Avril 26, 2021
Par Contretemps
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À l’occasion des 150 ans de la Commune de Paris, Contretemps publie du 18 mars au 4 juin une lettre quotidienne rĂ©digĂ©e par Patrick Le Moal, donnant Ă  voir ce que fut la Commune au jour le jour

***

L’essentiel de la journĂ©e

Situation militaire

À l’ouest

Le court silence d’hier a Ă©tĂ© suivi d’une canonnade et de combats de tirailleurs. Dans Neuilly le combat habituel a repris avec le mĂȘme acharnement.

Au sud

Le fort d’Issy, dĂ©jĂ  Ă©tĂ© fortement Ă©prouvĂ© par le siĂšge prussien, est bombardĂ© par des postes occupĂ©s par les versaillais auxquels les prussiens n’avaient pas accĂšs. Le Fort de Montrouge a subi un bombardement trĂšs violent, les maisons autour sont presque complĂštement dĂ©truites.

L’assassinat de prisonniers Ă  Villejuif se confirme. Une commission d’enquĂȘte de la Commune a Ă©tĂ© formĂ©e pour en connaĂźtre les dĂ©tails.

TĂ©moignage

Victorine brochet 31 ans, piqueuse en bottines ambulanciĂšre


 le 25 Ă  minuit nous reçûmes l’ordre de partir pour le Champs de Mars
 Nous partĂźmes, non sans quelque confusion, plusieurs d’entre nous tĂąchaient d’effrayer les faibles et de rĂ©pandre la panique, aussi il y en avaient-ils qui hĂ©sitaient. Naze s’en est aperçu : « Citoyens, leur dit-il, si quelques-uns parmi vous n’ont pas le courage de la tĂąche que nous allons entreprendre, qu’ils se retirent des rangs, il vaut mieux avoir 10 convaincus que 20 hĂ©sitants. Nous agirons envers ceux qui ne veulent pas nous suivre comme il sera jugĂ© utile, pour la cause que nous avons le devoir de dĂ©fendre. »

Personne n’osa reculer
 Ă  minuit ils Ă©taient tous prĂȘts, on fit l’appel, ils se mirent en rangs, mais il manquait encore beaucoup de choses au moment du dĂ©part, quelques membres de la commune vinrent nous remettre notre drapeau, sur lequel Ă©tait inscrit en lettres dorĂ©es : « DĂ©fenseurs de la RĂ©publique ». Ils nous firent un petit discours de circonstance et nous partĂźmes
 cette journĂ©e du 26 fut longue, quoi que le temps fut magnifique. On ne voulait pas rester dans l’inaction ; d’heures en heures nous attendions ce qu’on nous avait promis, enfin dans la soirĂ©e nous vĂźmes apparaĂźtre les fourgons qui nous apportaient les choses promises, on nous fit la distribution (il y avait une telle confusion l’hĂŽtel de ville qu’il Ă©tait difficile d’obtenir un bloc les choses nĂ©cessaires ).

Les chassepots manquaient encore, nos hommes Ă©taient furieux, ils ne voulaient pas marcher au combat avec des fusils Ă  tabatiĂšre, il savaient par expĂ©rience ce qu’il valaient ces fusils, plusieurs des nĂŽtres avaient Ă©tĂ© blessĂ©s. C’était des fusils de rebut, rouillĂ©s, fonctionnant mal.

Enfin, dans l’aprĂšs-midi, nous reçûmes une certaine quantitĂ© de Chassepots, mais pas assez pour tout le monde.

Le compte rendu de la sĂ©ance du Reichstag du 24 avril confirme les annonces des prussiens annonçant qu’ils ne quitteront pas les environs de Paris. Le payement de l’indemnitĂ© ne leur suffit pas, ils tiennent Ă  rester prĂ©sents afin d’ĂȘtre Ă  la hauteur de toute Ă©ventualitĂ© au vu la prĂ©sence de forces armĂ©es trĂšs nombreuses Ă  Versailles. Il leur faut la conclusion de la paix.

