Mai 12, 2021
Par Contretemps
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À l’occasion des 150 ans de la Commune de Paris, Contretemps publie du 18 mars au 4 juin une lettre quotidienne rĂ©digĂ©e par Patrick Le Moal, donnant Ă  voir ce que fut la Commune au jour le jour

***

L’essentiel de la journĂ©e

Situation militaire

À l’ouest

De Neuilly Ă  Clichy, des canonnades, des engagements ont lieu sans modifier les positions respectives.

Au sud

La situation empire, les forts de Montrouge et de BicĂȘtre ont Ă©tĂ© trĂšs violemment bombardĂ©s par les Versaillais. Vanves, Issy et toute la rĂ©gion environnante, ne cessent d’ĂȘtre couverts d’obus ; le peu d’habitants qui restent se dĂ©cident Ă  dĂ©mĂ©nager.

Dans la matinĂ©e de mercredi, le dĂ©couragement a montĂ© parmi la garnison du fort de Vanves, composĂ©e de cent cinquante gardes nationaux et quarante artilleurs restĂ©s sur des ruines oĂč elle ne pouvait que se faire massacrer. Le refus de nĂ©gocier des officiers versaillais empĂȘche l’évacuation totale du fort.

Le journal bonapartiste Le Gaulois, interdit à Paris, qui reparaßt à Versailles, estime les pertes des fédérés à 350 à 400 hommes par jour depuis les cinq derniÚres semaines, soit en tout environ 8000 prisonniers et 6000 tués ou blessés.

On lit dans Le Rappel

Le commandant Gallien, du 558e bataillon, qui commandait la redoute du Moulin-Saquet, le soir de sa prise par les troupes de Thiers, vient d’adresser, de Versailles oĂč il est prisonnier, un mĂ©moire justificatif de sa conduite lors de l’attaque par les Versaillais. Ce mĂ©moire, Ă©crit en prison, sur un chiffon de papier, est arrivĂ© Ă  Paris dans un paquet de linge sale qu’on renvoyait aux familles des prisonniers. Le commandant repousse Ă©nergiquement l’accusation de trahison, et du fond de son cachot proteste de son dĂ©vouement Ă  la RĂ©publique et Ă  la Commune.

Appel Ă  la mobilisation : crĂ©ation de corps francs

Les zouaves de la RĂ©publique

Aux hommes de cƓur.

Citoyens,

Au moment oĂč les gardes nationaux, dĂ©fenseurs de la RĂ©publique et de la Commune, tombent sous le plomb des assassins de Versailles, malgrĂ© leur titre inviolable de prisonniers de guerre, nos cƓurs ont bondi d’indignation, et nous jetons au milieu de vous, citoyens, notre cri patriotique : Vengeance ! Aidez-nous Ă  l’assurer complĂšte.

Et vous, enfants de la Commune de Lyon, venez à nous pour combattre sous le drapeau que les premiers vous avez arboré.

L’habillement, la solde et les vivres sont assurĂ©s aussitĂŽt aprĂšs l’enrĂŽlement, armes Ă  tir rapide ; les hommes inscrits Ă  l’avance faisaient tous parties des anciennes compagnies de francs-tireurs.

MĂȘme solde que la garde nationale.

Le décret de la Commune relatif aux veuves, orphelins et blessés est applicable aux zouaves de la République.

Les bureaux pour l’enrĂŽlement sont situĂ©s :


La paix est signée à Francfort

Le traitĂ© fixe les dispositions juridiques et tranche certains dĂ©tails de la fin de la guerre, aprĂšs l’armistice du 28 janvier dernier et les prĂ©liminaires du 26 fĂ©vrier. Il entĂ©rine l’annexion par l’Allemagne de l’Alsace et une partie de la Lorraine. La France perd 14 470 kilomĂštres carrĂ©s, 1 597 000 habitants, 20 % du potentiel minier et sidĂ©rurgique.

