioration Ă  leur sort, une meilleure rĂ©partition de la richesse, du bien-ĂȘtre et du bonheur, que dans l’application stricte de la justice et la rĂ©alisation scientifique des vĂ©ritables voies Ă©conomiques.

Il n’y [a] donc lĂ  encore une fois rien qui [ressemble] au respect vague que l’esclave soulevĂ© et inconscient du but conservĂ©, malgrĂ© lui, pour le maĂźtre qu’il [peut] broyer du talon. Il y [a] l’expĂ©rience, l’intelligence, d’un peuplement majeur qui sait ce qu’il veut et comment on l’atteint. Â»

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Source: Contretemps.eu