Lors de ce dĂ©bat, Bismarck a dĂ©clarĂ© qu’il n’interviendra en aucune maniĂšre, tant que ses intĂ©rĂȘts ne seront pas directement menacĂ©s : « Il faut que nous Ă©vitions toute immixtion indiscrĂšte, afin que la France ne nous accuse pas d’ĂȘtre cause de son malheur. Le gouvernement croit avoir bien agi en observant la plus stricte rĂ©serve. »

Application du dĂ©cret sur les otages ?

L’ordre du jour prĂ©voyait la suite de la discussion sur les monts-de-piĂ©tĂ©, mais la Commune a de nouveau abordĂ© en urgence la question des otages, suite Ă  la confirmation de l’assassinat de prisonniers par les versaillais.

Les arguments contre l’utilisation du dĂ©cret sur les otages sont rĂ©apparus : il faut mettre le bon droit de notre cĂŽtĂ©, nous ne pouvons ainsi dĂ©crĂ©ter la mort de douze hommes, croyez vous que Versailles tienne Ă  ses gendarmes, Ă  ses sergents de ville ?
Se refusant Ă  prendre une dĂ©cision sous le coup d’une Ă©motion lĂ©gitime, il est dĂ©cidĂ© d’attendre le retour de la commission d’enquĂȘte.

Mesures concernant la justice

Deux textes sont publiĂ©s, l’un pour rĂ©affirmer qu’il est interdit de rĂ©quisitionner les biens des Ă©trangers, en respect des lois de l’hospitalitĂ©, probablement en rĂ©action avec l’entretien avec l’ambassadeur des États-Unis hier.

Le dĂ©lĂ©guĂ© aux relations extĂ©rieures rappelle Ă  qui de droit que les personnes et les biens des citoyens Ă©trangers sont sous la garantie du droit des neutres et l’hospitalitĂ© proverbiale de la France.

En consĂ©quence, aucuns objets mobiliers, voitures, chevaux, etc., aucun appartement inscrit au nom d’un citoyen Ă©tranger jouissant des immunitĂ©s attachĂ©es au titre sacrĂ© d’hĂŽte de la RĂ©publique, ne peuvent et ne doivent ĂȘtre sujets Ă  rĂ©quisition.

Le délégué aux relations extérieures, PASCHAL GROUSSET.

L’autre concerne la nomination en urgence d’un prĂ©sident au tribunal civil, dĂ©cision dĂ©rogatoire au principe de la  reconstitution complĂšte des tribunaux civils par le suffrage universel,

La commission exécutive,

ConsidĂ©rant que les magistrats du tribunal civil de la Seine ont lĂąchement abandonnĂ© leurs siĂšges et compromis les intĂ©rĂȘts des citoyens ;

ConsidĂ©rant qu’il importe de pourvoir immĂ©diatement Ă  l’expĂ©dition des affaires urgentes, en attendant la reconstitution complĂšte des tribunaux civils par le suffrage universel,

ARRÊTE :

Article unique. Le citoyen Voncken (Adolphe), avocat prĂšs la cour d’appel de Paris et ancien magistrat de la RĂ©publique, est nommĂ© prĂ©sident chargĂ© des rĂ©fĂ©rĂ©s, des conciliations en matiĂšre de sĂ©paration de corps et des lĂ©galisations de signatures.

La commission exécutive : JULES ANDRIEU, CLUSERET, FRANKEL, JOURDE, PASCHAL, GROUSSET, PROTOT, COURNET, VAILLANT, VIARD.

Nomination du procureur de la Commune

Le citoyen Raoul Rigault a Ă©tĂ© nommĂ© procureur de la Commune par 20 voix contre 5, d’autres s’abstiennent, comme Ostyn qui estime que son caractĂšre lui semble incompatible avec les fonctions de procureur de la Commune.

Tensions entre la Commune et la garde nationale

Les nombreuses mesures Ă©dictĂ©es par le dĂ©lĂ©guĂ© Ă  la guerre pour rĂ©organiser la garde nationale n’ont pas permis d’arriver au rĂ©sultat dĂ©sirĂ©.

En outre, la garde nationale, dans ses fonctions de police de la cité, cÚde parfois à un zÚle intempestif qui se traduit par des façons grossiÚres lors des perquisitions, ou des arrestations de abusives.