L’indemnitĂ© de guerre de cinq milliards (au lieu des six demandĂ©s au dĂ©part) de francs-or est Ă  verser en trois ans. En gage de ce paiement, les Allemands occupent six dĂ©partements du Nord et Belfort jusqu’au paiement complet de la somme.

Le gouvernement parle d’émettre un emprunt public pour payer cette indemnitĂ©.

La conjuration renonce

Le journal Le PĂšre DuchĂȘne mĂšne campagne contre la Commune et le ComitĂ© de Salut Public, qu’il appelle les « jolis cocos Â» qui « dĂ©shonorent la Commune Â». Comme ils n’ont « rien foutu Â», il va mĂȘme jusqu’à demander une rĂ©Ă©lection. Il entretient un climat de contestations virulentes, une menace d’en appeler au peuple.

Vers midi, Rossel arrive place de la Concorde oĂč sont rĂ©unis quelques bataillons. Le chef de lĂ©gion Combatz, au courant de ce qui se trame, certifie que tout est prĂȘt et que ses hommes sont « dans les meilleures intentions Â». À une heure, quelques milliers d’hommes seulement sont lĂ . Rossel qui avait comptĂ© sur une troupe beaucoup plus nombreuse, dĂ©clare qu’il n’y a pas assez d’hommes pour tenter l’aventure. Il dĂ©cide de se rendre seul Ă  l’HĂŽtel de Ville pour juger de l’état d’esprit de la Commune. Il part, alors que selon Gaston da Costa, le nombre d’hommes augmentait, il estime qu’il y avait quinze mille homme disponibles une heure aprĂšs.

La Commune désigne Delescluze pour remplacer Rossel

L’arrivĂ©e de Rossel Ă  la Commune soulĂšve une vĂ©ritable tempĂȘte. Il est dĂ©fendu avec passion par son complice et ami Charles GĂ©rardin, ancien membre du ComitĂ© de salut public non rĂ©Ă©lu, qui dĂ©clare vouloir partager son sort, quel qu’il soit.

Dans la séance de ce jour, la Commune a décidé :

1° Le renvoi devant la cour martiale du citoyen Rossel, ex-délégué à la guerre ;

2° La nomination du citoyen Delescluze aux fonctions de délégué à la guerre.

La Commune de Paris

Rossel est arrĂȘtĂ©, Avrial est commis Ă  sa garde dans la petite piĂšce qui sert de salle de dĂ©libĂ©ration au ComitĂ© de salut public. Charles GĂ©rardin s’offre pour le garder, ils en profitent pour fuir tous les deux en sautant dans un fiacre. Rossel trouve refuge au boulevard Saint-Germain oĂč il reçoit de nombreux amis, notamment Vermersch du PĂšre DuchĂȘne. Les recherches faites immĂ©diatement pour retrouver les fugitifs sont vaines, ont-elles Ă©tĂ© sĂ©rieuses ?

Ainsi finit cette conspiration hasardeuse.

La dĂ©cision de nommer le citoyen Delescluze comme dĂ©lĂ©guĂ© Ă  la guerre remet l’autoritĂ© militaire sous l’autoritĂ© de l’autoritĂ© civile. S’il est trĂšs respectĂ© par tous les membres de la Commune, il ne possĂšde aucune compĂ©tence particuliĂšre dans les questions militaires. Comment vont s’équilibrer les pouvoirs respectifs du ComitĂ© central de la Garde Nationale, du nouveau ComitĂ© de salut public instituĂ© la veille et ceux du nouveau dĂ©lĂ©guĂ© Ă  la guerre ?

Charles Delescluze, 62 ans, journaliste

D’abord clerc d’avouĂ©, rĂ©publicain actif, il est blessĂ© en dĂ©cembre 1830 lors d’une manifestation, arrĂȘtĂ© en 1834, puis exilĂ©. Il rentre en France comme journaliste en 1840, est condamnĂ© pour un article. Le 25 fĂ©vrier 1848, il proclame la rĂ©publique Ă  Valenciennes, est nommĂ© commissaire du gouvernement provisoire pour le dĂ©partement du Nord. En novembre 1848, il fonde Ă  Paris le journal La RĂ©volution dĂ©mocratique et sociale et crĂ©e une sociĂ©tĂ© « La SolidaritĂ© rĂ©publicaine Â» regroupant les rĂ©publicains radicaux et les socialistes. Il est condamnĂ© pour ses articles Ă  de multiples reprises.

Il s’exile, revient en France en 1860 et fonde un nouveau journal, Le RĂ©veil, qui dĂ©finit le socialisme en 1870 comme un « ensemble de recherches prĂ©parant l’émancipation intĂ©grale des travailleurs Â». Il se dresse contre la guerre de 1870, ce qui lui vaut une nouvelle condamnation Ă  18 mois de prison.

Il dĂ©nonce trĂšs vite les faiblesses du gouvernement du 4 septembre, il est Ă  nouveau emprisonnĂ©. Élu de Paris Ă  l’AssemblĂ©e nationale le 8 fĂ©vrier (8e sur 43) il vote contre le projet de loi sur les prĂ©liminaires de paix.

Sa participation Ă  la Commune Ă©tait logique. Il est Ă©lu dans les XIe et XXe arrondissements, il choisit de reprĂ©senter le premier, tout en dĂ©missionnant de l’AssemblĂ©e nationale. Il y joue un rĂŽle de lien entre tous les courants, par son autoritĂ© et son comportement. Sa santĂ© est mauvaise, il a Ă©tĂ© absent des rĂ©unions de fin avril au 5 mai Ă  cause d’une laryngite aiguĂ«, il est animĂ© d’une foi inĂ©branlable qui lui donne une force morale indiscutable.

Il publie une dĂ©claration sur sa nomination :

À la garde nationale.

Citoyens,

La Commune m’a dĂ©lĂ©guĂ© au ministĂšre de la guerre ; elle a pensĂ© que son reprĂ©sentant dans l’administration militaire devait appartenir Ă  l’élĂ©ment civil. Si je ne consultais que mes forces, j’aurais dĂ©clinĂ© cette fonction pĂ©rilleuse ; mais j’ai comptĂ© sur votre patriotisme pour m’en rendre l’accomplissement plus facile.

La situation est grave, vous le savez ; l’horrible guerre que vous font les fĂ©odaux conjurĂ©s avec les dĂ©bris des rĂ©gimes monarchiques vous a dĂ©jĂ  coĂ»tĂ© bien du sang gĂ©nĂ©reux, et cependant, tout en dĂ©plorant ces pertes douloureuses, quand j’envisage le sublime avenir qui s’ouvrira pour nos enfants, et lors mĂȘme qu’ils ne nous serait pas donnĂ© de rĂ©colter ce que nous avons semĂ©, je saluerais encore avec enthousiasme la RĂ©volution du 18 mars, qui a ouvert Ă  la France et Ă  l’Europe des perspectives que nul de nous n’osait espĂ©rer il y a trois mois. Donc, Ă  vos rangs, citoyens, et tenez ferme devant l’ennemi.

Nos remparts sont solides comme vos bras, comme vos cƓurs ; vous n’ignorez pas d’ailleurs que vous combattez pour votre libertĂ© et pour l’égalitĂ© sociale, cette promesse qui vous a si longtemps Ă©chappĂ©, que si vos poitrines sont exposĂ©es aux balles et aux obus des Versaillais, le prix qui vous est assurĂ©, c’est l’affranchissement de la France et du monde, la sĂ©curitĂ© de votre foyer et la vie de vos femmes et de vos enfants.

Vous vaincrez donc, le monde qui vous contemple et applaudit Ă  vos magnanimes efforts, s’apprĂȘte Ă  cĂ©lĂ©brer votre triomphe, qui sera le salut pour tous les peuples.

Vive la RĂ©publique universelle !

Vive la Commune !

Le délégué civil à la guerre,

DELESCLUZE.