Un membre, Dereure, explique : «  hier, j’avais fait un bon de vivres pour des denrĂ©es placĂ©es au ChĂąteau-Rouge. Eh ! bien, avec ma signature, avec le timbre de la mairie, je n’ai pu rien avoir, tandis qu’eux n’ont besoin que de la signature du chef de lĂ©gion. Â»

Un autre, Viard, dĂ©taille un incident Ă  la gare de Lyon. Alors qu’il avait autorisĂ© le chemin de fer Ă  faire sortir de Paris un train chargĂ© de tonneaux, pour montrer Ă  la province que les transactions commerciales ne sont pas entravĂ©es en reversant sur la province le trop-plein qu’il y a dans Paris de certaines marchandises, les gardes nationaux ont arrĂȘtĂ© le train, disant qu’ils n’obĂ©issaient qu’au comitĂ© de la rue d’Aligre.

Les membres de la Commune s’insurgent contre les dĂ©cisions prises par la Garde nationale contre celles la Commune, qui posent la question, qui a le pouvoir : est-ce la Commune ? Est-ce le ComitĂ© central ? Le ton monte, on dit que la Commune n’est pas assez Ă©nergique, puisqu’elle tolĂšre une autoritĂ© au-dessus de la sienne, qu’elle est sapĂ©e dans sa base.

A celui qui dit qu’il n’y a lĂ  qu’un excĂšs de zĂšle de bons patriotes, Rigault rĂ©pond que le groupe est en Ă©tat d’hostilitĂ© contre la Commune, qu’il faut faire arrĂȘter « partout les hommes qui se rĂ©unissent, soit sous le nom de comitĂ© de lĂ©gion, comitĂ© d’arrondissement ou autre chose, tant qu’ils resteront Ă  l’état d’associations gouvernementales. Nous ne pouvons autoriser des associations de cette nature autour de la Commune. Â» il n’y a pas de turbulents, mais des rĂ©actionnaires selon lui.

Deux décisions sont prises :

  • Publier au journal officiel le rapport rĂ©digĂ© par la commission de la guerre qui met en place dans chaque municipalitĂ© un bureau militaire qui, d’accord avec le conseil de lĂ©gion, devra requĂ©rir les armes.
  • Rechercher les rĂ©fractaires et assurer l’exĂ©cution des dĂ©crets ou arrĂȘtĂ©s, jusque-lĂ  peu suivis d’effet.

A propos des incidents gare de Lyon il est explicitement dĂ©cidĂ© d’interdire aux gardes nationaux de s’occuper du mouvement des marchandises dans les gares, et d’intervenir dans tout ce qui concerne l’administration et l’exploitation des chemins de fer,
Mais elles n’abordent pas les questions principales.

La mĂ©fiance Ă  l’égard des militaires est omniprĂ©sente dans la garde nationale, qui a tendance Ă  concevoir la dĂ©fense comme la dĂ©fense du quartier, voire de la rue. La discipline est bien souvent absente, les communeux pensent qu’ils ont le bon droit pour eux, des convictions fortes et que c’est ça la Commune ; le pouvoir par en bas. Les tensions sont accentuĂ©es par le manque organisation, les querelles de compĂ©tences, l’absence totale de continuitĂ© des responsables militaires.

Le ComitĂ© central de la Garde nationale continue de fait Ă  jouer une rĂŽle important qui n’est pas abordĂ©. Il est pourtant essentiel de trouver un Ă©quilibre entre cette instance et la commission commission militaire et le dĂ©lĂ©guĂ© Ă  guerre. D’autant que ces tensions vont tendre Ă  s’accentuer sous la pression militaire de Versailles.

Le dernier mot des Versaillais : il faut les tuer comme des chiens enragĂ©s !

L’assemblĂ©e des maires, adjoints et conseillers municipaux des communes du dĂ©partement de la Seine autre que Paris se sont rendus Ă  Versailles hier pour remettre leur adresse Ă  Thiers, demandant une suspension des combats, la reconnaissance des franchises municipales et l’installation de la RĂ©publique en France.

La rĂ©ponse de Thiers est toujours la mĂȘme : la RĂ©publique est lĂ , et seule une AssemblĂ©e constituante pourrait proclamer autrement la RĂ©publique. Il n’«aperçoit pas de moyens de conciliation possible entre un gouvernement lĂ©gal issu d’élections libres comme la France dans n’avait pas eu depuis 40 ans et des coupables qui ne reprĂ©sentent que le dĂ©sordre et la rĂ©bellion et sont pour les trois quarts des Ă©trangers. Quant Ă  mes sentiments d’humanitĂ© et Ă  la gĂ©nĂ©rositĂ© du gouvernement on ne peut en douter. Les prisonniers que nous avons faits sont sur le littoral en France nourris comme nous soldats, les blessĂ©s de l’insurrection sont soignĂ©s dans nos hĂŽpitaux Ă  Versailles avec la mĂȘme sollicitude que les autres. L’état nourrit le tiers au moins de la population de Neuilly et parmi ceux que nous assistons se trouvent des hommes ayant combattu contre nous. Tous les combattants de la commune qui dĂ©poseront les armes auront la vie sauve et la libertĂ© assurĂ©e, je continuerai le paiement de l’indemnitĂ© qu’ils ont touchĂ© jusqu’ici dans la garde nationale en attendant la reprise du travail. Je n’excepte de l’oubli que je promets que les assassins des gĂ©nĂ©raux ClĂ©ment Thomas et Lecomte et ceux qui pourront ĂȘtre Ă  juste titre considĂ©rĂ©s comme complices de ces crimes par inspiration ou assistance, c’est-Ă -dire un petit nombre d’individus. En tout cas aucune poursuite ne sera exercĂ©e en dehors des voies lĂ©gales. Je consentirait pour rĂ©pondre Ă  l’appel que vous faites Ă  mes sentiments d’humanitĂ©, Ă  laisser aux rĂ©voltĂ©s une porte libre pendant 2,3 ou 4 jours afin de leur donner la facultĂ© de sortir de Paris et de chercher un refuge en dehors du territoire Il ne m’est pas permis de laisser entrevoir d’autres concessions et surtout d’accepter pour arriver Ă  la paix Ă  la reconnaissance du caractĂšre de belligĂ©rant aux participants Ă  l’insurrection parisienne Â».

Les circonstances dans lesquelles cette rĂ©ponse fut donnĂ©e mĂ©ritent qu’on s’y arrĂȘte. Lorsque les dĂ©lĂ©guĂ©s arrivĂšrent Ă  Versailles, en attendant d’ĂȘtre reçus par Thiers, ils ont rencontrĂ© un puissant personnage, monsieur Alphand, un bonapartiste chargĂ© des affaires de Paris. Monsieur Alphand leur dĂ©clara : « que diriez-vous si un membre de la SociĂ©tĂ© protectrice des animaux vous empĂȘchait d’étrangler le chien enragĂ© qui va se prĂ©cipiter sur vous ? Â». La chose est claire Monsieur Alphand et les hommes au pouvoir sont prĂȘts Ă  tout pour Ă©craser le peuple ouvrier de Paris : il n’y a ni de pitiĂ© ni de bienveillance Ă  attendre de leur part !

Les francs maçons en délégation à la Commune

TĂ©moignage – Elie Reclus, 44 ans, journaliste

Il y a foule devant le thĂ©Ăątre du ChĂątelet. Ce sont les francs-maçons de Paris qui se rĂ©unissent en grande AssemblĂ©e pour dĂ©libĂ©rer sur la conduite que doit tenir leur vaste association dans cette crise suprĂȘme. Je me vois refuser l’entrĂ©e, je n’ai jamais Ă©tĂ© qu’un piĂštre apprenti ; depuis plusieurs annĂ©es je n’ai jamais remis les pieds dans une loge, il me serait impossible de reproduire exactement les signes d’usage. On dit qu’on va prendre dans cette sĂ©ance des rĂ©solutions importantes, que des FrĂšres enthousiastes me disent mĂȘme devoir ĂȘtre dĂ©cisives.