Paris, le 10 mai 1871.

Le Comité de salut public décide la démolition de la maison de Thiers

Le Comité de salut public,

Vu l’affiche du sieur Thiers, se disant chef du pouvoir de la RĂ©publique française ;

Considérant que cette affiche, imprimée à Versailles, a été apposée sur les murs de Paris par les ordres de M. Thiers ;

Que, dans ce document, il déclare que son armée ne bombarde pas Paris, tandis que chaque jour des femmes et des enfants sont victimes des projectiles fratricides de Versailles ;

Qu’il y est fait appel Ă  la trahison pour pĂ©nĂ©trer dans la place, sentant l’impossibilitĂ© absolue de vaincre par les armes l’hĂ©roĂŻque population de Paris,

ARRETE :

Art. 1er. Les biens meubles des propriĂ©tĂ©s de Thiers seront saisis par les soins de l’administration des domaines.

Art. 2. La maison de Thiers, située place Georges, sera rasée.

Art. 3. Les citoyens Fontaine, dĂ©lĂ©guĂ© aux domaines, et J. Andrieu, dĂ©lĂ©guĂ© aux services publics, sont chargĂ©s, chacun en ce qui le concerne, de l’exĂ©cution IMMÉDIATE du prĂ©sent arrĂȘtĂ©.

Les membres du Comité de salut public.

ANT. ARNAUD, EUDES, F. GAMBON, G. RANVIER

On a du mal Ă  comprendre l’utilitĂ© de cette dĂ©cision que certains appellent une Ă©tourderie. En quoi peut-on penser qu’elle peut ĂȘtre une pression d’une quelconque efficacitĂ©, elle s’apparente plus Ă  une vengeance absurde qui n’a mĂȘme pas l’objectif de triompher.

Une dĂ©lĂ©gation de la Commission de Conciliation de l’Industrie, du Commerce et du Travail, reprĂ©sentant 109 corporations et associations industrielles, ouvriĂšres et autres, a remis Ă  la Commune le rapport qui prĂ©sente le rĂ©sultat de ses entrevues avec le gouvernement Ă  Versailles. Rien de bien neuf, Thiers exige une dĂ©mission de la Commune et son remplacement par un conseil municipal selon la nouvelle loi, dĂ©sarmement de la garde nationale (armes dĂ©posĂ©es dans les arsenaux d’arrondissement, oĂč elles resteraient Ă  la disposition et sous la garde des bataillons).

Organisation du travail, suite

Le dĂ©cret sur les ateliers abandonnĂ©s du 16 avril dernier prĂ©voit une commission d’enquĂȘte instituĂ©e par les chambres syndicales. Les rĂ©unions prĂ©paratoires s’organisent.

Aujourd’hui une rĂ©union Ă  la Bourse pour nommer des dĂ©lĂ©guĂ©es dans chaque corporation et arriver Ă  la constitution de chambres syndicales, d’une chambre fĂ©dĂ©rale et d’ateliers corporatifs Ă©tait convoquĂ©e par le ComitĂ© central de l’« Union des femmes pour la dĂ©fense de paris et les soins aux blessĂ©s Â». On n’en connaĂźt pas encore les rĂ©sultats.

Le Journal Officiel publie l’appel suivant :

Commission d’enquĂȘte et d’organisation du travail.

Les dĂ©lĂ©guĂ©s des syndicats de toutes les corporations ouvriĂšres des deux sexes se rĂ©uniront pour la premiĂšre fois, dimanche 15 mai, Ă  une heure de relevĂ©e, rue Saint-Dominique-Saint-Germain, n° 62, Ă  l’ex-ministĂšre des travaux publics.

ORDRE DU JOUR

VĂ©rification des pouvoirs des dĂ©lĂ©guĂ©s ; nomination d’une commission exĂ©cutive permanente ; nomination d’une commission chargĂ©e d’élaborer un projet de rĂšglement intĂ©rieur.