La franc-maçonnerie est nĂ©cessairement conciliatrice . Elle a des adeptes dans les deux camps. Aussi tous les hommes de paix ont immĂ©diatement rĂ©clamĂ© son intervention philanthropique et dĂ©sintĂ©ressĂ©e. Mais la philanthropie est une chose bien vague. Mac Mahon et Monsieur de Galliffet riraient aux Ă©clats si on les priait, au nom de la philanthropie, de ne plus ordonner de charges de se tenir strictement sur la dĂ©fensive. Quand on se bat, on se bat pour se battre, et sĂ©rieusement. Les combattants n’aiment point qu’on leur propose trĂȘve ou armistice. Il ne s’agit pas seulement de prĂȘcher la paie la Concorde, il faut encore formuler les articles du traitĂ© de paix, il faut un programme de conciliation

De mĂȘme que tous les conciliateurs qui sont survenus, Ligues, Unions, Syndicats, la Franc-Maçonnerie propose des rĂ©Ă©lections sur toute la ligne, prĂ©cĂ©dĂ©es de la reconnaissance des franchises municipales.

Rien de plus juste de plus raisonnable que ces propositions. Si l’assemblĂ©e de Versailles n’était furieuse et insensĂ©e, elle les eĂ»t admises immĂ©diatement. Mais tous les jours on les lui prĂ©sente Ă  nouveau et les refuse Ă  nouveau. En intervenant la franc-maçonnerie n’accomplit que son devoir d’humanitĂ©, mais en intervenant dans un dĂ©bat politique, elle discute nĂ©cessairement la politique et doit aboutir fatalement Ă  prendre parti : de sorte qu’en accomplissant son devoir, elle ne pourra Ă©chapper au reproche d’ĂȘtre sortie des bornes de son devoir

La dĂ©libĂ©ration solennelle a regroupĂ© prĂšs de 5000 membres de tout grades des loges maçonniques des deux Orients de Paris, le rite français et le rite Ă©cossais. Le franc-maçon Thirifocq y a dĂ©clarĂ©, qu’aprĂšs avoir Ă©puisĂ© tous les moyens de conciliation avec le gouvernement de Versailles il fallait agir autrement  : « FrĂšres, les maçons vont ĂȘtre forcĂ©s de devenir soldats. Il faut qu’ils aillent en face des hordes de Versailles, planter la banniĂšre franc-maçonnique, dĂ©cidĂ©e Ă  la dĂ©fendre un coup de fusil si une seule balle troue la laine bleu du drapeau Â». MalgrĂ© la vive opposition de Floquet, dĂ©putĂ© dĂ©missionnaire Ă  l’AssemblĂ©e nationale et membre de la loge Ă©cossaise, l’AssemblĂ©e a dĂ©cidĂ©  que les vĂ©nĂ©rables et les dĂ©putĂ©s de loge iraient faire acte d’adhĂ©sion Ă  la commune et annoncer que le 29, les francs-maçons des deux rites iraient sur les fortifications, entre le point du  jour et Clichy, pour y planter leurs Ă©tendards de paix, de fraternitĂ© et y dĂ©fendre la commune, mĂȘme par les armes si l’armĂ©e de Versailles repoussait leur tentative de concorde et d’union. L’émotion Ă©tait grande,  ils se sont ensuite dirigĂ©s Ă  prĂšs de 2000 vers l’hĂŽtel de ville. Ils ont Ă©tĂ© reçus avec enthousiasme par la Commune toute entiĂšre vers 5 heures du soir dans la cour d’honneur.

Le franc-maçon Thirifocq dĂ©clare que, depuis le jour oĂč la Commune existe, la franc-maçonnerie a compris qu’elle serait la base de nos rĂ©formes sociales : « C’est la plus grande rĂ©volution qu’il ait jamais Ă©tĂ© donnĂ© au monde de contempler. Si, au dĂ©but du mouvement, les francs-maçons n’ont pas voulu agir, c’est qu’ils tenaient Ă  acquĂ©rir la preuve que Versailles ne voulait entendre aucune conciliation. Comment supposer en effet que des criminels puissent accepter une conciliation quelconque avec leurs juges ? Â»
De nombreux cris de : « Vive la Commune ! Vive la franc-maçonnerie ! Vive la rĂ©publique universelle ! Â» rĂ©pondent Ă  l’orateur.

Le citoyen Jules VallÚs, aprÚs avoir remercié la députation en quelques mots, donne son écharpe au franc-maçon Thirifocq qui annonce que cet emblÚme restera dans les archives de la franc-maçonnerie, en souvenir de ce jour mémorable.

Le citoyen Lefrançais, membre de la Commune, lui aussi franc maçon dans une loge Ă©cossaise des plus rĂ©publicaines, dĂ©clare  qu’il s’était depuis longtemps assurĂ© que le but de l’association Ă©tait le mĂȘme que celui de la Commune de Paris : la rĂ©gĂ©nĂ©ration sociale.
La dĂ©putation se retire aprĂšs avoir enguirlandĂ© sa banniĂšre avec l’écharpe du citoyen J. VallĂšs, et emportĂ© un drapeau rouge.

Une dĂ©lĂ©gation de la Commune la reconduit jusqu’à la rue Cadet oĂč se trouve le siĂšge du Grand-Orient. Elle est acclamĂ©e sur son passage par la population enthousiasmĂ©e, et l’on se sĂ©pare aprĂšs une vive et patriotique allocution du citoyen Ranvier, membre de la Commune et lui aussi franc maçon. Tous les cƓurs battent Ă  l’unisson.

Cette manifestation par laquelle la franc-maçonnerie parisienne appuie ouvertement la revendication des franchises communales, peut avoir une influence, surtout en province. Par ses nombreuses ramifications, la franc-maçonnerie est en rapport avec toutes les villes de France.

Organisation du travail, suite


Paris le 26 avril 1871

Citoyens ,

La commune donne des commende de clous aux Patron cela nais pas bien et elle doi fair appel aux ouvrier avent     moi je suis communiste garde national et inscrit depuis longtemps Ă  la chambre du travail[1] et je ne travail pas parce que je ne veux pas travailler sous la commune pour un patron car on ais trop esclave

Envoyez-moi un bon de rĂ©quisition de fĂšre des clous de 100 kg et un bon de 30 francs de charbon et quand les ouvriers cloutier veron ça ils viendron tous ce fair inscrire pour la fĂ©dĂ©ration ouvriĂšre citoyen, faite drois Ă  ma demende pas pour moi mes pour mon corp d’éta qui ait trais bon pour la commune mes ils la comprene pas cependans je fais tout se qu’il dĂ©pend de mois pour la fusion i, c’est Ă  vous de maider en rĂ©pondans Ă  ma demande je vous salut d’une amitiĂ© fraternelle

Roulleau rue Dasnier 76 Paris

lettre transmise par Jacques Rougerie

Du cÎté des Clubs

Club Saint-Jacques-du-Haut-Pas  Dans l’église Saint-Jacques-du-Haut-Pas. 

Le 26 avril est installĂ© un club, dont le droit d’entrĂ©e est de 5 centimes, versĂ©s dans le bĂ©nitier transformĂ© par ailleurs en vaste pot Ă  tabac.

Maitron

En bref

■ Les frĂšres et sƓurs des Écoles chrĂ©tiennes ont abandonnĂ© leur poste. Appel est fait Ă  tous les instituteurs laĂŻques, afin qu’ils aient Ă  se prĂ©senter Ă  la mairie, bureau du secrĂ©tariat gĂ©nĂ©ral. Nous espĂ©rons que cette lacune sera bientĂŽt comblĂ©e, et que chacun reconnaĂźtra que jamais occasion plus solennelle ne nous a Ă©tĂ© offerte d’inaugurer dĂ©finitivement l’instruction laĂŻque, gratuite et obligatoire. L’ignorance et l’injustice font place dĂ©sormais Ă  la lumiĂšre et au droit.

■  L’éducation nouvelle. Appel aux instituteurs, institutrices et professeurs, ainsi qu’aux parents. RĂ©union Ă  l’école Turgot, tous les dimanches et jeudis, Ă  deux heures trĂšs prĂ©cises. Etudes et rĂ©solutions pratiques sur les rĂ©formes Ă  rĂ©aliser dans les programmes, mĂ©thodes et lois d’enseignement.

■ Sous peu de jours, seront livrĂ©es Ă  la consommation une grande quantitĂ© de vivres et de denrĂ©es comestibles, Ă  des prix trĂšs modiques, et cela par l’entremise d’établissements placĂ©s sous la garantie des municipalitĂ©s. Nous avons des vivres pour longtemps, et le public peut se regarder comme complĂ©ment abritĂ© contre la spĂ©culation et contre la pĂ©nurie.