Les corporations qui n’ont pas encore envoyĂ© de dĂ©lĂ©guĂ©s sont invitĂ©es Ă  s’y faire reprĂ©senter le plus tĂŽt possible.

Nous engageons particuliĂšrement les citoyennes, dont le dĂ©vouement Ă  la rĂ©volution sociale est d’un si prĂ©cieux concours, Ă  ne pas rester Ă©trangĂšres Ă  la question si importante de l’organisation du travail.

Que les diverses professions de femmes, telles que lingĂšres, plumassiĂšres, fleuristes, blanchisseuses, modistes, etc., se constituent en syndicat, et envoient des dĂ©lĂ©guĂ©es Ă  la commission d’enquĂȘte et d’organisation du travail.

Pour tous les renseignements, s’adresser à la permanence, rue

Saint-Dominique-Saint-Germain.

Pour les délégations présentes : Delahaye, L. Martin, Chaumont, Albouse.

Rapport sur les rĂ©formes Ă  apporter dans l’administration des beaux-arts

Il est remis par la Commission fĂ©dĂ©rale des artistes (peintres, sculpteurs et graveurs en mĂ©dailles, architectes, graveurs et lithographes, artistes industriels), au citoyen Vaillant, dĂ©lĂ©guĂ© Ă  l’instruction publique.

Le but poursuivi par ces propositions est, en abandonnant radicalement le principe autoritaire, un meilleur emploi des fonds, la suppression du favoritisme, l’application des principes dĂ©mocratiques rĂ©alisant l’idĂ©al de justice : l’art par la libertĂ©.

Le rapport propose

– la suppression du budget de l’École des beaux-arts, de l’École de Rome et d’AthĂšnes, et de la section des beaux-arts de l’Institut, « l’art Ă©tant l’expression libre et originale de la pensĂ©e, il en rĂ©sulte, au point de vue de l’enseignement que toute direction officielle imprimĂ©e au jugement de l’élĂšve est fatale et condamnĂ©e Â». L’aspirant artiste doit acquĂ©rir les connaissances Ă©lĂ©mentaires et pratiques qui lui permettent de traduire sĂ»rement ses sensations. Elles seront donnĂ©es par des Ă©coles communales d’art professionnel.

– l’annulation du budget des expositions dĂ©cidĂ©e par l’administration, considĂ©rant que l’administration des expositions doit appartenir aux intĂ©ressĂ©s qui en feront les frais et en recueilleront les bĂ©nĂ©fices.

– l’augmentation du budget des fĂȘtes publiques.

– la diminution des effectifs du service d’architecture de la ville de Paris, le faisant passer de 250 agents Ă  25, plus un architecte d’entretien par arrondissement. Les monuments Ă  exĂ©cuter seront confiĂ©s, aprĂšs concours, Ă  un architecte dont les honoraires sont fixĂ©s dans le rapport.

Du cÎté des clubs

Club des Gardes fédérés

Dans l’église Notre-Dame-de-Plaisance

L’église a Ă©tĂ© fermĂ©e le 6 mai et aujourd’hui s’y ouvre le club dit des Gardes fĂ©dĂ©rĂ©s. À l’ordre du jour : « Des moyens de dĂ©fendre Paris ». On y a abondamment parlĂ© de poudre et de bombes.

Club Saint-SĂ©verin

Dans l’église Saint-SĂ©verin
Un nouveau club s’est ouvert ce soir : 2000 personnes ont assistĂ© Ă  la premiĂšre sĂ©ance. Parmi les orateurs et principaux responsables on trouve : Jean Allemane, Marc Francfort, Armand JanssoulĂ©, Achille Martin, LĂ©on Rey, Jean Trohel et quelques femmes comme Fornarina de Fonseca. Le drapeau rouge est fichĂ© au cĂŽtĂ© gauche de la chaire et agitĂ© avant de se sĂ©parer.

Club Sainte-Elisabeth

Dans l’église Sainte-Élisabeth

Le curĂ© et le premier vicaire, menacĂ©s d’arrestation le 1er mai sont finalement laissĂ©s en libertĂ©.

Le club est une Ă©manation de celui de Notre-Dame-des-Champs devenu trop important.
Les offices continuent Ă  ĂȘtre cĂ©lĂ©brĂ©s dans la chapelle de la Vierge dans la journĂ©e. Le soir, on se contente de fermer les chapelles, les chandeliers, les crucifix restent sur les autels, et les bouquets au pied des statuettes.

Dans la partie droite de l’église se tient le club, Ă  majoritĂ© des femmes.

Aujourd’hui, un orateur s’écrie : « Avant toute chose il faut nous dĂ©barrasser de la race ignoble des prĂȘtres. Que chacun de nous en tue un, et demain il n’y en aura plus. »

En bref

■   Le Journal officiel prĂ©cise les prix et conditions de vente de la viande de bƓuf et de mouton, et prĂ©cise que les citoyens marchands bouchers ne pourront mettre qu’un quart d’os par livre de viande, et que tout acheteur a le droit de faire dĂ©sosser sa viande s’il prĂ©tend qu’il y a trop d’os dans le morceau.

■ Dans le XIe arrondissement les membres de la Commune, persuadĂ©s que les principes de la Commune sont Ă©tablis sur la moralitĂ© et le respect de chacun, que les femmes de mauvaise vie et les ivrognes sont chaque jour un spectacle scandaleux pour les mƓurs publiques, veulent rĂ©primer ces dĂ©sordres.

Ils arrĂȘtent que « les commissaires de police et les gardes nationaux du XIe arrondissement devront arrĂȘter et mettre en dĂ©tention toutes les femmes de mƓurs suspectes exerçant leur honteux mĂ©tier sur la voie publique, ainsi que les ivrognes qui, dans leur passion funeste, oublient et le respect d’eux-mĂȘmes, et leur devoir de citoyens. Â»

■ Sur les murs de Paris s’étale une petite affiche verte, sans nom d’imprimeur, signĂ©e Not Langlois et convoquant les « amis de l’ordre Â» Ă  une manifestation sur la place de la Bastille.

■ Une saisie a Ă©tĂ© pratiquĂ©e chez vingt-sept boulangers du quartier Montmartre qui ont violĂ© l’arrĂȘtĂ© de la Commune relatif au travail nocturne des ouvriers boulangers

En débat

Tribune de Prosper-Olivier Lissagaray, 33 ans, journaliste

Quel est le grand conspirateur contre Paris ?

La Gauche versaillaise.

Le 19 mars, que reste-t-il Ă  M. Thiers pour gouverner la France ? Il n’a ni armĂ©e, ni canons, ni les grandes villes. Elles ont des fusils, leurs ouvriers s’agitent. Si cette petite bourgeoisie qui fait accepter Ă  la province les rĂ©volutions de la capitale suit le mouvement, imite sa sƓur de Paris, M. Thiers ne peut lui opposer un vĂ©ritable rĂ©giment. Bismarck avait bien offert de se substituer Ă  lui ; c’eĂ»t Ă©tĂ© la fin de tout. Pour subsister, contenir la province, l’empĂȘcher d’arrĂȘter les canons qui doivent rĂ©duire Paris, quelles sont les seules ressources du chef de la bourgeoisie ? Un mot et une poignĂ©e d’hommes. Le mot : RĂ©publique ; les hommes : les chefs traditionnels du parti rĂ©publicain.