■ Les membres de la Commune composant la municipalitĂ© du XIIe arrondissement qui reçoivent chaque jour d’innombrables demandes de secours, font un appel aux citoyennes pour former un comitĂ© de rĂ©publicaines du XIIe arrondissement, dont la mission sera de rechercher toutes les misĂšres cachĂ©es, et d’en faire un rapport aux membres de la Commune soussignĂ©s, qui s’empresseront de les soulager immĂ©diatement.

Angleterre

A la chambre des communes, M. Gladstone, répondant à sir Charles Dilke, explique que la police avait droit hier de disperser le rassemblement des ouvriers au palais de Westminster, la loi défendant de porter en masse une pétition au parlement.

Disraeli ayant annoncĂ© qu’il appellerait l’attention de la chambre sur les mesures prises relativement au budget, le chancelier de l’échiquier dĂ©clare que, en prĂ©sence de l’opposition que soulĂšve au dedans comme au dehors l’impĂŽt sur les allumettes, il retire la proposition du gouvernement.

En dĂ©bat : oĂč vont les rĂ©volutionnaires jacobins ?

Depuis un mois que la Commune est constituĂ©e,  sur diverses questions, deux groupes sont apparus,  les divers rĂ©volutionnaires jacobins qui forment la majoritĂ©, et les socialistes.

Ce groupe majoritaire regroupe les blanquistes et les révolutionnaires de 1848 et les membres des clubs.

Ces rĂ©volutionnaires de 1848, continuateurs de la tradition jacobine, exercent sur leurs jeunes collĂšgues une influence considĂ©rable. Ils sont Ă©coutĂ©s avec une extrĂȘme dĂ©fĂ©rence, comme des aĂŻeux. Leur autoritĂ© est empreinte de prĂ©jugĂ©s autoritaires et ils sont souvent peu aptes Ă  comprendre les tendances qui avaient donnĂ© naissance au mouvement du 18 mars, notoirement imprĂ©gnĂ©es de fĂ©dĂ©ralisme et de volontĂ© de transformation sociale .

Les  blanquistes sont convaincus qu’un habile usage de la force peut ĂȘtre efficace. Ils sont absorbĂ©s par la conquĂȘte, ce sont des conspirateurs actifs et opiniĂątres qui usent et abusent de la force pour imposer, pour implanter, coĂ»te que coĂ»te, dans un bref dĂ©lai, leurs idĂ©es avec une audace. Au nom du peuple dont ils se croient seuls capables d’amĂ©liorer la situation, ils sont disposĂ©s Ă  agir dictatorialement.

Leur vision se heurte Ă  la tentative d’autonomie communale inaugurĂ©e le 18 mars, qui rompt justement avec une politique centralisatrice pour une  fĂ©dĂ©ration de communes libres.

Leur radicalitĂ© autoritaire leur permet d’associer souvent les « clubistes Â», qui sont souvent des ouvriers, habituĂ©s aux joutes verbales, mais  dĂ©nuĂ©s de sens pratique, n’ayant qu’une notion trĂšs floue de la nature des choses et ne possĂ©dant aucune qualitĂ© administrative ou organisatrice.  Les discussions superficielles et sommaires des club, n’approfondissent pas les sujets, et ne permettent pas rechercher les vraies causes des obstacles.  TrĂšs soupçonneux, trĂšs Ă©motifs, ils crient facilement Ă  la trahison, lorsque surviennent les difficultĂ©s .

La minoritĂ© de la Commune, composĂ©e presque exclusivement d’ouvriers  qui font partie de l’élite du prolĂ©tariat français , est  socialiste dans son ensemble, mais elle est partagĂ©e entre les collectivistes et les mutuellistes. Elle a du mal Ă  faire prĂ©valoir ses vues face aux autres courants.

Il y a aujourd’hui le risque que ceux qui ont le moins l’intelligence de la situation, plus rĂ©volutionnaires que socialistes, plus prĂ©occupĂ©s de modifications politiques que de transformations sociales  exercent sur le mouvement une influence prĂ©pondĂ©rante, vers une radicalisation autoritaire dĂ©sastreuse.

Note

[1]Association corporative des ouvriers cloutiers, adhĂ©rant Ă  l’Internationale depuis 1869

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Source: Contretemps.eu