Que les ruraux Ă©pais aboient au seul nom de RĂ©publique et refusent de l’insĂ©rer dans leurs proclamations, M. Thiers, autrement rusĂ©, s’en remplit la bouche et, tordant les votes de l’AssemblĂ©e, le donne pour mot d’ordre. Aux premiers soulĂšvements, tous ses fonctionnaires de province reçoivent la mĂȘme formule : « Nous dĂ©fendons la RĂ©publique contre les factieux. Â»

C’était bien quelque chose. Mais les votes ruraux, le passĂ© de M. Thiers, juraient contre ces protestations rĂ©publicaines et les anciens hĂ©ros de la DĂ©fense n’offraient plus caution suffisante. M. Thiers le sentit et il invoqua les purs des purs, les chevronnĂ©s, que l’exil nous avait rejetĂ©s. Leur prestige Ă©tait encore intact aux yeux des dĂ©mocrates de province. M. Thiers les prit dans les couloirs, leur dit qu’ils tenaient le sort de la RĂ©publique, flatta leur vanitĂ© sĂ©nile, les conquit si bien qu’il s’en fit un bouclier, put tĂ©lĂ©graphier qu’ils avaient applaudi les horribles discours du 21 mars. Quand les rĂ©publicains de la petite bourgeoisie provinciale virent le fameux Louis Blanc, l’intrĂ©pide Schoelcher et les plus cĂ©lĂšbres grognards radicaux, insulter le ComitĂ© Central, eux-mĂȘmes ne recevant de Paris ni programme, ni Ă©missaires capables d’échafauder une argumentation, ils se dĂ©tournĂšrent, on l’a vu, laissĂšrent Ă©teindre le flambeau allumĂ© par les ouvriers.

Le canon du 3 avril les rĂ©veilla un peu. Le 5, le conseil municipal de Lille, composĂ© de notabilitĂ©s rĂ©publicaines, parla de conciliation, demanda Ă  M. Thiers d’affirmer la RĂ©publique. De mĂȘme celui de Lyon. Saint-Ouen envoya des dĂ©lĂ©guĂ©s Ă  Versailles. 
 La DrĂŽme, le Var, le Vaucluse, l’ArdĂšche, la Loire, la Savoie, l’HĂ©rault, le Gers, les PyrĂ©nĂ©es-Orientales, vingt dĂ©partements, firent des adresses pareilles.
 Le 15, cinq dĂ©lĂ©guĂ©s du conseil municipal de Lyon se prĂ©sentĂšrent chez M. Thiers. Il protesta de son dĂ©vouement Ă  la RĂ©publique, jura que l’AssemblĂ©e ne deviendrait pas Constituante. S’il prenait ses fonctionnaires en dehors des rĂ©publicains, c’était pour mĂ©nager tous les partis, dans l’intĂ©rĂȘt mĂȘme de la RĂ©publique. 
. Les autres dĂ©putations eurent le mĂȘme discours, fait d’un air bonhomme, avec une abondance de familiaritĂ© qui gagnait les provinciaux.

De la prĂ©sidence, ils passaient aux luminaires de l’ExtrĂȘme-Gauche, Louis Blanc, Schoelcher, Edmond Adam, et autres cĂ©lĂšbres dĂ©mocrates qui estampillaient la parole de M. Thiers. Ces docteurs voulaient bien admettre que la cause de Paris Ă©tait juste en principe, mais ils la dĂ©claraient mal engagĂ©e, compromise dans un combat criminel. 
. « Est-ce que nous ne serions pas Ă  Paris si Paris Ă©tait dans le droit ? Â» La plupart des dĂ©lĂ©guĂ©s de province, avocats, docteurs, nĂ©gociants, Ă©levĂ©s dans le respect des gloires, entendant les jeunes parler comme les pontifes, retournaient chez eux, et, comme la Gauche les avait prĂȘchĂ©s, prĂȘchaient qu’il fallait la suivre pour sauver la RĂ©publique


Leurs calomnies purent bien Ă©touffer l’action, non les angoisses de la province. De cƓur, de volontĂ©, les ouvriers de France Ă©taient avec Paris. Les employĂ©s des gares haranguaient les soldats au passage, les adjuraient de mettre la crosse en l’air ; les affiches officielles Ă©taient arrachĂ©es. Les centres envoyaient leurs adresses par centaines. Tous les journaux rĂ©publicains prĂȘchaient la conciliation. L’agitation devenait chronique. M. Thiers lança Dufaure, le Chapelier de la bourgeoisie moderne, un des plus odieux exĂ©cuteurs de ses basses Ɠuvres. Le 23 avril, il enjoignit Ă  ses procureurs de poursuivre les Ă©crivains qui soutiendraient la Commune, « cette dictature usurpĂ©e par des Ă©trangers et des repris de justice, qui signale son rĂšgne par le vol avec effraction, la nuit et Ă  main armĂ©e chez les particuliers Â», de faire main basse sur « les conciliateurs qui supplient l’AssemblĂ©e de tendre sa noble main Ă  la main tachĂ©e de sang de ses ennemis Â». Versailles espĂ©rait ainsi faire la terreur au moment des Ă©lections municipales qui eurent lieu le 30 avril en vertu de la nouvelle loi.

Elles furent rĂ©publicaines
 La Tribune de Bordeaux proposa un congrĂšs de toutes les villes de France, pour terminer la guerre civile, assurer les franchises municipales et consolider la RĂ©publique. Le conseil municipal de Lyon, avec un programme identique, invita toutes les municipalitĂ©s Ă  envoyer Ă  Lyon des dĂ©lĂ©guĂ©s. Le 4 mai, les dĂ©lĂ©guĂ©s des conseils des principales villes de l’HĂ©rault se rĂ©unirent Ă  Montpellier. La LibertĂ© de l’HĂ©rault, dans un chaleureux appel, reproduit par cinquante journaux, convoqua la presse dĂ©partementale Ă  un congrĂšs. Une action commune allait remplacer l’agitation incohĂ©rente des derniĂšres semaines. Si la province comprenait sa force, l’heure, ses besoins, si elle trouvait un groupe d’hommes Ă  la hauteur de la situation, Versailles enserrĂ© entre Paris et les dĂ©partements, devait capituler devant la France rĂ©publicaine. M. Thiers sentit le danger, paya d’audace, interdit Ă©nergiquement les congrĂšs. « Le Gouvernement trahirait l’AssemblĂ©e, la France, la civilisation, dit l’Officiel du 8 mai, s’il laissait se constituer Ă  cĂŽtĂ© du pouvoir rĂ©gulier issu du suffrage universel les assises du communisme et de la rĂ©bellion. Â» Picard Ă  la tribune, parlant des instigateurs du congrĂšs : « Jamais tentative ne fut plus criminelle que la leur. En dehors de l’AssemblĂ©e il n’y a pas de droit. Â» Les procureurs gĂ©nĂ©raux, les prĂ©fets reçurent l’ordre d’empĂȘcher toutes les rĂ©unions et d’arrĂȘter les conseillers municipaux qui se rendraient Ă  Bordeaux. Plusieurs membres de la Ligue des droits de Paris furent arrĂȘtĂ©s Ă  Tours, Ă  Biarritz. Il n’en fallut pas plus pour effrayer les radicaux.

Ainsi, la petite bourgeoisie de province [a perdu] une occasion bien rare de reprendre son grand rÎle de 1792. Du 19 mars au 5 avril, elle [a] délaissé les travailleurs au lieu de seconder leur effort, sauver et continuer avec eux la Révolution. Quand elle voulut parler, elle était seule, jouet et dérision de ses ennemis.

Le 10 mai, M. Thiers [domine] entiĂšrement la situation. Usant de tout, corruption, patriotisme, menteur dans ses tĂ©lĂ©grammes, faisant mentir les journaux, bonhomme ou altier selon les dĂ©putations, lançant tantĂŽt ses gendarmes, tantĂŽt ses dĂ©putĂ©s de la Gauche, il [est] arrivĂ© Ă  Ă©carter toutes les tentatives de conciliation. Le traitĂ© de paix [vient] d’ĂȘtre signĂ© Ă  Francfort, et, libre de ce cĂŽtĂ©, dĂ©barrassĂ© de la province, il [reste] seul Ă  seul avec Paris.

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Source: Contretemps.eu